{"id":12285,"date":"2019-01-14T18:17:30","date_gmt":"2019-01-14T17:17:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=12285"},"modified":"2019-11-27T00:42:33","modified_gmt":"2019-11-26T23:42:33","slug":"les-sources-du-pentateuque-par-fr-marie-joseph-lagrange-des-freres-precheurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=12285","title":{"rendered":"Ancien Testament : Les sources du Pentateuque par Fr. Marie-Joseph Lagrange des fr\u00e8res Pr\u00eacheurs"},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=12285\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><p><span style=\"color: #993300;\"><strong>Ancien Testament<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le P. Lagrange, d\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, a donn\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes sur l\u2019\u0153uvre de Mo\u00efse, question capitale dont d\u00e9pend presque toute l\u2019histoire de l\u2019Ancien Testament. Parmi ces \u00e9tudes il faut citer en premier lieu\u00a0: <em>Les sources du Pentateuque<\/em>, texte de la fameuse conf\u00e9rence donn\u00e9e au congr\u00e8s scientifique des catholiques de Fribourg en ao\u00fbt 1897. (Extrait de <em>L\u2019\u0152uvre ex\u00e9g\u00e9tique du R. P. Lagrange. L\u2019Ancien Testament. Le S\u00e9mitisme\u00a0<\/em>par Joseph Chaine (1888-1948), ex\u00e9g\u00e8te, \u00e9l\u00e8ve et disciple du P. Lagrange, <em>Cahiers de la Nouvelle Journ\u00e9e, <\/em>28)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #000000;\">In <em>Revue biblique internationale\u00a0<\/em>(1898),\u00a0tome VII, p. 10-32<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #993300;\">La premi\u00e8re th\u00e9orie raisonn\u00e9e sur les sources du Pentateuque est catholique et fran\u00e7aise.<\/span><\/strong><a name=\"_ftnref1\"><\/a>[1]<\/p>\n<p>Jean Astruc<a name=\"_ftnref2\"><\/a>[2] de Montpellier, mort \u00e0 Paris en 1766, publia en 1753 ses \u00ab\u00a0<em>conjectures sur les m\u00e9moires originaux dont il para\u00eet que Moyse s\u2019est servi pour composer le livre de la Gen\u00e8se.\u00a0<\/em>\u00bb Il d\u00e9clare dans son avertissement\u00a0: \u00ab<em>\u00a0Cet ouvrage estoit compos\u00e9 depuis quelque tems, mais j\u2019h\u00e9sitois \u00e0 le publier, dans la crainte que les pretendus Esprits-forts, qui cherchent \u00e0 s\u2019\u00e9taier de tout, ne pussent en abuser pour diminuer l\u2019autorit\u00e9 du Pentateuque. Un homme instruit, &amp; trez zel\u00e9 pour la Religion \u00e0 qui je l\u2019ai communiqu\u00e9, a dissip\u00e9 mes scrupules. Il m\u2019a assur\u00e9, que ce que je supposois sur les M\u00e9moires, dont Moyse s\u2019estoit servi pour composer la Gen\u00e8se, avoit est\u00e9 d\u00e9ja avanc\u00e9, quant au fond, par plusieurs Auteurs dans des Ouvrages trez aprouvez\u00a0; que l\u2019application particuliere que je faisois de cette supposition, en distribuant la Gen\u00e8se en plusieurs colonnes, qui representoient ces m\u00e9moires, n\u2019alteroit en rien le Texte du Livre de la Gen\u00e8se, ou ne l\u2019alteroit pas plus que la division, qu\u2019on en avoit faite en Chapitres &amp; en Versets\u00a0; &amp; qu\u2019ainsi, loin de pouvoir jamais pr\u00e9judicier \u00e0 la Religion, elle ne pouvoit au contraire que lui estre trez avantageuse, en ce qu\u2019elle servoit \u00e0 \u00e9carter, ou \u00e0 \u00e9claircir plusieurs difficultez, qui se presentoient en lisant ce Livre, &amp; sous le poids desquelles les Commentateurs ont est\u00e9 jusqu\u2019ici presque accablez. Sur son avis, j\u2019ai donc pris le parti de donner cet Ouvrage, &amp; de le soumettre au jugement des Personnes \u00e9clair\u00e9es, dont j\u2019\u00e9couterai les observations avec plaisir. Je proteste d\u2019avance trez sincerement, que si ceux qui ont droit d\u2019en d\u00e9cider, &amp; dont je dois respecter les d\u00e9cisions, trouvent mes conjectures ou fausses, ou dangereuses, je suis pr\u00eat \u00e0 les abandonner, ou pour mieux dire, je les abandonne, d\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sent. Jamais la pr\u00e9vention pour mes id\u00e9es ne pr\u00e9vaudra chez moi \u00e0 l\u2019amour de la V\u00e9rit\u00e9 et de la Religion.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai reproduit int\u00e9gralement ces belles paroles, parce qu\u2019elles expriment bien les sentiments des catholiques qui admettent des sources dans le Pentateuque, et non plus seulement, comme Astruc, dans la Gen\u00e8se.<\/p>\n<p>Il faut reconna\u00eetre pourtant que jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les esp\u00e9rances d\u2019Astruc ne se sont pas r\u00e9alis\u00e9es, peut-\u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les catholiques ont abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9tude des sources \u00e0 \u00ab\u00a0ces pr\u00e9tendus esprits forts\u00a0\u00bb, que nous appellerons simplement les critiques ind\u00e9pendants. C\u2019est dans le protestantisme qu\u2019on a poursuivi le probl\u00e8me. Les protestants conservateurs ont longtemps maintenu l\u2019unit\u00e9 et l\u2019authenticit\u00e9 mosa\u00efque du Pentateuque. Depuis la mort de Keil<a name=\"_ftnref3\"><\/a>[3] et la conversion de Frantz Delitzsch<a name=\"_ftnref4\"><\/a>[4] aux id\u00e9es qu\u2019il avait combattues toutes sa vie, la lutte a cess\u00e9, surtout en Allemagne\u00a0: tous les critiques bibliques protestants s\u2019entendent pour reconna\u00eetre, au moins dans les grandes lignes, les principaux documents dont le Pentateuque est compos\u00e9. Non que ces documents eux-m\u00eames soient consid\u00e9r\u00e9s comme des unit\u00e9s irr\u00e9solubles. La tendance qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui est toute \u00e0 l\u2019\u00e9miettement des documents. Kraetzchmar<a name=\"_ftnref5\"><\/a>[5] d\u00e9clare ouvertement que Jahviste et \u00c9lohiste sont des groupes qui repr\u00e9sentent le travail de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations et qu\u2019il n\u2019y a rien de plus erron\u00e9 que de voir des individus dans les sigles J et E qui d\u00e9signent ces sources<a name=\"_ftnref6\"><\/a>[6]. Il est donc vrai de dire, que m\u00eame pour les critiques ind\u00e9pendants, le probl\u00e8me litt\u00e9raire n\u2019est qu\u2019entam\u00e9 et qu\u2019une longue carri\u00e8re s\u2019ouvre aux travailleurs.<\/p>\n<p>Cependant, la question litt\u00e9raire \u00e9tant encore peu avanc\u00e9e, tandis que chacun classait, distinguait, datait \u00e0 sa mani\u00e8re, un syst\u00e8me s\u2019est produit qui s\u2019est propos\u00e9 de reconstruire sur des bases nouvelles toute l\u2019histoire d\u2019Isra\u00ebl. On n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 en effet \u2013 aussit\u00f4t que Kuenen<a name=\"_ftnref7\"><\/a>[7] et Welhausen<a name=\"_ftnref8\"><\/a>[8]ont eu brillamment g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 les travaux de Vatke<a name=\"_ftnref9\"><\/a>[9], de George<a name=\"_ftnref10\"><\/a>[10], de Graf<a name=\"_ftnref11\"><\/a>[11], de Reuss qui fut peut-\u00eatre le premier \u00e0 tracer la voie \u2013, \u00e0 cr\u00e9er une histoire d\u2019Isra\u00ebl, une arch\u00e9ologie biblique, une th\u00e9ologie de l\u2019Ancien Testament, d\u2019apr\u00e8s un syst\u00e8me o\u00f9 tout se d\u00e9veloppe logiquement. D\u00e8s lors les discussions tr\u00e8s \u00e9pineuses de textes, auxquelles peu de personnes pouvaient prendre part, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9es au grand public, et celui-ci, s\u00e9duit par un arrangement tr\u00e8s habile des faits et des textes s\u2019est laiss\u00e9 entra\u00eener au torrent de la nouvelle \u00e9cole. On avait quitt\u00e9 le terrain litt\u00e9raire, pour entrer dans le domaine de l\u2019histoire. Les protestations n\u2019ont pas manqu\u00e9. Dillmann<a name=\"_ftnref12\"><\/a>[12] a refus\u00e9 de se rendre, mais si son \u00e9rudition exceptionnelle lui faisait un rang \u00e0 part, son syst\u00e8me n\u2019a pas de point d\u2019appui solide, ses adh\u00e9rents diminuent chaque jour.<\/p>\n<p>En Allemagne et en Hollande, tout c\u00e8de \u00e0 l\u2019engouement g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019Angleterre suit, avec ce respect de la tradition qui temp\u00e8re ses audaces, elle accepte en att\u00e9nuant. La protestation de M. Sayce<a name=\"_ftnref13\"><\/a>[13], appuy\u00e9e sur les d\u00e9couvertes \u00e9pigraphiques, a eu un immense retentissement dans le public, sans \u00e9mouvoir le monde savant.<\/p>\n<p>En Am\u00e9rique, M. W. H. Green<a name=\"_ftnref14\"><\/a>[14] s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 montrer les points faibles de la critique subjective<a name=\"_ftnref15\"><\/a>[15], mais l\u2019influence appartient dans les nouvelles universit\u00e9s \u00e0 des professeurs venus d\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>En France, les protestants ont tous accept\u00e9 la solution litt\u00e9raire, et quelques juifs rationalistes se sont complus \u00e0 pousser aux derni\u00e8res limites le rajeunissement des documents. Cette haute fantaisie, d\u2019entrain fran\u00e7ais, est demeur\u00e9e sans \u00e9cho. Cependant M. Hal\u00e9vy<a name=\"_ftnref16\"><\/a>[16] continue dans la <em>Revue s\u00e9mitique<\/em>ses attaques contre l\u2019\u00e9cole grafienne, et quelques catholiques lui empruntent des arguments, sans songer qu\u2019il n\u2019admet nullement l\u2019authenticit\u00e9 mosa\u00efque du Pentateuque.