{"id":2738,"date":"2011-12-26T17:29:45","date_gmt":"2011-12-26T16:29:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2738"},"modified":"2012-04-27T17:12:45","modified_gmt":"2012-04-27T15:12:45","slug":"lecriture-de-l%e2%80%99histoire-du-pere-lagrange-a-paul-ricoeur-par-jean-michel-poffet-o-p","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2738","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00c9criture de l\u2019Histoire : du P\u00e8re Lagrange \u00e0 Paul Ric\u0153ur par fr. Jean-Michel Poffet, O.P."},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2738\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">In : <em>Cahiers de la Revue biblique<\/em> 65. \u00ab La Bible : L<em>e Livre et l\u2019Histoire<\/em> \u00bb Actes des Colloques de l\u2019\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem et de l\u2019Institut catholique de Toulouse (nov. 2005) pour le 150<sup>e<\/sup> anniversaire de la naissance du P. M.-J. Lagrange, O.P. sous la direction de J.-M. Poffet, O.P. directeur de l\u2019\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem, Paris, Gabalda, 2006.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lagrange_portrait_manteau.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2982\" title=\"Lagrange_portrait_manteau\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lagrange_portrait_manteau-255x300.jpg\" alt=\"\" width=\"255\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lagrange_portrait_manteau-255x300.jpg 255w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Lagrange_portrait_manteau.jpg 803w\" sizes=\"auto, (max-width: 255px) 100vw, 255px\" \/><\/a>Il y a 150 ans naissait le P. Lagrange, le 7 mars 1855, le jour de la saint Thomas d\u2019Aquin, dans le calendrier liturgique d\u2019alors. Et il recevait \u00e0 son bapt\u00eame le nom d\u2019Albert (autre patronage dominicain), pr\u00e9nom de son oncle g\u00e9ologue auquel il dira devoir son sens de l\u2019observation et le respect d\u00fb aux faits. Cet oncle g\u00e9ologue avait d\u00e9clar\u00e9 glaciaires des boues que jusqu\u2019ici on nommait diluviennes. Certains esprits s\u2019en \u00e9murent, voyant dans la diminution de l\u2019importance du diluvien une atteinte \u00e0 la Bible et au r\u00e9cit du d\u00e9luge ! Et Lagrange de se reconna\u00eetre dans la fermet\u00e9 de son oncle : \u00ab <em>Si quelque chose e\u00fbt pu compromettre la sinc\u00e9rit\u00e9 et la solidit\u00e9 de ses convictions religieuses, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la pr\u00e9tention d\u2019entraver l\u2019essor des observations de fait par de pr\u00e9tendues raisons de foi, emprunt\u00e9es \u00e0 une ex\u00e9g\u00e8se caduque <\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-1\" id=\"refmark-1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, le philosophe Paul Ric\u0153ur nous quittait, \u00e0 qui nous devons une \u0153uvre philosophique impressionnante tant du point de vue de l\u2019anthropologie philosophique que de l\u2019herm\u00e9neutique biblique. C\u2019est \u00e9videmment ce dernier point qui a retenu mon attention ici. Je d\u00e9sire donc r\u00e9unir dans un m\u00eame regard ces deux figures, non pas pour un simple devoir de comm\u00e9moration mais avant tout parce que ces deux figures ne sont pas si \u00e9loign\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre qu\u2019on pourrait le penser. Le point de vue qui m\u2019int\u00e9resse ici est l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire et son interpr\u00e9tation, en particulier en ce qui concerne l\u2019histoire biblique. Et cela \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019arch\u00e9ologie et l\u2019histoire requestionnent fermement les ex\u00e9g\u00e8tes surtout en ce qui touche \u00e0 l\u2019Ancien Testament (les patriarches, l\u2019exode de Mo\u00efse, la conqu\u00eate de la Terre Promise et l\u2019empire de Salomon). Les rep\u00e8res historiques fermes semblent se d\u00e9rober, et pourtant les textes bibliques r\u00e9sistent et requi\u00e8rent de nous une lecture originale, sur la bonne longueur d\u2019onde n\u00e9cessaire pour les bien entendre, en un mot ils requi\u00e8rent une herm\u00e9neutique sans concession du point de vue de la rigueur historique mais sans fermeture non plus au myst\u00e8re et \u00e0 la dimension int\u00e9rieure des \u00e9v\u00e9nements, fussent-ils petits au regard de l\u2019histoire mondiale. D\u2019o\u00f9 ma relecture et de Lagrange et de Ric\u0153ur.