{"id":10622,"date":"2018-09-03T19:07:46","date_gmt":"2018-09-03T17:07:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=10622"},"modified":"2019-01-15T15:07:29","modified_gmt":"2019-01-15T14:07:29","slug":"deux-points-qui-interessent-la-discipline-orientale-la-primaute-de-saint-pierre-et-le-divorce-dans-le-nouveau-testament-dapres-les-commentaires-du-p-lagrange-par-l-serraz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=10622","title":{"rendered":"Recension : \u00ab\u00a0Deux points qui int\u00e9ressent la discipline orientale : La primaut\u00e9 de saint Pierre et le divorce dans le Nouveau Testament d&rsquo;apr\u00e8s les commentaires du P. Lagrange\u00a0\u00bb par L. Serraz"},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=10622\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><h2 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?attachment_id=10623\" rel=\"attachment wp-att-10623\">Deux points qui int\u00e9ressent la discipline orientale : La Primaut\u00e9 de saint Pierre et le divorce dans le NT d&rsquo;apr\u00e8s les commentaires du P. Lagrange<\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">In <em>\u00c9chos d\u2019Orient.<\/em>1926. Volume 25. Num\u00e9ro 142. pp. 244-248.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>M.-J. Lagrange, o.p. :<\/strong><\/p>\n<p><em>&#8211; Saint Paul, \u00c9p\u00eetre aux Galates, LXXXIV &#8211; 175 pages, Paris, V. Lecoffre, 1918.<\/em><br \/>\n<em>&#8211; \u00c9vangile selon saint Marc, 3<sup>e<\/sup>\u00e9dition, CLI &#8211; 30* &#8211; 446 pages. M\u00eame librairie, 1920.<\/em><br \/>\n<em>&#8211; \u00c9vangile selon saint Luc, 2\u00b0 \u00e9dition, CLXVII &#8211; 631 pages. M\u00eame librairie, 1921.<\/em><br \/>\n<em>&#8211; \u00c9pitre aux Romains, 2\u00b0 \u00e9dition, LXXII &#8211; 21* &#8211; 395 pages. M\u00eame librairie, 1922.<\/em><br \/>\n<em>&#8211; Saint Matthieu, CLXXXVIII &#8211; 560 pages. M\u00eame librairie, 1923.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous sommes vraiment en retard pour dire notre admiration devant le somptueux monument d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se qu&rsquo;\u00e9difie le R. P. Lagrange \u00e0 la gloire du Nouveau Testament, \u0153uvre splendide d&rsquo;ampleur et de force qui fait le plus grand honneur \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se catholique. La traduction proc\u00e8de par traits lumineux qui \u00e9clairent tout un texte\u00a0; d&rsquo;une ligne sobre et riche, elle est assur\u00e9e de ne pas vieillir\u00a0: <em>aere<\/em><em>perennius<\/em>. Le commentaire y gagne nettet\u00e9 et vigueur. Une longue introduction fouille et met au point bien des questions qui se posent sur chacun des livres inspir\u00e9s. Diverses tables plac\u00e9es \u00e0 la fin du volume aident les recherches. La bibliographie est abondante et il faut remercier l\u2019auteur d&rsquo;avoir joint parfois une courte appr\u00e9ciation \u00e0 l&rsquo;ouvrage indiqu\u00e9. Sa comp\u00e9tence lui en donne bien le droit.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 o\u00f9 nous sommes d&rsquo;analyser une mati\u00e8re si riche, nous nous bornerons \u00e0 souligner pour nos lecteurs la mani\u00e8re dont le savant ex\u00e9g\u00e8te a comment\u00e9 le texte sacr\u00e9 sur deux points qui int\u00e9ressent la doctrine et la discipline orientale, \u00e0 savoir : la primaut\u00e9 de saint Pierre et le divorce.