Lagrange dénoncé à Pie X en 1911 de fr. Bernard Montagnes, o.p.


100 Jahre Modernismus und Antimodernismus in der katholischen [1]

Saint Pie X, pape (1835-1914)

Que le Père Marie-Joseph Lagrange, fondateur et directeur de l’École biblique de Jérusalem ait été dénoncé au Saint-Siège afin d’obtenir contre lui une condamnation, l’historien pouvait, sans prendre de risque, en faire l’hypothèse. L’ouverture récente aux Archives vaticanes de documents jusque-là inaccessibles permet à présent d’en administrer la preuve. Parmi les papiers trouvés dans l’appartement pontifical après la mort de Pie X, c’est-à-dire parmi les documents passés sous les yeux du pape et que celui-ci avait gardés sous la main, et qui constituent à présent le fonds Segreteria Stato, Spoglio Pio X, figure une lettre manuscrite adressée de Palestine par l’abbé Heidet à Pie X, datée du 10 juin 1911, remise directement au pape par le sulpicien Fulcran Vigouroux, secrétaire de la Commission biblique. Mais rien ne montre quel usage le pape en a fait ni quelle réponse il a pu donner.

Voilà le libelle que nous examinons ici.[2] Est-ce faire trop d’honneur à un personnage de peu d’envergure, aujourd’hui bien oublié ? Certainement pas, dans la mesure où Heidet reflète de sévères oppositions à Lagrange qui se manifestaient à Jérusalem, soit au Patriarcat, soit à la Custodie, soit à Notre-Dame de France, soit même dans le couvent de Saint-Étienne, où il trouvait des informateurs, mais surtout dans la mesure où Heidet contribue à confirmer la prévention de Pie X envers le Père Lagrange. Ainsi se prépare dans les bureaux romains, le blâme public que la Consistoriale, par son décret du 29 juin 1912, allait infliger au Père Lagrange en excluant ses écrits pour la formation des clercs. De plus, compte tenu des rapports étroits que le Père Cormier entretenait avec Pie X, il est probable que le maître général des Dominicains a eu connaissance du réquisitoire de l’abbé Heidet contre le chef de l’École biblique.

L’acteur et la victime de la dénonciation

La personne du dénonciateur

L’abbé Louis Heidet [3] (1850-1935), né à Mulhouse en 1850, après des études au séminaire de Strasbourg a été ordonné prêtre en 1877 (au titre du diocèse de Nancy); il est parti ensuite en Algérie pour raison de santé, a été novice chez les Pères Blancs en 1878-79. Arrivé en Palestine en 1881, il est entré aussitôt chez les prêtres de Notre-Dame de Sion, d’où il est sorti en 1884, à la mort du Père Alphonse Ratisbonne. Attaché à la mission du patriarcat en 1890 et résidant au patriarcat, il devient secrétaire du patriarche latin de Jérusalem, mais il doit se démettre de sa fonction à cause d’un conflit (sur l’authenticité des sanctuaires) avec Monseigneur Piavi et les Franciscains. Candidat au service des Melkites, ce qui lui est refusé par la Propagande, [4] il s’est retiré au vicariat patriarcal maronite (où il a mené une vie d’ermite). En 1907, il accepte le poste d’aumônier de l’hospice de Tantour, à mi-chemin entre Jérusalem et Bethléem, où il demeure vingt-huit ans, jusqu’à sa mort le 19 décembre 1935. Sa grande connaissance de la topographie de la Terre Sainte a fait de lui l’un des principaux collaborateurs du Dictionnaire de la Bible publié par Fulcran Vigouroux. La majeure partie des articles sur le site des anciennes villes, sur les vallées, les fleuves et les montagnes dont les noms se rencontrent dans la Bible sont dus à sa plume. [5]
Lorsque le Père Lagrange vint pour la première fois à Jérusalem, le 10 mars 1890, il accompagna l’abbé Heidet et le jésuite Van Kasteren dans une excursion de quinze jours, à la fin d’avril, au-delà du Jourdain. « M. l’abbé Heydet, qui étudie depuis neuf ans la Palestine, et le R.P. Van Kasteren, de la Compagnie de Jésus, habitué lui aussi aux recherches géographiques et archéologiques, m’offrirent de tenter l’aventure. » [6] La même indication est reprise par Lagrange dans la partie de ses Souvenirs personnels rédigée en 1926 : « Je partis en compagnie de l’abbé Heydet, fixé à Jérusalem depuis neuf ans, [7] et du R.P. Van Kasteren SJ, pour les pays au-delà du Jourdain. » [8] Et quand s’ouvrit l’École biblique, « l’abbé Heydet voulut bien d’abord mettre à notre service sa connaissance du pays. Il le fit avec un désintéressement dont on doit conserver le souvenir avec gratitude. » [9] Selon la chronique manuscrite du couvent de Saint-Étienne, les liens de Louis avec les Dominicains de Jérusalem ont été plus étroits, et cela dès le temps du Père Lecomte (1831-1887), fondateur du couvent. [10]

M. l’abbé Heidet, prêtre alsacien, tertiaire de Saint-Dominique, – que sa frêle santé avait empêché de faire profession dans le grand ordre et qui s’était offert au Père Matthieu [Lecomte] pour l’œuvre de Saint-Étienne, [11]– fut adjoint à la communauté. [12] Il demeura notre hôte trois années durant, et il est resté pour nous un ami dévoué. Il est l’auteur d’une brochure [en 1887] pleine d’érudition et très concluante sur le lieu de la lapidation de saint Étienne. [13]