<\/p>\n<p>S\u2019il y a une institution o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019histoire s\u2019est av\u00e9r\u00e9 d\u00e9terminant, dans le champ des \u00e9tudes bibliques, c\u2019est bien l\u2019\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem fond\u00e9e par le P. Lagrange en 1890. Il eut le m\u00e9rite de vouloir un dialogue s\u00e9rieux avec le monde universitaire de son temps, y compris non catholique. Il eut la d\u00e9termination n\u00e9cessaire pour d\u00e9fendre la l\u00e9gitimit\u00e9, davantage m\u00eame, la n\u00e9cessit\u00e9 de cette \u00e9tude : \u00ab <em>de ce que nous sommes s\u00fbrs de poss\u00e9der une parole inspir\u00e9e, nous ne sommes pas dispens\u00e9s de travailler pour en saisir le sens <\/em>\u00bb, \u00e9crivait-il en 1897 <a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-2\" id=\"refmark-2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Je lis parfois que son approche \u00e9tait marqu\u00e9e par un certain positivisme historique aujourd\u2019hui d\u00e9pass\u00e9 au profit d\u2019une plus grande prise en compte du langage et du travail qu\u2019op\u00e8re l\u2019\u00e9criture, toute \u00e9criture et donc aussi l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire. C\u2019est en partie vrai, \u2013 il est de son temps \u2013 mais beaucoup moins que je ne le pensais avant de le lire de pr\u00e8s. Il ne pouvait s\u2019exprimer comme tous ceux qui aujourd\u2019hui abordent la Bible comme litt\u00e9rature. Le r\u00e9cit \u2013 ce que Ric\u0153ur appelle le \u00ab jeu de raconter \u00bb \u2013 convoque un lecteur. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019histoire ou d\u2019\u00ab une histoire \u00bb (fiction), le r\u00e9cit op\u00e8re son travail. Cette v\u00e9ritable transfiguration en r\u00e9cit ou discours est non seulement le fait du po\u00e8te, elle est aussi, puisqu\u2019il y a langage \u2013 le fait de tout \u00e9crivain, en particulier de l\u2019historien qui ne se contente pas de relater des faits mais qui les choisit, les coordonne, les regroupe en s\u00e9quences<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-3\" id=\"refmark-3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> et en interpr\u00e8te la port\u00e9e (ce que Ric\u0153ur appelle le jugement d\u2019importance). \u00ab La vie est v\u00e9cue, l\u2019histoire est racont\u00e9e \u00bb, \u00e9crit Paul Ric\u0153ur<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-4\" id=\"refmark-4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Il ne s\u2019agit pas de faire de Lagrange un lointain pr\u00e9curseur de Ric\u0153ur et de ce que les \u00e9tudes sur le langage ont apport\u00e9. N\u00e9anmoins, j\u2019ai pens\u00e9 int\u00e9ressant de voir de plus pr\u00e8s comment le P. Lagrange s\u2019exprime tout au d\u00e9but de son activit\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem, dans les premiers discours, dans les premiers articles, voire un peu plus tard, quand il fait le point et r\u00e9sume son propos en particulier sur Bible et histoire. J\u2019aurai aussi recours aux \u00e9crits et \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du grand \u00e2ge, aux souvenirs personnels r\u00e9dig\u00e9s par le P. Lagrange en 1926, quelques ann\u00e9es avant sa mort, quand il \u00e9voque les premi\u00e8res ann\u00e9es de son activit\u00e9 \u00e0 J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">De la na\u00efvet\u00e9 \u00e0 la critique<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Premier obstacle sur sa route : la routine et l\u2019incomp\u00e9tence