<\/p>\n<p>Le premier se pr\u00e9sente dans saint Matthieu, saint Luc, l\u2019\u00c9p\u00eetre aux Galates. Suivons l&rsquo;ordre du Nouveau Testament.<\/p>\n<p><strong>Dans saint Matthieu, 16, 16-19<\/strong>, la confession de saint Pierre concerne s\u00fbrement la divinit\u00e9 de J\u00e9sus-Christ. \u00ab\u00a0Tandis que ceux qui \u00e9taient dans la barque (14, 33), dit le P. Lagrange, avaient vu seulement en J\u00e9sus un \u00eatre surnaturel. Pierre, en ajoutant l\u2019article et la qualification de Fils du Dieu vivant, professe, aussi clairement qu\u2019il pouvait le faire, l\u2019origine divine de J\u00e9sus, poss\u00e9dant la nature de l\u2019\u00catre infini qui a la vie et peut la transmettre, \u03cc \u0398\u03b5\u03cc\u03c2 \u03cc \u03b6\u03ce\u03bdne se trouve dans le Nouveau Testament que dans Mt 26, 63, formule tr\u00e8s solennelle, et dans l\u2019Ancien Testament, Ps. 41 (42), 3. Quand Pierre a-t-il eu cette connaissance\u00a0? Elle est contenue dans 21, 2.5 <em>sq<\/em>., mais encore fallait-il une gr\u00e2ce sp\u00e9ciale pour la p\u00e9n\u00e9trer et la proclamer avec l\u2019\u00e9nergie de Pierre.\u00a0\u00bb (P. 322.) Plus loin, l\u2019ex\u00e9g\u00e8te est encore plus cat\u00e9gorique. C\u2019est \u00e0 propos de la r\u00e9ponse de J\u00e9sus \u00e0 Pierre\u00a0: \u00ab\u00a0La f\u00e9licitation du Sauveur rehausse grandement le r\u00f4le de Pierre. Il ne dit pas, au nom des autres, une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 laquelle il serait parvenu par le raisonnement, comme cela pourrait \u00eatre le cas de la simple dignit\u00e9 messianique de J\u00e9sus, en s\u2019appuyant, bien entendu, sur les v\u00e9rit\u00e9s de la foi traditionnelle, les proph\u00e9ties, les miracles, etc. Non, Pierre a re\u00e7u du P\u00e8re, directement, une r\u00e9v\u00e9lation qui d\u00e9passe en importance privil\u00e9gi\u00e9e toutes celles qui sont contenues dans l\u2019\u00c9criture. Car l&rsquo;unit\u00e9 de Dieu e\u00fbt pu \u00eatre atteinte par le raisonnement, mais il fallait une confidence du P\u00e8re pour savoir que J\u00e9sus \u00e9tait son Fils.\u00a0\u00bb (P. 323.) La r\u00e9compense de l\u2019ap\u00f4tre est proportionn\u00e9e \u00e0 sa confession. Transcrivons les quelques lignes sur le d\u00e9but du verset 18 : \u00ab\u00a0\u03ba\u03ac\u03b3\u03c9ou bien\u00a0: <em>sicut Pater meus tibi manifestavit divinitatem meam. ita et ego tibi notam facio excellentiam tuam<\/em>(S. L\u00e9on.), ou bien\u00a0: <em>quia tu mihi dixisti<\/em>(Hier. Mald.), sens pr\u00e9f\u00e9rable, parce que le Christ ne s\u2019en tient pas \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation sur Pierre, mais il lui fait une d\u00e9claration et une promesse qui sont sa r\u00e9ponse \u00e0 la confession de l&rsquo;ap\u00f4tre.\u00a0\u00bb Et notre ex\u00e9g\u00e8te, embrassant d\u2019un coup d\u2019\u0153il l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise, d&rsquo;ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Ce dialogue a continu\u00e9 dans la suite des temps. Le si\u00e8ge de Pierre a toujours confess\u00e9 la divinit\u00e9 de J\u00e9sus, et chacune de ces confessions a mieux manifest\u00e9 combien \u00e9tait v\u00e9ridique la parole du Fils de Dieu \u00e0 son \u00e9gard dans la personne de Pierre.