Les Dominicains lui en étaient d’autant plus reconnaissants que cette identification était contestée par les Franciscains. Or, selon Louis Pirot, Heidet fut le premier à défendre l’authenticité du sanctuaire de Saint-Étienne le Protomartyr, découvert en 1881 et acquis peu après par le Père Lecomte.
« Quand, en 1890, les Pères dominicains inaugurèrent leur École biblique, M. Heidet se mit à leur service et durant plus d’un an il assura le cours de topographie biblique. » [14] Il collabora aussi aux conférences de l’École biblique au moins une fois, le 5 décembre 1892, par une communication identifiant la cité biblique de Maspha avec la localité de El-Bireh, conférence publiée ensuite dans la Revue biblique de juillet 1894. [15]

Dans les dernières années de sa vie, concède Louis Pirot, il avait peine à suivre les progrès des fouilles et des études archéologiques et il n’admettait qu’avec difficulté que des données nouvelles puissent rectifier ou parfois bouleverser des positions qu’il considérait comme inexpugnables et définitivement acquises. [16]

Son refus de l’exégèse historico-critique, telle qu’elle était préconisée par le Père Lagrange, ne procède-t-il pas, déjà en 1911, du même raidissement ?

La personne du dénoncé

Sur le Père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), les articles des dictionnaires [17] et la récente biographique critique [18] dispensent d’écrire ici une nouvelle notice du fondateur de l’École biblique. En revanche il importe de présenter le Père Lagrange tel qu’il apparaissait au moment où il était dénoncé à Pie X.
En 1911, le Père Lagrange est le chef de l’École biblique (« le patron » comme l’appellent familièrement ses jeunes collaborateurs). En même temps il est le prieur du couvent Saint-Étienne depuis 1907, en son second mandat. Il est consulteur de la Commission biblique (instituée par Léon XIII le 30 octobre 1902) depuis le 26 janvier 1903. Quoique résidant loin de Rome, il a été consulté, à tout le moins, sur l’historicité des trois premiers chapitres de la Genèse ; son rapport, daté du 6 novembre 1908, a été publié par Francesco Turvasi, en 1974. [19]
La publication de La Méthode historique, en 1903, loin de rallier une adhésion unanime à ses vues, a déclenché contre lui des polémiques virulentes et a provoqué une suspicion qui continuera de peser sur lui sa vie durant. Désireux de se consacrer à l’Ancien Testament, en particulier au Pentateuque, il n’a été autorisé à publier que Le livre des Juges, par lequel il a inauguré, en 1903, la collection des Études bibliques.
Après le refus officiel opposé en 1907 à son commentaire de la Genèse selon la méthode historique, – commentaire dont n’ont été imprimés, à une centaine d’exemplaires seulement, que les chapitres I à VI, 4, – il a renoncé à s’occuper d’Ancien Testament pour se vouer au Nouveau, l’enseignement de l’Ancien à l’École biblique étant désormais confié au Père Dhorme.
Les explications que donne l’abbé Heidet concernant un « commentaire exégétique sur le Pentateuque et Josué » censé dormir chez l’éditeur parisien de l’École biblique en attendant des jours plus favorables et qui serait communiqué en catimini à quelques initiés, sont dénuées de tout fondement.
Tout aussi fallacieuse est la version avancé par Heidet concernant Lagrange passé de l’Ancien au Nouveau Testament : « Il pourra ainsi laisser croire qu’il a rompu le pacte primitif dans lequel ils se partageaient la besogne, Lagrange prenant pour lui l’application de la méthode historique à l’Ancien Testament et Loisy du Nouveau. » [20] Et encore :

L’illustre Maître, depuis trois ou quatre ans, sur le conseil des amis et pour ne pas compromettre la Cause, a cédé son cours d’exégèse de l’Ancien Testament à un de ses disciples. Il s’abstient ainsi de traiter des grandes questions du système. Le Nouveau Testament est devenu son champ d’action. Il n’a pas pris les parties où il aurait trop souvent à faire l’application des principes de la Méthode historique et il devrait se montrer trop visiblement d’accord avec M. Loisy et les critiques allemands.

Dans le décret « Lamentabili » (3 juillet 1907), Lagrange n’a pas vu une condamnation de la critique historique telle qu’il la préconisait, il s’est au contraire sincèrement réjoui d’une clarification qu’il estimait indispensable. [21] Correspondance privée et article de la Revue biblique, « Le décret Lamentabili sane exitu et la critique historique », [22] expriment la même adhésion loyale.
À la fin de 1908, Lagrange souhaitait remettre la Méthode historique sous les yeux du public : [23]

La Méthode historique est complètement épuisée et toujours demandée, écrivait-il au maître général Cormier. Il me semble qu’un autre tirage ne serait pas une seconde édition. On mettrait simplement cinquième mille, au lieu de quatrième, avec votre approbation ancienne, sans rien changer.

La réponse de l’autorité (14 janvier 1909) est négative, car, selon le Père Cormier, Lagrange devrait remanier son texte pour l’accorder aux documents romains plus récents. En conséquence il ne sera plus question de publier de nouveau la Méthode historique. La version avancée par Heidet au sujet d’une édition en cours ne repose que sur des racontars malveillants.
Dès 1908, Lagrange s’est mis à l’étude des évangiles, en commençant par celui de Marc, ce qui constituait une option critique sur l’antériorité de Marc par rapport à Matthieu. Le 19 mars 1909, il soumet à la censure romaine le commentaire des six premiers chapitres, dont un censeur dominicain estime que « on discerne à peine si l’auteur est prêtre et disciple de l’Église » ! [24] Une fois le commentaire achevé, en avril 1910,

Je crois être certain, rassure-t-il Cormier, que l’ouvrage ne contient rien de contraire aux principes. D’ailleurs on n’a jamais attaqué de moi que la Méthode historique, à cause de certains points de l’Ancien Testament. Pour le Nouveau, je passe, parmi les indépendants, pour très réactionnaire.

