Le pape Paul VI loue le père Lagrange

Paul VI

Le jeudi 14 mars 1974, aux membres de la Commission biblique pontificale réunie à la suite du Concile Vatican II, le Pape Paul VI évoquait l’homme exceptionnel qu’était le Père Lagrange, sa foi, sa compétence ainsi que son attachement à l’Église et à son Magistère.

Nous vous proposons quelques extraits de ce discours qui montrent combien le Père Lagrange était en avance dans ce domaine de l’exégèse :

[…] « Les études des dernières décennies ont contribué de façon importante à mettre en valeur le rapport étroit et le lien qui unissent indissolublement l’Écriture à l’Église.

[…] « C’est le devoir primordial de l’exégète de présenter au peuple de Dieu le message de la révélation, d’exposer la signification de la Parole de Dieu en elle-même et par rapport à l’homme contemporain, de donner accès à la Parole, au-delà de l’enveloppe des signes sémantiques et des synthèses culturelles, parfois éloignés de la culture et des problèmes de notre temps. Quelle grande mission vous incombe vis-à-vis de l’Église comme de toute l’humanité ! Quelle contribution à l’évangélisation du monde contemporain !

« Pour illustrer cette responsabilité et pour vous défendre des fausses pistes dans lesquelles l’exégèse risque souvent de se fourvoyer, Nous allons emprunter les paroles d’un grand maître de l’exégèse, d’un homme dans lequel ont brillé de façon exceptionnelle la sagacité critique, la foi et l’attachement à l’Église : Nous voulons dire le Père Lagrange.

« En 1918 (après avoir tracé le bilan négatif des diverses écoles de l’exégèse libérale), il dénonçait les racines de leur échec et de leur faillite dans ces causes: opportunisme doctrinal, caractère unilatéral de la recherche et étroitesse rationaliste de la méthode.

« ‘Dès la fin du XVIIIe siècle, écrivait-il, le christianisme se mettait à la remorque de la raison; il fallut plier les textes à la mode du jour. Cet opportunisme inspira les commentaires des rationalistes’». Et il continue : Tout ce que nous demandons de cette exégèse indépendante, c’est qu’elle soit purement scientifique. Elle ne le sera tout à fait qu’en se corrigeant d’un autre défaut commun à toutes les écoles que nous avons énumérées. Toutes ont été einseitig, ne regardant que d’un seul côté’ (M.-J. LAGRANGE, Le sens du Christianisme d’après l’exégèse allemande, Paris, Gabalda 1918, pp. 323, 324, 328).

« Le Père Lagrange mettait en cause un autre caractère des critiques: le dessein arrêté de ne pas accepter le surnaturel.

« Ces remarques conservent, aujourd’hui encore, un caractère d’urgence et d’actualité. On peut y ajouter aussi, pour les expliciter, une invitation à ne pas exagérer ni à transgresser les possibilités de la méthode exégétique adoptée, à ne pas en faire une méthode absolue comme si elle permettait, et elle seulement, d’accéder à la Révélation divine. Il faut se garder également d’une remise en question systématique visant à affranchir toute expression de la foi d’un solide fondement de certitude.

« Ces chemins aberrants seront évités si l’on suit la règle d’or de l’herméneutique théologique énoncée par le Concile Vatican II: celui-ci demande d’interpréter les textes bibliques « en prêtant attention au contenu et à l’unité de l’Écriture tout entière, compte tenu de la Tradition vivante de toute l’Église et de l’analogie de la foi » (Dei Verbum, 12).

« ‘On ne saurait retrouver le sens du christianisme — c’est encore le Père Lagrange qui parle — par un groupement de textes, si l’on ne pénètre pas jusqu’à la raison d’être du tout. C’est un organisme dont le principe vital est unique. Or il est découvert depuis longtemps, et c’est l’incarnation de Jésus-Christ, le salut assuré aux hommes par la grâce de la rédemption. En cherchant ailleurs on s’exposerait à faire fausse route’ (M.-J. LAGRANGE, Le sens du Christianisme d’après l’exégèse allemande, Paris, Gabalda 1918, p. 325).

« Exprimer le message signifie donc avant tout recueillir toutes les significations d’un texte, et les faire converger vers l’unité du Mystère, qui est unique, transcendant, inépuisable, et que nous pouvons par conséquent aborder sous de multiples aspects. […]. »