\u00a0\u00bb (P. 323.) Au sujet de\u00a0: <em>Tu es Pierre<\/em>, notons : \u00ab Matthieu ne dit pas\u00a0: \u00ab\u00a0Tu t\u2019appelleras Pierre\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0tu es Pierre\u00a0\u00bb, le bien-nomm\u00e9, car&#8230;\u00a0\u00bb (P. 324.) La chicane principale des protestants porte sur : \u03b5\u03c0\u03af \u03c4\u03b1\u03cd\u03c4\u03b7 \u03c4\u03b7 \u03c0\u03ad\u03c4\u03c1\u03b1. En quelques traits de bon sens, le P. Lagrange en fait pleine justice\u00a0: \u00ab\u00a0\u03ba\u03b1\u0390 \u03ad\u03c0\u0390 \u03c4\u03b1\u03cd\u03c4\u03b7 \u03c4\u03b7 \u03c0\u03ad\u03c4\u03c1\u03b1ne peut s\u2019entendre que de Pierre, autrement toute la pointe de la phrase dispara\u00eet. J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 la pierre angulaire, mais il ne pouvait se d\u00e9signer lui-m\u00eame \u00e0 ce moment. Osons dire que ce serait une mauvaise plaisanterie\u00a0: Tu es Pierre, mais je b\u00e2tirai sur une autre Pierre\u00a0! Mc\u00a0Neile cherche \u00e0 revenir indirectement \u00e0 cette interpr\u00e9tation surann\u00e9e du protestantisme en faisant de cette pierre la foi de Pierre en le messianisme du Seigneur. C&rsquo;est bien la foi de Pierre qui introduit la promesse, mais la promesse s\u2019entend de la personne dont la foi vient de se manifester.\u00a0\u00bb (P.\u00a0324.) Nous omettons les notes philologiques sur les \u00ab\u00a0cl\u00e9s\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0portes de l&rsquo;enfer\u00a0\u00bb pour terminer par ces lignes de l\u2019auteur sur la proph\u00e9tie de J\u00e9sus concernant son \u00c9glise\u00a0: \u00ab\u00a0II faut convenir que cette proph\u00e9tie est plus claire pour nous qu\u2019elle ne le fut d&rsquo;abord. J\u00e9sus n\u2019avait rien affirm\u00e9 sur le temps que durerait son \u00c9glise. Mais tant qu&rsquo;elle durerait, elle devait avoir le m\u00eame fondement, c\u2019est-\u00e0-dire que d&rsquo;autres hommes, la m\u00eame \u00c9glise, auraient un autre chef, le m\u00eame aussi, le chef comme le groupe constituant une unit\u00e9 morale dans chaque ligne, les deux lignes demeurant unies. Cette unit\u00e9 successive dans le chef suppose une perp\u00e9tuit\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 dans une certaine lign\u00e9e, dynastique ou autre. La succession d&rsquo;un \u00e9v\u00eaque \u00e0 un autre \u00e9v\u00eaque comme pasteur supr\u00eame r\u00e9pond tr\u00e8s bien \u00e0 cette donn\u00e9e. Il restait \u00e0 J\u00e9sus de pourvoir \u00e0 ce que ses pasteurs aient toujours la qualit\u00e9 requise pour un fondement de l\u2019\u00c9glise, une foi semblable \u00e0 celle de Pierre. Ce fut le r\u00f4le et le privil\u00e8ge de l\u2019\u00c9glise romaine de d\u00e9finir cette foi sans jamais d\u00e9vier. De sorte que la parole de J\u00e9sus \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e est si manifestement une proph\u00e9tie r\u00e9alis\u00e9e qu\u2019elle est un puissant argument de cr\u00e9dibilit\u00e9.\u00a0\u00bb (P. 827.)