En mai 1910, il travaille à l’Introduction, qu’il envoie à Rome le 15 juillet et qui est en cours d’impression en novembre. L’Évangile selon saint Marc, sorti à Paris le 3 mars 1911, arrive à Jérusalem le 16 mars. Il faut avoir parcouru bien superficiellement et d’un œil hostile ce commentaire de Marc pour y déceler, à la manière de Heidet, je ne sais quelle complicité avec Loisy. [25]

Pourquoi une telle dénonciation en 1911 ?

Heidet s’en prend à la fois à la doctrine (la critique historique) et au manifeste publié par Marie-Joseph Lagrange, La Méthode historique, surtout à propos de l’Ancien Testament, Paris, Librairie Victor Lecoffre, 1903, texte des six conférences prononcées à l’Institut catholique de Toulouse du 4 au 11 novembre 1902. Une seconde édition, en 1904, simplement intitulée La Méthode historique, porte, à la page de titre les précisions suivantes : Édition augmentée, Quatrième mille. L’ouvrage n’aura de nouvelle édition qu’en 1966, par les soins du Père Roland de Vaux (lequel mentionne, à tort, une 3e édition, chez l’éditeur Gabalda, en 1907). Quand Heidet écrit : « Il vient, me dit-on, d’en paraître une nouvelle édition, – le 4e ou le 5e mille, je ne sais pas exactement – et sans doute avec des notes toujours plus lucides », le bruit dont il se fait l’écho relève à coup sûr de l’intoxication. Aucune urgence de cette sorte ne se présente en 1911 pour déclencher le zèle du délateur.
En revanche, ses yeux ouverts, reconnaît Heidet, qui a été dessillé. « Moi-même, je dois l’avouer, tout en sentant quelque chose d’anormal, tant dans le discours que dans les manières de cet homme, je suis demeuré plusieurs années sans comprendre où il voulait nous conduire. » Ce sont les railleries incisives du futur successeur du Père Lagrange [26] – il les connaît par ses contacts avec l’École, soit par lui-même, soit par un indicateur, – qui l’ont détrompé.
Quant au manifeste publié,

Connaissant d’ailleurs [= par ailleurs] ce qu’il contient, il me répugnait de porter les yeux sur ce livre ; la divine Providence [27] m’a contraint de le prendre en main et de le tourner et de le retourner, pour en saisir l’idée véritable en la dépouillant de tous les artifices employés pour la dissimuler. C’est cette idée sans exagération ni atténuation, et toute nue, que je dénonce au Pasteur suprême. C’était à d’autres de le faire, ajoute-t-il, à leur défaut le devoir incombe à chacun.

La longue impunité dont a bénéficié le Père Lagrange, estime Heidet, est le signe qu’il a bénéficié de la connivence des responsables. « On se demande si ceux qui doivent jeter le cri d’alarme et avertir le Pasteur suprême dorment ou sont complices. … Qu’il y ait des complices, il n’est pas possible d’en douter. » Tandis que le pape combat le modernisme,

L’Apôtre parmi nous le plus ardent et le plus habile de cette erreur, [persiste] avec la connivence plus ou moins consciente de ceux qui devraient l’arrêter avec ces mesures, dissimulé derrière des professions de foi et des manifestations de respect et de piété hypocrites.

En effet, pour contaminer l’Église en douceur par la critique historique, « c’est en quelque sorte avec son assentiment ou sa connivence, en conservant toutes les formules dogmatiques et les façons liturgiques qu’il veut opérer sa ‘transformation' ».
Sans doute, la démarche de Heidet a-t-elle été inspirée par d’autres, censés plus clairvoyants :

Des prêtres et religieux, au courant de la situation, tiennent le Père Lagrange, sinon pour le chef du Modernisme parmi nous, du moins pour l’un de ses principaux fauteurs… C’est sur leurs instances que je me suis enfin résolu à adresser ce mot au Souverain Pontife. [28]

Le cri d’alarme que croit devoir pousser Heidet se résume en quelques mots : dix ans d’impunité, ça suffit !

Il est une œuvre… sur laquelle je crois devoir attirer l’attention de Votre Sainteté… Je ne crois pas que Sa Sainteté ait eu le loisir de s’en occuper par Elle-Même, et, si on lui en a rendu compte, ce doit être d’une manière inexacte et incomplète. [29]

La Méthode historique est

Une œuvre qui, voilà près de dix ans, va se propageant parmi les catholiques, surtout parmi les professeurs et les étudiants ecclésiastiques. … Et voilà dix ans que ce Message circule parmi nous, sans que personne paraisse s’en préoccuper ! …Ce qui est certain c’est que la Méthode historique poursuit son chemin à ciel ouvert.

Dorénavant, Heidet voudrait entendre un ferme Halte-là ! En voilà assez !

L’argumentation du réquisitoire

Un portrait-charge du Père Lagrange

Le maître, ou même « l’illustre maître » comme le qualifie Heidet par dérision (il lui reconnaît du génie, en parlant du « génie du maître », mais le génie de la dissimulation), est le fondateur et le chef de « l’École dite biblique », mais qui eût été plus exactement nommée « l’École anti-biblique ». Alors que les naïfs non initiés, dupes de son habileté à « déjouer la perspicacité et l’attention des plus prudents », le prennent pour « le plus zélé adversaire du Modernisme et de ses adhérents », d’autres plus clairvoyants découvrent en lui « sinon le chef, du moins un des principaux fauteurs du Modernisme ».
À la manière de Luther lors de la première réforme, le nouveau réformateur se présente comme « l’organe du Saint-Esprit », venant « au nom du Saint-Esprit » apporter une lumière nouvelle, comme « un organe inspiré de l’Esprit Saint » pour délivrer l’Église « des langes de la légende traditionnelle ». Telle est « la mission » qu’il prétend assumer.

L’ouvrage du Père Lagrange, La Méthode historique surtout à propos de l’Ancien Testament, manuel par lequel il répand « l’erreur luthéro-rationaliste moderne » que combat le pape, livre « sur lequel il me répugnait de porter les yeux », constitue « le véritable Évangile, … l’Évangile de la secte ». On y découvre le « message » du Père Lagrange, son « système », son dessein (ou plus précisément « la perfidie de son dessein »), son plan (dissimulé), ses « artifices trompeurs employés pour dissimuler l’idée véritable ».
Ainsi le Père Lagrange devient-il, sous la plume de Heidet, l’apôtre masqué de la subversion par la critique historique, « apôtre du nouvel Évangile », « apôtre de la Méthode historique » (infiniment supérieur en dissimulation aux jansénistes), « apôtre de la Méthode » (qui déchire la Bible et la foule aux pieds), « apôtre de la Méthode historique » (qui néanmoins se prétend parfaitement en règle envers les enseignements et les prescriptions de l’Église), « apôtre parmi nous le plus ardent et le plus habile » de l’erreur luthéro-rationaliste moderne.
Néanmoins un passage du pamphlet, destiné à jeter la suspicion sur la sincérité et la loyauté du comportement public du Père Lagrange, en dépit de son ironie grinçante, atteste bien involontairement la réputation dont jouissait alors le Père Lagrange à Jérusalem.

Il est très vrai qu’il ne perd aucune occasion de témoigner de tout son respect pour la Sainte Bible tout entière ; de professer le principe fondamental de l’exégèse de son École, l’acceptation intégrale du dogme catholique ; de proclamer dans les termes les plus pathétiques de son entière soumission au Saint-Siège apostolique et son profond amour pour la personne du Souverain Pontife. Bien plus, il recherche ces occasions, les fêtes religieuses, les réunions solennelles, les triduums, les retraites, pour pouvoir multiplier ses professions de foi et les faire connaître à tout le monde. Aussi beaucoup vont-ils maintenant disant :‘Le Père Lagrange, mais c’est un saint, c’est un Père de l’Église ! Comment a-t-on pu le faire passer pour un hérésiarque, pour le chef du Modernisme ?’

La Méthode historique ou « l’Évangile de la secte »

Que Lagrange s’impose au nom du Saint-Esprit, – du moins Heidet le lui impute-t-il, – revient à faire de lui un second Luther. « Luther, au XVIe siècle, s’est présenté aussi comme l’organe du Saint-Esprit, l’envoyé de Dieu pour réformer l’Église et l’introduire dans la voie de la Vérité. » Or la première réforme n’a laissé aux chrétiens réformés que la Bible, pour tout fondement de leur croyance et de leur religion. La nouvelle réforme, aussi subversive que la première, achève la destruction, en « tenant les élucubrations des illustres professeurs pour une lumière venue du Ciel, pour une révélation nouvelle ».
Heidet caractérise aussi l’œuvre des universitaires luthériens d’Allemagne : [30] « En appliquant ses lumières [celles de l’histoire] à l’exégèse biblique, la critique a constaté, prétendent les savants Docteurs, que… les récits de la Bible n’ont absolument rien d’historique et sont un mythe pur. » Telle est l’erreur par laquelle le Père Lagrange a été contaminé : « S’est-il rendu compte, lorsqu’il écoutait les leçons des professeurs allemands, de toute l’anomalie du système auquel il se laissait gagner et de la mission qu’il prétendait assumer ? C’est bien douteux. » Et pourtant

c’est ce système, reproduit de point en point et même mot pour mot, et appelé par lui la Méthode historique, que le Père Lagrange vient aussi, au nom du Saint-Esprit, apporter comme une lumière nouvelle aux maîtres et aux étudiants de la science catholique et qu’il s’efforce de réaliser dans son École.

Voilà comment les adeptes de la critique biblique forment une « secte » dont la Méthode historique constitue « l’Évangile de la secte ».
Que, « dissimulé derrière des professions de foi et des manifestations de respect et de piété hypocrites », l’apôtre de la critique historique ruine la vérité de la Bible ne fait pour Heidet aucun doute.

C’est surtout à propos de la Bible, première base de nos croyances religieuses et de notre culte que, dans sa Méthode historique, le génie du Maître se manifeste dans toute son étendue, et son art dans toute sa perfection et sa finesse.

Or quelle confiance le croyant peut-il désormais accorder à la Bible devant le résultat d’une exégèse dévastatrice, selon laquelle « on ne peut aucunement se fonder sur la Bible pour quoi que ce soit » ?
Le bilan du critique biblique, tel que le dresse Heidet, est celui d’un désastre. De la lecture traditionnelle de la Bible, rien ne résiste, ni la science, ni l’histoire, ni la législation, ni la morale, ni le dogme.