<\/p>\n<p>Cependant quelques-uns, comme M. Hommel<a name=\"_ftnref17\"><\/a>[17], font deux parts dans la critique moderne\u00a0: acceptant les conclusions litt\u00e9raires g\u00e9n\u00e9ralement re\u00e7ues, ils cherchent \u00e0 se d\u00e9rober aux th\u00e9or\u00e8mes historiques des grafiens\u00a0; mais parce que les conclusions litt\u00e9raires de cette \u00e9cole sont souvent le r\u00e9sultat d\u2019une philosophie de l\u2019histoire aussi s\u00fbre d\u2019elle-m\u00eame que la th\u00e9ologie du <em>Discours sur l\u2019Histoire universelle<\/em>[18], il est impossible de rejeter ses conclusions historiques sans remanier ses conclusions litt\u00e9raires, et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent on n\u2019a rien fait de complet dans ce sens. Telle est, en peu de mots, la situation en dehors de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Chose remarquable\u00a0! C\u2019est dans le sein de l\u2019\u00c9glise qu\u2019on a d\u00e9montr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois scientifiquement que le Pentateuque ne pouvait \u00eatre tout entier l\u2019\u0153uvre de Mo\u00efse. Richard Simon<a name=\"_ftnref19\"><\/a>[19] \u00e9tait catholique et fran\u00e7ais. Ce qui n\u2019emp\u00eache pas l\u2019ironie de l\u2019histoire, o\u00f9, pour la nommer par son nom \u2013 l\u2019ignorance du grand public \u2013, d\u2019attribuer \u00e0 ceux qui le suivent dans cette voie une note de protestantisme allemand. L\u2019Allemagne protestante juda\u00efsait alors \u00e0 plaisir. Elle avait accept\u00e9 la grande synagogue d\u2019Esdras tout enti\u00e8re, avec le syst\u00e8me de l\u2019infaillibilit\u00e9 du texte massor\u00e9tique, et, peu s\u2019en faut, la r\u00e9v\u00e9lation des points voyelles au Sina\u00ef\u00a0? Richard Simon crut faire \u0153uvre de bon catholique, en montrant que cet esclavage de la lettre ne rempla\u00e7ait pas avantageusement l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. Cette voix ne fut pas \u00e9cout\u00e9e, et le dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle ne sut pas d\u00e9fendre la Bible contre les sarcasmes de Voltaire. Apr\u00e8s la R\u00e9volution, les vraies facult\u00e9s de th\u00e9ologie n\u2019existaient plus. Ceux qui ont eu l\u2019honneur de former un clerg\u00e9 fran\u00e7ais digne de l\u2019ancien n\u2019avaient gu\u00e8re le loisir de s\u2019occuper de critique, et il faut reconna\u00eetre que l\u2019enseignement dans les s\u00e9minaires ne pouvait \u00eatre qu\u2019\u00e9l\u00e9mentaire. Il fallut s\u2019en tenir aux th\u00e8ses classiques, et l\u2019\u00e9cho des discussions litt\u00e9raires ne parvint que faiblement jusqu\u2019\u00e0 nous. On se r\u00e9veilla au bruit men\u00e9 par l\u2019\u00e9cole grafienne. La nouvelle histoire d\u2019Isra\u00ebl avait tout l\u2019air d\u2019une machine dirig\u00e9e contre la R\u00e9v\u00e9lation. Les apologistes qui la faisaient conna\u00eetre pour la r\u00e9futer en extrayaient naturellement les passages les plus os\u00e9s, les plus subjectifs, les plus dangereux. Tandis que le monde protestant avait vu sans sourciller cet \u00e9branlement de l\u2019histoire biblique, les catholiques ne pouvaient tol\u00e9rer de sang-froid qu\u2019on d\u00e9mol\u00eet le surnaturel. Dans ce p\u00e9ril, toute concession parut une compromission, toute indulgence une l\u00e2chet\u00e9. En France, on est toujours s\u00fbr d\u2019avoir les rieurs de son c\u00f4t\u00e9 quand on raille la critique et l\u2019arch\u00e9ologie. On imprimait r\u00e9cemment que l\u2019\u00e9cole allemande est justiciable d\u2019un Labiche<a name=\"_ftnref20\"><\/a>[20]. Mais dans une mati\u00e8re si s\u00e9rieuse, la plaisanterie n\u2019est pas de saison. Beaucoup de savants catholiques sont frapp\u00e9s de l\u2019accord de tous les hommes sp\u00e9ciaux qui ont abord\u00e9 la question critique en elle-m\u00eame. Aussi peut-on dire qu\u2019en ce moment nos ma\u00eetres sont partag\u00e9s entre le double esprit \u00e9galement catholique de saint Augustin et de saint J\u00e9r\u00f4me. Les uns tiennent avant tout \u00e0 conserver intact le d\u00e9p\u00f4t de la tradition. Ils distinguent assur\u00e9ment la tradition divine des simples opinions transmises, mais ils craignent de tout c\u00e9der en abandonnant quelque chose. Les autres, non moins attach\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9glise, ne peuvent souffrir qu\u2019on lui insulte en se moquant de l\u2019insuffisance scientifique de ses th\u00e9ologiens\u00a0; ils esp\u00e8rent, en d\u00e9molissant eux-m\u00eames des d\u00e9fenses qui sont devenues une g\u00eane, non seulement conserver, mais encore conqu\u00e9rir. O\u00f9 est le juste milieu\u00a0? Il n\u2019est peut-\u00eatre pas inutile de se souvenir qu\u2019Augustin errait en emp\u00eachant J\u00e9r\u00f4me de mettre au service de l\u2019\u00c9glise l\u2019excellent instrument critique qui est devenu une partie de la Vulgate, et que J\u00e9r\u00f4me ne tenait pas assez de compte, dans ses opinions sur le canon, de l\u2019autorit\u00e9 surnaturelle qui seule pouvait d\u00e9terminer l\u2019origine des Livres saints.<\/p>\n<p>Les th\u00e9ologiens catholiques doivent se tenir en garde contre ce double exc\u00e8s. Attendre tranquillement que les syst\u00e8mes adverses se soient ruin\u00e9s mutuellement, c\u2019est ne pas comprendre que si les reconstructions sont fragiles, la n\u00e9gation s\u2019affermit de plus en plus. Suivre aveugl\u00e9ment un syst\u00e8me \u00e0 la mode pour montrer que les catholiques, eux aussi, font \u0153uvre de critique, c\u2019est sacrifier \u00e9tourdiment au go\u00fbt de l\u2019ind\u00e9pendance. La critique n\u2019est pas tout, il y a la discipline des \u00e2mes. Mieux vaut ignorer un d\u00e9tail litt\u00e9raire que de mettre en p\u00e9ril le principe d\u2019autorit\u00e9 dont nous vivons. L\u2019\u00c9glise ne proc\u00e8de jamais d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9volutionnaire. Mais il semble que le moment est venu o\u00f9 on ne peut plus rester dans l\u2019inaction sans compromettre le salut des \u00e2mes, sans \u00e9loigner de l\u2019\u00c9glise des forces intellectuelles qui lui sont encore attach\u00e9es\u00a0; il semble qu\u2019\u00e0 marcher en avant, on peut en gagner beaucoup d\u2019autres. Allons donc en avant, mais avec respect. Avant d\u2019aborder le probl\u00e8me, nous devons savoir dans quelle mesure cela est permis. Nous avons donc \u00e0 r\u00e9soudre d\u2019abord certaines questions pr\u00e9judicielles\u00a0: les raisons qui ont emp\u00each\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les catholiques d\u2019aborder l\u2019examen des sources du Pentateuque, ces raisons sont-elles d\u00e9cisives\u00a0?<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Premi\u00e8re question pr\u00e9judicielle\u00a0: la r\u00e9daction des Livres saints<\/span><\/h2>\n<p>Les Orientaux sont des gens du livre, comme disait Mahomet. Ils l\u2019estiment plus que ne font les Occidentaux et le respectent moins. Comment expliquer cette antith\u00e8se qui a tout l\u2019air d\u2019un paradoxe\u00a0? Par ce fait que le livre est plus impersonnel en Orient qu\u2019en Occident. Planant au-dessus des esprits sans porter l\u2019empreinte subjective d\u2019un esprit particulier, il a toute la valeur d\u2019une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, dont les origines ont quelque chose de myst\u00e9rieux. Le livre vaut par lui-m\u00eame, parce qu\u2019il est \u00e9crit. Aujourd\u2019hui encore les Orientaux s\u2019informent peu des auteurs d\u2019un livre. Ils l\u2019estiment donc davantage comme livre. Mais ils respectent moins son texte. Cette autorit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale qui r\u00e9git tout le monde est aussi le bien de tout le monde. On se soucie peu de la reproduction litt\u00e9rale des mots quand on le copie, et on se croit permis d\u2019en faire d\u2019amples extraits qui figureront d\u2019autant mieux dans un nouvel ouvrage qu\u2019ils avaient moins de caract\u00e8re individuel dans leur premi\u00e8re situation. Non qu\u2019il n\u2019y ait entre les livres des diff\u00e9rences profondes\u00a0; ils diff\u00e8rent comme livres autant que les n\u00f4tres, mais ce n\u2019est pas par une relation visible avec leurs auteurs. L\u2019Orient pratique la communaut\u00e9 dans la pens\u00e9e et dans le livre comme dans l\u2019organisation sociale. Il serait exag\u00e9r\u00e9 de dire que l\u2019Oriental ne copie pas un livre sans le mettre \u00e0 jour, mais il est certain aussi que nous avons \u00e9t\u00e9 dupes de la fid\u00e9lit\u00e9 tardive des Juifs \u00e0 leur texte sacr\u00e9. La libert\u00e9 dans l\u2019emprunt et dans la reproduction des sources caract\u00e9rise, par exemple, l\u2019\u0153uvre de Jos\u00e8phe plus que celle d\u2019un \u00e9crivain classique quelconque.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de tout cela que les rapports de la critique textuelle et de la critique litt\u00e9raire sont autres lorsqu\u2019il s\u2019agit des ouvrages classiques et de la Bible, \u00e9crite tout enti\u00e8re en vertu de l\u2019inspiration divine, mais selon les proc\u00e9d\u00e9s litt\u00e9raires des Orientaux.<\/p>\n<p>Pour nous modernes, et peut-\u00eatre aussi pour les auteurs gr\u00e9co-romains, ces rapports sont nettement tranch\u00e9s. L\u2019ouvrage sort tout r\u00e9dig\u00e9 des mains de l\u2019auteur. Les copistes pourront y pratiquer certaines alt\u00e9rations\u00a0; fussent-elles volontaires, elles n\u2019ont pas le caract\u00e8re d\u2019un remaniement voulu, perp\u00e9tr\u00e9 avec autorit\u00e9. L\u2019esprit, souvent malavis\u00e9, que d\u00e9ploie le copiste pour faire une correction, vise la reconstitution du texte primitif. \u00c0 son tour la critique litt\u00e9raire peut bien entreprendre de d\u00e9terminer les influences litt\u00e9raires qu\u2019a subies l\u2019auteur, les documents qu\u2019il a consult\u00e9s, les histoires qu\u2019il a recueillies, elle ne se trouve presque jamais en pr\u00e9sence d\u2019un ouvrage compos\u00e9 par apports successifs. Si c\u2019est le cas pour l\u2019<em>Iliade\u00a0<\/em>et l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em>, nous touchons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019Orient, et en tous cas la question des sources de Tite Live n\u2019a pas le m\u00eame caract\u00e8re que la question des sources de Jos\u00e8phe. Or ce sont ces principes qui nous ont guid\u00e9s jusqu\u2019ici dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019Ancien Testament. Les anciens commentateurs n\u2019ont jamais h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 appliquer au texte inspir\u00e9 la critique textuelle qu\u2019ils ont pratiqu\u00e9e avec honneur. Ils ont recul\u00e9 devant l\u2019exercice de la critique litt\u00e9raire parce qu\u2019ils ont cru Mo\u00efse auteur du Pentateuque, tel que nous le poss\u00e9dons, sauf quelques gloses, n\u2019imaginant pas qu\u2019on p\u00fbt et qu\u2019on d\u00fbt le traiter autrement que les \u0153uvres de Virgile ou de Thucydide. Avec notre formation classique, l\u2019id\u00e9e ne nous vient m\u00eame pas d\u2019une r\u00e9daction sans cesse poursuivie.<\/p>\n<p>Il faut donc montrer, par un exemple pr\u00e9cis, que le travail de r\u00e9daction se poursuivait encore apr\u00e8s la version des Septante\u00a0: deux r\u00e9cits parall\u00e8les mis bout \u00e0 bout dans la version grecque ont \u00e9t\u00e9 fondues dans le texte massor\u00e9tique.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Texte des Septante (Gen 47)\u00a0:<\/span><\/h2>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"230\"><span style=\"color: #000000;\"><em>Premier r\u00e9cit<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">1. Joseph vint annoncer au Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re et mes fr\u00e8res et leurs troupeaux et leurs b\u0153ufs et tout ce qui leur appartient sont venus du pays de Chanaan, et voici qu\u2019ils sont dans le pays de Gessen.\u00a0\u00bb 2. Et de ses fr\u00e8res il en prit cinq qu\u2019il pr\u00e9senta \u00e0 Pharaon. 3. Et Pharaon dit aux fr\u00e8res de Joseph\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle est votre occupation\u00a0?