Marie au pied de la croix, par le R.P. Marie-Joseph Lagrange des Frères prêcheurs

Notre-Dame des Douleurs

« Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa Mère, et la sœur de sa Mère, Marie, la femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc, voyant sa Mère et, tout près, le disciple qu’il préférait, dit à sa Mère : “ Femme, voilà ton fils.” Ensuite, il dit au disciple : “ Voilà ta mère. ” Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Évangile selon saint Jean 19, 25-27).

« Le calice de la Rédemption fut amer pour Jésus. Ses souffrances sur la croix étaient atroces. Son cœur était meurtri par l’abandon de ses disciples, le mépris des chefs des Juifs, la lourde indifférence du grand nombre. Jusque-là, même dans ce mystère douloureux, le Père avait encore versé beaucoup de joie dans l’âme de Jésus par l’amour de sa Mère. Elle était là, pâtissant avec lui, augmentant ainsi sa torture et pourtant le consolant dans l’abandonnement des autres.

Avec elle sa sœur, peut-être sa cousine, qui était la mère de Jacques et de José, puis Marie, femme de Clopas, Marie de Magdala, enfin le disciple bien-aimé. Aucune loi n’empêchait les parents de s’approcher des suppliciés ; les soldats gardaient les croix contre un coup de main ou pour empêcher trop de tapage ; ils n’écartaient ni les curieux, ni les ennemis, ni même les personnes amies. Jésus donc, voyant sa Mère et tout près le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : “ Femme, voilà votre Fils. ” Ce terme de femme sonne plus doucement aux oreilles d’un Oriental qu’aux nôtres. Et Jésus, se séparant de sa Mère, ne veut plus lui donner ce nom très doux. Cela aussi fait partie de son sacrifice. Sa pensée est de la confier à celui qu’il aime le mieux, par qui elle sera le mieux comprise quand elle parlera de son vrai fils. Étant très jeune, son affection sera à la fois plus respectueuse et plus tendre. Il devra donc la regarder vraiment comme sa mère : “ Voilà ta mère. ”

Et depuis ce moment le disciple la prit chez lui. Quelle union entre eux fut créée par cette parole et par ce souvenir ! Tous les chrétiens, devenus frères de Jésus par le baptême, sont donc aussi fils de Marie. Ils s’approchent de la Croix, s’entendent dire cette parole : Voilà votre Mère ! Et ils savent, et ils éprouvent que Marie les traite vraiment comme des fils. »[1]

La Revue du Rosaire – n° 204, Septembre 2008


Notes    (↵ returns to text)

  1. M.-J. LAGRANGE, L’Évangile de Jésus-Christ avec la Synopse évangélique, traduite par le P. C. LAVERGNE, o. p., Nouvelle édition, Paris, Librairie Lecoffre, J. Gabalda et Cie, éditeurs, 1954, p. 626-627.