<\/p>\n<p>La promesse de la foi ind\u00e9fectible \u00e9tait inclue dans la primaut\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 saint Pierre dans saint Matthieu, 16, 18-19. Elle est explicitement \u00e9nonc\u00e9e dans saint Luc, 22, 32. Satan a demand\u00e9 de cribler tous les ap\u00f4tres, et J\u00e9sus promet \u00e0 Pierre, seul, l\u2019ind\u00e9fectibilit\u00e9 de la foi avec la charge de confirmer ses fr\u00e8res. \u00ab\u00a0II y a parall\u00e9lisme, \u00e9crit ici le P. Lagrange, entre \u03ad\u03b3\u03ce \u03b4\u03ad et \u03ba\u03b1\u03af \u03c3\u03c5, le r\u00f4le du Seigneur et celui de Pierre. J\u00e9sus a pri\u00e9 pour tous les ap\u00f4tres (<em>Joan,<\/em>17, 9)\u00a0; s&rsquo;il a pri\u00e9 sp\u00e9cialement pour Pierre, ce n\u2019est pas simplement parce que sa foi \u00e9tait plus expos\u00e9e, mais parce qu\u2019elle importait au salut des autres&#8230; La foi de Pierre c\u2019est sa conviction dans le caract\u00e8re surnaturel de J\u00e9sus. Elle n\u2019a pas d\u00e9failli, car, s\u2019il a ni\u00e9 avoir connu J\u00e9sus, il n\u2019a pas ni\u00e9 qu\u2019il f\u00fbt le Messie et le Fils de Dieu. Sa faiblesse de caract\u00e8re n\u2019entra\u00eenait pas l&rsquo;abandon de sa conviction, demeur\u00e9e assez vivante pour d\u00e9terminer l\u2019explosion de son repentir.\u00a0\u00bb (P. 553-554.) L\u2019ex\u00e9g\u00e8te cl\u00f4t son commentaire sur ce texte par cette d\u00e9claration\u00a0: \u00ab\u00a0Le concile du Vatican a cit\u00e9 ce texte pour \u00e9tablir le dogme de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 pontificale. Et, en effet, si les ap\u00f4tres pour lesquels J\u00e9sus a pri\u00e9 avaient besoin d\u2019\u00eatre fortifi\u00e9s dans la foi par Pierre, les successeurs des ap\u00f4tres doivent \u00eatre dans le m\u00eame rapport avec le successeur de Pierre, puisque ce dernier est \u00e9tabli \u00e0 jamais comme fondement de l\u2019\u00c9glise.\u00a0\u00bb (P. 554.)<\/p>\n<p><strong>Venons-en maintenant \u00e0 l&rsquo;\u00c9p\u00eetre aux Galates.<\/strong>Deux passages sont sp\u00e9cialement \u00e0 consid\u00e9rer\u00a0: 1, 18, et 2, 11-14. Les apologistes ont depuis longtemps remarqu\u00e9 la valeur de 1, 18 pour indiquer le rang sp\u00e9cial et l\u2019autorit\u00e9 que saint Paul reconnaissait \u00e0 saint Pierre parmi les ap\u00f4tres&#8230; Le prix du t\u00e9moignage est dans la d\u00e9marche de saint Paul. Notre commentateur le rehausse encore en notant la force du terme employ\u00e9 par l\u2019ap\u00f4tre. \u00ab\u00a0\u038a\u03c3\u03c4\u03bf\u03c1\u03ae\u03c3\u03b1\u03afne veut pas dire \u00ab\u00a0s&rsquo;informer aupr\u00e8s d&rsquo;une personne\u00a0\u00bb, mais, c\u2019est plus que \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb\u00a0; c\u2019est faire la connaissance d&rsquo;une personne importante. On cite dans ce sens Jos. <em>Bell<\/em>. VI, 1, 8 et les <em>Hom\u00e9lies<\/em>Cl\u00e9m. VIII, 1 <em>passim<\/em>. Le terme vient probablement des visites rendues aux lieux et villes illustres, qui avaient le caract\u00e8re d\u2019un hommage. Paul rend donc hommage \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 que Pierre exer\u00e7ait dans la primitive \u00c9glise, sans lui faire honneur de sa propre connaissance de l\u2019\u00c9vangile.\u00a0\u00bb (P. 17.)<\/p>\n<p>Protestants et orthodoxes nous renvoient plus volontiers \u00e0 2, 11-14 qui raconte l\u2019incident d\u2019Antioche. Mais cet incident est lui-m\u00eame une preuve de l\u2019autorit\u00e9 de Pierre. \u00ab\u00a0Son importance dans l\u2019\u00c9glise primitive, dit le P. Lagrange, ressort nettement du r\u00e9cit qui est si peu obligeant pour lui.