{"id":2533,"date":"2011-10-31T22:43:06","date_gmt":"2011-10-31T21:43:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2533"},"modified":"2015-03-09T23:43:35","modified_gmt":"2015-03-09T22:43:35","slug":"l%e2%80%99ecole-biblique-de-saint-etienne-par-le-p-marie-joseph-lagrange-des-freres-precheurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2533","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9cole biblique de Saint-\u00c9tienne par le R.P. Marie-Joseph Lagrange des fr\u00e8res Pr\u00eacheurs"},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2533\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><p style=\"text-align: right;\"><em>In : Saint \u00c9tienne et son sanctuaire \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Paris, \u00c9d. Alphonse Picard et Fils, 1894, p.157-166<\/p>\n<blockquote><p>On racontait encore dans les histoires et les m\u00e9moires de N\u00e9h\u00e9mie qu\u2019il construisit une biblioth\u00e8que pour rassembler les livres sur les rois (LXX), les livres des proph\u00e8tes et de David, les lettres des rois et ce qui concernait les donations. (II, Macch., 2, 13).<\/p><\/blockquote>\n<p>N\u00e9h\u00e9mie, le restaurateur des murs abattus, aussit\u00f4t qu\u2019il put d\u00e9poser l\u2019\u00e9p\u00e9e et la truelle qu\u2019il \u00e9tait oblig\u00e9 de manier \u00e0 la fois, s\u2019occupa de r\u00e9unir les livres sacr\u00e9s pour en faire l\u2019objet principal de l\u2019\u00e9tude des Isra\u00e9lites. C est aussi ce que pr\u00e9tendait faire le P\u00e8re Matthieu.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous avons cherch\u00e9 avec un soin pieux les destin\u00e9es anciennes du sanctuaire de Saint-\u00c9tienne, mais nous avons promis de dire aussi ce qui s\u2019y passe aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>On le comprend, en Palestine mieux qu\u2019ailleurs, l\u2019activit\u00e9 du pr\u00e9sent se relie dans les desseins de Dieu aux souvenirs du pass\u00e9 : entre le sol et les faits de l\u2019histoire il a \u00e9tabli une harmonie. Ce n\u2019est donc pas sans une sage disposition de la Providence qu\u2019une \u00e9cole biblique a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e au lieu du martyre de saint \u00c9tienne. Il ne suffisait pas du culte religieux \u00e0 ce confesseur de la foi. Ceux qui sont charg\u00e9s de l\u2019honorer par la pri\u00e8re publique doivent aussi h\u00e9riter de son amour pour la v\u00e9rit\u00e9, et de son z\u00e8le \u00e0 la pr\u00eacher sans crainte.<\/p>\n<p>Or, nous l\u2019avons vu, \u00c9tienne parlant \u00e0 des Juifs puisait tous ses arguments dans l\u2019\u00c9criture Sainte dont l\u2019Esprit-Saint lui avait fait conna\u00eetre le sens divin. De nos jours, cette pr\u00e9dication est encore la plus opportune de toutes, comme nous l\u2019enseigne L\u00e9on XIII, dans l\u2019encyclique <em>Providentissimus Deus<\/em>, sans parler de la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9sister aux ennemis de notre foi, qui font de la Bible le but principal de leurs attaques.<\/p>\n<p>En inaugurant les \u00e9tudes scripturaires, th\u00e9ologiques et historiques \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019ancien monast\u00e8re d\u2019Eudocie, les Dominicains ne font d\u2019ailleurs que reprendre la tradition de son premier abb\u00e9, Gabri\u00e9los, merveilleusement dou\u00e9 pour les \u00e9tudes, qui parlait le grec, le syriaque et le latin.