\u00a0\u00bb et ils dirent au Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Tes serviteurs sont pasteurs de troupeaux, nous et nos p\u00e8res.\u00a0\u00bb 4. Et ils dirent au Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes venus pour s\u00e9journer dans le pays, car il n\u2019y a pas de p\u00e2turage pour les troupeaux de tes serviteurs, car la famine a pr\u00e9valu dans le pays de Chanaan\u00a0: maintenant donc nous habiterons dans le pays de Gessen.\u00a0\u00bb 5. Pharaon dit \u00e0 Joseph\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019ils habitent dans le pays de Gessen, et si tu sais qu\u2019il y a parmi eux des gens habiles, \u00e9tablis-les chefs de mes troupeaux.\u00a0\u00bb<\/span><\/td>\n<td width=\"230\"><span style=\"color: #000000;\"><em>Deuxi\u00e8me r\u00e9cit plac\u00e9 \u00e0 la suite du premier<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Jacob et ses fils vinrent en \u00c9gypte vers Joseph, et Pharaon roi d\u2019\u00c9gypte l\u2019apprit. Et Pharaon dit \u00e0 Joseph\u00a0: \u00ab\u00a0Ton p\u00e8re et tes fr\u00e8res sont venus vers toi. 6. Voici, le pays d\u2019\u00c9gypte est devant toi, fais habiter ton p\u00e8re et tes fr\u00e8res dans le meilleur pays. 7. Et Joseph introduisit Jacob son p\u00e8re et le pr\u00e9senta \u00e0 Pharaon etc\u2026<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Il est manifeste que nous avons ici un double r\u00e9cit de l\u2019arriv\u00e9e de Jacob en \u00c9gypte. Je n\u2019ai pas cit\u00e9 ce doublet pour prouver l\u2019existence de plusieurs documents, il n\u2019est pas en cela plus frappant que beaucoup d\u2019autres, mais pour montrer authentiquement comment de pareils doublets \u00e9taient fondus dans un seul r\u00e9cit par des r\u00e9dacteurs soucieux de l\u2019unit\u00e9. Voici le texte massor\u00e9tique traduit dans notre Vulgate\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"color: #000000;\">Joseph vint et annon\u00e7a \u00e0 Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re et mes fr\u00e8res et leur petit et leur gros b\u00e9tail et tout ce qui est \u00e0 eux sont venus du pays de Chanaan et les voici dans le pays de Gosen. 2. Et parmi ses fr\u00e8res il en prit cinq et les pr\u00e9senta \u00e0 Pharaon. 2. Et Pharaon dit \u00e0 ses fr\u00e8res\u00a0: \u00ab\u00a0Quelle est votre occupation\u00a0?\u00a0\u00bb Et ils dirent \u00e0 Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Tes serviteurs sont pasteurs de troupeaux, nous comme nos p\u00e8res. 4. Et ils dirent \u00e0 Pharaon\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes venus pour s\u00e9journer dans le pays, car il n\u2019y a pas de p\u00e2turage pour les troupeaux de tes serviteurs, car la famine s\u2019est aggrav\u00e9e dans le pays de Chanaan. Et maintenant que tes serviteurs habitent dans le pays de Gosen. 5. Et Pharaon dit \u00e0 Joseph\u00a0: \u00ab\u00a0Ton p\u00e8re et tes fr\u00e8res sont venus vers toi. 6. Le pays d\u2019\u00c9gypte est devant toi\u00a0: fais habiter ton p\u00e8re et tes fr\u00e8res dans le meilleur du pays de Gosen, et si tu sais qu\u2019il y a parmi eux des hommes de valeur, tu les nommeras chefs des troupeaux qui sont \u00e0 moi. 7. Et Joseph amena Jacob son p\u00e8re et il l\u2019introduisit devant Pharaon, etc.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le texte massor\u00e9tique a pratiqu\u00e9 une soudure. Il a supprim\u00e9 quelques mots pour dissimuler la r\u00e9p\u00e9tition qui accusait d\u2019une mani\u00e8re trop flagrante la juxtaposition des deux documents. On se demande souvent comment les critiques reconnaissent la main du r\u00e9dacteur. Ce n\u2019est pas toujours facile\u00a0: ici nous le voyons \u00e0 l\u2019\u0153uvre gr\u00e2ce au t\u00e9moignage de la version eccl\u00e9siastique grecque. J\u2019ai dit un r\u00e9dacteur\u00a0: c\u2019est en tout cas un copiste qui s\u2019est cru le droit de remanier son texte et par cons\u00e9quent de le r\u00e9diger. Les \u00e9tudes tr\u00e8s pr\u00e9cises et tr\u00e8s minutieuses de M. Touzard<a name=\"_ftnref21\"><\/a>[21] montrent combien sont nombreuses les divergences entre plusieurs textes qui n\u2019ont pu avoir qu\u2019un seul original. Dans tous ces cas avons-nous affaire \u00e0 des copistes ou \u00e0 des r\u00e9dacteurs\u00a0? ce sera peut-\u00eatre une question de mots. Apr\u00e8s qu\u2019un texte a \u00e9t\u00e9 tellement accept\u00e9 de tous qu\u2019on l\u2019a traduit, on peut le consid\u00e9rer comme d\u00e9finitivement r\u00e9dig\u00e9\u00a0; nous appellerons donc changements de copiste relevant de la critique textuelle tous ceux qui ont suivi les Septante, et il n\u2019y aura aucune raison de leur supposer la gr\u00e2ce de l\u2019inspiration. Mais ces copistes auront pris quelquefois de si \u00e9tranges libert\u00e9s qu\u2019en fait ils rel\u00e8vent de la critique litt\u00e9raire. Peu importent les mots\u00a0! Ce qu\u2019il importe de constater, c\u2019est l\u2019existence de pareils changements r\u00e9dactionnels \u00e0 une \u00e9poque tardive. S\u2019ils se sont produits peu avant la p\u00e9trification d\u00e9finitive du texte massor\u00e9tique, que ne peut-on supposer pour les temps primitifs\u00a0? \u00c9videmment les H\u00e9breux n\u2019entendaient pas comme nous l\u2019inviolabilit\u00e9 du droit de l\u2019auteur. Il faut reconna\u00eetre le fait. Pourquoi refuser d\u00e8s lors l\u2019examen de tous les cas similaires\u00a0? La conception classique sur la r\u00e9daction des livres ne saurait nous lier comme th\u00e9ologiens, et c\u2019est elle qui avait donn\u00e9 naissance \u00e0 une th\u00e9orie particuli\u00e8re de la canonicit\u00e9 et de l\u2019inspiration. On supposait le livre saint r\u00e9dig\u00e9 toujours tout d\u2019une pi\u00e8ce et d\u00e9pos\u00e9 pr\u00e8s de l\u2019arche sans que personne os\u00e2t en changer une ligne, et on ne comprenait pas qu\u2019une s\u00e9rie de remaniements p\u00fbt se produire sans porter atteinte \u00e0 son caract\u00e8re sacr\u00e9. Or ces deux scrupules avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 lev\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re excellente par Richard Simon. Il avait compris que la critique textuelle n\u2019expliquait pas tout, et qu\u2019on faisait de son temps un abus de ses ressources \u2013 comme lorsque l\u2019on suppose de nos jours tant de chiffres alt\u00e9r\u00e9s par les copistes\u00a0\u2013, et il conc\u00e9dait sans peine que les r\u00e9dacteurs successifs avaient gr\u00e2ce et mission pour introduire des changements. \u00ab\u00a0Le principe que nous venons d\u2019\u00e9tablir touchant la libert\u00e9 que les proph\u00e8tes ou \u00e9crivains publics ont eue de changer quelque chose dans les Livres sacr\u00e9s, nous doit faire prendre garde \u00e0 ne pas multiplier si facilement les diverses le\u00e7ons dans le texte h\u00e9breu\u2026 C\u2019est pourquoi il ne faut pas attribuer toutes ces diversit\u00e9s \u00e0 la n\u00e9gligence des copistes, puisqu\u2019une partie peut \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 ceux qui ont compil\u00e9 les m\u00e9moires\u2026\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref22\"><\/a>[22]<\/p>\n<p>Certaines r\u00e9pugnances obscur\u00e9ment per\u00e7ues sont plus fortes que des raisons positives contre un progr\u00e8s permis. On \u00e9prouve de la peine \u00e0 voir les Livres saints compos\u00e9s, retouch\u00e9s, remani\u00e9s, compil\u00e9s par des inconnus\u2026 On ne voit pas la gr\u00e2ce de l\u2019inspiration descendant sur eux comme sur Mo\u00efse\u2026 On a rencontr\u00e9 cette th\u00e9orie d\u2019une r\u00e9daction successive formul\u00e9e sans \u00e9gards ni respect, peut-\u00eatre avec persiflage\u2026 On ne veut pas voir dans les Livres saints avec Renan<a name=\"_ftnref23\"><\/a>[23] un conglom\u00e9rat de fragments mal dig\u00e9r\u00e9s comme la nourriture d\u2019un boa. Mais en r\u00e9alit\u00e9 ces choses n\u2019ont rien d\u2019indigne de Dieu. Le don de l\u2019inspiration \u00e9tait \u00e0 coup s\u00fbr exceptionnel dans chaque cas particulier, mais il \u00e9tait r\u00e9pandu tr\u00e8s abondamment dans l\u2019Ancien Testament. C\u2019\u00e9tait comme une esquisse de cette assistance de l\u2019Esprit Saint accord\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise. L\u2019auteur des Paralipom\u00e8nes<a name=\"_ftnref24\"><\/a>[24] a cherch\u00e9 un peu partout les mat\u00e9riaux de son histoire. Les th\u00e9ologiens se sont souvent demand\u00e9 si ces textes \u00e9taient inspir\u00e9s. Il ne leur r\u00e9pugnait donc pas de voir pratiquer ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0la dissection d\u2019un corps saint\u00a0\u00bb. Traduire, transcrire, d\u00e9velopper un ouvrage sacr\u00e9 est assur\u00e9ment licite et peut \u00eatre le r\u00e9sultat de l\u2019inspiration. Harmoniser dans un seul corps des ouvrages m\u00eame inspir\u00e9s, et pour cela les r\u00e9duire \u00e0 certaines proportions, ce n\u2019est pas les diss\u00e9quer sans respect, c\u2019est en faire l\u2019usage auquel ils \u00e9taient d\u00e9finitivement destin\u00e9s dans les vues de la Providence. Et si Dieu a pu permettre que certains livres saints se perdissent, n\u2019a-t-il pas pu diriger l\u2019op\u00e9ration qui sauvait du moins une partie de certains autres\u00a0? On sait d\u2019ailleurs que si le dogme de l\u2019inspiration exige que le dernier r\u00e9dacteur ait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019admettre l\u2019inspiration des documents qu\u2019il emploie.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la premi\u00e8re raison qui nous emp\u00eache d\u2019appliquer au Pentateuque les r\u00e8gles de la critique interne, c\u2019est cette opinion, re\u00e7ue des classiques et des massor\u00e8tes, que les Livres saints r\u00e9dig\u00e9s d\u2019un trait avaient \u00e9t\u00e9 reproduits avec la m\u00eame exactitude scrupuleuse que le texte massor\u00e9tique actuel l\u2019a \u00e9t\u00e9 depuis le deuxi\u00e8me si\u00e8cle. Ce pr\u00e9jug\u00e9 ne pouvant tenir contre les faits, nous ne sommes pas oblig\u00e9s d\u2019attribuer \u00e0 l\u2019auteur primitif la r\u00e9daction d\u00e9finitive.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Deuxi\u00e8me question pr\u00e9judicielle\u00a0: l\u2019\u00e9volution l\u00e9gislative<\/span><\/h2>\n<p>Si le Pentateuque a subi des changements r\u00e9dactionnels proprement dits, peut-on dire qu\u2019ils ont atteint m\u00eame la substance des lois, de mani\u00e8re \u00e0 ce que nous trouvions dans ce Code plusieurs l\u00e9gislations successives\u00a0?<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution serait tout \u00e0 fait conforme \u00e0 la nature. En dehors de la loi morale, dont les principes premiers sont absolus, toute loi bonne tient compte des circonstances. Elle ne r\u00e9git pas l\u2019homme en soi, l\u2019homme m\u00e9taphysique, mais l\u2019homme concret, l\u2019homme historique, plac\u00e9 dans un milieu social, avec des droits et des devoirs sp\u00e9ciaux qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9terminer. Ces relations changeant avec le temps \u2013 m\u00eame en Orient \u2013, il est n\u00e9cessaire que la l\u00e9gislation suive le cours des choses.