des croyants, ce sera aussi le fait de plusieurs de ses censeurs ! \u00ab <em>Il \u00e9tait facile de recueillir les applaudissements d\u2019un public incomp\u00e9tent en se pla\u00e7ant sur le terrain de la routine ; j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le terrain scientifique, qui \u00e9tait celui d\u2019une ex\u00e9g\u00e8se progressive et celui de l\u2019avenir. Je pense qu\u2019il est clair, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, que je ne me suis pas tromp\u00e9<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-5\" id=\"refmark-5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. \u00bb \u00c0 ce labeur intellectuel, ardu et prenant, le P. Lagrange donne une port\u00e9e pastorale : \u00ab <em>Nous ne voudrions pas que des \u00e2mes se perdent pour refuser leur adh\u00e9sion \u00e0 ce que l\u2019\u00c9glise ne leur demande pas de croire<\/em> \u00bb, \u00e9crit-il en 1897 \u00e0 la fin d\u2019un article sur le r\u00e9cit de la chute dans la Gen\u00e8se<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-6\" id=\"refmark-6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. \u00ab <em>La v\u00e9rit\u00e9 ne peut pas dispara\u00eetre, mais elle peut s\u2019obscurcir dans les esprits, et c\u2019est assez pour que les \u00e2mes se perdent<\/em> \u00bb, \u00e9crivait-il dans l\u2019avant-propos du premier num\u00e9ro de la Revue biblique en 1892. C\u2019est dire l\u2019orientation profond\u00e9ment pastorale de son combat intellectuel <em>in medio Ecclesiae<\/em>.<\/p>\n<p>Lire avec l\u2019\u00c9glise et la Tradition ne veut donc pas dire prendre simplement le texte \u00e0 la lettre, en lui pr\u00eatant souvent nos int\u00e9r\u00eats, nos combats ! C\u2019est avec humour que le P. Lagrange d\u00e9crit les maladresses des savants lanc\u00e9s \u00e0 l\u2019assaut de la Bible depuis la Renaissance : \u00ab <em>La passion qu\u2019on avait pour l\u2019arch\u00e9ologie s\u2019appliquait \u00e0 la Bible. Toutefois obs\u00e9d\u00e9s par les formes gr\u00e9co-romaines, connaissant mal l\u2019Orient, les \u00e9rudits reconstituaient parfois le temple de Salomon avec une fa\u00e7ade vaticane, et pla\u00e7aient sur la t\u00eate des h\u00e9ros juifs des casques des compagnons d\u2019Alexandre<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-7\" id=\"refmark-7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. \u00bb Comprendre la Parole de Dieu suppose un v\u00e9ritable travail critique, du moins pour celui qui r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 ces questions et veut les affronter.<\/p>\n<p>Encore faut-il s\u2019entendre sur cette qu\u00eate critique. En devenant litt\u00e9rale et en cong\u00e9diant le sens spirituel, l\u2019ex\u00e9g\u00e8se post-tridentine entrait dans un \u00ab irr\u00e9parable oubli \u00bb. Elle ne gagnait m\u00eame pas toujours en exactitude par manque notamment de familiarit\u00e9 avec le monde ancien et l\u2019Orient. Le P. Lagrange de conclure : \u00ab <em>Cette ex\u00e9g\u00e8se manquait d\u2019air et de lumi\u00e8re<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-8\" id=\"refmark-8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u00bb, tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la perception de l\u2019\u00e9criture symbolique biblique, perception famili\u00e8re \u00e0 un Orig\u00e8ne, \u00e0 un J\u00e9r\u00f4me ou \u00e0 un Augustin. Mentionnons encore ce diagnostic incisif et surtout \u00e9tonnant, pour l\u2019\u00e9poque, sur la pluralit\u00e9 de sens d\u2019un texte : \u00ab <em>Notre ex\u00e9g\u00e8se litt\u00e9rale<\/em> [\u2026] <em>n\u2019osa pas non plus profiter du champ qu\u2019on lui ouvrait en d\u00e9clarant que la sainte \u00c9criture contenait tous les sens que son texte sugg\u00e9rait. Elle demeurait donc isol\u00e9e, tournant toujours dans le m\u00eame cercle, prenant tout \u00e0 la lettre, \u00e0 force de vouloir suivre uniquement le sens litt\u00e9ral, oubliant qu\u2019elle-m\u00eame avait compris dans le sens litt\u00e9ral