Père Lagrange, une plaque commémorative dans l’église de Saint-Romain-sous-Gourdon

In : Le Journal de Saône-et-Loire, édition de Montceau-les-Mines, 09 juillet 2011, par Jean-Pierre Valabrègue, http://www.lejsl.com/

Le Père Lagrange étudia au petit séminaire d’Autun, avant d’être envoyé à Jérusalem et d’y fonder une École d’Écriture sainte, à la fin du XIXe siècle.

Le Père Marie-Joseph Lagrange est né à Bourg-en-Bresse, où son père était notaire. Ses racines familiales sont à Lyon pour la lignée maternelle. Mais, pour la lignée paternelle, elles sont en Bourgogne, chez nous, à Saint-Romain-sous-Gourdon.

Les Lagrange sont, en effet, d’origine paysanne. Le grand-père, Louis Lagrange, (1787-1866) était propriétaire à Saint-Romain-sous-Gourdon, au hameau des Moulins, puis au hameau du Prat, et il fut maire de la commune dans les années 1820. La grand-mère, Antoinette-Philippe Cléau (1789-1873), venait de la même région rurale, appartenait au même milieu social ; et par l’arrière-grand-mère, Jeanne Aumonier, les Lagrange étaient apparentés à Marguerite-Marie Alacoque.

Son père, né à Saint-Romain en 1814, décédé à Bourg-en-Bresse en 1883, s’était marié en 1850 et avait eu neuf enfants, dont cinq seulement survécurent.

Né le 7 mars 1855 à Bourg-en-Bresse, Albert, qui changera son prénom en Marie-Joseph en entrant dans les ordres, étudia au petit séminaire d’Autun, avant de rejoindre l’Ordre des Frères Prêcheurs (les Dominicains).

Le Père Lagrange était très attaché au culte marial, d’où son changement de prénom. Sa mère l’avait mis à sa naissance sous la protection de la mère du Christ, car il était de santé fragile. Il avait une dévotion particulière pour la Vierge d’Autun. De sa parenté avec Marguerite-Marie Alacoque, il avait hérité une particulière affection pour la sainte de Paray-le-Monial. Et il avait une dévotion fervente pour le curé d’Ars, auquel, dans son enfance, sa mère inquiète l’avait conduit : le curé aurait dit : « L’enfant ne mourra pas ; il deviendra un jour une lumière de l’Église».

À la fin de ses études, il se spécialisera dans les langues orientales. Cela lui valut d’être envoyé par son Ordre à Jérusalem, en 1888, avec pour mission d’y fonder une école d’Écriture Sainte.

L’École biblique de Jérusalem, fondée en 1890, et la Revue Biblique, créée en 1892, ont été l’œuvre de sa vie, semée de difficultés, car il créait ex nihilo un établissement et une revue où il instaurait du jamais vu : un apprentissage de type expérimental au lieu d’un enseignement de style rhétorique, et la reconnaissance dans la Bible de la parole de l’Homme inscrite dans l’Histoire tout en la recevant comme Parole de Dieu, porteuse de transcendance. Autrement dit, la Bible au feu de la critique historique !

Son succès fut considérable, mais la reconnaissance officielle se fit longtemps attendre : ce n’est qu’en 1913 que l’Académie des Sciences reconnut son travail d’homme de terrain ; et ce n’est qu’en 1921 que l’École biblique et archéologique française de Jérusalem fut reconnue par le gouvernement français.

Une plaque commémorative dans l’église de Saint-Romain-sous-Gourdon

Retiré en 1935 à Saint-Maximin (Var), le Père Lagrange y mourut en 1938 et y fut enterré. Son corps fut transféré le 13 novembre 1967 à Jérusalem, où il repose dans la basilique de Saint-Étienne.

Dans l’église de Saint-Romain-sous-Gourdon, une plaque commémorative a été posée en mai 1968 : “À la mémoire du Père M.-J. Lagrange, dominicain, fondateur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem”.

Cette plaque a pu faire croire qu’il fut curé de Saint-Romain. Mais c’est son oncle, Louis-Jean Lagrange, né en 1825 à Saint-Romain-sous-Gourdon, ordonné prêtre en 1851, qui fut curé de Saint-Romain en 1858, puis de Mellecey en 1880. Mort à Cuisery, où il avait pris sa retraite, il fut enterré à Saint-Romain le 7 mars 1898.