Jésus, les bergers et les rois mages par fr. Manuel Rivero, o.p.

Dans son commentaire de l’Évangile de saint Luc sur l’enfance de Jésus, le père Lagrange critique, à la lumière de la science historique, l’affirmation du rationaliste Renan[1] qui « a écrit sans sourciller comme si tout le monde était d’accord : Jésus naquit à Nazareth[2] ».

Bon connaisseur de Bethléem, qu’il visite souvent, le père Lagrange situe la naissance de Jésus dans une grotte, lieu d’habitation communément utilisé à l’époque :

« Le lieu traditionnel de la Crèche, assuré par une longue tradition, est un peu à l’est et en contrebas de l’ancienne bourgade, située au point le plus élevé du village actuel. En descendant encore à l’orient, on a bientôt franchi la limite des cultures. Bethléem était, bien plus que Jérusalem, la reine du désert. C’est encore là que les tribus nomades viennent acheter du blé et vendre leurs tissus et leurs fromages. Il y avait donc tout près des pasteurs qui gardaient leurs troupeaux. En hiver, et à la fin de décembre, date à laquelle s’est arrêtée la liturgie, les troupeaux des villageois étaient probablement rentrés la nuit dans les étables ; mais chez les vrais pasteurs il n’y en avait point au désert où la température est plus douce à mesure qu’on descend vers la mer Morte. Un groupe de ces nomades – car ils n’étaient pas de Bethléem – était demeuré éveillé cette nuit-là, devisant sans doute en gardant les troupeaux[3]. »

Pour le fondateur de l’École biblique de Jérusalem, l’histoire de l’humanité trouve alors la clé de son interprétation en l’âme de la Vierge :

« Mais l’écho le plus fidèle de toutes ces paroles, la pénétration la plus intime de toutes ces choses étaient dans le cœur de Marie, où convergeaient tous les desseins de Dieu[4]. »

Quant aux rois mages, le père Lagrange, en accord avec le contexte historique, les considère comme des rois d’Arabie :

« Qui étaient ces mages ? Les anciens, en Occident surtout, ont vu en eux des prêtres de la religion des Perses. C’est le sens officiel du mot. Mais on l’employait aussi pour désigner des astronomes, un peu astrologues, car en Orient, mis à part la grande école d’astronomie d’Alexandrie, on ne se préoccupait guère des étoiles, et des planètes surtout, que pour pénétrer la destinée des enfants nés sous telle ou telle influence. Ce mauvais renom des mages astrologues a peut-être incliné à voir dans les mages de l’évangile des prêtres persans. Mais la Perse n’est pas précisément l’orient de la Palestine, et les Pères originaires de la Terre Sainte, saint Justin, dès le second siècle, et saint Épiphane au quatrième, font vraiment venir les mages de l’est, c’est-à-dire des pays situés au-delà de la mer Morte, qu’on comprenait dans l’Arabie.

C’est bien ce qu’indique la nature de leurs présents. Ces mêmes présents ont fait croire à Tertullien qu’ils étaient des rois, parce que le Psaume LXXI annonçait que les rois des Arabes et de Saba apporteraient des dons au Messie[5]. »

(La Revue du Rosaire, n° 208, janvier 2009)


Notes    (↵ returns to text)

  1. Joseph-Ernest Renan (18231892), écrivain, philosophe et historien français, connu  surtout pour sa Vie de Jésus.
  2. M.-J. LAGRANGE, L’Évangile de Jésus-Christ avec la Synopse évangélique traduite par le P. C. LAVERGNE, o.p.Nouvelle édition, Paris, J. Gabalda et Cie, éditeurs, 1954, p. 30.
  3. Ibid., p. 33.
  4. Ibid., p. 34.
  5. Ibid., p. 38.