Homélie du 10 mars 2010 pour le soixante-et-onzième anniversaire de la mort du Père Lagrange par fr. Augustin Laffay, o.p.

10 mars 1938 — 10 mars 2010
Dt 4, 1, 5-9 ; Mt 5, 17-19

« Mon Jésus, je voudrais être enseigné de vous, docibilis Dei.
Je le suis par votre Écriture, par votre Église. »

(In Journal spirituel II, le 28 septembre 1914).

Qui s’exprime ainsi ? Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, le bienheureux Charles de Foucauld ? NON. Celui qui s’exprime ainsi, c’est un savant, un maître, notre frère et père Marie-Joseph Lagrange. Ces mots, adressés à Dieu comme une prière, sont en parfaite adéquation, vous l’avez sans doute remarqué, avec les lectures entendues aujourd’hui.

Moïse disait au peuple, au nom du Seigneur tout-puissant : « Maintenant, Israël, écoute les commandements et les décrets que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez et vous entrerez en possession du pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères… Prends garde à toi, Israël : garde-toi de jamais oublier ce que tes yeux ont vu ; ne le laisse pas sortir de ton cœur un seul jour. »

Et l’Évangile, accomplissant les Écritures, invite à observer et enseigner les lois et commandements de Dieu qui sont comme cristallisés dans la personne de Jésus. Le suivre dans la fidélité la plus exigeante, c’est observer jusqu’au dernier détail la loi et les commandements.

Je reviens maintenant à la prière du Père Lagrange : « Mon Jésus, je voudrais être enseigné de vous, docibilis Dei. Je le suis par votre Écriture, par votre Église. » Eh bien, voyez-vous, ce qui est admirable et, à nos yeux, si saint dans la vie du Père Lagrange, c’est que le maître en Écriture sainte a été maîtrisé par l’objet de son étude. Sa science n’est pas un pouvoir exercé sur le texte biblique : elle est un fruit de sa docilité à l’enseignement le plus profond de la Bible. Quel renversement par rapport aux valeurs du monde ! Quand on étudie l’économie et les moyens financiers, c’est bien souvent pour les mettre à son service. Quand on fait Purpan, c’est pour apprendre comment on fait porter du fruit à la terre. Quand on apprend la mécanique, c’est pour contraindre les engrenages à tourner rond. À l’inverse, quand on se livre à l’étude de l’Écriture, c’est pour s’y soumettre, c’est pour être enseigné, guidé, conduit par elle.

C’est ce que le Père Lagrange a fait : le Maître en science biblique, ce n’est pas lui, c’est l’Esprit qui a inspiré les écrivains sacrés. Le Père Lagrange n’a été que l’élève de l’Esprit Saint. Et le plus beau, c’est qu’il n’a voulu être que cela. Il s’est mis au service de la Parole vivante, librement, volontairement, en en payant le prix.

C’est cela, sans doute, le secret de sa sainteté, le secret de cette force qui lui a permis de traverser des épreuves terribles avec le Christ.

Quelle leçon et quel encouragement pour nous ! Demandons, nous aussi, par la prière du Père Lagrange, d’être enseignés du Christ, par son Écriture et par son Église.