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019il nous soit permis d\u2019exposer aussi les raisons g\u00e9n\u00e9rales qui recommandent aujourd\u2019hui la fondation d\u2019une \u00e9cole biblique \u00e0 J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9criture Sainte a Dieu pour auteur, mais il a plu \u00e0 Dieu de se servir pour l\u2019\u00e9crire d\u2019instruments humains ; la pens\u00e9e divine avant d\u2019arriver \u00e0 l\u2019homme a d\u00fb, par cons\u00e9quent, passer par l\u2019esprit et par le c\u0153ur d\u2019autres hommes.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte, comme l\u2019enseigne l\u2019encyclique de L\u00e9on XIII, que son autorit\u00e9 est irr\u00e9fragable, puisqu\u2019elle a Dieu pour auteur, mais qu\u2019elle s\u2019explique \u00e0 la mani\u00e8re des hommes, humano more.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent encore, tout ce qui peut nous \u00e9clairer sur la mani\u00e8re des hommes, soit par la philosophie, soit par l\u2019histoire, nous aide \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la pens\u00e9e divine elle-m\u00eame. Il faut ajouter qu\u2019il a plu \u00e0 Dieu de donner \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation la forme d\u2019une histoire, qui est l\u2019histoire m\u00eame de l\u2019humanit\u00e9. Certains livres de la Bible ont une forme didactique, mais ils ne sont pas con\u00e7us comme une formule abstraite. Jamais formule abstraite n\u2019a exerc\u00e9 une influence f\u00e9conde et populaire dans l\u2019ordre religieux : les livres didactiques eux-m\u00eames portent l\u2019empreinte de leur temps, sont \u00e9troitement li\u00e9s aux circonstances de leur composition et par l\u00e0 rel\u00e8vent de l\u2019histoire. L\u2019histoire est donc d\u2019une supr\u00eame importance pour l\u2019interpr\u00e9tation de la Bible, sous la direction de la th\u00e9ologie qui fournit les lumi\u00e8res de la foi. Les ex\u00e9g\u00e8tes chr\u00e9tiens l\u2019ont toujours compris ; ils ont toujours eu soin d\u2019employer les ressources historiques de leur temps. Mais l\u2019histoire est-elle jamais d\u00e9finitive ? Un savant professeur, passionn\u00e9ment \u00e9pris de l\u2019antiquit\u00e9, nous demande de la voir comme elle est : \u00ab Vacillante, h\u00e9sitante, presque arr\u00eat\u00e9e \u00e0 chaque pas sur une route barr\u00e9e d\u2019obstacles, entrav\u00e9e de difficult\u00e9s sans nombre, tr\u00e9buchant entre le doute et l\u2019erreur, elle marche pourtant, \u00e9ternelle voyageuse ; elle marche, attir\u00e9e par le prestige des horizons inconnus, sans se rebuter aux \u00e9carts ni aux d\u00e9tours du chemin, ne se reposant que par \u00e9tapes, et poussant dans tous les sens, d\u2019un \u00e9lan invincible, sa conqu\u00eate ambitieuse et lente. \u00bb Et le jeune professeur ajoute : \u00ab Depuis vingt ann\u00e9es, les d\u00e9couvertes de l\u2019arch\u00e9ologie ont renouvel\u00e9 en grande partie l\u2019histoire hell\u00e9nique<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-1\" id=\"refmark-1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>S\u2019il en est ainsi de ces Grecs dont nous croyions avoir appris les hauts faits et les m\u00e9faits d\u2019une mani\u00e8re imperturbable, que dira-t-on des merveilleuses d\u00e9couvertes qui se sont op\u00e9r\u00e9es en Orient ?