<\/p>\n<p>Mais, dira-t-on, il s\u2019agit d\u2019une loi divine, qui sans \u00eatre contraire \u00e0 la nature, ne d\u00e9pend pas cependant de ses fluctuations\u00a0: elle domine l\u2019histoire, et c\u2019est malgr\u00e9 lui que le peuple d\u2019Isra\u00ebl y a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9 en d\u00e9pit de ses tendances spontan\u00e9es. \u2014 Cette raison est d\u00e9cisive pour le fond m\u00eame de la loi, mais non pour des modifications accessoires. Rien n\u2019emp\u00eache d\u2019admettre l\u2019\u00e9volution divine d\u2019une loi divine, surtout d\u2019une loi divine qui n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9finitive, et cette seule hypoth\u00e8se fait \u00e9vanouir mainte grave difficult\u00e9 propos\u00e9e contre la Bible.<\/p>\n<p>Il est incontestable que certaines dispositions du Pentateuque paraissent contradictoires. Depuis longtemps les harmonistes donnent des solutions qui sont possibles chacune en particulier, mais dont l\u2019ensemble constitue une impossibilit\u00e9 morale. Que l\u2019on admette une l\u00e9gislation qui \u00e9volue, l\u2019apparence m\u00eame de contradiction dispara\u00eet. Les deux dispositions se contredisent en ce sens que l\u2019une abroge l\u2019autre, mais le r\u00e9dacteur ne se contredit pas en rapportant deux dispositions successives. Il est d\u2019ailleurs parfaitement possible, et dans les id\u00e9es anciennes, qu\u2019un code contienne diff\u00e9rents stages de la l\u00e9gislation. Les constitutions des Fr\u00e8res Pr\u00eacheurs ont, dans leur texte, des statuts qu\u2019on n\u2019a pas voulu abroger mais auxquels les dispositions suivantes d\u00e9rogent nettement. L\u2019avantage de cette pratique est de t\u00e9moigner un plus grand respect \u00e0 la loi des anc\u00eatres. L\u2019inconv\u00e9nient est d\u2019offrir quelque obscurit\u00e9, mais ce n\u2019est pas un obstacle dans une soci\u00e9t\u00e9 vivante qui conna\u00eet sa l\u00e9gislation par l\u2019usage et avec une autorit\u00e9 constitu\u00e9e pour l\u2019expliquer. M. Vigouroux<a name=\"_ftnref25\"><\/a>[25] a cru que l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une succession dans les lois \u00e9tait le seul moyen de r\u00e9soudre la difficult\u00e9 touchant l\u2019unit\u00e9 d\u2019autel. Mo\u00efse aurait d\u2019abord permis les autels multiples, puis restreint cette libert\u00e9 pour le temps du d\u00e9sert, et statu\u00e9 enfin que, le Temple b\u00e2ti, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s 400 ans, la libert\u00e9 d\u2019autel serait d\u00e9finitivement abolie. C\u2019est dire que sur ce point capital la l\u00e9gislation a pass\u00e9 par diff\u00e9rentes phases, et seule la ressource d\u2019une vue proph\u00e9tique sauvegarde ici la mosa\u00efcit\u00e9 de la l\u00e9gislation. En tous cas c\u2019est admettre que la loi quoique divine, quoique r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, a pu changer et s\u2019accommoder aux besoins du peuple, et c\u2019est uniquement pour ne pas sacrifier l\u2019authenticit\u00e9 mosa\u00efque qu\u2019on ne fait pas usage de cette solution obvie dans les autres cas.<\/p>\n<p>Mais on objecte la formule\u00a0: <em>Dieu dit \u00e0 Mo\u00efse\u00a0<\/em>d\u2019\u00e9tablir telle ou telle loi. Des termes si pr\u00e9cis supposent n\u00e9cessairement que la loi est d\u2019origine mosa\u00efque. Que si l\u2019on accorde \u00e0 nos premi\u00e8res observations que la r\u00e9daction n\u2019est pas n\u00e9cessairement mosa\u00efque, on demande du moins que la mesure ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement \u00e9dict\u00e9e par Mo\u00efse\u00a0; sinon nous sommes dans le domaine de la fiction. Des pr\u00eatres auraient tromp\u00e9 le peuple en lui donnant comme la loi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu \u00e0 Mo\u00efse leurs propres \u00e9lucubrations, et pour mettre les noms propres, Esdras aurait impudemment mystifi\u00e9 ses contemporains en leur pr\u00e9sentant comme la loi de Mo\u00efse le code sacerdotal qu\u2019il venait de forger \u00e0 Babylone.<\/p>\n<p>C\u2019est en effet ainsi que plusieurs critiques comprennent les choses, et c\u2019est tr\u00e8s malsonnant\u00a0: sous cette forme c\u2019est absolument inacceptable.<\/p>\n<p>Mais ne pouvons-nous d\u00e9pouiller le fait des commentaires rationalistes\u00a0? La formule dit bien que la loi est d\u2019origine divine et d\u2019origine mosa\u00efque. Mais les pr\u00eatres de J\u00e9rusalem n\u2019avaient-ils pas le droit de promulguer une loi au nom de Dieu\u00a0? Le Deut\u00e9ronome (XVII, 11) leur donne express\u00e9ment comp\u00e9tence, non seulement pour r\u00e9soudre les questions de fait, mais aussi pour fixer les points de droit. On sait avec quelle facilit\u00e9 la jurisprudence se transforme en l\u00e9gislation dans une civilisation o\u00f9 la distinction n\u2019est pas exactement marqu\u00e9e entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir l\u00e9gislatif. Une coutume \u00e9tablie peut toujours \u00eatre \u00e9crite et devient un texte de loi. S\u2019il y avait bien jug\u00e9, si les mesures prises \u00e9taient conformes \u00e0 la loi primitive, la loi \u00e9tait d\u2019origine mosa\u00efque en m\u00eame temps que divine, non pas imm\u00e9diatement, mais m\u00e9diatement. On prononce le nom de fiction. Mais dans l\u2019ordre l\u00e9gislatif \u2013 surtout chez les anciens \u2013, la fiction jouait un grand r\u00f4le, une fiction tr\u00e8s l\u00e9gitime. Nous disions tout \u00e0 l\u2019heure que la loi \u00e9volue n\u00e9cessairement. Cependant il est de la nature de la loi d\u2019\u00eatre \u00e9ternelle. Les hommes savent ce que vaut l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qu\u2019ils donnent, et cependant ils statuent pour toujours. Et il importe qu\u2019il en soit ainsi, car la loi est dans les soci\u00e9t\u00e9s l\u2019\u00e9l\u00e9ment stable qui r\u00e8gle les rapports mobiles des particuliers entre eux. Comment les anciens, qui tenaient plus que nous \u00e0 ce principe, arrivaient-ils \u00e0 le concilier avec les mutations indispensables\u00a0? Par la fiction. Plut\u00f4t que d\u2019abroger la loi, on \u00e9tendait son domaine \u00e0 des cas qu\u2019elle n\u2019avait pas pr\u00e9vus. On donnait une action comme si on y avait droit. On traitait une propri\u00e9t\u00e9 comme si elle se trouvait dans la situation l\u00e9gale. On jugeait en apparence d\u2019apr\u00e8s la loi ancienne pour faire pr\u00e9valoir l\u2019\u00e9quit\u00e9 contre cette m\u00eame loi. Ici je suis d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019hypoth\u00e8se du droit romain. Ce droit s\u2019est form\u00e9 lentement par une r\u00e9action incessante de la raison et de la justice naturelle contre les barri\u00e8res \u00e9troites des vieux statuts religieux de la cit\u00e9 romaine, et la fiction a \u00e9t\u00e9 la transaction n\u00e9cessaire entre des principes oppos\u00e9s. D\u00e8s lors son r\u00f4le a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre raisonnable et l\u00e9gitime. Mais si au lieu d\u2019\u00e9voluer en sens inverse de l\u2019ancien droit, la l\u00e9gislation nouvelle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que le d\u00e9veloppement des antiques formules, ce n\u2019e\u00fbt plus \u00e9t\u00e9 une fiction de donner la nouvelle loi comme une \u00e9manation des Douze tables, et en tous cas cette fiction e\u00fbt \u00e9t\u00e9 aussi l\u00e9gitime que celle qui exprime la filiation des cit\u00e9s par des noms d\u2019hommes ou que celle qui supprime plusieurs membres dans une g\u00e9n\u00e9alogie.<\/p>\n<p>Pr\u00e9tendait-on que la formule exprime une r\u00e9v\u00e9lation personnelle\u00a0? \u2014 Mais dans les cas m\u00eames o\u00f9 il s\u2019agirait d\u2019une disposition strictement mosa\u00efque, rien ne nous oblige de croire \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation proprement dite. La loi ancienne est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans son ensemble en ce sens qu\u2019elle est approuv\u00e9e par Dieu. Dieu a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse ce qu\u2019il a jug\u00e9 opportun de lui faire conna\u00eetre, mais sa l\u00e9gislation n\u2019a aucun des caract\u00e8res de la l\u00e9gislation jacobine qui cr\u00e9e tout \u00e0 nouveau pour r\u00e9gir l\u2019homme int\u00e8gre et absolu. Parmi les usages existants il a accept\u00e9 les uns et repouss\u00e9 les autres\u00a0; ce qu\u2019il a fait au Sina\u00ef il a pu le faire plus tard, par le canal ordinaire de l\u2019autorit\u00e9 et sans recourir \u00e0 des r\u00e9v\u00e9lations sp\u00e9ciales. La formule\u00a0: <em>Dieu dit \u00e0 Mo\u00efse\u00a0<\/em>signifie donc simplement\u00a0: voici une loi \u00e9man\u00e9e de l\u2019autorit\u00e9 divine dans l\u2019esprit du premier l\u00e9gislateur. Cette interpr\u00e9tation ne fait pas dispara\u00eetre toutes les difficult\u00e9s\u00a0! Nous aurons \u00e0 prouver contre un grand nombre de critiques qu\u2019il y a eu une l\u00e9gislation mosa\u00efque et que les lois du Code sacerdotalen sont une conclusion normale, mais du moins nous pourrons consid\u00e9rer ces lois comme post\u00e9rieures \u00e0 Mo\u00efse non seulement dans leur r\u00e9daction mais encore dans leur th\u00e8me sp\u00e9cial. Et nous serons affranchis d\u2019un second pr\u00e9jug\u00e9 juif, tr\u00e8s oppos\u00e9 \u00e0 une ex\u00e9g\u00e8se loyale des lois<a name=\"_ftnref26\"><\/a>[26]<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle\u00a0: Le t\u00e9moignage de la Bible<\/span><\/h2>\n<p>Ce t\u00e9moignage est contenu dans l\u2019Ancien et dans le Nouveau Testament.<\/p>\n<p>Parlons d\u2019abord de l\u2019Ancien Testament.<\/p>\n<p>On a pr\u00e9tendu prouver d\u2019apr\u00e8s lui que Mo\u00efse est l\u2019auteur de tout le Pentateuque. Cela n\u2019est dit nulle part\u00a0; les termes sont trop vagues pour \u00eatre pris dans un sens si absolu. Il semble m\u00eame que lorsque nous lisons\u00a0: \u00ab\u00a0Iahv\u00e9 dit \u00e0 Mo\u00efse\u00a0: \u00e9cris cela comme souvenir dans un livre<a name=\"_ftnref27\"><\/a>[27]\u00a0\u00bb (Ex XVII, 14), cela prouve deux choses\u00a0: la premi\u00e8re, que Mo\u00efse avait \u00e9crit quelque chose l\u00e0-dessus\u00a0; la deuxi\u00e8me, qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9crit tout le reste.<\/p>\n<p>M\u00eame r\u00e9flexion pour Num. XXXIII, 2 et pour Ex XXIV, 7.