Le père Lagrange, le père Perrin o.p. et la conversion d’un juif par fr. Bernard Montagnes, o.p.

Le frère Bernard Montagnes, o.p. a recueilli ce témoignage du Père Joseph-Marie Perrin, o.p. pour le procès en béatification du père  Lagrange  :

 

Dans les derniers mois de sa vie, j’ai eu une rencontre très exceptionnelle avec le P. Lagrange. Un de mes plus grands souvenirs, sans doute le dernier [qui] remonte aux premiers mois de 1938 [en janvier ou février], donc quelques semaines avant sa mort, est une rencontre à trois.

J’essayais de servir depuis trois ou quatre ans [1935] la recherche religieuse d’un vieux juif séduit par l’Évangile. Il avait été ébloui en relisant, vers Noël 1937, le prologue de saint Jean : « C’est total » me répétait-il, mais il restait hésitant et avait bien des questions. Il désira rencontrer le P. Lagrange, à qui je transmis son désir. Le P. Lagrange accepta volontiers, et quand nous avons été ensemble, il me dit et nous redit qu’une telle rencontre était pour lui une joie parce que, dans sa vie prise par les travaux et l’enseignement, il n’avait pas eu beaucoup d’occasions de rencontrer des personnes, surtout à ce niveau profond.

Il nous garda deux heures environ, répondant à toutes les questions de mon ami. J’assistais donc au dialogue et, en écoutant le P. Lagrange, je pensais tout le temps au grand Newman. Je me souviens de cette belle idée du P. Lagrange présentant l’eucharistie et cette présence multipliée du Christ, par ce sacrement, comme une glorification de l’humanité du Christ et lui donnant en quelque sorte l’immensité.

Il insista sur l’importance de l’humilité pour s’ouvrir à la Parole et, avec un tact merveilleusement délicat, il insinua l’idée de la confession comme préparation à la grâce, ce qui d’ailleurs ne gênait nullement mon ami, dont la vie avait été toute droite, façonnée dans son enfance par une famille de belle religion juive.

Je ne sais plus les mots, mais j’ai été frappé de la manière dont le P. Lagrange aidait l’hésitant à faire le saut devant lequel celui-ci hésitait. Mais une fois encore, et pour la dernière fois, j’étais remis devant cette transparence à la vérité pour recevoir la parole du Christ qui m’avait séduit dans le P. Lagrange.

Ce fut d’ailleurs un tournant définitif dans la montée de cet ami : je l’ai baptisé pour la Saint-André 1942, car il ne voulait pas risquer de souffrir la déportation sans être au Christ par le baptême. »

(La Revue du Rosaire, n° 175, janvier 2006)


Voir : Bernard MONTAGNES, Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique, Coll. Histoire-Biographie, Éd. du Cerf, 2005.