« Si vous aimez les âmes, vous les aurez » par fr. Manuel Rivero, o.p.

« […] On peut affirmer sans erreur que le Curé d’Ars fut toute sa vie hanté par le salut, le sien et celui des autres. La première phrase qu’il dit en arrivant à Ars au petit berger : «Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel»; c’est-à-dire, moi ton curé, je vais faire de toi un saint. Je vais te plonger dans la miséricorde de Dieu et dans sa sainteté. À peine arrivé, il se place immédiatement comme un pasteur qui conduit ceux qui lui sont confiés vers le salut. Quand il annonce à sa maman qu’il veut être prêtre, il lui dit que c’est «pour gagner des âmes au Bon Dieu». Voilà ce que représente un prêtre pour cet enfant: plonger les âmes dans la miséricorde de Dieu afin de faire qu’elles choisissent Dieu et vivent de Lui. Mais avant d’être ce pasteur éclairé, il fut aussi, comme chacun de nous, un pécheur pardonné. » (Extrait de la conférence donnée à Ars le 3 août 2006, publiée en 2007 dans les Annales d’Ars (n° 306-307) par le Père Jean-Philippe Nault, recteur du Sanctuaire d’Ars.)


«Si vous aimez les âmes, vous les aurez»

« La miséricorde et le zèle. La miséricorde commence, le zèle consomme ; la compassion que nous inspirent les souffrances du prochain est souvent le commencement de la charité ; ainsi au séminaire, quelqu’un arrive dans un milieu inconnu, nouveau : on s’applique à le consoler ; cela devient bien vite de la charité. C’est dans l’ordre, vis-à-vis de celui qui exerce la charité, et de celui qui la reçoit. Nous sommes plus sensibles aux épreuves physiques et intellectuelles de notre prochain qu’à ses épreuves surnaturelles ; en effet nous jugeons pour lui d’après nous : nous sommes plus sensibles à nos malheurs physiques ou moraux qu’à nos misères surnaturelles. […] Il ne faut pas expliquer la charité de Dieu, mais la faire comprendre en la montrant. Le tout est de faire voir à une âme que Dieu est bon pour elle, qu’il l’a aimée. Quand on aura dit de vous, qu’il est bon, profondément bon, et quand vous aurez dit, nemo bonus, nisi solus Deus[1] , vous gagnerez cette âme. Le zèle est la charité en ardeur, il se traduit par le besoin d’édifier ses frères : Pro eis sanctifico meipsum[2] : prier pour ses frères, agir ; les œuvres de la charité, dont les formes sont infinies. Si vous aimez les âmes, vous les aurez : c’est l’encouragement {[3]! » (Journal spirituel inédit du père Lagrange. Séminaire d’Issy-les-Moulineaux, le 21 mars 1879.)

(La Revue du Rosaire, L’Année sacerdotale et le Père Lagrange, n° 218, décembre 2009)

Notes    (↵ returns to text)

  1. Citation de l’Évangile selon saint Matthieu 19,17: « Dieu seul est bon. »
  2. Citation de l’Évangile selon saint Jean 17,19: « Pour eux, je me sanctifie moi-même. »
  3. Marie-Joseph Lagrange Journal spirituel (inédit), Premier cahier, transcrit par le frère Renaud Escande, révisé par le frère Bernard Montagnes.