<\/p>\n<p>Au contraire, le Deut\u00e9ronome est donn\u00e9 comme l\u2019\u0153uvre de Mo\u00efse (Deut XXXI, 24). Le texte ne doit pas s\u2019appliquer \u00e0 tout le Deut\u00e9ronome tel que nous l\u2019avons, mais du moins il vise l\u2019ensemble de cette loi\u00a0; cela est indiscutable. Cependant devrons-nous n\u00e9cessairement le consid\u00e9rer comme une affirmation cat\u00e9gorique de ce fait que Mo\u00efse a r\u00e9dig\u00e9 le Deut\u00e9ronome\u00a0; est-ce un enseignement formel de l\u2019\u00e9crivain sacr\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Si on a admis nos observations pr\u00e9liminaires, il n\u2019y a pas lieu de prendre plus \u00e0 la lettre la formule\u00a0: <em>Mo\u00efse a \u00e9crit, <\/em>que la formule\u00a0: <em>Dieu a dit \u00e0 Mo\u00efse<\/em>. Si Mo\u00efse n\u2019\u00e9tait pour rien dans le Deut\u00e9ronome, ce livre serait enti\u00e8rement pseud\u00e9pigraphe, or l\u2019exemple de la Sagesse de Salomon semble prouver qu\u2019un livre pseud\u00e9pigraphique peut \u00eatre inspir\u00e9. Mais nous n\u2019en sommes pas r\u00e9duits \u00e0 cette solution. Qu\u2019est-ce que le Deut\u00e9ronome\u00a0? Une seconde loi en effet, une r\u00e9vision l\u00e9gislative qui prend pour base le code de l\u2019alliance (Ex XX-XXIII). Si le code de l\u2019alliance est mosa\u00efque, le Deut\u00e9ronome l\u2019est aussi. On pouvait donc le donner comme tel. Le r\u00e9dacteur a \u00e9t\u00e9 logique. Il a mis le nom de Mo\u00efse \u00e0 ce qu\u2019il consid\u00e9rait, avec raison, ou plut\u00f4t, \u00e0 ce que toute la tradition consid\u00e9rait comme son \u0153uvre. Si nous prouvons contre les rationalistes que les coutumes r\u00e9dig\u00e9es \u00e9taient anciennes, conformes au droit mosa\u00efque, ou du moins raisonnablement conclues de pr\u00e9misses anciennes, la pseud\u00e9pigraphie ne porte plus que sur la r\u00e9daction que les H\u00e9breux consid\u00e9raient comme flottante. Soyons logiques nous aussi, et ne nous scandalisons pas d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 qui paraissait si naturel.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte en tous cas des textes qu\u2019une tr\u00e8s ancienne tradition attribuait \u00e0 Mo\u00efse m\u00eame la r\u00e9daction de certains r\u00e9cits et de certaines lois. Aucun argument de critique interne ne pr\u00e9vaudra l\u00e0, contre. Cette croyance a permis aux l\u00e9gislateurs d\u2019attribuer \u00e0 Mo\u00efse les lois qu\u2019ils composaient dans son esprit. Mais les textes qui les renferment ne distinguent pas clairement la part de chacun. Ils ne nous emp\u00eachent donc pas d\u2019appliquer la critique interne pour discerner le fondement des constructions post\u00e9rieures pourvu que nous ne r\u00e9voquions pas en doute leur affirmation principale.<\/p>\n<p>On appliquera les m\u00eames solutions aux textes du Nouveau Testament. L\u2019autorit\u00e9 de N.-S. J\u00e9sus-Christ ne doit pas \u00eatre mise en cause. Il savait mieux que nous ce qu\u2019il en \u00e9tait de l\u2019origine du Pentateuque. Nous ne sommes pas de ceux qui limitent sa science, m\u00eame comme homme. Mais si on nous a suivi jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, on a compris que la proposition\u00a0: <em>Mo\u00efse a \u00e9crit la loi<\/em>, \u00e9tait vraie quant au fond, quoiqu\u2019elle ne p\u00fbt s\u2019appliquer \u00e0 la r\u00e9daction compl\u00e8te de cette loi. Le Sauveur n\u2019avait pas assur\u00e9ment \u00e0 redresser toutes les opinions des Pharisiens\u00a0; c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 compromettre le r\u00e9sultat de sa mission dans une controverse st\u00e9rile. Il venait pour ramener les c\u0153urs \u00e0 Dieu, non pour traiter des probl\u00e8mes litt\u00e9raires. On le comprend si bien qu\u2019on n\u2019insiste que sur un seul texte. On dit\u00a0: J\u00e9sus n\u2019avait pas \u00e0 r\u00e9futer toutes les erreurs, mais il ne pouvait du moins en approuver directement aucune. Or si Mo\u00efse n\u2019est pas l\u2019auteur du Pentateuque, le Seigneur a approuv\u00e9 directement une erreur en disant\u00a0: <em>Nolite putare, quia ego accusaturus sim vos apud Patrem\u00a0; est qui accusat vos, Moyses, in quo speratis. Si enim crederitis Moysi, crederetis et mihi\u00a0: de me enim ille scripsit. Si autem illius litteris non creditis, quomodo verbis meis credetis\u00a0<\/em>? (Jo V, 45-47)<a name=\"_ftnref28\"><\/a>[28].<\/p>\n<p>Ce passage ne prouve rien touchant l\u2019ensemble du Pentateuque. \u00c0 supposer que le Sauveur parle express\u00e9ment de ce qu\u2019a fait l\u2019homme nomm\u00e9 Mo\u00efse, cela prouve seulement qu\u2019il a \u00e9crit quelque chose qui se rapportait \u00e0 J\u00e9sus-Christ. Mais en r\u00e9alit\u00e9 la personne de Mo\u00efse n\u2019est ici qu\u2019\u00e0 la surface. L\u2019opposition est entre le livre \u00e9crit et les paroles. Les Juifs n\u2019esp\u00e9raient pas en la <em>personne <\/em>de Mo\u00efse, mais en la <em>tora<\/em>que tout le monde connaissait sous le nom de Mo\u00efse. Leur erreur consiste \u00e0 se confier en la loi, qu\u2019ils ne comprennent pas, et qui les conduisait au Messie. Voil\u00e0 l\u2019erreur que le Sauveur d\u00e9sapprouve\u00a0: la question litt\u00e9raire du Pentateuque ne se posait m\u00eame pas.<\/p>\n<p>Les textes bibliques ne prouvent donc pas que Mo\u00efse a r\u00e9dig\u00e9 le Pentateuque. Mais ne sont-ils pas plus forts joints \u00e0 la tradition\u00a0?<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Quatri\u00e8me question pr\u00e9judicielle\u00a0: la Tradition<\/span><\/h2>\n<p>Dans l\u2019\u00c9glise catholique, la tradition est parall\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00c9criture. Le dogme est contenu dans la tradition orale venue des Ap\u00f4tres comme dans leurs \u00e9crits. De m\u00eame que l\u2019\u00c9glise reconna\u00eet dans l\u2019\u00c9criture un enseignement divin, mais qui n\u2019est de foi que lorsqu\u2019elle en a fix\u00e9 le sens, de m\u00eame les traditions ne sont d\u00e9termin\u00e9es que par ses d\u00e9clarations. Et de m\u00eame qu\u2019on ne peut sans t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 s\u2019\u00e9carter du sens dogmatique g\u00e9n\u00e9ralement admis par les th\u00e9ologiens, de m\u00eame on ne peut rejeter une tradition qu\u2019ils ont reconnue comme important \u00e0 la foi. Que si une tradition ne touche pas \u00e0 la foi, le consentement m\u00eame unanime des P\u00e8res ne suffit pas \u00e0 la rendre certaine\u00a0: c\u2019est la r\u00e8gle de Melchior Cano<a name=\"_ftnref29\"><\/a>[29]\u00a0:\u00a0<em>Omnium etiam sanctorum auctoritas in eo genere quaestionum, quas ad fidem diximus minime pertinere, fidem quidem probabilem facit, certam tamen non facit<\/em><a name=\"_ftnref30\"><\/a>[30].<\/p>\n<p>Ce grand th\u00e9ologien avait remarqu\u00e9 que certains th\u00e9ologiens scolastiques sont trop port\u00e9s \u00e0 aller au bout de leurs raisonnements, sans s\u2019apercevoir qu\u2019\u00e0 un certain moment les opinions deviennent libres\u00a0: <em>Quo loco sane arguendi sunt scholastici nonnulli, qui ex opinionum, quas in schola acceperunt, praejudiciis viros alias catholicos notis gravioribus inurunt, idque tanta facilitate, ut merito rideantur<\/em><a name=\"_ftnref31\"><\/a>[31].<\/p>\n<p>Cano ajoutait que m\u00eame dans les questions qui ressortissent \u00e0 la th\u00e9ologie, on peut distinguer certaines modalit\u00e9s qui n\u2019int\u00e9ressent pas \u00e9galement la foi\u00a0: <em>Altera ad philosophiae magis rationem expediunt quam fidei\u00a0; altera ad fidem pertinent moresque Christiano populo necessarios<\/em><a name=\"_ftnref32\"><\/a>[32]. Tels sont les principes\u00a0; telle est la libert\u00e9 laiss\u00e9e aux bons catholiques, et je ne pense pas que personne veuille la restreindre sans mandat en formulant contre ses fr\u00e8res une \u03b3\u03c1\u03b1\u03c6\u03ae\u00a0\u03ac\u03c3\u03b5\u03b4\u03b5\u03af\u03b1\u03c2: <em>Pro fide etiam cum vitae discrimine pugna sit\u00a0; pro his, quae fidei non sunt, sit pugna, si ita placet, sed incruenta sit tamen<\/em><a name=\"_ftnref33\"><\/a>[33]. C\u2019est encore Cano qui parle.<\/p>\n<p>Appliquons donc ces principes \u00e0 la tradition touchant le Pentateuque. Et d\u2019abord n\u2019y aurait-il pas dans cette tradition une double modalit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Mo\u00efse est le l\u00e9gislateur d&rsquo;Isra\u00ebl, le mosa\u00efsme est \u00e0 la base de toute l&rsquo;histoire du peuple de Dieu, voil\u00e0 la tradition historique. Mo\u00efse a r\u00e9dig\u00e9 le Pentateuque que nous poss\u00e9dons, voil\u00e0 la tradition litt\u00e9raire. \u00c9videmment ces deux aspects sont diff\u00e9rents, et ce qui \u00e9tablit solidement la premi\u00e8re tradition peut \u00eatre de nulle valeur relativement \u00e0 la seconde, quoique la seconde comporte n\u00e9cessairement la premi\u00e8re. Or je ne vois pas que cette distinction si simple ait \u00e9t\u00e9 faite par les d\u00e9fenseurs de l&rsquo;authenticit\u00e9 mosa\u00efque du Pentateuque. Ils \u00e9tablissent solidement que toute l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl ne peut s&rsquo;expliquer sans Mo\u00efse et concluent qu&rsquo;il a compos\u00e9 le Pentateuque\u00a0; ou pour prouver la m\u00eame th\u00e8se ils all\u00e8guent des textes o\u00f9 Mo\u00efse est nomm\u00e9 l\u00e9gislateur des H\u00e9breux. \u00c9videmment la conclusion contient plus que les pr\u00e9misses. Il faut sortir de cette confusion. On n\u2019abandonne pas la tradition pour en mieux discerner les \u00e9l\u00e9ments, d\u00fbt-on renoncer \u00e0 ceux qui ne faisaient pas partie de la substance traditionnelle.<\/p>\n<p>Il est vrai que la tradition a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9e tout enti\u00e8re, et c\u2019est ce qui justifie la m\u00e9thode des \u00e9crivains catholiques, plus press\u00e9s de r\u00e9pondre \u00e0 des attaques bruyantes que soucieux de faire eux-m\u00eames \u0153uvre de critiques. On a rejet\u00e9 la formule\u00a0: <em>la Loi et les proph\u00e8tes<\/em>, pour la remplacer par je ne sais quelles chim\u00e8res de monoth\u00e9isme moral, cr\u00e9\u00e9 par les proph\u00e8tes, la loi n\u2019\u00e9tant jamais que l\u2019\u00e9cho de la pr\u00e9dication. Ainsi la tradition historique elle-m\u00eame est attaqu\u00e9e. Mais quant \u00e0 celle-l\u00e0, nous devons la d\u00e9fendre. La Bible ne serait plus l\u2019histoire du salut si elle d\u00e9naturait \u00e0 ce point cette histoire. La foi est menac\u00e9e quand les grands faits du r\u00e8gne de Dieu deviennent incertains. D\u2019ailleurs je ne sache pas que la d\u00e9monstration soit faite contre nous, aucune raison de critique interne ne m\u2019oblige \u00e0 en venir l\u00e0, et toutes les raisons d\u2019une sage critique historique nous forcent \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 Mo\u00efse le r\u00f4le historique que lui attribue la tradition. Mais il n\u2019en r\u00e9sulte pas que Mo\u00efse a \u00e9crit le Pentateuque entier.