\u00a0\u00bb (P. 41.) Paul \u00ab\u00a0r\u00e9siste \u00e0 Pierre, ce qui suppose que celui-ci \u00e9tait rev\u00eatu de l\u2019autorit\u00e9 et passait dans l\u2019opinion des fid\u00e8les pour lui \u00eatre sup\u00e9rieur, et il r\u00e9siste en face, sans s\u2019arr\u00eater \u00e0 l\u2019ascendant qui devait lui imposer plus de d\u00e9f\u00e9rence ou m\u00eame d\u2019ob\u00e9issance. S\u2019il est, pour ainsi dire, sorti de ses gonds, prenant vis-\u00e0-vis de Pierre une attitude anormale, c\u2019est que Pierre \u00e9tait coupable\u00a0\u00bb. (P. 41-42.) En quoi consistait la faute de Pierre\u00a0? En ceci que, sous l\u2019influence des jud\u00e9o-chr\u00e9tiens venus de J\u00e9rusalem \u00e0 Antioche, il \u00ab\u00a0se retirait dans les occasions o\u00f9 il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 \u00e0 manger avec les Gentils, et m\u00eame se mettait \u00e0 l\u2019\u00e9cart ouvertement si l\u2019occasion ne pouvait \u00eatre \u00e9vit\u00e9e d\u2019avance. Il le faisait par crainte de ceux qui \u00e9taient originaires de la circoncision&#8230; (II) redouta leurs r\u00e9clamations, d\u00e9nonciations, indignations, clameurs. C\u2019est que, s\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9clair\u00e9 sur le fond des choses par la vision relative au centurion Corneille, il ne para\u00eet pas avoir cess\u00e9, \u00e9tant \u00e0 J\u00e9rusalem, de pratiquer la Loi. Sa nouvelle attitude devait susciter des commentaires. Estime-t-il donc, depuis qu\u2019il est \u00e0 Antioche, qu\u2019elle ne lie plus les Juifs, ou agit-il contre sa conscience\u00a0? Pierre \u00e9vita de s\u2019expliquer et crut devoir \u00e9viter la lutte en se retirant. Mais un Pierre ne pouvait se retirer sans bruit\u00a0\u00bb. (P.\u00a043.) Cette faute de saint Pierre, le P. Lagrange prend soin de le relever, n&rsquo;\u00e9tait pas une erreur de doctrine, mais une faiblesse de conduite. \u00ab\u00a0II se croyait affranchi de la Loi puisqu\u2019il mangeait avec les Gentils, et saint Paul ne suppose pas un instant qu&rsquo;il l\u2019a fait contre sa conscience. Il avait donc pris parti, et il n\u2019a pas le courage de se d\u00e9fendre. Si maintenant il se retire, il donne \u00e0 croire qu\u2019il n\u2019a pas agi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment, il se r\u00e9tracte en fait, et la conclusion \u00e9tait naturellement soulign\u00e9e par les jud\u00e9o-chr\u00e9tiens stricts, qui n\u2019ont pas cess\u00e9, sans aucun doute, de contribuer au revirement, en all\u00e9guant aupr\u00e8s des retardataires l\u2019autorit\u00e9 de Pierre.\u00a0\u00bb (\u03a1. 44.) C&rsquo;est cette autorit\u00e9, en effet, qui donne \u00e0 l\u2019exemple de saint Pierre un tel ascendant et une valeur de contrainte morale, jusqu&rsquo;\u00e0 entra\u00eener Barnab\u00e9 lui-m\u00eame, le compagnon de Paul, et jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9concerter m\u00eame les Gentils convertis et les obliger en quelque sorte aux pratiques de la Loi. C\u2019est le sens du mot \u03ac\u03bd\u03b1\u03b3\u03ba\u03ac\u03b6\u03b5\u03b9\u03c2. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un fait que Pierre obligeait les Gentils \u00e0 juda\u00efser, puisque ceux-ci \u00e9taient en train de se soumettre aux observances pour ne pas se s\u00e9parer de Pierre, le prince des ap\u00f4tres, l\u2019ami de J\u00e9sus, qui depuis la R\u00e9surrection avait tout dirig\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise. Le terme \u03ac\u03bd\u03b1\u03b3\u03ba\u03ac\u03b6\u03b5\u03b9\u03c2pourrait para\u00eetre exag\u00e9r\u00e9, si l\u2019exemple, venu de si haut, n\u2019avait une vertu singuli\u00e8re pour entra\u00eener.\u00a0\u00bb (P.\u00a045.)<\/p>\n<p>Ainsi, loin d\u2019infirmer l&rsquo;autorit\u00e9 de Pierre dans la primitive \u00c9glise, l\u2019incident d\u2019Antioche la proclame, et m\u00eame est inexplicable sans elle.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre point sur lequel les orthodoxes sont en s\u00e9rieuse divergence avec les catholiques, c&rsquo;est le divorce. Personne n\u2019ignore qu\u2019aux yeux de l\u2019\u00c9glise orientale dissidente, le mariage n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme indissoluble, et que le divorce peut \u00eatre prononc\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique. Pour justifier ce sentiment et cette pratique, on en appelle au texte de saint Matthieu 5, 32, o\u00f9 l\u2019on interpr\u00e8te \u03c0\u03b1\u03c1\u03b5\u03ba\u03c4\u03bf\u03c2 \u03bb\u03cc\u03b3\u03bf\u03c5 \u03c0\u03bf\u03c1\u03bd\u03b5\u03af\u03b1\u03c2de la fa\u00e7on suivante\u00a0: \u00ab\u00a0si ce n\u2019est quand on all\u00e8gue le motif d\u2019adult\u00e8re\u00a0\u00bb.\u00a0Le P. Lagrange rel\u00e8ve l\u2019incons\u00e9quence de cette traduction qui heurte le contexte. \u00ab\u00a0Cette traduction, en apparence naturelle, aboutirait \u00e0 dire\u00a0: La Loi a permis la r\u00e9pudiation pour une cause quelconque, mais moi je ne la permets que pour cause d\u2019adult\u00e8re. Si J\u00e9sus avait raisonn\u00e9 ainsi, il aurait mal all\u00e9gu\u00e9 la Loi, si c\u2019est la Loi elle-m\u00eame qu\u2019il visait, ou omis de distinguer les deux \u00e9coles. De plus, et sans le dire, il aurait simplement pris parti pour l\u2019\u00e9cole la plus s\u00e9v\u00e8re, ce qui est contre tout l\u2019esprit du discours. Il faut donc constater avant tout que le Ma\u00eetre ne traite pas la question des <em>motifs<\/em>suffisants pour la r\u00e9pudiation, mais des <em>effets<\/em>de la r\u00e9pudiation. L&rsquo;ancienne Loi admettait purement et simplement que la r\u00e9pudiation ouvrait les voies \u00e0 un second mariage pour la femme. J\u00e9sus refuse d&rsquo;accepter cette cons\u00e9quence et par cons\u00e9quent refuse au mari le droit de r\u00e9pudier sa femme\u00a0: celui qui la r\u00e9pudie la conduit \u00e0 l\u2019adult\u00e8re, celui qui \u00e9pouserait une r\u00e9pudi\u00e9e commettrait l\u2019adult\u00e8re. Le principe m\u00eame de la r\u00e9pudiation \u00e9tant aboli, il n\u2019y avait pas \u00e0 se demander dans quel cas elle est l\u00e9gitime, et c&rsquo;est pour cela que J\u00e9sus pouvait citer la Loi sans y faire entrer la restriction qu\u2019elle mettait \u00e0 son exercice\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 l&rsquo;incise\u00a0: \u03c0\u03b1\u03c1\u03b5\u03ba\u03c4\u1f78\u03c2 \u03bb\u03cc\u03b3\u03bf\u03c5 \u03c0\u03bf\u03c1\u03bd\u03b5\u03af\u03b1\u03c2, le sens est\u00a0: \u00ab\u00a0mis \u00e0 part le cas d&rsquo;adult\u00e8re\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Ce