<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9gypte a livr\u00e9 ses secrets ; les interminables registres de ses temples, ses rouleaux de papyrus sont d\u00e9chiffr\u00e9s. La pens\u00e9e antique se d\u00e9robe encore, insaisissable et voil\u00e9e, mais la langue du moins est connue. Dans le monde s\u00e9mitique, l\u2019Assyrie, plus pr\u00e9cise, plus scientifique, se pr\u00eate davantage \u00e0 l\u2019analyse ; on peut dresser l\u2019inventaire de ses connaissances et presque de toutes ses id\u00e9es : sur tous les points elle confine \u00e0 Isra\u00ebl. Les voisins du peuple de Dieu : Ph\u00e9niciens, Nabat\u00e9ens, Aram\u00e9ens nous parlent peu de lui, mais leurs inscriptions nous font p\u00e9n\u00e9trer dans son g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019histoire sur lequel il est parfaitement superflu d\u2019insister est donc d\u00fb \u00e0 d\u2019autres progr\u00e8s : les langues anciennes sont mieux connues, on a d\u00e9chiffr\u00e9 l\u2019\u00e9criture des inscriptions, on a dress\u00e9 des cartes, on a \u00e9tudi\u00e9 les anciens usages dans les monuments de l\u2019art comme dans les usages actuels.<\/p>\n<p>Linguistique, \u00e9pigraphie, g\u00e9ographie et arch\u00e9ologie sont n\u00e9cessaires pour op\u00e9rer ce renouvellement de l\u2019histoire qui doit profiter \u00e0 la Bible. Est-il opportun d\u2019\u00e9tudier tout cela \u00e0 J\u00e9rusalem ?<\/p>\n<p>On peut, il est vrai, apprendre en Europe les langues orientales et l\u2019arch\u00e9ologie ; il est m\u00eame \u00e0 propos de le faire et de ne pas r\u00e9server tout le travail pour un temps n\u00e9cessairement trop court. Cependant une langue n\u2019est parfaitement connue que quand elle est parl\u00e9e, et lorsqu\u2019on voit l\u2019usage qu\u2019en font ceux qui l\u2019ont apprise de leur m\u00e8re. Un des savants les plus consid\u00e9rables de l\u2019Allemagne affirme que pour savoir l\u2019arabe, il faut \u00eatre au courant des moindres usages des chameliers : le r\u00eave de tous les grands orientalistes est de voir l\u2019Orient.<\/p>\n<p>Par un singulier encha\u00eenement des choses, on parle encore en Palestine le grec, langue du Nouveau Testament, et lorsqu\u2019on entend parler l\u2019arabe \u2014 si les mots diff\u00e8rent souvent de l\u2019h\u00e9breu, \u2014 le g\u00e9nie \u00e9tant le m\u00eame, on retrouve sur les l\u00e8vres du Fellah ou du B\u00e9douin les images et les pens\u00e9es o\u00f9 s\u2019alimentait la vie intellectuelle des H\u00e9breux. Une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre qui ne se d\u00e9crit pas, des impressions rapides, le langage des yeux r\u00e9v\u00e8lent cet \u00e9tat d\u2019esprit de l\u2019Oriental si diff\u00e9rent du n\u00f4tre ; sans tout cela la langue est morte, et une langue morte n\u2019est jamais parfaitement connue : <em>talis hominibus fuit oratio qualis vita<\/em>, disait S\u00e9n\u00e8que ; la langue est le miroir de la vie.<\/p>\n<p>Pour les inscriptions, il est vrai qu\u2019on peut les \u00e9tudier plus commod\u00e9ment dans les mus\u00e9es et dans les recueils sp\u00e9ciaux. Mais ne peut-on pas avoir ici ces recueils, et faut-il renoncer \u00e0 en trouver de nouvelles, Les H\u00e9breux n\u2019ont pas fait de leurs monuments autant de pages d\u2019\u00e9criture ; ils ont \u00e9crit cependant.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Siloam_Inscription.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2570\" title=\"L'inscription de Silo\u00e9\" alt=\"\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Siloam_Inscription.jpg\" width=\"516\" height=\"256\" srcset=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Siloam_Inscription.jpg 516w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/Siloam_Inscription-300x148.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" \/><\/a>La st\u00e8le de M\u00e9sa, l\u2019inscription de Silo\u00e9, la tablette de Tell el Hessy sont de merveilleuses d\u00e9couvertes qui prouvent qu\u2019on trouvera si l\u2019on cherche ! Il faut chercher sous le sol ; mais les fouilles ne peuvent \u00eatre conduites avec succ\u00e8s que par des hommes habitu\u00e9s aux pays, familiers avec ses coutumes. Les catholiques ne doivent pas se laisser devancer m\u00eame en cela.<\/p>\n<p>Faut-il parler de l\u2019utilit\u00e9 de la g\u00e9ographie et de la topographie pour l\u2019intelligence de l\u2019histoire ? Personne ne consent plus \u00e0 \u00e9crire le r\u00e9cit d\u2019\u00e9v\u00e9nements dont il n\u2019aurait pas vu le th\u00e9\u00e2tre ; personne ne voudra plus bient\u00f4t commenter la Bible sans avoir visit\u00e9 la Terre Sainte. Mais il ne suffit pas d\u2019un passage rapide ; pour r\u00e9soudre le moindre probl\u00e8me d\u2019identification, il faut revenir souvent \u00e0 la m\u00eame place, contr\u00f4ler l\u2019une par l\u2019autre les donn\u00e9es du probl\u00e8me, s\u2019assurer si de tel lieu on en aper\u00e7oit un autre, grouper des \u00e9l\u00e9ments vari\u00e9s que l\u2019attention la plus exacte ne peut pas toujours saisir en une seule fois.<\/p>\n<p>Et quand toutes ces \u00e9tudes pourraient se faire en dehors de la Palestine, avec des livres et des cartes, des estampages et des photographies, ce qu\u2019on ne peut saisir qu\u2019ici, c\u2019est cette vue d\u2019ensemble qui est comme le <em>mens divinior<\/em> de l\u2019historien. Sans une pr\u00e9paration laborieuse, on ne trouve en Terre Sainte que des impressions fugitives ou des \u00e9motions passag\u00e8res : l\u2019historien doit \u00e9tudier longtemps la pens\u00e9e des anciens, il doit recomposer leur vie en reconstruisant par l\u2019arch\u00e9ologie tous les d\u00e9tails de leur existence, r\u00e9unir des mat\u00e9riaux au moyen de m\u00e9thodes pr\u00e9cises et d\u2019observations exactes ; il peut alors s\u2019abandonner \u00e0 ce que Paul Bourget appelle la sensation historique, et qu\u2019en Terre Sainte on serait tent\u00e9 d\u2019appeler l\u2019extase historique.<\/p>\n<p>Sans \u00e9tudes pr\u00e9paratoires, cette sensation qui touche le pass\u00e9 et le fait revivre n\u2019est qu\u2019un r\u00eave et une illusion ; pour l\u2019\u00e9rudit, ce n\u2019est pas une hallucination, c\u2019est une vision. Or, on n\u2019\u00e9voque ces ombres, on ne fait revivre ces morts qu\u2019aux lieux o\u00f9 ils ont v\u00e9cu et o\u00f9 ils dorment leur dernier sommeil. \u00ab On devient Grec, disait Albert Dumont, rien qu\u2019\u00e0 la vue de la mer d\u2019\u00c9gine. \u00bb Et Maurice Holleaux ajoute : \u00ab Il y a des minutes de contemplation et de r\u00eaverie devant un paysage qui valent des heures d\u2019\u00e9tudes abstraites. \u00bb C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la pens\u00e9e de saint J\u00e9r\u00f4me : \u00ab De m\u00eame qu\u2019en voyant Ath\u00e8nes, on comprend mieux l\u2019<em>Histoire grecque,<\/em> et le cinqui\u00e8me livre de l\u2019<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em> quand on a navigu\u00e9 de la Troade par Leucate et les monts Acroc\u00e9rauniens jusqu\u2019\u00e0 la Sicile et aux bouches du Tibre, ainsi on contemplera plus clairement l\u2019\u00c9criture Sainte \u2014 c\u2019est une intuition, <em>intuebitur<\/em>, \u2014 quand on a vu la Jud\u00e9e de ses yeux, et qu\u2019on a trouv\u00e9 le souvenir des villes antiques, soit qu\u2019elles aient conserv\u00e9, soit qu\u2019elles aient chang\u00e9 leur nom. \u00bb<\/p>\n<p>Et qu\u2019on ne dise pas que cette m\u00e9thode, en marquant mieux le caract\u00e8re historique de la r\u00e9v\u00e9lation, lui enl\u00e8ve son caract\u00e8re surnaturel. Dieu r\u00e9v\u00e8le \u00e0 qui il lui pla\u00eet les myst\u00e8res de l\u2019\u00c9criture ; mais pour nous, oblig\u00e9s de nous livrer au travail pour m\u00e9riter la lumi\u00e8re, nous devons avant tout remettre la r\u00e9v\u00e9lation dans le cadre historique o\u00f9 Dieu l\u2019a plac\u00e9e, pour go\u00fbter ensuite sa divine saveur. Le travail que nous proposons n\u2019est que pr\u00e9paratoire, mais il est n\u00e9cessaire dans les voies communes. Le sculpteur, en attaquant le marbre \u00e0 coups de marteau, ne fait que changer la disposition mat\u00e9rielle de la statue, et cependant, peu \u00e0 peu, l\u2019\u00e2me se montre dans les traits du visage o\u00f9 para\u00eet la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019historien \u00e9voque tour \u00e0 tour devant ses yeux grands ouverts les peuples anciens ; ce ne sont pas eux qui ont donn\u00e9 le divin au monde. Ce n\u2019est pas le S\u00e9mite, mat\u00e9rialiste, terre \u00e0 terre, souvent pr\u00e9cis dans ses calculs, mais n\u2019oubliant jamais la jouissance actuelle et le profit, m\u00eame dans la recherche de la science ; ce n\u2019est pas lui qui a cr\u00e9\u00e9 la religion de l\u2019id\u00e9al, la sainte folie qui sacrifie le pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Il voit para\u00eetre l\u2019Hell\u00e8ne avec ses d\u00e9fauts tels que les r\u00e9sume un arch\u00e9ologue d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, \u00e9pris de leur g\u00e9nie : \u00ab \u00e9troitesse d\u2019esprit, s\u00e8cheresse de c\u0153ur, sens moral m\u00e9diocre, incorrigible nonchalance, jactance st\u00e9rile. \u00bb Ce n\u2019est pas le Grec qui a cr\u00e9\u00e9 la religion de l\u2019amour. C\u2019est J\u00e9sus dont on retrouve l\u2019image dans les r\u00e9cits de l\u2019\u00c9vangile, au repos du soir, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 ses traces sur les collines qu\u2019il a parcourues. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 Naplouse, \u00e9coutant les rumeurs de la ville qui semble s\u2019\u00e9veiller \u00e0 la nuit, apr\u00e8s les heures accablantes du jour, on croit entrevoir par-del\u00e0 les citronniers embaum\u00e9s et les nopals fantastiques, le divin voyageur, assis pr\u00e8s du puits de son anc\u00eatre Jacob. Et toute cette nature redit la parole qu\u2019elle a entendue, et que l\u2019homme a oubli\u00e9e : Le salut vient des Juifs, mais le temps viendra o\u00f9 des vrais adorateurs adoreront le P\u00e8re en esprit et en v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce que respirent les citronniers et les nopals, voil\u00e0 ce que chante la terre qui a vu para\u00eetre son Dieu, les montagnes tressaillent et les collines sont lumineuses.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment, guid\u00e9es par la foi et par la charit\u00e9, toute science et toute \u00e9tude demandent \u00e0 boire de l\u2019eau vive en s\u2019inclinant aux pieds de J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Mais qui peut fixer l\u2019heure o\u00f9 cette lumi\u00e8re p\u00e9n\u00e8tre l\u2019\u00e2me comme une inspiration soudaine, tandis qu\u2019elle ne peut r\u00e9sulter que d\u2019\u00e9tudes et de m\u00e9ditations altern\u00e9es ? L\u2019avantage incomparable de J\u00e9rusalem c\u2019est de pouvoir fournir une somme suffisante d\u2019\u00e9tudes th\u00e9oriques constamment baign\u00e9es de clart\u00e9s instinctives qui viennent de l\u2019atmosph\u00e8re o\u00f9 l\u2019on se trouve. L\u2019avantage d\u2019une \u00e9cole sp\u00e9ciale biblique dans le pays de la Bible, c\u2019est que tout ce qu\u2019on voit concourt \u00e0 expliquer ce que l\u2019on apprend, c\u2019est de faire converger vers un m\u00eame but toutes les forces.<\/p>\n<p>Ne se plaint-on pas de leur dispersion ? Il est vrai, chaque jour \u00e9tend davantage le champ que doit parcourir, l\u2019ex\u00e9g\u00e8te. On reproche \u00e0 l\u2019un d\u2019ignorer les progr\u00e8s de la science, \u00e0 l\u2019autre de n\u2019\u00eatre que philologue ; la pens\u00e9e manque d\u2019autorit\u00e9 sans des \u00e9tudes forc\u00e9ment minutieuses qui risquent de l\u2019amoindrir ; en Terre Sainte, elle se rel\u00e8ve incessamment vers les choses divines, et toujours par l\u2019\u00e9chelle myst\u00e9rieuse de l\u2019histoire sur laquelle montent et descendent les saints et les anges des deux Testaments.<\/p>\n<p>Ces consid\u00e9rations ont dirig\u00e9 l\u2019organisation de l\u2019\u00c9cole biblique. On a fait une large place aux langues. On y enseigne le grec, l\u2019h\u00e9breu, l\u2019aram\u00e9en, l\u2019arabe et l\u2019assyrien, en attendant qu\u2019on puisse inaugurer l\u2019arm\u00e9nien et le copte. Un cours d\u2019arch\u00e9ologie, un cours d\u2019\u00e9pigraphie, deux cours de g\u00e9ographie de la Palestine et de topographie de J\u00e9rusalem sont comme les auxiliaires des cours d\u2019ex\u00e9g\u00e8se et d\u2019introduction. Selon les mati\u00e8res enseign\u00e9es, on se rend sur les lieux pour les v\u00e9rifications n\u00e9cessaires. On s\u2019inspire sous la tente des souvenirs du pass\u00e9. Aucun interm\u00e9diaire trop moderne n\u2019alt\u00e8re les impressions. C\u2019est presque une contemplation, et c\u2019est encore une \u00e9tude. L\u2019\u00c9gypte avec ses richesses arch\u00e9ologiques, le Sina\u00ef avec ses d\u00e9serts remplis du souvenir de Dieu, la Syrie avec ses basiliques chr\u00e9tiennes ne sont pas hors de port\u00e9e. \u00c9tudes et voyages, en donnant, soit aux \u00e9tudes par une constante application aux textes, soit aux voyages par un contact aussi prochain que possible avec les hommes et les choses, un caract\u00e8re simple et pratique, constituent assur\u00e9ment une ressource pr\u00e9cieuse, si les faits r\u00e9pondent aux esp\u00e9rances.<\/p>\n<p>Nous n\u2019osons faire appel ici aux avantages recueillis jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent par les \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole biblique. On nous permettra seulement de rappeler les r\u00e9sultats obtenus dans le seul domaine \u00e9pigraphique, sans qu\u2019on ait pu, faute d\u2019autorisation et de ressources, entreprendre des fouilles r\u00e9guli\u00e8res. Une inscription nabat\u00e9enne qui figure dans le <em>Corpus inscriptionum semiticarum<\/em> d\u2019apr\u00e8s l\u2019estampage fourni par l\u2019auteur de ce livre, une inscription samaritaine, et on sait si elles sont rares ; une inscription ph\u00e9nicienne, une des plus longues qui existent ; une inscription arabe coufique, la seconde de son esp\u00e8ce ; un nombre assez consid\u00e9rable d\u2018inscriptions palmyr\u00e9niennes, quelques fragments h\u00e9breux, voil\u00e0 une moisson s\u00e9mitique qui a sa valeur, et quant aux inscriptions grecques et aux milliaires, on ne les compte pas. Tout cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 par les seuls professeurs de l\u2019\u00c9cole. Nous devons beaucoup en particulier au R.P. Germer Durand. Ce qui importe c\u2019est l\u2019utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ; on sait qu\u2019il existe un centre d\u2019\u00e9tudes bibliques en Palestine, et qu\u2019il a son organe, la <em>Revue biblique<\/em>, largement ouverte aux savants catholiques. Cela encourage et les chercheurs et les travailleurs, et, s\u2019il pla\u00eet \u00e0 Dieu, cela servira \u00e0 l\u2019intelligence du texte sacr\u00e9 et contribuera \u00e0 l\u2019honneur de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Il est permis de tout esp\u00e9rer, depuis que la b\u00e9n\u00e9diction du Souverain Pontife a imprim\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre commenc\u00e9e le sceau de la b\u00e9n\u00e9diction divine. N\u2019est-il pas d\u2019ailleurs le grand ma\u00eetre des \u00e9tudes bibliques ? C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00c9glise qu\u2019appartient le r\u00f4le d\u2019enseigner les \u00c9critures pour le salut des hommes. C\u2019est dans son esprit, sous sa surveillance et en se contenant dans les limites enseign\u00e9es par elle que les \u00e9tudes locales atteindront leur but.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes bibliques doivent, en effet, \u00eatre avant tout th\u00e9ologiques, et c\u2019est ce que l\u2019Ordre de saint Dominique a exprim\u00e9 de la mani\u00e8re la plus frappante en associant \u00e0 l\u2019\u00e9cole biblique un coll\u00e8ge de saint Thomas o\u00f9 les \u00e9tudiants eccl\u00e9siastiques pourront prendre les grades th\u00e9ologiques comme au couvent romain de la Minerve. \u00c0 vrai dire, il n\u2019y a \u00e0 Saint-\u00c9tienne qu\u2019une \u00e9cole, mais une \u00e9cole de th\u00e9ologie comme on les comprenait au Moyen \u00c2ge, au temps le plus florissant de la scolastique o\u00f9 la Bible \u00e9tait dans les universit\u00e9s l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga, le livre des \u00e9tudiants et le livre des ma\u00eetres<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-2\" id=\"refmark-2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>En tout cela on ne pouvait avoir de meilleur patron c\u00e9leste que saint \u00c9tienne et saint Paul dont le souvenir est \u00e0 jamais uni dans la basilique d\u2019Eudocie.<\/p>\n<div id=\"footnote-list\" style=\"display:inherit\"><span id=fn-heading>Notes<\/span> &nbsp;&nbsp;&nbsp;(\u21b5 returns to text)<\/p>\n<ol>\n<li id=\"footnote-1\" class=\"fn-text\"><em>L\u2019histoire et l\u2019arch\u00e9ologie,<\/em> par Maurice Holleaux (1888).<a href=\"#refmark-1\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-2\" class=\"fn-text\">Ce point a \u00e9t\u00e9 mis en pleine lumi\u00e8re par le Tr\u00e8s R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re Denifle, <em>Revue Thomiste<\/em>, avril 1894.<a href=\"#refmark-2\">\u21b5<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In : Saint \u00c9tienne et son sanctuaire \u00e0 J\u00e9rusalem, Paris, \u00c9d. Alphonse Picard et Fils, 1894, p.157-166 On racontait encore dans les histoires et les m\u00e9moires de N\u00e9h\u00e9mie qu\u2019il construisit une biblioth\u00e8que pour rassembler les livres sur les rois (LXX), les livres des proph\u00e8tes et de David, les lettres des rois et ce qui concernait &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2533\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;L\u2019\u00c9cole biblique de Saint-\u00c9tienne par le R.P. Marie-Joseph Lagrange des fr\u00e8res Pr\u00eacheurs&rsquo; &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[53],"tags":[],"class_list":["post-2533","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecole_biblique_jerusalem"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2533"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6668,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2533\/revisions\/6668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}