Extrait-La Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem par Marie-Joseph Lagrange des frères Prêcheurs

La Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem(1)

« Marie, elle, eût pu se croire dispensée d’une autre loi, celle qui obligeait les jeunes mères à se présenter au Temple, pour y accomplir une sorte de purification légale, en offrant un agneau d’un an pour l’holocauste, et un jeune pigeon ou une tourterelle en sacrifice pour le péché. Les pauvres étaient autorisés à n’apporter que deux pigeons ou deux tourterelles. De plus tous les premiers-nés, même du bétail, appartenaient au Seigneur. Un garçon était racheté cinq sicles. Il n’était pas prescrit clairement qu’il dût être présenté au Temple, mais une mère pieuse aurait-elle manqué cette occasion d’assurer à son fils la bénédiction du Très-Haut ? Marie et Jésus entendirent ainsi la loi du Seigneur. Si elle obligeait de lui consacrer tout enfant mâle sorti le premier du sein maternel, ne fallait-il pas lui présenter ce rejeton de David, qui devait être reconnu comme Fils de Dieu !

Cette entrée dans les parvis du Temple, dans un si petit équipage, était cependant quelque chose d’auguste. Par là, selon la prophétie de Malachie(2), le Seigneur venait une première fois dans son temple. Il convenait qu’il y fût salué par un représentant de ces hommes de l’Esprit qu’étaient les prophètes. Celui-là se nommait Siméon. 

(…) Siméon voit plus loin que Zacharie, dont le regard s’arrêtait aux frontières d’Israël. Prenant l’enfant dans ses bras, ce véritable héritier d’Isaïe salue celui qui répandra le salut sur tous les peuples, étant la lumière des nations, sans cesser d’être la gloire d’Israël. 

(…) Selon la force du terme légal, dès cette heure le premier-né de Marie est sanctifié à Dieu. C’est le terme dont Jésus se servira à la veille de sa Passion :  » Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’ils soient aussi sanctifiés en vérité  » (Jean 17,19). Or la consécration au Dieu saint se fait par le sacrifice. Les premiers-nés de l’homme ne sont pas immolés, et Jésus lui-même est racheté pour cinq sicles au jour de sa Présentation, mais l’immolation l’attend dans l’avenir. Le vieillard Siméon en eut le pressentiment comme du résultat final de la contradiction qui devait conduire Jésus à la mort, une mort salutaire à tant d’autres. Et parce que l’enfant paraissait endormi dans la passivité de son âge, c’est au cœur de sa Mère qu’il adresse le trait douloureux de sa prophétie :  » Voici qu’il est placé pour la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, et pour être en butte à la contradiction, et ton âme sera transpercée d’un glaive.  » Première douleur profonde de la Mère, frappée la première en attendant d’être associée à la Passion de son Fils.

Depuis Marie, sœur de Moïse, les femmes en Israël avaient été honorées de l’esprit prophétique. Une veuve, nommée Anne, fille de Phanouël, âgée de quatre-vingt-quatre ans et qui n’avait vécu que sept ans dans le mariage, servant Dieu dans le Temple par ses jeûnes et ses prières, se joignit à Siméon pour rendre gloire à Dieu. Elle annonçait à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël que le sauveur était né. 

Ainsi ces vieillards penchés sur cet enfant rendaient des oracles et semblaient la voix du tabernacle antique. Avaient-ils bien compris comment Jésus était désormais le véritable temple où Dieu se plaisait à résider(3) ? » 

  (1) Luc 2, 21-38.

  (2) Malachie 3, 2 : « Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ; et l’Ange de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient ! dit Yahvé Sabaot. »

  (3)M.-J. LAGRANGE, L’Évangile de Jésus-Christ avec la Synopse évangélique traduite par le P. C. Lavergne o.p. Nouvelle édition, Paris, J. Gabalda et Cie Éditeurs, 1954. Pages 34-37. 

 

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