Tout ce que l’on y trouve à apparence scientifique est démenti par la science certaine. À part l’histoire politique des derniers rois, elle n’a pas un mot d’histoire. Sa législation donnée pour divine n’est que le recueil tardif de coutumes d’une peuplade sémite arriérée et elle est inférieure à toutes les législations païennes sémites et autres. Sa morale et sa philosophie est grossière et plate. Le dogme, si on l’y trouve, c’est à l’état embryonnaire, mêlé à des circonstances et des détails dont il a besoin d’être débarrassé ; on ne pourrait en tenir aucun compte, s’il n’était présenté d’ailleurs.

L’authenticité des écrits bibliques n’échappe pas davantage à la destruction.

Quant à l’authenticité et aux auteurs, il n’est peut-être pas un seul livre dont on puisse dire de qui il vient. C’est une collection d’anonymes, de pseudonymes et d’artifices littéraires. En somme, c’est un pêle-mêle de fables et d’élucubrations de divers genres, par lesquelles les juifs, à partir du VIe ou VIIe siècle avant Jésus-Christ, nous font connaître les traditions qui avaient cours parmi eux, leur mentalité et leur état religieux et civil à cette époque et dans la suite.

Conclusion tirée par Heidet : « C’est ainsi qu’en répandant l’encens et en jetant sur elle des fleurs, l’apôtre de la méthode déchire la Bible, l’enterre et la foule aux pieds.»

Démasquer un réformateur camouflé

Sous les apparences de la soumission se dissimule « la perfidie du dessein ».

Ces gens manœuvrent avec tant d’habileté dans leur dissimulation, et l’exposé du système est conduit avec tant d’art qu’il est difficile à des esprits droits et sincères qui ne sont pas avertis, de pouvoir saisir tout d’abord la perfidie du dessein.

Par quelle dissimulation la Méthode historique a-t-elle bénéficié d’une si longue impunité ?

L’auteur est un véritable Protée [31], à qui il importe de ne pas se laisser prendre afin de conserver toute sa liberté d’action. Presque toutes ses phrases commencent par une proposition qu’il semble présenter comme sienne, et finissent non par l’affirmation – il n’affirme à peu près jamais – mais par l’insinuation du contraire. C’est le serpent qui se glisse parmi les fleurs en replis sinueux pour surprendre la victoire qui ne l’attend pas. Les Conférences, chacune en particulier et les cinq ensembles [32] dans leur dessein général, offrent le même caractère. De cette sorte l’écrivain peut toujours nier avoir dit ce que réellement il a voulu dire et faire croire qu’il a proposé précisément ce qu’il s’est efforcé de détruire. Les jansénistes, en leur temps, ont été fort habiles et roués ; l’apôtre de la Méthode historique leur est infiniment supérieur.

Ainsi l’apôtre de la Méthode historique, tout en poursuivant les ravages de son exégèse critique, ne cesse-t-il de s’épancher en expressions de respect et d’éloge de la Bible ;

C’est bien l’Écriture Sainte, la Parole de Dieu, dont toutes les parties, et du premier mot jusqu’au dernier, tout a été écrit sous le souffle de l’Esprit Saint. C’est un Livre qui n’a pas son pareil, un trésor inappréciable etc., etc. … Il ne perd aucune occasion de témoigner de tout son respect pour la Sainte Bible tout entière ; de professer le principe fondamental de l’exégèse de son École, l’acceptation intégrale du dogme catholique. … Ceux qui ne sont pas initiés admireront la parfaite orthodoxie de son exégèse et le célébreront encore comme le plus zélé adversaire du Modernisme et de ses adhérents.

Les apparences et la réalité d’une soumission

Lagrange se prétend parfaitement en règle avec toutes les dernières ordonnances et prescriptions du Saint-Père ou portées en son nom. À l’École biblique, ceux de ses disciples qui traitent de l’exégèse vétéro-testamentaire « n’enseigne plus ex professo les résultats ou les doctrines de la Méthode historique et les décisions de la Commission biblique sont désormais prises en considération ». Mais les arguties pour « mettre les consciences au large » ne manquent pas, ainsi que les expose Heidet.
D’une part, en bonne méthode scolastique, à la manière de Saint Thomas d’Aquin, il convient d’exposer la pensée de l’adversaire que l’on veut combattre, c’est-à-dire l’exégèse des universitaires allemands. En effet,

on ne peut se dispenser de présenter les objections ou opinions contraires avec leurs prémisses et, dans une discussion loyale, il faut bien convenir que les conservateurs routiniers et entêtés n’ont pas toujours des raisons solides ou satisfaisantes à opposer, quand ils en ont.

D’autre part, selon la théologie la plus orthodoxe, on ne peut majorer l’autorité des interventions romaines. Il apparaît « que la Commission biblique n’est pas infaillible, que ses décrets, non plus que ceux des Congrégations et même les Actes pontificaux qui ne sont pas des définitions ex cathedra, sont plutôt disciplinaires que dogmatiques ».
Selon ces prémisses,

on ne peut donc contester que les professeurs de ‘l’École biblique’ ne respectent strictement les règles impérées [33] et le serment obligatoire [34], in foro externo. Ils le prétendent du moins. Il est bien vrai encore, pour ce qui est de foro interno, que c’est leur affaire. Ils assurent être des gens d’honneur, on doit s’en rapporter à leur parole.