cas, en effet, dit notre ex\u00e9g\u00e8te, entra\u00eenait des cons\u00e9quences sp\u00e9ciales. Le mari avait le droit, sinon le devoir, de d\u00e9noncer sa femme, de provoquer sa punition. R\u00e9guli\u00e8rement, l&rsquo;adult\u00e8re \u00e9tait mis \u00e0 mort. De plus, il serait plus que bizarre de dire qu\u2019un mari qui renvoie sa femme adult\u00e8re l\u2019expose \u00e0 l&rsquo;adult\u00e8re. Ne pas permettre au mari de renvoyer sa femme en pareil cas, c\u2019\u00e9tait, selon la jurisprudence qui ne connaissait que la r\u00e9pudiation, l\u2019obliger \u00e0 la garder, ce qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 trop dur. Enfin il fallait \u00e9viter de para\u00eetre indiff\u00e9rent \u00e0 une transgression aussi coupable. On comprend donc tr\u00e8s bien que J\u00e9sus ait r\u00e9serv\u00e9 le cas d&rsquo;adult\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si quelque obscurit\u00e9 demeure avec ces explications, elle doit dispara\u00eetre \u00e0 la lumi\u00e8re du texte tr\u00e8s clair de Marc 10, 5. \u00c0 la question des pharisiens : Est-il permis \u00e0 un homme de r\u00e9pudier sa femme\u00a0? J\u00e9sus avait r\u00e9pondu en r\u00e9tablissant la loi primitive\u00a0: Qu&rsquo;un homme ne s\u00e9pare point ce que Dieu a uni. \u00c0 la maison, les disciples interrogent le Ma\u00eetre. Ils \u00ab\u00a0se demandaient peut-\u00eatre s\u2019il n\u2019y avait vraiment aucune exception \u00e0 la nouvelle r\u00e8gle, si elle \u00e9tait assez formelle pour que l\u2019\u00e9poux remari\u00e9 f\u00fbt coupable d&rsquo;adult\u00e8re&#8230; Non seulement la r\u00e9pudiation est interdite, mais encore le mariage qui la suivrait serait positivement un adult\u00e8re\u00a0\u00bb. (P. 244.) Saint Luc est tout aussi clair, 16, 18\u00a0: Quiconque renvoie sa femme et en \u00e9pouse une autre commet un adult\u00e8re, et celui qui \u00e9pouse une femme renvoy\u00e9e par son mari commet un adult\u00e8re. \u00ab\u00a0Quoi qu&rsquo;il en soit du contexte, la parole du Seigneur se pr\u00e9sente comme une condamnation tr\u00e8s nette du mariage qui suivrait la s\u00e9paration des \u00e9poux. L&rsquo;homme ne peut se remarier, ni la femme, c\u2019est ainsi que Marc 10, 11, 12, pr\u00e9sente la solution, en traitant le cas directement pour chacun des \u00e9poux. C&rsquo;est la m\u00eame solution dans Luc, mais envisag\u00e9e les deux fois comme r\u00e9glant l&rsquo;acte d&rsquo;un homme\u00a0; il ne doit ni se remarier ni \u00e9pouser une femme r\u00e9pudi\u00e9e.\u00a0\u00bb (P. 441.)<\/p>\n<p><strong>Pour en revenir \u00e0 saint Matthieu<\/strong>, il faut de toute n\u00e9cessit\u00e9 que son sens co\u00efncide avec celui des autres \u00e9vang\u00e9listes. L\u2019interpr\u00e9tation catholique, du reste, est la seule qui soit conforme \u00e0 un autre passage du m\u00eame ap\u00f4tre, 19, 7-11, touchant le billet de r\u00e9pudiation, la seule aussi qui rende possible l\u2019\u00e9tonnement des ap\u00f4tres, traduit par cette parole\u00a0: \u00ab\u00a0Si telle est la condition de l\u2019homme avec sa femme, mieux vaut ne pas se marier.