<\/p>\n<p>On croit g\u00e9n\u00e9ralement que les deux traditions se valent. Il faut donc \u00e9tablir que la tradition litt\u00e9raire n\u2019a pas la m\u00eame port\u00e9e que la tradition historique et que certains indices nous permettent de r\u00e9cuser les conclusions extr\u00eames de ceux qui l\u2019all\u00e8guent comme une autorit\u00e9 d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>L\u2019unanimit\u00e9 n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus absolue lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u00e9tendue de ce qui est attribu\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse. Quelques-uns ont \u00e9t\u00e9 cons\u00e9quents, ils veulent que Mo\u00efse ait \u00e9crit \u2013 comme proph\u00e8te \u2013, m\u00eame le r\u00e9cit de sa mort. En g\u00e9n\u00e9ral on le donne \u00e0 Josu\u00e9, sans aucune raison traditionnelle, simplement parce que cela para\u00eet plus plausible. Quelques-uns vont plus loin et admettent des gloses. Voil\u00e0 une porte ouverte \u00e0 la critique interne.<\/p>\n<p>Et c\u2019est que le fait de la composition int\u00e9grale d\u2019un livre n\u2019est pas facile \u00e0 constater. Parmi les traditions fausses qui se sont impos\u00e9es \u00e0 la cr\u00e9dulit\u00e9 des th\u00e9ologiens par le canal des historiens et des ex\u00e9g\u00e8tes, la plupart sont de l\u2019ordre litt\u00e9raire. Des th\u00e9ologiens et des conciles ont attribu\u00e9 \u00e0 Denys l\u2019Ar\u00e9opagite des \u00e9crits que tous les hommes comp\u00e9tents lui refusent.<\/p>\n<p>On pourrait citer maint autre exemple. Si, comme nous l\u2019avons montr\u00e9, on continuait la r\u00e9daction des Livres saints, quel t\u00e9moin a pu constater le fait litt\u00e9raire de la composition totale\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019assembl\u00e9e de N\u00e9h\u00e9mie peut-\u00eatre\u00a0; mais nous sommes loin de Mo\u00efse. Il est impossible, assur\u00e9ment, que le peuple ait \u00e9t\u00e9 victime de la fraude litt\u00e9raire qu\u2019on suppose\u00a0: Esdras venant lire ses \u00e9lucubrations et faisant accroire au peuple que c\u2019est la loi de Mo\u00efse re\u00e7ue dans la nation depuis longtemps. Mais si le livre lu par Esdras existait d\u00e9j\u00e0, s\u2019il contenait le Deut\u00e9ronome, conforme lui-m\u00eame au Code de l\u2019alliance o\u00f9 \u00e9tait la l\u00e9gislation primitive, le peuple \u00e9tait t\u00e9moin, beaucoup plut\u00f4t du fait historique de la mosa\u00efcit\u00e9 de la l\u00e9gislation que des modalit\u00e9s de la composition de son Code.<\/p>\n<p>Est-il possible cependant qu\u2019une refonte g\u00e9n\u00e9rale ait pass\u00e9 inaper\u00e7ue\u00a0? \u2014 Mais on peut se demander en effet si la tradition n\u2019a pas gard\u00e9 la m\u00e9moire d\u2019une r\u00e9daction op\u00e9r\u00e9e au temps d\u2019Esdras. Voici les passages du Talmud<a name=\"_ftnref34\"><\/a>[34]\u00a0: \u00ab\u00a0La Tora \u00e9tait oubli\u00e9e des Isra\u00e9lites, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019Esdras vint de Babylone et la restaura\u00a0\u00bb (<em>Soukka <\/em>20<sup>a<\/sup>). \u00ab\u00a0Quoique la Tora n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par lui (Esdras), l\u2019\u00e9criture a cependant \u00e9t\u00e9 \u00e9crite par lui\u00a0\u00bb (<em>Sanhedrin\u00a0<\/em>21<sup>b<\/sup>).<\/p>\n<p>Ces passages peuvent et doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s d\u2019une action mat\u00e9rielle d\u2019Esdras, parce qu\u2019alors la tradition mosa\u00efque avait pr\u00e9valu, mais ne sont-ils pas un indice\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019histoire du quatri\u00e8me livre d\u2019Esdras n\u2019est pas non plus sans int\u00e9r\u00eat, un int\u00e9r\u00eat plut\u00f4t th\u00e9ologique qu\u2019historique, puisque ce livre n\u2019est qu\u2019une fiction juive sans autorit\u00e9. Le fait int\u00e9ressant est que plusieurs P\u00e8res des plus graves ont admis, soit sur l\u2019autorit\u00e9 de ce livre, soit d\u2019apr\u00e8s une tradition courante, que les Livres saints, ayant \u00e9t\u00e9 perdus <em>au moment de la captivit\u00e9 de Babylone<\/em>, ont \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9s par Esdras <em>sous Artaxerc\u00e8s<\/em>.<\/p>\n<p>On remarquera que, dans leur opinion, Esdras a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 pour recevoir le texte ancien, mais il n\u2019en est pas moins vrai que d\u00e8s lors toute l\u2019autorit\u00e9 du Pentateuque repose sur l\u2019autorit\u00e9 d\u2019Esdras inspir\u00e9, et que pendant plus de cent ans la tradition litt\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement interrompue. Il est aussi permis, sans manquer de respect \u00e0 ces grands hommes, de constater avec quelle facilit\u00e9 ils recevaient une tradition juive de second ordre<a name=\"_ftnref35\"><\/a>[35]. Si l\u2019on ajoute \u00e0 cela la cr\u00e9dulit\u00e9 avec laquelle des P\u00e8res de premier rang ont admis l\u2019histoire des cellules des Septante qui conduisait \u00e0 l\u2019inspiration de leur version, on conc\u00e9dera qu\u2019en <em>mati\u00e8re litt\u00e9raire<\/em>, la tradition des P\u00e8res n\u2019a pas la m\u00eame autorit\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re dogmatique. On ne voit pas qu\u2019ils soient sur ce point les simples rapporteurs de la tradition des Ap\u00f4tres. Ils ont suivi les opinions juives, victimes trop souvent de la manie pseud\u00e9pigraphe qui r\u00e9gnait alors dans le monde juif.<\/p>\n<p>Les Juifs en effet croyaient alors tout savoir touchant leurs origines, et leur impudence en imposait aux chr\u00e9tiens. Les exag\u00e9rations m\u00eame de leur tradition devraient nous la rendre suspecte. Ils ont fait remonter au Sina\u00ef l\u2019origine des points-voyelles, ils ont cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces la grande synagogue, et des chr\u00e9tiens ont fait fond sur tout cela pour r\u00e9sister aux conciles catholiques. Les catholiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aussi loin que les protestants dans cet esclavage de la lettre, mais il serait temps de distinguer plus nettement la tradition apostolique des opinions juives. Nous admettons que les paroles du Sauveur ont \u00e9t\u00e9, dans une certaine mesure, transform\u00e9es par la cat\u00e9ch\u00e8se primitive\u00a0; nous avons dans les \u00e9vangiles deux formes du <em>Pater<\/em>, et nous ne nous croyons pas oblig\u00e9s de soutenir que J\u00e9sus-Christ les a prononc\u00e9es toutes deux\u00a0: pourquoi devons-nous croire que Mo\u00efse ait \u00e9crit les deux r\u00e9dactions du D\u00e9calogue\u00a0?<\/p>\n<p>La tradition des P\u00e8res aurait-elle \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e par le concile de Trente\u00a0? \u2014 Mais on sait qu\u2019en se pronon\u00e7ant sur la canonicit\u00e9, il a \u00e9vit\u00e9 de trancher la question d\u2019authenticit\u00e9. On peut objecter cependant que le concile de Trente, en nommant le Pentateuque de Mo\u00efse, a du moins exprim\u00e9 son opinion sur ce fait. Mais quand il serait vrai qu\u2019il ait pos\u00e9 une r\u00e8gle disciplinaire sans le dire, on ne peut \u00e9tendre la mesure au del\u00e0 de ce qui se pratique pour l\u2019\u00e9p\u00eetre aux H\u00e9breux dont l\u2019origine a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e dans le Concile. Ceux m\u00eames qui se croient oblig\u00e9s de dire que saint Paul en est l\u2019auteur admettent un r\u00e9dacteur \u2013 non point seulement un scribe \u2013, qui lui aurait donn\u00e9 sa forme litt\u00e9raire. Nous demandons, il est vrai, quelque chose de plus pour le Pentateuque, mais il sera toujours le Pentateuque de Mo\u00efse si ce grand homme a jet\u00e9 les fondements de sa l\u00e9gislation. Nous revenons donc toujours \u00e0 la distinction du probl\u00e8me litt\u00e9raire et de la tradition historique.<\/p>\n<p>La tradition historique est claire, elle a les vraies notes d\u2019une tradition qui oblige et qui dirige. La tradition litt\u00e9raire est loin d\u2019avoir la m\u00eame valeur. Elle ne para\u00eet pas assez assur\u00e9e pour \u00eatre obligatoire, et m\u00eame si nous voulions l\u2019interpr\u00e9ter dans un sens positif, nous dirions qu\u2019elle repr\u00e9sente un double courant. Chez les Juifs, on a toujours tendu \u00e0 outrer la tradition mosa\u00efque en faisant remonter au Sina\u00ef les moindres d\u00e9tails du texte\u00a0; mais les P\u00e8res ont conserv\u00e9 le souvenir d\u2019une tradition qui attribuait \u00e0 Esdras un travail de refonte sur toute l\u2019\u00c9criture et en particulier sur le Pentateuque. La conciliation s\u2019est op\u00e9r\u00e9e en admettant qu\u2019Esdras n\u2019avait \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 que pour reproduire de m\u00e9moire la lettre ancienne, et il est incontestable que l\u2019opinion juive a pr\u00e9valu. Mais cette lacune de plus de cent ans, cette reconstitution des \u00c9critures tant\u00f4t de m\u00e9moire, tant\u00f4t en compilant des fragments, sont des signes d\u2019incertitude dans la tradition. Elle demeure ferme sur l\u2019inspiration d\u2019Esdras, mais nous laisse libres de discuter par des moyens litt\u00e9raires un probl\u00e8me litt\u00e9raire. La r\u00e9action commenc\u00e9e contre les racontars du Talmud peut faire un pas de plus sans d\u00e9truire les fondements du juda\u00efsme qui sont aussi ceux de notre religion.<\/p>\n<h2><span style=\"color: #993300;\">Cinqui\u00e8me question pr\u00e9judicielle\u00a0: la valeur historique<\/span><\/h2>\n<p>C\u2019est de beaucoup le point le plus d\u00e9licat. D\u2019abord \u00e0 cause des habitudes prises. Depuis si longtemps on argumente du Pentateuque mosa\u00efque dans les trait\u00e9s apolog\u00e9tiques\u00a0! Et il faut convenir que la difficult\u00e9 est tr\u00e8s grave en elle-m\u00eame. On la formule ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde admet que le r\u00e9cit de Mo\u00efse est vrai s\u2019il est r\u00e9ellement de lui, tandis qu\u2019on peut pr\u00e9tendre qu\u2019il est indigne de foi et n\u2019est qu\u2019un tissu de mythes s\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 une date post\u00e9rieure<a name=\"_ftnref36\"><\/a>[36].\u00a0\u00bb En d\u2019autres termes on tient \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 pour \u00e9tablir la v\u00e9racit\u00e9.