À supposer que la Méthode historique soit visée tacitement par quelque document romain, puisqu’elle a été approuvée par deux censeurs dominicains et autorisée par le maître général ; qu’elle a été plusieurs fois déférée aux Congrégations de l’Index et du Saint-Office, lesquelles l’ont laissée passer ; qu’elle a été louée au nom du Souverain Pontife par le Secrétaire d’État, dans des ouvrages qui sont basés sur elle, « qui peut les empêcher d’interpréter le fait en leur faveur et de se considérer dispensés des règles et des obligations du serment ? »
En dépit des orientations contraires impérées par les autorités romaines, le chef de l’École de Jérusalem demeure obstiné dans son dessein.

Il est parfaitement vrai que jusqu’aujourd’hui, pas un mot, direct ou indirect, n’est sorti ni de la bouche ni de la plume du Père Lagrange soit pour rétracter, soit pour corriger aucune des doctrines, propositions, idées de la Méthode historique, pas davantage pour exprimer le moindre regret. En dehors des protestations toutes générales que j’ai reproduites, jamais aucun signe d’assentiment réel à une des déclaration de la Commission biblique ou du Saint-Père n’a été manifestée par lui. Bien des notes soit-disant explicatives, c’est vrai, ont été publiées çà et là. Ce sont des explications qui augmentent l’équivoque et l’amphibologie, aucune ne touche au fond de la question.

Recours au Saint-Père

Ainsi, tandis que le Saint-Père prend toutes les mesures pour arrêter la diffusion de l’erreur luthéro-rationaliste moderne et s’efforce d’en extirper les germes qui malheureusement ont réussi à s’implanter jusque dans l’Église, – en même temps l’Apôtre parmi nous le plus ardent et le plus habile de cette erreur, … – peut s’en aller, lui et ses auxiliaires, se jouant de tous ces efforts et de toutes ces mesures, répandre partout le venin le plus pernicieux de cette erreur par le manuel qui en fait l’exposé et se trouve en être le véritable Évangile.

Contre ceux qui se feraient les avocats de l’auteur et de son œuvre, Heidet peut éclairer le Saint-Père par une argumentation plus développée.

En le comparant au livre lui-même, le Saint-Père pourra constater qu’il n’est que trop exact que la barque de la doctrine de l’Église est envahie par les flots de la tempête qui menacent de la faire sombrer, et que nous ne sommes que trop en droit de crier au nautonier : Domine, salva nos, perimus !

Au bout du compte, Heidet réclame du Saint-Père la plus grave sanction :

Mettre simplement la Méthode historique sur la liste de l’Index ou même faire dénoncer son auteur par le Saint-Office sont des mesures insuffisantes. Le Pasteur suprême peut seul couper les ailes à l’Aigle et aux aiglons et détruire leur aire [35] Soutenu de l’Esprit de Dieu, aidé du conseil des sages, Il peut parfaire cette œuvre qui sera la gloire de son pontificat.

La défiance de Pie X envers le Père Lagrange

Les griefs articulés par Heidet dans sa diatribe contre Lagrange, tout en n’apprenant rien de neuf au Saint-Père, ne pouvaient que renforcer celui-ci dans sa suspicion déjà ancienne envers l’École biblique et son chef. De son côté Lagrange savait depuis longtemps combien Pie X se défiait de l’exégèse critique préconisée et pratiquée par l’École de Jérusalem. Car Pie X ne cachait pas le peu de confiance que lui inspirait le chef de cette École. Les témoignages directs ne manquaient pas. En septembre 1906, le maître général Cormier rapportait au prieur provincial de Paris la consigne qu’il venait de recevoir de Pie X en personne au sujet de l’École biblique : [36] « En cette matière, soyez dur, vous pouvez être assuré de l’appui du Saint-Siège. » En février 1908, Cormier encore, à propos de certains adversaires qui se réclamaient du Père Lagrange : [37] « ‘Au fond, ils nous exploitent.’ C’est ce que me disait dernièrement le Saint-Père, pour une mauvaise affaire où un prêtre se réfugiait derrière le P. Lagrange. » Et, encore en février, à l’évêque de Grenoble, qui n’en demandait pas tant. [38] « Pater Lagrange … aliquando claudicat. » En avril 1908, selon Cormier. [39] « Le Saint-Père ne pense pas qu’à Jérusalem on soit bien enchanté de ce qu’il fait et bien empressé à le seconder efficacement con amore. » Si, en juin 1909, Pie X tenait à Cormier un langage plus modéré, [40] « L’autre jour… il me dit de vous : ‘Maintenant il n’y a rien, mais il y a le passé’», l’archevêque de la Nouvelle-Orléans avait entendu auparavant un propos bien plus rude. [41] « Il est à craindre qu’il ne se modifie pas tant qu’il ne sentira pas la main de fer du Saint-Siège. » Au début de 1911, Pie X déclarait encore à Cormier : [42] « Il S. Padre vuol essere sicuro. »

Aussi Cormier regrettait-il l’attentisme qu’on reprochait à l’École biblique. À un correspondant non identifié, le 16 juin 1909 : [43]

Il y a des sympathies sérieuses qui sont arrêtées par cette question : Mais enfin que pensent les Pères dominicains ? Quel gage donnent-ils de leur adhésion aux directions que ne cesse de donner le Saint-Siège ? Seraient-ils de ceux qui disent : Il faut se taire, rester passifs, en attendant des jours meilleurs et des directions plus éclairées, plus favorables au bien des âmes ?

Au Père Lagrange, deux jours plus tard : [44]

L’opinion s’est répandue chez certains de nos Pères que des professeurs ont pour tactique de se taire, attendant des jours meilleurs, et prévoyant que, s’ils avaient le malheur de risquer des opinions peu agréées, le pape frapperait comme sourd, quod est inconveniens.