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Les ap\u00f4tres, dit le P. Lagrange, ne pouvaient d\u00e9clarer que la doctrine de <em>Chamma\u00ef<\/em>, doctrine officielle du juda\u00efsme post\u00e9rieur, rendait le mariage impossible. Il faut donc qu\u2019ils aient eu conscience que le Christ venait de poser une loi beaucoup plus s\u00e9v\u00e8re\u00a0; le mariage est indissoluble, et si le mari a le droit de r\u00e9pudier sa femme pour cause d&rsquo;adult\u00e8re, il ne peut plus en prendre une autre. Que les ap\u00f4tres aient trouv\u00e9 cette loi s\u00e9v\u00e8re, on ne peut s\u2019en \u00e9tonner quand on assiste aux protestations qu\u2019elle soul\u00e8ve encore et qui ont abouti dans tant de l\u00e9gislations modernes \u00e0 l\u2019abandon n\u00e9faste de la loi chr\u00e9tienne.\u00a0\u00bb (P. 370.) Au sujet de la sentence du Christ\u00a0: \u00ab\u00a0Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux auxquels cela a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9\u00a0\u00bb, le commentateur fait cette r\u00e9flexion p\u00e9n\u00e9trante\u00a0: \u00ab\u00a0II serait vrai de dire que cette indissolubilit\u00e9 n\u2019est comprise que de ceux auxquels Dieu en fait la gr\u00e2ce par la profession du catholicisme puisqu\u2019il est le seul \u00e0 la maintenir.\u00a0\u00bb (P. 371.)<\/p>\n<p>Ces deux points que nous avons choisis dans les commentaires du P. Lagrange peuvent donner une id\u00e9e de l\u2019ensemble. Partout l\u2019on jouit du m\u00eame g\u00e9nie clair, du m\u00eame bon sens, de la m\u00eame sobri\u00e9t\u00e9 de style que la sublimit\u00e9 du su et emporte parfois jusqu\u2019\u00e0 l&rsquo;\u00e9loquence, et l\u2019on se prend \u00e0 souhaiter que l\u2019auteur puisse, dans la ma\u00eetrise de sa pens\u00e9e m\u00fbre et de sa profonde \u00e9rudition, achever le cycle des commentaires du Nouveau Testament si brillamment commenc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">L. SERRAZ<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/\">www.mj-lagrange.org<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux points qui int\u00e9ressent la discipline orientale : La Primaut\u00e9 de saint Pierre et le divorce dans le NT d&rsquo;apr\u00e8s les commentaires du P. Lagrange &nbsp; In \u00c9chos d\u2019Orient.1926. Volume 25. Num\u00e9ro 142. pp. 244-248. &nbsp; M.-J. Lagrange, o.p. : &#8211; Saint Paul, \u00c9p\u00eetre aux Galates, LXXXIV &#8211; 175 pages, Paris, V. Lecoffre, 1918. &#8211; &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=10622\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;Recension : \u00ab\u00a0Deux points qui int\u00e9ressent la discipline orientale : La primaut\u00e9 de saint Pierre et le divorce dans le Nouveau Testament d&rsquo;apr\u00e8s les commentaires du P. Lagrange\u00a0\u00bb par L. Serraz&rsquo; &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55],"tags":[],"class_list":["post-10622","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recensions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10622","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10622"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10622\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12303,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10622\/revisions\/12303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10622"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10622"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10622"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}