la m\u00e9taphore et l\u2019all\u00e9gorie, nageant dans l\u2019absolu, voyant des affirmations partout, et ne s\u2019\u00e9tonnant pas de poss\u00e9der une histoire r\u00e9elle et authentique de toute la race humaine d\u00e8s les premiers commencements<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-9\" id=\"refmark-9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>En effet, il faut se souvenir que c\u2019est en particulier la diff\u00e9rence de perception du temps qui a fait \u00e9clater l\u2019aspect historique des r\u00e9cits de la Gen\u00e8se. Il convient de rappeler ce que l\u2019on enseignait alors dans les institutions religieuses concernant No\u00e9, le d\u00e9luge, Mo\u00efse, etc. Je cite ici un <em>Cours \u00e9l\u00e9mentaire d\u2019\u00c9criture sainte<\/em>, datant de 1871, \u00e0 l\u2019usage des grands s\u00e9minaires :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Les incr\u00e9dules se sont inscrits en faux, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, contre tous les faits mentionn\u00e9s dans la Gen\u00e8se, sous pr\u00e9texte que Mo\u00efse, qui les raconte, n\u2019avait aucun moyen de les conna\u00eetre avec certitude. Cela est faux : car ind\u00e9pendamment des secours surnaturels dont Mo\u00efse fut favoris\u00e9, il a pu naturellement conna\u00eetre d\u2019une mani\u00e8re certaine tout ce dont il parle dans son livre [\u2026] En prenant les dates de Mo\u00efse (et leur exactitude est certaine), la vie de trois ou quatre hommes remontait jusqu\u2019\u00e0 No\u00e9, qui avait vu les enfants d\u2019Adam et touchait pour ainsi dire \u00e0 l\u2019origine des choses. De si longues vies et un si petit nombre de g\u00e9n\u00e9rations rapprochaient presque autant l\u2019origine du monde du temps de Mo\u00efse que si la chose s\u2019\u00e9tait pass\u00e9e depuis deux ou trois si\u00e8cles entre des personnes d\u2019une vie ordinaire\u2026 Les g\u00e9n\u00e9alogies sont si compl\u00e8tes (5, 10, 11), les dates si pr\u00e9cises et le nombre des ann\u00e9es de la vie des Patriarches si exactement fix\u00e9, qu\u2019il est difficile de croire que Mo\u00efse n\u2019a pas eu \u00e0 sa disposition d\u2019anciens \u00e9crits fid\u00e8lement conserv\u00e9s dans lesquels il a puis\u00e9 ces d\u00e9tails<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-10\" id=\"refmark-10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>On mesure le changement de param\u00e8tre qu\u2019ont entra\u00een\u00e9 les recherches actuelles qui placent l\u2019apparition de l\u2019homme \u00e0 environ trois millions d\u2019ann\u00e9es\u2026 La situation de l\u2019enseignement dans les S\u00e9minaires \u00e9tait par cons\u00e9quent dramatique, au d\u00e9but du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : \u00ab le gamin de Paris qui r\u00e9citait son cat\u00e9chisme \u00e9tait tenu de dire que le monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 quatre mille ans avant J\u00e9sus-Christ. Il savait par ce qu\u2019il apprenait \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire que ce n\u2019\u00e9tait pas vrai. Ainsi dans le temps m\u00eame o\u00f9 l\u2019on essayait de poser en son intelligence les fondements de la foi, on lui fournissait des donn\u00e9es capables de lui faire remarquer qu\u2019elles \u00e9taient en conflit avec la science<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-11\" id=\"refmark-11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. \u00bb J. Maritain \u00e9tait fond\u00e9 \u00e0 \u00e9crire que les Manuels de th\u00e9ologie de l\u2019\u00e9poque \u00e9taient \u00ab un pieux outrage \u00e0 l\u2019intelligence \u00bb. Lagrange au contraire veut prendre en compte la complexit\u00e9 non seulement de la lecture biblique mais d\u2019abord de l\u2019\u00e9criture biblique de l\u2019histoire, et ceci par rigueur intellectuelle et souci pastoral.