La suspicion qui frappait Lagrange compromettait l’ensemble des Dominicains français, ainsi que s’en plaignait, en juin 1907, le prieur provincial de Paris, hostile à l’exégèse critique : [45] «Nous souffrons tous à la pensée que le Saint-Père, à cause du Père Lagrange, nous tient tous plus ou moins en suspicion.» Le même provincial en faisait directement le reproche au Père Lagrange en juin 1909 : [46] «Votre crédit moral est atteint parce que le Saint-Père vous tient un peu en suspicion. Une bonne partie de l’opinion publique partage la suspicion du Saint-Père, et votre crédit financier est atteint du même coup.»
Dans un tel contexte, Cormier conseilla à Lagrange d’adresser au Saint-Père, en août 1911, une déclaration explicite de fidélité qui pût couper court à toutes les rumeurs malveillantes et donner satisfaction aux autorités romaines [47] :

I. J’ai prêté en temps utile le serment prescrit par le motu proprio Sacrorum antistitum en signant la formule officielle que j’ai envoyée signée au Rme Père Cormier, Maître Général de notre Ordre.

II. J’ai accepté et j’accepte ouvertement et sincèrement les décisions et réponses du Saint-Siège, comme doit le faire tout catholique, selon les règles et distinctions enseignées par les théologiens approuvés.

III. Je suis prêt à rejeter les opinions que j’ai émises si elles étaient rejetées ou réprouvées par le Saint-Siège, et je lui soumets de la même manière tout ce que j’écrirai à l’avenir.

En fait, la confiance ne sera vraiment rétablie que l’année suivante, après la désapprobation publique que la Consistoriale jeta le 29 juin sur l’œuvre scientifique de Lagrange, quand le Père écrivit à Pie X, le 17 août, une lettre filiale qui toucha enfin le cœur du pape. [48]

Notes    (↵ returns to text)