<\/p>\n<p>Plusieurs distinctions sont ici n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Devons-nous d\u2019abord conc\u00e9der qu\u2019un r\u00e9cit post\u00e9rieur aux faits, m\u00eame de plusieurs si\u00e8cles, soit fatalement indigne de foi et un tissu de mythes\u00a0? Ce serait mettre Mo\u00efse en f\u00e2cheuse posture par rapport \u00e0 l\u2019histoire des patriarches, sans m\u00eame remonter plus haut. Comment savait-on au moment de l\u2019exode ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 en Chanaan quatre cents ans ou m\u00eame deux cents ans plus t\u00f4t\u00a0? Mo\u00efse pouvait avoir des documents\u2026 mais ces documents ont pu \u00eatre conserv\u00e9s et utilis\u00e9s apr\u00e8s lui. En d\u2019autres termes, la date de la r\u00e9daction importe moins en pareil cas que l\u2019existence de sources \u00e9crites. Or, sur ce point, la r\u00e9action commenc\u00e9e par M. Sayce<a name=\"_ftnref37\"><\/a>[37] est d\u2019autant plus en progr\u00e8s que le pays de Chanaan nous appara\u00eet davantage comme un pays d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Nous avons jug\u00e9 imprudent d\u2019engager sur une question litt\u00e9raire l\u2019autorit\u00e9 de N.-S., de l\u2019\u00c9criture et de la Tradition. S\u2019obstiner \u00e0 soutenir l\u2019unit\u00e9 rigoureuse du Pentateuque est une imprudence du m\u00eame genre qui sacrifie le principal \u00e0 l\u2019accessoire. Nous serions dans une situation plus difficile si le Pentateuque \u00e9tait rigoureusement un, car de dater cette unit\u00e9 de Mo\u00efse, personne n\u2019y consentira, et nous ne saurons plus comment on peut se fier \u00e0 un auteur \u00e9crivant si loin des faits, sans qu\u2019on puisse affirmer qu\u2019il ait eu des sources. Qu\u2019on admette au contraire un r\u00e9dacteur respectueux des vieux documents qu\u2019il juxtapose plut\u00f4t que de les alt\u00e9rer, nous sommes sur un terrain plus solide.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs en pareille mati\u00e8re on ne peut raisonner <em>a priori<\/em>, et pour examiner les faits, il faudrait avoir fix\u00e9 l\u2019\u00e2ge de chaque document. Disons cependant que la position que nous fait la critique litt\u00e9raire n\u2019est pas aussi mauvaise qu\u2019on le suppose g\u00e9n\u00e9ralement. Trois documents contiennent toute l\u2019histoire du Pentateuque, l\u2019\u00c9lohiste, le Jahviste et le Code sacerdotal, qu\u2019il vaudrait mieux nommer l\u2019histoire des institutions religieuses d\u2019Isra\u00ebl. Chacun de ces documents a utilis\u00e9 celui qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9\u00a0: on pr\u00e9tend m\u00eame \u2013 \u00e0 tort selon nous \u2013, que le Code sacerdotal n\u2019avait d\u2019autre source que ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs d\u00e9j\u00e0 mis en \u0153uvre par le Deut\u00e9ronome. Qui ne voit que dans cette situation il ne peut \u00eatre question de contradiction r\u00e9elle et fondamentale entre les auteurs si soucieux de se suivre les uns les autres qu\u2019on a pu les fondre dans un m\u00eame tout\u00a0? Et n\u2019avons-nous pas, pour assurer la v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019histoire d\u2019Isra\u00ebl, trois t\u00e9moins au lieu d\u2019un\u00a0? Que le dernier l\u2019ait comprise autrement que le premier, qu\u2019importe\u00a0? le r\u00e9dacteur assure la rectitude de notre jugement en les mettant en parall\u00e8le. Ne disons-nous pas que si les divergences des Synoptiques nous imposent une t\u00e2che impossible \u00e0 r\u00e9aliser \u00e0 vouloir absolument les mettre dans le m\u00eame moule, leur accord sur les points essentiels dans cette ind\u00e9pendance de pens\u00e9e est le meilleur crit\u00e8re de la v\u00e9racit\u00e9 des faits.<\/p>\n<p>Mais voici la vraie difficult\u00e9\u00a0: on pr\u00e9tend que le Code sacerdotal a alt\u00e9r\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 de parti pris, qu\u2019il a g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, syst\u00e9matis\u00e9, id\u00e9alis\u00e9 l\u2019histoire. Avant de r\u00e9soudre cette objection nous pourrions demander\u00a0: Qu\u2019est-ce que la v\u00e9rit\u00e9 historique telle qu\u2019on l\u2019entendait alors en Jud\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p>Distinguons du moins. Nous tenons \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 des faits racont\u00e9s pour deux raisons. Ils sont en quelque mani\u00e8re les grandes lignes du r\u00e8gne de Dieu sur la terre, ils font partie de l\u2019histoire du salut, ils sont \u00e9troitement li\u00e9s au dogme lui-m\u00eame. De plus, l\u2019histoire qui les rapporte est une histoire divine, un livre inspir\u00e9 ne peut ni errer ni mentir.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que, sous le premier aspect, nous ne tenons qu\u2019aux faits principaux. Si les faits du salut \u00e9taient contenus dans un livre humain, les erreurs de d\u00e9tail nous importeraient fort peu. Nous soumettons \u00e0 une critique s\u00e9v\u00e8re m\u00eame la liturgie de l\u2019\u00c9glise, en prenant presque pour r\u00e8gle d\u2019en suspecter les \u00e9l\u00e9ments trop miraculeux. La r\u00e9flexion est de Melchior Cano\u00a0: <em>Sed esto\u00a0; quaedam in publicis Ecclesiae precibus habeantur ambigua, quaedam etiam falsa in quibus, praesertim quoties de miraculis incidit sermo, ficta rerepias fortasse plura, quae jure ac merito reprobantur<\/em>[38]<em>.<\/em>Et cependant l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise de J\u00e9sus-Christ nous est aussi ch\u00e8re que celle de la Synagogue. Pourvu qu\u2019elle tienne debout, nous n\u2019insistons pas sur les d\u00e9tails transmis m\u00eame par la voie sainte de la Liturgie. De m\u00eame pour l\u2019histoire des H\u00e9breux\u00a0; ce qui nous importe, c\u2019est le fond des choses.<\/p>\n<p>Donc, je le r\u00e9p\u00e8te, c\u2019est parce que la Bible est un livre inspir\u00e9 que nous tenons \u00e0 la v\u00e9racit\u00e9 m\u00eame des d\u00e9tails, et nous avons raison, puisque Dieu, auteur principal de l\u2019\u00c9criture, ne peut ni se tromper ni nous tromper.<\/p>\n<p>Seulement si ces d\u00e9tails n\u2019importent pas par eux-m\u00eames, nous pouvons nous demander si Dieu a r\u00e9ellement voulu nous les enseigner, ou s\u2019il s\u2019en est servi comme des \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels d\u2019un enseignement sup\u00e9rieur\u00a0; en d\u2019autres termes, si les ouvrages en question ne manqueraient pas de r\u00e9alit\u00e9 historique uniquement parce que le genre qu\u2019ils ont choisi excluait cette r\u00e9alit\u00e9 des d\u00e9tails, d\u2019o\u00f9 nous pourrions conclure qu\u2019elle ne nous est pas propos\u00e9e absolument par l\u2019auteur. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 de cette fa\u00e7on l\u2019histoire de la chute\u00a0: on peut appliquer les m\u00eames principes \u00e0 l\u2019histoire du Code sacerdotal, c\u2019est-\u00e0-dire non plus \u00e0 l\u2019histoire primitive, mais \u00e0 l\u2019histoire id\u00e9alis\u00e9e. Dans les deux cas il y a un fond historique, enseign\u00e9 au moyen de formes accidentelles que l\u2019auteur ne donne pas comme vraies en elles-m\u00eames, mais comme une formule plus ou moins pr\u00e9cise de la v\u00e9rit\u00e9. Pour l\u2019histoire id\u00e9alis\u00e9e, il y a cette difficult\u00e9 de plus que l\u2019auteur a l\u2019air plus ma\u00eetre de lui, plus libre dans l\u2019expression et qu\u2019il semble choisir comme de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 des accessoires trompeurs. M\u00eame dans ce cas nous ne devons pas nous laisser aller aux apparences, et on s\u2019est trop souvent tromp\u00e9, si cette exactitude a fait l\u2019impression d\u2019une affirmation stricte et positive, il faut s\u2019en prendre \u00e0 la tradition juive qui a peu \u00e0 peu gagn\u00e9 parmi nous, tandis que les premiers P\u00e8res \u00e9taient si port\u00e9s \u00e0 contempler dans l\u2019\u00c9criture surtout la v\u00e9rit\u00e9 id\u00e9ale. Entrons dans l\u2019esprit des contemporains du Code sacerdotal, dans l\u2019esprit d\u2019\u00c9z\u00e9chiel, et demandons-nous comment la tradition catholique entend \u00c9z\u00e9chiel lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Devant Dieu tout est pr\u00e9sent\u00a0: toute affirmation divine est essentiellement vraie, qu\u2019elle porte sur le pass\u00e9 ou sur l\u2019avenir. Toute proph\u00e9tie inspir\u00e9e est donc aussi vraie que toute histoire inspir\u00e9e\u00a0; or qui va chercher une r\u00e9alit\u00e9 historique dans les proph\u00e9ties d\u2019\u00c9z\u00e9chiel sur la restauration d\u2019Isra\u00ebl\u00a0? Rien ne s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 la lettre, tout s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 selon l\u2019esprit. C\u2019\u00e9tait comme une esquisse du r\u00e8gne de Dieu. Pourquoi ne pas imaginer qu\u2019un contemporain, tablant d\u2019ailleurs sur des faits authentiques, ait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019ancienne histoire cette r\u00e9gularit\u00e9 qui la rendait propre \u00e0 devenir la figure de l\u2019avenir\u00a0? Que cherchaient les premiers P\u00e8res dans la description du Tabernacle\u00a0? Le Christ et toujours le Christ. Ils avaient le sentiment tr\u00e8s profond de la valeur figurative et symbolique des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9taill\u00e9s d\u2019une chose d\u2019ailleurs tr\u00e8s r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Observons encore que le Pentateuque est une loi. Les \u00e9l\u00e9ments historiques n\u2019y sont pas \u00e0 d\u00e9daigner, mais, dans le Code sacerdotal surtout l\u2019histoire n\u2019est qu\u2019un cadre. Interdira-t-on au l\u00e9gislateur, surtout \u00e0 cette \u00e9poque, de pr\u00e9senter la l\u00e9gislation sous une forme figur\u00e9e\u00a0? Un cas de conscience, avec tous les d\u00e9tails les plus pr\u00e9cis, contient-il une histoire vraie\u00a0? et ne peut-on pas dire par exemple, que l\u2019histoire des filles de Salphaad ressemble \u00e0 une s\u00e9rie de <em>casus<\/em><a name=\"_ftnref39\"><\/a>[39]<em>\u00a0<\/em>? Et surtout interdira-t-on \u00e0 Dieu de faire \u00e9crire l\u2019histoire du peuple ancien de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019elle figur\u00e2t mieux la loi nouvelle que par le terre \u00e0 terre de la r\u00e9alit\u00e9 historique\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019histoire du royaume de Dieu n\u2019est pas une histoire ordinaire, et partout o\u00f9 il n\u2019y a pas affirmation cat\u00e9gorique, il n\u2019y a ni erreur ni mensonge.