La dévotion au père Lagrange au Pérou par fr. Manuel Rivero,o.p. vice postulateur

À l’occasion d’un voyage au Pérou du 13 au 21 avril 2009 pour développer  les liens entre le Vicariat d’Haïti et la Famille dominicaine au Pérou, j’ai pu constater l’intérêt porté à la figure spirituelle et intellectuelle du père Lagrange aussi bien à Lima qu’à Cusco.

Le prieur provincial, le frère Benigno Gamarra, m’a reçu dans le couvent du Très-Saint-Rosaire, dans le centre historique de Lima, où saint Martin de Porrès (1579-1639) et sainte Rose de Lima (1586-1617), première sainte du Nouveau Monde, vécurent des moments de grâce et charité qui ont marqué l’Amérique et l’Église universelle. C’est là que j’ai eu le bonheur de présenter la cause de béatification du père Lagrange à des frères dominicains et à des laïcs passionnés par la vie et l’œuvre du fondateur de l’École biblique de Jérusalem.

Quelques jours plus tard, j’ai eu aussi l’opportunité de m’adresser aux étudiants et aux professeurs du couvent Saint-Albert-le-Grand à Lima, couvent d’études théologiques qui rassemble de jeunes dominicains de plusieurs pays d’Amérique latine.

À Cusco, ce sont les frères dominicains de la Province de Toulouse, qui m’ont reçu très cordialement dans leur maison. Le frère Bernard Fulcran travaille au service des paysans, notamment dans la ferme-école d’Arariwa. Avec lui, j’ai rencontré des bergers des Andes, rassemblés pour recevoir un cours sur la reproduction du mouton. Le frère Bernard assure aussi la formation biblique des novices de Cusco ainsi que l’aumônerie de la prison des femmes de la ville. Par ailleurs, le frère Christian-Marie Duc, frère de ma génération qui avait animé à la guitare ma première messe en espagnol à Toulouse le 29 juin 1980, a en charge la maison de détention des jeunes de Cusco. Nous y avons passé l’après-midi du samedi 18 avril. La messe avec les jeunes était émouvante de vérité et de foi. Certains parmi eux avaient un visage d’enfant. À la fin de la célébration un adolescent s’est proposé pour laver la nappe et le corporal de l’autel. Le frère Christian travaille aussi à la « Casa campesina » où des paysans sont accueillis chaque soir. Cette institution fait partie des œuvres du Centre Bartolomé de las Casas fondé par les frères dominicains de la Province de Toulouse et qui apporte à l’heure actuelle une grande contribution scientifique dans le domaine de la sociologie, de l’ethnologie, de la culture des Andes.

Le couvent Saint-Dominique de Cusco, « Koricancha », ancien Temple du soleil des Incas, accueille maintenant les novices du Pérou, du Vicariat espagnol d’Amazonie, de l’Équateur et du Brésil. Les frères dominicains français et péruviens avaient organisé une conférence publique sur le père Lagrange dans une belle salle de réunion au premier étage du cloître. Les laïcs et les novices ont manifesté un grand intérêt pour le parcours de sainteté du père Lagrange, surtout les novices brésiliens, car leur province a été fondée par la province de Toulouse au XIXe siècle, et les frères vénérés aujourd’hui au Brésil, comme le frère Gilles Vilanova, l’explorateur intrépide des forêts, ou le frère Dominique Carrérot, fêté maintenant comme premier évêque de son diocèse, étaient compagnons d’études du père Lagrange à Salamanque (Espagne) dans les années 1880-1884. Belle génération intellectuelle et missionnaire !

Lors des visites aux moniales dominicaines de Lima et de Cusco, j’ai confié à la prière des sœurs contemplatives la cause de béatification du père Lagrange et la mission dominicaine en Haïti et au Pérou, avec le vœu  qu’un jour un monastère de moniales puisse exister en Haïti grâce à l’aide de nos sœurs d’Amérique latine.

(La Revue du Rosaire, n° 215, septembre 2009)