  1. Article paru dans : Hubert WOLF/Judith SCHEPERS, In Wilder zügelloser Jagd nach Neuem, 100 Jahre Modernismus und Antimodernismus in der katholischen Kirche, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2009, p. 171-186.
  2. Louis Heidet à Pie X, 10 juin 1911 ; ASV Segr. Stato Spoglio Pio X, b. 2, fasc. 9. Le document a été découvert par mon confrère le Père Augustin Laffay, que je remercie de me l’avoir communiqué.
  3. Pour je ne sais quelle raison, le Père Lagrange écrit toujours et partout Heydet.
  4. Claude SOETENS, Le congrès eucharistique international de Jérusalem (1893), Louvain 1977, 564, note 4.
  5. Louis PIROT, art. Heidet, Louis, in : Dictionnaire de la Bible, Supplément, tome 3, 1440s.
  6. La Science Catholique 4 (1890), 673, Article du Père Lagrange reproduit dans : Exégète à Jérusalem, Nouveaux Mélanges d’Histoire Religieuse (1890-1939), Présentation par Maurice GILBERT SJ, Paris 1991, 14.
  7. Donc depuis 1881.
  8. Marie-Joseph LAGRANGE, Le Père Lagrange au service de la Bible. Souvenirs personnels, Paris 1967, 32.
  9. Ibidem, 34.
  10. « Le rétablissement de l’ordre des Prêcheurs à Jérusalem ; du couvent Saint-Étienne à l’École biblique », in : Archivum Fratrum Praedicatorum 58 (1988), 361-422.
  11. Sur ce point, l’abbé Louis Heidet agit comme l’abbé Maxime Séjourné, professeur au séminaire de Sées, qui se donna au Père Lecomte en 1885 et qui fut envoyé au noviciat à Fiesole pour devenir dominicain par sa profession dans l’Ordre en 1886.
  12. Donc après le 26 décembre 1884.
  13. Louis HEIDET, Étude critique et topographique : Où se trouve à Jérusalem le lieu de la lapidation de S. Étienne ? Jérusalem 1887.
  14. Dictionnaire de la Bible, Supplément, tome 3, 1441.
  15. Louis HEIDET, Maspha et les villes de Benjamin Gabaa, Gabaon et Béroth, in : Revue biblique 3 (1894), 321-356. Mention de la conférence à Saint-Étienne, 344.
  16. C’est ainsi que Louis Pirot conclut son article consacré à Louis Heidet. Texte souligné par moi.
  17. À commencer par l’article du biographe attitré Hugues VINCENT, publié en fascicule en 1950, in : Dictionnaire de la Bible, Supplément, tome 5, 231-237.
  18. Bernard MONTAGNES, Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique, Paris 2004.
  19. Francesco TURVASI, Giovanni Genocchi e la controversia modernista, Rome 1974, 264s.
  20. Comment Heidet, faisant fi de l’histoire, invente-t-il ce « pacte primitif » par lequel Lagrange et Loisy se seraient concertés pour se partager la besogne dans une commune inspiration ?
  21. « L’auteur de ces lignes demande seulement à insister sur un point particulier pour exprimer son entière satisfaction sur la manière dont a été résolu un problème difficile : répudier des erreurs avancées au nom de la critique et de l’histoire, sans porter la moindre atteinte à la juste liberté de la critique historique. », in : Revue biblique 26 (1907), 543.
  22. Ibidem, 542-554.
  23. Pour la documentation concernant cette affaire, voir Bernard MONTAGNES, Exégèse et obéissance, Correspondance Cormier-Lagrange (1904-1916), Paris 1989, 209 et 214.
  24. Ibidem, 240.
  25. « Il a choisi S. Marc, où il peut éviter ces applications [de la Méthode historique] et faire valoir les – différences radicales (?) – où il se trouve aujourd’hui en désaccord avec M. Loisy. Il pourra ainsi laisser croire qu’il a rompu le pacte primitif dans lequel ils se partageaient la besogne, Lagrange prenant pour lui l’application de la méthode historique à l’Ancien Testament et Loisy au Nouveau. »
  26. L’allusion ne peut se rapporter qu’au Père Dhorme, dont la notoriété scientifique est déjà bien établie : il a publié en 1907, Études bibliques, Choix de textes assyro-babyloniens ; en 1910, La Religion assyro-babylonienne (conférences données à l’Institut catholique de Paris) ; en 1910, Études bibliques. Les Livres de Samuel ; en 1911, Les Pays bibliques et l’Assyrie. D’autre part, son humour était particulièrement corrosif. Édouard Dhorme, Paul dans l’Ordre dominicain (1881-1966), nommé professeur d’hébreu et d’Écriture sainte à Saint-Étienne de Jérusalem, le 19 novembre 1906.
  27. Par quelles circonstances, ou plus probablement par quel informateur, nous n’en saurons rien.
  28. Souligné par moi.
  29. « J’y joindrai la conclusion de l’ouvrage de Piepenbring, qui est l’abrégé du système protestant, afin que le Saint-Père puisse voir si la méthode du Père Lagrange en diffère ou non et se rendre compte de la portée véritable de celle-ci. »
  30. L’un de ceux qui diffusent les opinions de ces professeurs protestants est par deux fois nommément désigné : le pasteur strasbourgeois Charles Piepenbring (1840-1928). Heidet se fait fort de montrer des extraits de ses écrits attestant des positions semblables à celles du Père Lagrange. Charles PIEPENBRING, Théologie de l’Ancien Testament, Paris 1886 ; Histoire du peuple d’Israël, Paris 1898 ; Les principes fondamentaux de l’enseignement de Jésus, Paris 1901 ; Jésus historique, Paris 1909 et Strasbourg, Paris 1922. Noter que l’Histoire et le Jésus ont fait l’objet de critiques sévères dans la Revue biblique (juillet 1900), 472s. ; Revue biblique (janvier 1912), 147.
  31. Dieu grec marin qui avait reçu de Poséidon, son père, le don de changer de forme à volonté.
  32. Pourquoi les cinq alors qu’il y en a six ? Et que la sixième porte sur l’histoire primitive ? Le polémiste ne s’embarrasse pas d’exactitude.
  33. Non seulement les décrets (en forme de réponses) de la Commission biblique, mais surtout les mesures édictées par l’encyclique Pascendi.
  34. Le serment antimoderniste prescrit par le motu proprio « Sacrorum antistutum » du 1er septembre 1910.
  35. Déjà sous Léon XIII le cardinal Ledochowski, préfet de la Propagande, ne demandait pas autre chose : furieux contre le Père Lagrange et contre l’École biblique, il pensait qu’il faudrait détruire ce nid d’hérésies (selon une lettre de Genocchi à Lagrange, 3 janvier 1900).
  36. MONTAGNES, (voir note 23).
  37. Cormier à Boulanger, 8 février 1908 ; AGOP XIII, 30140.
  38. MONTAGNES, Exégèse (voir note 23).
  39. Ibidem, 194.
  40. Ibidem, 228, « Je pense, commente Cormier, qu’il voulait parler de la Genèse et des idées émises sur les apparences historiques et sur le caractère mixte, composite, semi-légendaire des Patriarches. »
  41. Propos connu par une lettre du Père Cormier au provincial de Toulouse, 29 juin 1909 : « Je ne lui ai pas rapporté [au P. Lagrange] ce que le Saint-Père a dit à l’archevêque de la Nouvelle-Orléans, que si le Père ne sentait pas la main de fer du Saint-Siège, difficilement il changerait. Peut-être ledit archevêque nous a-t-il mal interprété la pensée du Saint-Père, mais il y a de quoi réfléchir et veiller. » Archives dominicaines de Toulouse, C.9403. De même Cormier au provincial de Paris, lequel recopie la lettre pour le Père Lagrange : « Dernièrement le Saint-Père, traitant de la question avec l’archevêque de la Nouvelle-Orléans, lui dit du Père Lagrange : « Il est à craindre qu’il ne se modifie pas tant qu’il ne sentira pas la main de fer du Saint-Siège. » Cela nous a mis en appréhension qu’à l’instigation de quelques adversaires le Saint-Père ne méditât quelque acte de rigueur. » Sur quoi Cormier obtient une explication de Pie X : « Maintenant il n’y a rien, mais c’est le passé. » MONTAGNES, Exégèse (voir note 23), 226. Sur tout cela, voir LAGRANGE, Souvenirs (voir note 8, 179s).
  42. MONTAGNES, Exégèse (voir note 23), 299.
  43. AGOP V, papiers Cormier.
  44. MONTAGNES, Exégèse (voir note 23), 222.
  45. Ibidem, 159, voir note 33.
  46. Ibidem, 223.
  47. LAGRANGE, Souvenirs (voir note 8), 192.
  48. Ibidem, 205. « Quand je pense à l’accueil plein de bonté que fit Pie X à ma soumission de 1912, je me dis que si je lui avais écrit alors [en 1909] une lettre filiale pour lui ouvrir mon cœur plus complètement que je ne l’avais fait jusqu’alors, ses soupçons se seraient peut-être évanouis. » Ibidem, 184.

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