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Le livre et le pays<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Alors que le P. Lagrange \u00e9tait r\u00e9ticent de devoir s\u2019\u00e9loigner de l\u2019environnement acad\u00e9mique europ\u00e9en pour venir s\u2019exiler en Terre sainte, \u00e0 peine arriv\u00e9 il est saisi par le pays. \u00ab <em>Je fus remu\u00e9, vraiment saisi, empoign\u00e9 par cette terre sacr\u00e9e, abandonn\u00e9 avec d\u00e9lices \u00e0 la sensation historique des temps lointains. J\u2019avais tant aim\u00e9 le livre et maintenant je contemplais le pays<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-12\" id=\"refmark-12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. \u00bb Il parle m\u00eame d\u2019une \u00ab <em>extase historique<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-13\" id=\"refmark-13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> \u00bb (en 1926, quand il r\u00e9dige ses <em>Souvenirs<\/em>). Il est, d\u2019une part, persuad\u00e9 qu\u2019on ne peut conna\u00eetre le livre sans non seulement conna\u00eetre les langues anciennes mais sans se plonger dans la culture et la vie de l\u2019Orient. Il est d\u2019autre part pr\u00eat tout \u00e0 la fois \u00e0 recevoir la Bible comme Parole de Dieu et \u00e0 jouer \u00e0 fond le jeu de la critique. La foi n\u2019a rien \u00e0 craindre de cette confrontation. Il fera la part du lion \u00e0 l\u2019\u00e9tude historique, allant jusqu\u2019\u00e0 affirmer, dans sa conf\u00e9rence d\u2019ouverture de l\u2019\u00c9cole : \u00ab v<em>ous tous avez conscience d\u2019avoir mieux compris la Bible depuis que vous habitez la Palestine ; vous avez cette intuition dont parle saint J\u00e9r\u00f4me, et j\u2019ajoute qu\u2019en la connaissant mieux comme livre d\u2019histoire, vous la go\u00fbtez mieux comme livre inspir\u00e9 et divin<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-14\" id=\"refmark-14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. \u00bb Le pari est audacieux ! Pourra-t-il \u00eatre tenu ? Est-ce que l\u2019\u00e9tude historique comme telle suffit \u00e0 embrasser les textes bibliques avec tout leur sens et toute leur port\u00e9e ?<\/p>\n<p>Il faut se remettre dans l\u2019atmosph\u00e8re du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle finissant : les arch\u00e9ologues et historiens se pr\u00e9cipitaient au Proche-Orient. On est alors d\u2019autant plus soucieux de \u00ab preuves arch\u00e9ologiques \u00bb que les esprits sont \u00e9branl\u00e9s par les recherches au plan litt\u00e9raire et historique. \u00ab D\u00e8s sa naissance, la recherche en Palestine va donc \u00eatre une \u00ab\u00a0arch\u00e9ologie orient\u00e9e\u00a0\u00bb, dict\u00e9e par le souci de d\u00e9montrer l\u2019historicit\u00e9 et l\u2019authenticit\u00e9 de la Bible \u00bb, \u00e9crit Vincent Michel, ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole biblique : \u00ab Le but de la Palestine Exploration Society, fond\u00e9e en Angleterre en 1870 est clair : \u00ab\u00a0Tout ce qui peut permettre de <em>v\u00e9rifier<\/em> que l\u2019histoire biblique est une histoire r\u00e9elle, \u00e0 la fois dans le temps, dans l\u2019espace, et \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements, offre une<em> r\u00e9futation de l\u2019incroyance<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-15\" id=\"refmark-15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>\u00ab\u00a0. \u00bb<\/p>\n<p>Il est d\u2019autant plus int\u00e9ressant de lire le P. Lagrange, d\u00e9crivant 25 ans apr\u00e8s sa fondation, le but qu\u2019il assignait \u00e0 l\u2019\u00c9cole biblique. \u00ab <em>Confirmer la Bible<\/em> \u00bb par l\u2019arch\u00e9ologie, la g\u00e9ographie, les inscriptions. \u00ab <em>L\u2019\u00c9cole biblique n\u2019a jamais eu d\u2019autres buts. Ou plut\u00f4t, parce que la Parole de Dieu demeure \u00e9ternellement dans sa valeur divine, il s\u2019agit moins de la confirmer que de la comprendre<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-16\" id=\"refmark-16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. \u00bb Et le P. Lagrange continue : \u00ab <em>On se demandait seulement si la connaissance de l\u2019Orient ancien n\u2019entra\u00eenait point certaines cons\u00e9quences sur la mani\u00e8re dont les Livres Saints ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s, sur le genre litt\u00e9raire auquel ils appartenaient, sur la m\u00e9thode d\u2019herm\u00e9neutique qui para\u00eet d\u00e9couler de ces origines litt\u00e9raires<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-17\" id=\"refmark-17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate historique ne peut se passer de la prise au s\u00e9rieux de la m\u00e9diation litt\u00e9raire. Elle d\u00e9bouche aussi, s\u2019agissant de l\u2019\u00c9criture sainte, en th\u00e9ologie : il vaut la peine de citer en entier tout le paragraphe dont \u00e9taient extraits les propos cit\u00e9s. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9cis\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019apport de l\u2019enqu\u00eate historique, Lagrange poursuit : \u00ab E<em>st-ce tout ? Ou plut\u00f4t n\u2019\u00e9tait-ce pas assez que cet ensemble fleurant d\u00e9j\u00e0 l\u2019Encyclop\u00e9die ? Fallait-il encore se pr\u00e9occuper \u00e0 J\u00e9rusalem de th\u00e9ologie ? Beaucoup ne l\u2019ont pas pens\u00e9. On a m\u00eame reproch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole biblique de s\u2019\u00eatre occup\u00e9e de questions qui auraient d\u00fb demeurer \u00e9trang\u00e8res \u00e0 ses recherches. Que ne se contentait-on de collectionner des pots et des monnaies, d\u2019organiser un vaste mus\u00e9e biblique avec toute la flore et toute la faune de Palestine, de noter les milliaires et de mesurer les distances, de recueillir les noms anciens et de retrouver les sites bibliques, de d\u00e9crire les ruines et d\u2019expliquer les textes par les usages, de faire go\u00fbter aux \u00e9tudiants \u00e9merveill\u00e9s les caroubes dont se nourrissait l\u2019enfant prodigue<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-18\" id=\"refmark-18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> ! \u00bb<\/p>\n<p>Pas question donc de se contenter des <em>realia<\/em>, d\u2019accumuler l\u2019information sans d\u00e9boucher sur une v\u00e9ritable interpr\u00e9tation, une herm\u00e9neutique \u00e0 la fois critique et croyante, droitement croyante parce que sainement critique.<\/p>\n<p>Citons encore ce propos pertinent \u00e9crit au lendemain de la publication du d\u00e9cret <em>Lamentabili sane exitu<\/em> de Pie X en 1907 : \u00ab S\u2019il est d\u00e9sormais certain que cette critique, dans un premier essor, a pass\u00e9 la mesure, il n\u2019est pas moins vrai qu\u2019on n\u2019avait pas jusqu\u2019ici \u00e9tudi\u00e9 assez soigneusement la port\u00e9e exacte des textes sous leur aspect litt\u00e9raire et historique. Cela n\u2019est pas un reproche pour le pass\u00e9 ; chaque temps a sa t\u00e2che, il y satisfait comme il peut<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-19\" id=\"refmark-19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. \u00bb Relevons que le qualificatif \u00ab litt\u00e9raire \u00bb devance celui de \u00ab historique \u00bb\u2026<\/p>\n<p>Je d\u00e9sire souligner \u00e0 quel point ces propos \u00e9taient novateurs et restent importants aujourd\u2019hui. Est-on si loin de ce que notait r\u00e9cemment Jean-Pierre Sonnet : \u00ab Il est temps que nous prenions acte de donn\u00e9es d\u00e9terminantes, trop souvent occult\u00e9es par la question de l\u2019\u00a0\u00bbhistoricit\u00e9\u00a0\u00bb des faits racont\u00e9s : le monoth\u00e9isme \u00e9thique et religieux de la Bible est \u00e9troitement solidaire d\u2019une po\u00e9tique narrative, d\u2019un art de raconter. Il en est de m\u00eame pour l\u2019apparition de la figure du Messie : elle a exig\u00e9 l\u2019apparition, au sein de la tradition biblique, d\u2019un art narratif sp\u00e9cifique, celui de l\u2019\u00c9vangile. Se dispenser de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de ces projets litt\u00e9raires, c\u2019est se