L’amour qui fait l’unité par fr. Manuel Rivero, o.p., vice-postulateur

« Je vais m’éclater », disent parfois les jeunes. S’éclater c’est facile. Ce qui est difficile c’est de s’unifier. La vie de l’homme contemporain reste menacée par la dispersion et l’aspect superficiel de beaucoup de relations qui le font se sentir étranger à lui-même. D’où son insatisfaction et son agressivité.

Le Père Lagrange a cherché la sagesse et cet art de bien vivre en harmonie avec Dieu, avec les autres et avec soi-même que nous appelons la morale. Il a trouvé dans le commandement de l’amour prêché par Jésus la clé et le secret d’une vie réussie où l’homme devient lui-même en plénitude.

« Cette sanctification que Jésus demande pour ses disciples[1] s’opère par l’amour qui fait l’unité. Dieu n’est pas seulement le principe de la morale, il en est le terme. Déjà le psalmiste étroitement uni à Dieu par la charité, exprime sa confiance de n’être jamais séparé de lui [2]. Mais combien cette union avec Dieu était plus étroite, lorsqu’elle était entretenue par la chair et le sang du Christ [3], quand l’âme était inondée de cette eau céleste qui apaise à jamais la soif [4], quand les disciples étaient unis à leur Maître comme les ceps reçoivent leur sève de la vigne (Jean 15, 1), afin, disait Jésus avant de mourir,  » que tous soient un, comme toi-même, ô Père, tu es en moi et moi en toi, afin qu’eux aussi soient en nous  » (Jean 17, 21). C’était la vie éternelle commencée, et on ne pouvait donc la concevoir parfaite que comme la possession de Dieu.»

«Ce Dieu qui a donné la Loi, qui aide à l’accomplir, est aussi celui qui récompense, et qui est lui-même la récompense.» 

La Revue du Rosaire, n° 188, mars 2007


[[5]]Père Marie-Joseph LAGRANGE. La morale de l’Évangile, Réflexions sur « Les morales de l’Évangile » de M.A. Bayet, coll. « Vie chrétienne », Paris, Grasset, 1932,  p. 221-222. [[5]]

Notes    (↵ returns to text)

  1. Évangile selon saint Jean 17, 17 : « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. »
  2. Psaume 37, 23 s : « Yahvé mène les pas de l’homme, ils sont fermes et sa marche lui plaît ; quand il tombe, il ne reste pas terrassé, car Yahvé le soutient par la main. »
  3. Évangile selon saint Jean 6, 51 ss : « Moi, je suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je lui donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. »
  4. Évangile selon saint Jean 4, 14 : « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »