{"id":2537,"date":"2011-10-31T22:48:57","date_gmt":"2011-10-31T21:48:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2537"},"modified":"2011-10-31T22:48:57","modified_gmt":"2011-10-31T21:48:57","slug":"le-pere-lagrange-par-fr-marie-reginald-loew-o-p-disciple-du-pere-lagrange","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2537","title":{"rendered":"Le P\u00e8re Lagrange par fr. Marie-R\u00e9ginald Loew, O.P., disciple du P\u00e8re Lagrange"},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2537\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><p style=\"text-align: right;\"><em>In<\/em> : La <em>Revue du Rosaire<\/em>, n\u00b0 10-11, octobre-novembre 1939<\/p>\n<p>Un grand, tr\u00e8s grand savant : il parlait ou comprenait parfaitement six langues modernes et, en plus du latin, du grec et de l\u2019h\u00e9breu pouvait d\u00e9chiffrer les inscriptions anciennes : ses titres honorifiques, bien qu\u2019il ne les ait jamais cherch\u00e9s, tiendraient plusieurs paragraphes de la <em>Revue du Rosair<\/em>e, et la simple \u00e9num\u00e9ration de ses livres et de ses travaux cinq ou six pages\u2026 Mais aussi un grand serviteur de Marie, tellement grand et qui l\u2019aimait, Elle, \u00ab la Vierge Fid\u00e8le \u00bb, comme il disait, d\u2019une affection si tendre, que l\u2019on ose \u00e0 peine \u2013 et en s\u2019excusant \u2013 essayer de la raconter.<\/p>\n<p>Le secret de sa vie, c\u2019\u00e9tait ce grand amour pour \u00ab Marie Immacul\u00e9e, Reine du Rosaire \u00bb : Le P\u00e8re cachait jalousement ce tr\u00e9sor semblable \u00e0 ces fleurs d\u00e9licates et si belles que l\u2019on craint de les cueillir en bouquet de peur qu\u2019elles ne se fanent !<\/p>\n<p>Mais puisque les plus grandes Revues scientifiques ont rendu hommage au savant illustre, n\u2018appartient-il pas \u00e0 la <em>Revue du Rosaire<\/em> de rappeler la filiale tendresse du P. Lagrange pour la Tr\u00e8s Sainte Vierge ? N\u2019est-ce pas lui, d\u2019ailleurs, le grand savant qui, il y a dix ans bient\u00f4t, disait au jeune Directeur de cette m\u00eame Revue ces paroles d\u2019encouragement :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #800000;\">\u00ab <em>Le Rosaire, quand on s\u2019en occupe, \u00e7a r\u00e9ussit toujours !<\/em> \u00bb<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><strong>La b\u00e9n\u00e9diction du Saint Cur\u00e9 d\u2019Ars<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En plein c\u0153ur de notre France, \u00e0 Bourg, dans l\u2019Ain, les parents d\u2019Albert Lagrange sont de vrais Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019esprit sinc\u00e8re et pieux : mais l\u2019enfant est d\u00e9licat de sant\u00e9, toujours malade : sa m\u00e8re le conduit alors vers un petit cur\u00e9 de campagne dont on dit qu\u2019il fait des miracles et qui pr\u00eache si bien la d\u00e9votion \u00e0 Marie ! Le cur\u00e9 b\u00e9nit l\u2019enfant et dit quelques mots bien significatifs \u00e0 la maman : c\u2019\u00e9tait le Saint Cur\u00e9 d\u2019Ars\u2026 Ne rappelle-t-elle pas, cette sc\u00e8ne, le Myst\u00e8re de la Pr\u00e9sentation au temple ? Lui aussi sera une lumi\u00e8re pour le monde, ce petit enfant, et un <em>fils de Marie<\/em>.<\/p>\n<p>Plus tard, le P. Lagrange, qui n\u2019a jamais voulu redire les paroles, sans doute proph\u00e9tiques, du Saint Cur\u00e9, se plaira \u00e0 placer sa naissance sous la protection de la Sainte Vierge :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Bourg est une ville plac\u00e9e sous le patronage de Marie\u2026 Le 7 mars 1855 \u00e9tait la premi\u00e8re f\u00eate de saint Thomas apr\u00e8s la proclamation du Dogme de l\u2019Immacul\u00e9e Conception, heureux \u00e9v\u00e9nement qui r\u00e9jouit si profond\u00e9ment le c\u0153ur de ma pieuse m\u00e8re. \u00bb <\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Et jamais le P\u00e8re ne s\u00e9parera dans son c\u0153ur la d\u00e9votion \u00e0 la Sainte Vierge du souvenir tr\u00e8s tendre de sa maman.<\/p>\n<p>L\u2019enfant grandit et devient robuste : il veut \u00eatre pr\u00eatre et religieux dominicain. Son p\u00e8re lui demande d\u2019attendre quelques ann\u00e9es encore : en fils ob\u00e9issant, il continuera ses \u00e9tudes \u00e0 Paris o\u00f9 il sera l\u2019un des plus brillants jeunes avocats. Enfin lib\u00e9r\u00e9, apr\u00e8s une ann\u00e9e pass\u00e9e au S\u00e9minaire, il entre dans l\u2019Ordre de saint Dominique, l\u2019Ordre du Rosaire, le jour m\u00eame de la f\u00eate de Notre-Dame du Tr\u00e8s Saint Rosaire : on lui donne le nom de fr\u00e8re Marie-Joseph, en l\u2019honneur de la Sainte Famille.<\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\"><em><strong>\u00ab Madame Sainte Marie \u00bb<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p>Restaurer la science catholique des Saintes \u00c9critures, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9fendre et expliquer la Bible, telle est la t\u00e2che que, quelques ann\u00e9es plus tard, le pape L\u00e9on XIII donnait au P. Lagrange, jeune religieux d\u00e9j\u00e0 savant, mais encore inconnu. La Bible \u00e9tait-elle donc en danger ? La Bible en elle-m\u00eame, et l\u2019\u00c9glise, certainement pas. Mais la science catholique, oui. Pourquoi ? Parce qu\u2019occup\u00e9 \u00e0 panser les blessures faites par la R\u00e9volution, l\u2019on n\u2019avait pas eu le temps de suivre les progr\u00e8s faits par l\u2019histoire et les d\u00e9couvertes des savants : la science des Saintes \u00c9critures, qui est le domaine sacr\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, \u00e9tait tomb\u00e9e entre les mains des incroyants et des protestants. Les intelligences et les c\u0153urs \u00e9taient en grand p\u00e9ril.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es d\u2019un travail prodigieux, le P. Lagrange comprend que ce n\u2019est pas dans les biblioth\u00e8ques de Paris ou de Berlin qu\u2019il faut \u00e9tudier la Sainte Bible, comme le font les adversaires de l\u2019\u00c9glise, mais aux endroits m\u00eames o\u00f9 Notre-Seigneur et sa M\u00e8re, o\u00f9 tous les grands proph\u00e8tes de l\u2019Ancien Testament ont v\u00e9cu. Les Sup\u00e9rieurs du P\u00e8re l\u2019envoient \u00e0 J\u00e9rusalem : quelle joie ce sera de rechercher les traces de Marie \u00e0 Nazareth ou \u00e0 Bethl\u00e9em et d\u2019\u00eatre comme dans un p\u00e8lerinage perp\u00e9tuel ! Oui, sans doute, mais le P\u00e8re est seul, sans argent, sans livres de travail ! Qu\u2019importe : il fonde l\u2019\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment, <\/em>dira-t-il plus tard<em>, parce que c\u2019\u00e9tait inhumain et qu\u2019il n\u2019y avait \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb que cela valait la peine de l\u2019entreprendre, parce que c\u2019\u00e9tait Dieu qui le r\u00e9aliserait. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Des professeurs pour enseigner ? \u2013 Le P\u00e8re les formera lui-m\u00eame parmi ses premiers \u00e9l\u00e8ves. Des salles de cours ? \u2013 Un <em>abattoir<\/em> o\u00f9 les crochets \u00e0 suspendre les bestiaux se voient aux murs. Du mat\u00e9riel scolaire ? \u2013 Une seule table, un seul tableau noir, une seule carte du pays ! Notre plus petite \u00e9cole primaire de France est un palais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette Universit\u00e9 naissante. Mais, en revanche, quelle belle inauguration par le P. Lagrange :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Nous commencerons, <\/em>dit-il dans son discours<em>, avec l\u2019aide de Madame Sainte Marie et de Monseigneur Saint \u00c9tienne, dans la confiance que Dieu le veut ! \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Deux ans apr\u00e8s, une Revue trimestrielle, la c\u00e9l\u00e8bre <em>Revue biblique <\/em>commen\u00e7ait \u00e0 para\u00eetre, et un peu plus tard une collection de livres : <em>Les \u00c9tudes bibliques<\/em>. L\u2019\u00c9glise avait remport\u00e9 la victoire sur le terrain m\u00eame de la science. On peut lire maintenant des aveux dans le genre de celui-ci, \u00e9man\u00e9, bien malgr\u00e9 eux, de la plume de deux pasteurs protestants : \u00ab Les th\u00e9ologiens protestants fran\u00e7ais se sont laiss\u00e9 ravir la sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle en ce qui concerne la Bible : le redressement catholique s\u2019affirme non seulement par des travaux sur l\u2019histoire nationale mais aussi par des publications extr\u00eamement importantes sur la Bible, comme, par exemple, la s\u00e9rie des <em>\u00c9tudes biblique<\/em>s dirig\u00e9e par le P. Lagrange. \u00bb<\/p>\n<p><em> Madame Sainte Marie <\/em>a donn\u00e9 la victoire \u00e0 son chevalier.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #800000;\">Les armes d\u2019un savant<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Une victoire suppose un combat, un combat, \u00e0 son tour, des armes. Quelles \u00e9taient celles du P. Lagrange ? Un travail assidu, et le Rosaire, diront tous ceux qui l\u2019ont connu, et en r\u00e9alit\u00e9, elles ne faisaient qu\u2019un, comme on va le voir.<\/p>\n<div id=\"attachment_2568\" style=\"width: 192px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/1933-P.-Lagrange-avec-le-roi-des-Belges.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2568\" class=\"size-medium wp-image-2568\" title=\"1933 P. Lagrange avec le roi des Belges\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/1933-P.-Lagrange-avec-le-roi-des-Belges-182x300.jpg\" alt=\"\" width=\"182\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/1933-P.-Lagrange-avec-le-roi-des-Belges-182x300.jpg 182w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2011\/10\/1933-P.-Lagrange-avec-le-roi-des-Belges-624x1024.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2568\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 \u00c9cole Biblique de J\u00e9rusalem<\/p><\/div>\n<p>Il fait chaud \u00e0 J\u00e9rusalem : \u00e9tudier l\u2019apr\u00e8s-midi est parfois impossible. Et puis, que de visiteurs qui venaient l\u2019assaillir ! Savants \u00e0 la recherche d\u2019un renseignement, p\u00e8lerins illustres, comme, par exemple le Roi Albert 1<sup>er<\/sup> et la Reine des Belges, personnages officiels, cardinaux, diplomates ou m\u00eame touristes\u2026 mais tout le monde savait que le P. Lagrange ne les recevrait pas dans la matin\u00e9e qu\u2019il consacrait enti\u00e8rement, disait-on, \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Et en effet, d\u00e8s six heures du matin, apr\u00e8s avoir d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la Sainte Messe \u00e0 l\u2019autel de Notre-Dame du Rosaire et fait une longue action de gr\u00e2ces, le P\u00e8re \u00e9tait \u00e0 sa table de travail. Sous aucun pr\u00e9texte il ne s\u2019en d\u00e9rangerait : il faudrait attendre l\u2019apr\u00e8s-midi pour le voir.<\/p>\n<p>Mais ce temps si pr\u00e9cieux que les Rois et les Princes de la terre n\u2019obtenaient pas, la Reine du Ciel l\u2019obtenait sans peine de son fid\u00e8le chevalier. Les visiteurs \u00e9conduits qui seraient entr\u00e9s vers onze heures du matin dans la basilique de Saint-\u00c9tienne \u00e9taient s\u00fbrs de voir, pr\u00e8s de ce pilier de la nef d\u2019o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre en m\u00eame temps le Tabernacle et l\u2019autel du Rosaire, et priant avec une ferveur et une simplicit\u00e9 d\u2019enfant, le grand savant : c\u2019\u00e9tait l\u00e0 son repos et sa seule r\u00e9cr\u00e9ation apr\u00e8s cinq heures d\u2019\u00e9tudes \u00e9puisantes.<\/p>\n<p>Toute sa journ\u00e9e s\u2019\u00e9coulait ainsi sous le regard de Notre-Dame : pendant son action de gr\u00e2ces, apr\u00e8s la Messe, il avait renouvel\u00e9 sa cons\u00e9cration \u00e0 la Tr\u00e8s Sainte Vierge, en r\u00e9citant la pri\u00e8re \u00ab <em>O Domina Mea<\/em> \u00bb, offrant comme un bon chevalier ses yeux et son c\u0153ur et tout son \u00eatre \u00ab <em>\u00e0 sa Souveraine<\/em> \u00bb. Maintenant, il rendait compte de son \u00e9tude, de ses fatigues et de ses d\u00e9couvertes. \u00c0 3 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, il viendrait r\u00e9citer le Saint Rosaire, et les visiteurs qu\u2019il allait enfin recevoir \u00e9taient impressionn\u00e9s de le voir \u00e0 genoux, par terre, aussi simple qu\u2019un enfant pr\u00e8s de sa m\u00e8re. Une difficult\u00e9 se pr\u00e9sentait-elle ? \u2013 Aussit\u00f4t il disait la pri\u00e8re \u00ab <em>O Domina mea<\/em> \u00bb. Lui offrait-on des fleurs ? \u2013 Il les portait imm\u00e9diatement \u00e0 la statue de la Vierge. Ayant re\u00e7u un jour de l\u2019argent pour un article qu\u2019il avait \u00e9crit sur la vie de Notre-Dame \u00e0 Nazareth : \u00ab <em>Oh <\/em>! dit-il, <em>on ne gagne pas de l\u2019argent \u00e0 \u00e9crire sur la Sainte Vierge <\/em>\u00bb, et il fit envoyer la somme \u00e0 une pauvre communaut\u00e9 religieuse consacr\u00e9e \u00e0 la Sainte Vierge. Il termine ainsi l\u2019un de ses ouvrages les plus c\u00e9l\u00e8bres : \u00ab <em>En \u00e9crivant ce livre, je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019implorer l\u2019assistance de la Sainte Vierge ; je la supplie de le b\u00e9ni<\/em>r\u2026 \u00bb, et presque tous ses ouvrages sont dat\u00e9s d\u2019une f\u00eate de Marie.<\/p>\n<p><em><strong><span style=\"color: #800000;\">\u00ab Pas d\u2019amertume et point de d\u00e9faillance ! \u00bb<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>Cette victoire dont nous avons parl\u00e9, ce fut au prix de sa souffrance que le P. Lagrange l\u2019acheta, et bien peu ont communi\u00e9 aussi r\u00e9ellement que lui au Myst\u00e8re de Notre-Dame des Sept-Douleurs, quand il fut attaqu\u00e9 par des catholiques eux-m\u00eames. Incompris par les uns, calomni\u00e9 par les autres, d\u00e9nonc\u00e9 au Saint-Si\u00e8ge comme un hypocrite et un loup d\u00e9guis\u00e9 en brebis, il v\u00e9cut des ann\u00e9es de la plus poignante angoisse. Il \u00e9crivait alors : \u00ab<em> Se justifie-t-on perp\u00e9tuellement contre des soup\u00e7ons ?&#8230; Avais-je un recours plus s\u00fbr que le silence et le recours \u00e0 Dieu ?&#8230;<\/em> \u00bb Alors ses p\u00e8lerinages \u00e0 Geths\u00e9mani et au Calvaire se faisaient plus fr\u00e9quents : \u00ab <em>\u00c9clairez-moi, mon Dieu, sur les raisons qui m\u2019ont d\u00e9cid\u00e9 et dont j\u2019aurai \u00e0 rendre compte devant ! <\/em>\u00bb Qui donc avait raison, lui, ou ses adversaires si acharn\u00e9s, pourtant catholiques ?<\/p>\n<p>Et voici qu\u2019un jour, par t\u00e9l\u00e9gramme, il re\u00e7oit l\u2019ordre de cesser tout travail sur l\u2019\u00c9criture Sainte, de quitter l\u2019\u00c9cole fond\u00e9e par lui, J\u00e9rusalem, la Terre Sainte. Aussit\u00f4t, le P\u00e8re r\u00e9unit ses compagnons de travail :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Point d\u2019amertume, leur dit-il, et point de d\u00e9faillance. Aucun soldat digne de ce nom ne discute l\u2019ordre qui le jette au combat, encore moins peut-il fl\u00e9chir ou d\u00e9serter\u2026 Si Dieu veut que cette \u0153uvre vive, c\u2019est Lui qui la fera vivre comme par le pass\u00e9 ; mais vous ne m\u00e9riterez son assistance qu\u2019\u00e0 la condition de rester courageux, enthousiastes, surtout vrais religieux et fils soumis d\u2019esprit et de c\u0153ur \u00e0 l\u2019Ordre et \u00e0 l\u2019\u00c9glise. \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Le lendemain, \u00e0 midi (septembre 1912), le bateau le ramenait en France : l\u2019\u00e9preuve accept\u00e9e dans la foi allait durer un an :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Que le Pape mod\u00e8re nos efforts, qu\u2019il nous ordonne de ne pas avancer o\u00f9 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 nous pousse, c\u2019est notre \u00e9preuve\u2026 Dut-il nous dire \u00e0 nous, ses soldats : vous n\u2019\u00eates pas bons pour combattre, allez garder les bagages, nous le ferions avec joie\u2026 \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Un jour, aussi brusquement, un autre ordre le fait retourner \u00e0 J\u00e9rusalem et reprendre tout ce qu\u2019il avait abandonn\u00e9 : c\u2019\u00e9tait donc lui qui avait raison, en d\u00e9finitive, contre ses adversaires. \u00c0 qui le devait-il ? \u2013 Il l\u2019a \u00e9crit lui-m\u00eame, beaucoup plus tard :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Apr\u00e8s la r\u00e9solution de l\u2019ob\u00e9issance mon Sacerdoce a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 sous le Patronage de Marie. Si j\u2019ai quelque sens juste des r\u00e9alit\u00e9s spirituelles, c\u2019est dans ce fait que je lui dois tout, qu\u2019elle a toujours \u00e9t\u00e9 la m\u00e8re la plus tendre, Elle, la Vierge Fid\u00e8le. Vous ne savez peut-\u00eatre pas que l\u2019\u00c9cole biblique a \u00e9t\u00e9, d\u00e8s son origine, fond\u00e9e sous sa protection. Comment elle nous a secourus, je ne saurais le dire, mais je suis s\u00fbr que c\u2019est elle qui nous a sauv\u00e9s, avec une telle ma\u00eetrise que chaque \u00e9preuve \u00e9tait suivie d\u2019un avancement. Puisse cette \u0153uvre travailler \u00e0 la gloire de son Fils ; si nous sommes d\u2019autres J\u00e9sus-Christ par le sacerdoce, combien nous devons aimer sa M\u00e8re ! \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em><strong><span style=\"color: #800000;\">\u00ab Je suis Fils de Marie \u00bb<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>Un an plus tard, tout semblait s\u2019\u00e9crouler de nouveau : 1914, la Guerre, tous les collaborateurs du P\u00e8re sont sous les drapeaux : rest\u00e9 seul \u00e0 60 ans, le P\u00e8re \u00e9crit fi\u00e8rement dans sa<em> Revue<\/em> : <em><span style=\"color: #800000;\">\u00ab L\u2019\u00c9cole biblique a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e parce que fran\u00e7aise : elle rena\u00eetra fran\u00e7aise. \u00bb <\/span><\/em>Un mois plus tard, fait prisonnier par les Turcs et emmen\u00e9 il ne sait o\u00f9, il \u00e9crit son testament :<\/p>\n<blockquote><p><em>\u00ab Je d\u00e9clare devant Dieu que mon intention est de mourir dans la Sainte \u00c9glise catholique, \u00e0 laquelle j\u2019ai toujours appartenu de c\u0153ur et d\u2019\u00e2me depuis mon bapt\u00eame, et d\u2019y mourir fid\u00e8le \u00e0 mes v\u0153ux de pauvret\u00e9, de chastet\u00e9 et d\u2019ob\u00e9issance, dans l\u2019Ordre de saint Dominique. Je me recommande pour cela \u00e0 mon bon Sauveur J\u00e9sus et aux pri\u00e8res de sa tr\u00e8s sainte M\u00e8re, toujours si bonne pour moi\u2026 J\u2019ai toujours eu l\u2019intention de contribuer au bien dans toutes mes \u00e9tudes, je veux dire le r\u00e8gne de J\u00e9sus-Christ, l\u2019honneur de l\u2019\u00c9glise, le bien des \u00e2mes\u2026 Je veux le dire encore une fois, je suis fils de Marie : <\/em>tuus sum ego, Salvum me fac<em> <\/em>!<em> \u00bb<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p>Le P\u00e8re vivra vingt ans encore, toujours de plus en plus fid\u00e8le au grand amour de sa vie. Peu de temps avant sa mort, revenu en France, \u00e9crivant \u00e0 78 ans un livre qui fit l\u2019admiration des sp\u00e9cialistes, il continue \u00e0 se mettre \u00e0 genoux avant de commencer son \u00e9tude de chaque jour, et invite un jeune \u00e9tudiant venu le consulter, \u00e0 en faire autant. Le 4 mars 1938, il fait son cours \u00e0 ses jeunes fr\u00e8res \u00e9tudiants ; le 8 mars, il \u00e9crivait encore quand il dut s\u2019aliter. Le lendemain, veille de sa mort, comme on lui disait le doux nom de Marie, un beau sourire \u00e9claira son visage. Le 10 mars enfin, la cloche du Couvent de Saint-Maximin, o\u00f9 il avait re\u00e7u l\u2019habit blanc de Marie cinquante-sept ans auparavant, avertissait ses fr\u00e8res que l\u2019agonie du P\u00e8re commen\u00e7ait ; tous se groupent alors autour de sa modeste cellule : une derni\u00e8re fois sur terre, le P\u00e8re allait entendre ces paroles du Salve Regina que les Dominicains ont coutume de chanter \u00e0 leurs fr\u00e8res qui vont mourir. Sa vie n\u2019avait-elle pas \u00e9t\u00e9 un long commentaire de cette belle pri\u00e8re ?<\/p>\n<blockquote><p><em><span style=\"color: #800000;\">Salve Regina, mater misericordiae\u2026<\/span> \u00ab  Elle est si bonne,<\/em> disait-il au cours d\u2019une conf\u00e9rence o\u00f9 il \u00e9voquait Marie, adolescente,<em> s\u2019occupant des soins du m\u00e9nage, allant \u00e0 la fontaine, la cruche couch\u00e9e sur sa t\u00eate, et puis revenant, la cruche droite, cette fois, et bien en \u00e9quilibre sur son front\u2026<\/em> \u00bb \u00ab  <em>Elle est si bonne <\/em>\u00bb, et l\u2019\u00e9motion envahissait le P\u00e8re qui ne peut retenir ses larmes.<br \/>\n<em> <\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #800000;\">Vita, dulcedo<\/span><\/em> : \u00ab<em> de cette douceur \u00e0 laquelle on reconna\u00eet la protection de la Vierge Fid\u00e8le<\/em> \u00bb sur nos vies.<br \/>\n<em> <\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #800000;\">Eia ergo, advocata nostra<\/span><\/em> : son Avocate, oui, Marie l\u2019avait \u00e9t\u00e9 dans ce combat crucifiant men\u00e9 pour son Fils, elle avait abaiss\u00e9 son regard mis\u00e9ricordieux sur son serviteur, et toute sa vie elle lui avait montr\u00e9 J\u00e9sus.<br \/>\n<em> <\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #800000;\">O Clemens, O Pia, O Dulcis Virgo Maria<\/span><\/em><span style=\"color: #800000;\">,<\/span> et tandis que la voix de ses fr\u00e8res chantant ces derni\u00e8res paroles se faisait plus douce et plus ardente \u00e0 la fois, n\u2019\u00e9taient-ce pas les derni\u00e8res paroles du testament du P. Lagrange qui se r\u00e9alisaient :<\/p>\n<p>\u00ab <em>Je veux le dire encore une fois,<span style=\"color: #800000;\"> je suis fils de Marie<\/span><\/em> : <strong>Tuus sum ego, salvum me fac.<\/strong> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">Fr. Marie-R\u00e9ginald Loew, O.P., (Jacques Loew, 1908-1999)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In : La Revue du Rosaire, n\u00b0 10-11, octobre-novembre 1939 Un grand, tr\u00e8s grand savant : il parlait ou comprenait parfaitement six langues modernes et, en plus du latin, du grec et de l\u2019h\u00e9breu pouvait d\u00e9chiffrer les inscriptions anciennes : ses titres honorifiques, bien qu\u2019il ne les ait jamais cherch\u00e9s, tiendraient plusieurs paragraphes de la &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2537\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;Le P\u00e8re Lagrange par fr. Marie-R\u00e9ginald Loew, O.P., disciple du P\u00e8re Lagrange&rsquo; &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-2537","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-sur-le-pere-lagrange"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2537"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2537\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2575,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2537\/revisions\/2575"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2537"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2537"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}