d\u00e9rober \u00e0 l\u2019exigence critique de notre \u00e2ge. Et c\u2019est priver les lecteurs que nous sommes de pr\u00e9cieux adjuvants<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-20\" id=\"refmark-20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Aussi bien l\u2019histoire que l\u2019arch\u00e9ologie ou la g\u00e9ographie sont en effet m\u00e9diatis\u00e9s dans le r\u00e9cit biblique : ils deviennent texte et r\u00e9cit. Le probl\u00e8me est donc dor\u00e9navant litt\u00e9raire : tout ce qui a l\u2019apparence de l\u2019histoire n\u2019est pas de l\u2019histoire, ou l\u2019est \u00e0 des titres divers<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-21\" id=\"refmark-21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. Mais il faudra du temps pour d\u00e9gager ces principes. Toujours est-il que le P. Lagrange confie \u00eatre revenu compl\u00e8tement boulevers\u00e9 de son excursion au Sina\u00ef en 1893, avec au c\u0153ur \u00ab <em>une inqui\u00e9tude secr\u00e8te et douloureuse<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-22\" id=\"refmark-22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> \u00bb. \u00ab <em>Ne fallait-il pas conclure que des faits parfaitement historiques avaient \u00e9t\u00e9 comme id\u00e9alis\u00e9s pour devenir le symbole du peuple de Dieu, de la future \u00c9glise de Dieu<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-23\" id=\"refmark-23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> ? \u00bb M\u00eame s\u2019il croit encore pouvoir, par une distinction des sources, confirmer les faits, le principe est clair : \u00ab <em>C\u2019est poser le principe d\u2019une certaine mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire qui n\u2019est pas la n\u00f4tre, mais qui se trouve dans l\u2019Ancien Testament<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-24\" id=\"refmark-24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Un peu plus t\u00f4t, Lagrange notait avec finesse, dans le bilan de l\u2019\u00c9cole en 1915 : \u00ab<em> Le cours de g\u00e9ographie lui-m\u00eame, en apparence si inoffensif, exigeait donc pour compl\u00e9ment un cours sur l\u2019inspiration biblique, l\u2019herm\u00e9neutique et la critique textuelle et litt\u00e9raire<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-25\" id=\"refmark-25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. \u00bb Autrement dit, il disait avoir \u00e9tudi\u00e9 le livre et pouvoir maintenant contempler le pays. Il reconna\u00eet, par sa pratique, que le pays le ram\u00e8ne au livre comme tel ! Regardons maintenant d\u2019un peu plus pr\u00e8s les conditions d\u2019une \u00e9criture de l\u2019histoire, ce que le P. Lagrange avait pu en percevoir, et les principes d\u2019une herm\u00e9neutique du texte comme tel.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Quelle histoire ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le P. Lagrange abordait les \u00e9tudes historiques avec une confiance totale : \u00ab <em>qu\u2019il le veuille ou ne le veuille pas, notre si\u00e8cle par son attachement presque excessif aux \u00e9tudes historiques aboutira \u00e0 constater la transcendance du fait divin<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-26\" id=\"refmark-26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. \u00bb Cette confiance lui venait d\u2019une certitude que la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9rite d\u2019\u00eatre men\u00e9e et du refus d\u2019une double v\u00e9rit\u00e9. Mais il faut \u00e9galement parler de sa formation classique, de sa tr\u00e8s bonne formation th\u00e9ologique et de la profondeur de sa vie religieuse. Ce dont parlaient les textes bibliques ne lui \u00e9tait pas \u00e9tranger ! Il est comme par avance pr\u00e9muni contre les d\u00e9rives d\u2019un historicisme plat. A-t-on not\u00e9 cette petite incise qualifiant la qu\u00eate historique du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : \u00ab <em>Notre si\u00e8cle, par son attachement presque excessif aux \u00e9tudes historiques, aboutira \u00e0 constater la transcendance du fait divin<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-27\" id=\"refmark-27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> \u00bb ? Peut-il y avoir un attachement \u00ab excessif \u00bb \u00e0 l\u2019histoire ?