Le Père Lagrange, le cardinal Zigliara et le pape Léon XIII par fr. Manuel Rivero, o.p.

Le Père Lagrange a trouvé en la personne du cardinal Thomas-Marie Zigliara (1833-1893) une aide importante pour la fondation de l’École biblique de Jérusalem. Né dans le port de Bonifacio (Corse), religieux dominicain, grand commentateur de saint Thomas d’Aquin, ami du pape Léon XIII, le cardinal Zigliara a favorisé le soutien pontifical à la recherche biblique comme le Père Lagrange le décrit dans son livre consacré à Alfred Loisy et le modernisme :

« Nous avions reçu le plus efficace des encouragements, le plus doux à un cœur catholique, une lettre très significative de Léon XIII. Je n’aurais pas osé espérer, surtout si tôt, une si haute faveur. Mais, étant allé à Rome, j’avais été présenté à S.E. le cardinal Zigliara. J’appris pour la première fois à connaître l’extrême bonne grâce, la distinction familière cependant, d’un prince de l’Église romaine. L’illustre thomiste avait toute la confiance du Pape. Il s’offrit spontanément à lui demander non seulement une bénédiction pour nos travaux, mais un premier témoignage de satisfaction. Et comme j’exprimais la crainte que ce ne fût trop tôt, puisque nous n’avions encore rien fait qui fût digne d’attirer l’attention de Sa Sainteté : « Laissez-moi faire », reprit-il avec une autorité qui mettait fin à mes résistances, en comblant aimablement les désirs qu’il avait fait naître. La lettre de Léon XIII, datée du 17 septembre 1892, a paru dans la Revue en 1893. Elle approuvait ce qui paraissait alors, comme disait le Pape, un dessein tout à fait particulier – il a été fidèlement copié depuis –, l’exploration de la Terre sainte, les cours et conférences, ouverts même à des personnes non catholiques, la fondation de la Revue biblique ; elle nous ordonnait d’agrandir nos courages, augere te animos, … tuosque iubemus fretos et comprobatione nostra … » [1]

Par ailleurs, le Père Lagrange suivait la doctrine du cardinal thomiste :

« Bien loin de réduire l’inspiration à ce qui regarde la foi et les mœurs, j’ai étendu son influence même aux mots ; bien loin de la restreindre dans son intensité, je l’ai expliquée de mon mieux d’après la doctrine de saint Thomas, telle que l’a interprétée le cardinal Zigliara dans sa Propedeutica. » [2]

(La Revue du Rosaire, n° 189, avril 2007)

Notes    (↵ returns to text)

  1. M.-J. LAGRANGE, dominicain, « M. Loisy et le modernisme », à propos des « Mémoires », Juvisy (Seine-et-Oise), Éd. du Cerf, 1932, p. 77-78.
  2. M.-J. LAGRANGE, dominicain, lettre au Maître général Frühwirth le 10 mai 1898.