<\/p>\n<p>Si cette conception r\u00e9pugne, c\u2019est surtout parce qu\u2019il devient impossible de savoir exactement \u00e0 quoi s\u2019en tenir par rapport \u00e0 certaines circonstances. L\u2019inconv\u00e9nient serait grave s\u2019il mettait en question les grands faits, ce qui n\u2019est pas, m\u00eame selon la critique, puisqu\u2019ils sont garantis par les autres sources\u00a0; et quant aux d\u00e9tails, il faut bien s\u2019y r\u00e9signer parce qu\u2019il est in\u00e9vitable. Prenons pour exemple la chronologie. Si vous ne voulez pas la prendre pour un th\u00e8me syst\u00e9matique, une r\u00e9duction des p\u00e9riodes historiques \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments, vous devrez n\u00e9anmoins rester dans un doute \u00e9ternel, tant \u00e0 cause des variations dans les manuscrits que de l\u2019impossibilit\u00e9 de faire co\u00efncider les chiffres avec les histoires. Il faudra les supposer alt\u00e9r\u00e9s \u00e0 chaque instant. De toutes mani\u00e8res la pr\u00e9cision des faits vous \u00e9chappe. Dieu n\u2019a pas voulu vous instruire de ces choses qui ne servent pas au salut. Mais il ne vous a pas non plus induit en erreur par des proc\u00e9d\u00e9s historiques si \u00e9trangers \u00e0 nos habitudes, et tout le mal vient de vous qui pr\u00e9f\u00e9rez la litt\u00e9ralit\u00e9 juive \u00e0 l\u2019instinct des P\u00e8res qui montaient plus haut.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs nous donnons ici des solutions extr\u00eames et radicales qui pr\u00e9servent la parole de Dieu du reproche d\u2019erreur en toute hypoth\u00e8se. Il devient chaque jour plus \u00e9vident que le Code sacerdotal lui-m\u00eame avait ses sources propres. Il est impossible de le convaincre de mensonge, et si on lui reproche de syst\u00e9matiser au lieu de rechercher minutieusement le fait concret, on ne peut l\u2019en convaincre que par lui-m\u00eame. C\u2019est donc <em>par lui-m\u00eame\u00a0<\/em>que nous savons qu\u2019il ne veut plus \u00e0 ce moment faire de l\u2019histoire, et d\u00e8s lors qui trompe-t-il, et que peut-on lui reprocher de ce chef\u00a0?<\/p>\n<p>Si donc il s\u2019agit de la v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019\u00c9criture comme inspir\u00e9e, elle est mise hors de cause par une ex\u00e9g\u00e8se l\u00e9gitime, et s\u2019il s\u2019agit des grands faits qui seuls importent \u00e0 la th\u00e9ologie, ils seront mis hors de cause par une d\u00e9fense critique et loyale. Dans les deux cas nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00e9tudier de pr\u00e8s la composition du Pentateuque, persuad\u00e9s que l\u2019histoire qui sortira du discernement des sources sera toujours l\u2019histoire de la R\u00e9v\u00e9lation d\u2019apr\u00e8s la parole de Dieu. \u00a8<\/p>\n<p>J\u00e9rusalem<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Fr. M.-J. Lagrange<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Transcription <em>Association des Amis du P\u00e8re Lagrange<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/\">www.mj-lagrange.org<\/a><\/p>\n<p>0119<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a name=\"_ftn1\"><\/a>[1]Lu au congr\u00e8s scientifique des catholiques \u00e0 Fribourg, ao\u00fbt 1897.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\"><\/a>[2][Jean Astruc (1684-1766), m\u00e9decin th\u00e9oricien fran\u00e7ais, auteur de dissertations philosophiques et d\u2019un important ouvrage de critique biblique sur la Gen\u00e8se.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\"><\/a>[3][Carl Friedrich Keil (1807-1888), ex\u00e9g\u00e8te protestant allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\"><\/a>[4][Frantz Delitzsch (1813-1890), th\u00e9ologien luth\u00e9rien, h\u00e9bra\u00efsant.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\"><\/a>[5][Otto Richard Kraetzschmar (1867-1902), th\u00e9ologien protestant allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\"><\/a>[6]Zatw(1897) p. 91. [<em>Zeitschrift fur die Alttest. Wissenschaft\u00a0<\/em>(Journal de l\u2019Ancien Testament. Science).]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\"><\/a>[7][Abraham Kuenen (1828-1891), th\u00e9ologien protestant n\u00e9erlandais.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\"><\/a>[8][Julius Wellhausen (1844-1918), th\u00e9ologien protestant allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\"><\/a>[9][Johann Karl Wilhelm Vatke (1806-1882), th\u00e9ologien protestant allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\"><\/a>[10][Leopold George (1811-1873), philosophe allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\"><\/a>[11][Karl Heinrich Graf (1815-1869), th\u00e9ologien protestant, bibliste et orientaliste allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\"><\/a>[12][Christian Friedrich August Dillmann (1823-1894), orientaliste et bibliste allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\"><\/a>[13]<em>The \u00ab\u00a0higher criticism\u00a0\u00bb and the verdict of the monuments. <\/em>5<sup>th\u00a0<\/sup>ed. London, 1895. [Archibald Henry Sayce (1845-1933), assyriologue et linguiste anglais.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\"><\/a>[14][William Henry Green (1825-1900), orientaliste am\u00e9ricain, sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019h\u00e9breu.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\"><\/a>[15]<em>Unity of the Book of Genesis.<\/em>New York, 1895.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\"><\/a>[16][Joseph Hal\u00e9vy (1827-1917), linguiste, arch\u00e9ologue et g\u00e9ographe fran\u00e7ais. Sp\u00e9cialiste de langues et d\u2019arch\u00e9ologie orientales. Professeur d\u2019\u00e9thiopien et de sab\u00e9en. Fondateur de la <em>Revue s\u00e9mitique et d\u2019histoire ancienne<\/em>.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\"><\/a>[17][Fritz Hommel (1854-1936), orientaliste allemand.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\"><\/a>[18][Jacques-B\u00e9nigne Bossuet, \u00e9d. Mabre-Cramoisy, 1681.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn19\"><\/a>[19][Richard Simon (1638-1712) ex\u00e9g\u00e8te fran\u00e7ais.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn20\"><\/a>[20][Eug\u00e8ne Labiche (1815-1888), dramaturge fran\u00e7ais, c\u00e9l\u00e8bre auteur de vaudevilles.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn21\"><\/a>[21][Jules Touzard (1867-1938) p. s. s., professeur d\u2019\u00c9criture sainte, d\u2019h\u00e9breu et de syriaque.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn22\"><\/a>[22]<em>Histoire critique du V. T., <\/em>chap. III.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn23\"><\/a>[23][Ernest Renan (1823-1892), \u00e9crivain, philologue, philosophe et historien fran\u00e7ais.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn24\"><\/a>[24][Livres des Chroniques]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn25\"><\/a>[25][Fulcran Vigouroux (1837-1915) p. s. s., th\u00e9ologien, bibliste fran\u00e7ais.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn26\"><\/a>[26]\u00ab\u00a0Je scay qu\u2019il est d\u00e9fendu express\u00e9ment dans le Deut\u00e9ronome d\u2019ajouter ou de diminuer quoy que ce soit \u00e0 la parole de Dieu, mais on peut r\u00e9pondre avec l\u2019Auteur du Livre intitul\u00e9 Cozri, que cette d\u00e9fense ne regarde que les personnes priv\u00e9es, et non pas ceux que Dieu avait charg\u00e9 d\u2019interpr\u00e9ter sa volont\u00e9.\u00a0\u00bb (Rich. Simon, chap. II). [Richard Simon (1638-1712), ex\u00e9g\u00e8te fran\u00e7ais, p\u00e8re de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se moderne.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn27\"><\/a>[27]Les LXX n\u2019ont pas rendu l\u2019article mass. <em>dans le livre\u00a0:<\/em>et quand m\u00eame la le\u00e7on mass. serait la meilleure, elle n\u2019indiquerait pas un livre commenc\u00e9 dans lequel on \u00e9crit tout. (K\u0153nig, <em>Einleitung<\/em>, p. 135. [Johann Friedrich K\u00f6nig (1619-1664) th\u00e9ologien luth\u00e9rien allemand.])<\/p>\n<p><a name=\"_ftn28\"><\/a>[28][Ne pensez pas que c\u2019est moi qui vous accuserai aupr\u00e8s du P\u00e8re. Votre accusateur sera Mo\u00efse, en qui vous mettez votre espoir. Car si vous croyiez Mo\u00efse, vous me croiriez aussi\u00a0; car c\u2019est de moi qu\u2019il a \u00e9crit.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn29\"><\/a>[29][Melchior Cano (1509-1560), dominicain, th\u00e9ologien, philosophe et \u00e9v\u00eaque espagnol.]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn30\"><\/a>[30]VII, 3.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn31\"><\/a>[31]VII, 4.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn32\"><\/a>[32]<em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a name=\"_ftn33\"><\/a>[33]VIII, 5.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn34\"><\/a>[34]D\u2019apr\u00e8s K\u0153nig, p. 244.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn35\"><\/a>[35]Voici les textes, la plupart d\u2019apr\u00e8s James, <em>The fourth Book of Ezra<\/em>, p. XIXVII.<\/p>\n<ol start=\"21\">\n<li>Ir\u00e9n\u00e9e, III, 21-2 [\u2026]. Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie, <em>Stromates<\/em>, I, 22 et I, 21. Tertullien, <em>De cultu feminorum, <\/em>I, 3\u00a0: \u00ab\u00a0Hierosolymis Babylonia expugnatione deletis omne instrumentum Judaicae litteraturae per Esdram constat restauratum.\u00a0\u00bb S. J\u00e9r\u00f4me, <em>Adv. Helvidium<\/em>, 7\u00a0: \u00ab\u00a0Sive Moysen dicere volueris auctorem Pentateuthi, sive Ezram, ejusdem instauratorem operis, non recuso.\u00a0\u00bb S. Basile, Ep. Ad Chilonem [\u2026]. S. Chrysostome ne para\u00eet pas faire allusion au IV<sup>e<\/sup>d\u2019Esdras, mais son t\u00e9moignage n\u2019en est que plus important lorsqu\u2019il fait d\u2019Esdras un compilateur, <em>hom<\/em>. VIII <em>ad Haebr<\/em>. [\u2026]. Orig., p. 524 in <em>Psalms\u00a0<\/em>[\u2026]. Pseudo-Ath. <em>Synopsis\u00a0<\/em>: L\u00e9once de Byzance, <em>de sectis<\/em>, p. 428\u00a0; Isidore de S\u00e9ville, <em>Origines, <\/em>VI, 3 et <em>De vita et morte Sanct. <\/em>LXI\u00a0: \u00ab\u00a0Esdras sacrae scriptor historiae atque alter lator legis post Moysen. Hic etiam legem incensam ex gentibus renovavit. \u00bb (Optat, \u00e9d. Dupin, p. 114.)<\/li>\n<\/ol>\n<p><a name=\"_ftn36\"><\/a>[36]Vigouroux, <em>Manuel biblique, <\/em>I, p. 320.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn37\"><\/a>[37][Archibald Sayce (1845-1933), linguiste, arch\u00e9ologue, historien, \u00e9gyptoloque]<\/p>\n<p><a name=\"_ftn38\"><\/a>[38]XI, 5.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn39\"><\/a>[39]Num. XXVI, 33, 1-7, XXXVI, 6-10.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ancien Testament Le P. Lagrange, d\u00e8s le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, a donn\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9tudes sur l\u2019\u0153uvre de Mo\u00efse, question capitale dont d\u00e9pend presque toute l\u2019histoire de l\u2019Ancien Testament. Parmi ces \u00e9tudes il faut citer en premier lieu\u00a0: Les sources du Pentateuque, texte de la fameuse conf\u00e9rence donn\u00e9e au congr\u00e8s scientifique des catholiques de &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=12285\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;Ancien Testament : Les sources du Pentateuque par Fr. 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