<\/p>\n<p>Le P. Lagrange voulait s\u2019en expliquer : il avait entrepris un important commentaire de la Gen\u00e8se, toujours interdit de publication. Il passe au livre des Juges. On est en 1903. Face aux contradictions du r\u00e9cit, il \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote><p>les auteurs \u00ab <em>composaient assez librement sans attacher trop d\u2019importance \u00e0 ce que nous nommons la pr\u00e9cision historique. Que ce soit Caleb ou Juda qui ait pris H\u00e9bron (cf. 1, 10), que ce soit Juda ou Benjamin qui ait \u00e9chou\u00e9 devant J\u00e9rusalem (cf. 1, 21), il importe fort peu aux r\u00e9dacteurs : nous ne devons pas \u00eatre plus minutieux qu\u2019eux et surtout nous ne devons pas mettre notre conception de l\u2019histoire et de l\u2019histoire sacr\u00e9e \u00e0 la place de celle des auteurs inspir\u00e9s. C\u2019est donc dans l\u2019esprit de ces r\u00e9dacteurs eux-m\u00eames que nous devons utiliser les anciens documents au point de vue strictement historique ou plut\u00f4t c\u2019est un point de vue auquel nous devons renoncer. Il n\u2019y a aucune raison de r\u00e9voquer en doute le caract\u00e8re r\u00e9el et objectif de l\u2019histoire qui se d\u00e9gage de ces r\u00e9cits, mais il faut toujours se rendre compte de la pens\u00e9e de l\u2019auteur.<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-28\" id=\"refmark-28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Je retiendrai \u00e0 nouveau la tension \u00e0 laquelle l\u2019ex\u00e9g\u00e8se de J\u00e9rusalem est soumis. Il lui faut d\u00e9fendre la r\u00e9alit\u00e9 des faits, globalement, mais en fait son insistance est tout enti\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9diation litt\u00e9raire. D\u00e8s 1896 il pr\u00e9cisait dans la Revue biblique que l\u2019exactitude mat\u00e9rielle n\u2019est pas de la nature de l\u2019histoire, et surtout que cette conception trop \u00e9troite d\u2019 l\u2019histoire n\u2019\u00e9tait pas traditionnelle :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab <em>Nous avons renonc\u00e9 \u00e0 cette ex\u00e9g\u00e8se, qui n\u2019a d\u2019ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 vraiment traditionnelle ; nous renon\u00e7ons aussi \u00e0 un principe d\u2019appr\u00e9ciation de l\u2019histoire qui ne s\u2019impose pas davantage. Oui, le fait est certain, mais il est racont\u00e9 comme on raconte des faits semblables. Dieu n\u2019enseigne que ce que l\u2019historien veut enseigner. [\u2026] Et si nous admettons cette interpr\u00e9tation relativement large quand il s\u2019agit de concilier les \u00e9vangiles entre eux, sachons aussi en faire usage quand il y aura apparence de contradiction entre un \u00e9crivain sacr\u00e9 et l\u2019histoire profane, puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de comparer la Parole de Dieu et la parole de l\u2019homme, mais de fixer le sens de la Parole de Dieu<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-29\" id=\"refmark-29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> ! \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Fid\u00e8le au m\u00eame principe, il \u00e9crit vers la fin de sa vie, dans la pr\u00e9face \u00e0 <em>L\u2019\u00c9vangile de J\u00e9sus-Christ<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-30\" id=\"refmark-30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> (paru en 1928) avoir renonc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire une Vie de J\u00e9sus selon le mode classique pour laisser parler davantage les quatre \u00e9vangiles, \u00ab <em>insuffisants comme documents historiques pour \u00e9crire une histoire de J\u00e9sus-Christ comme un moderne \u00e9crirait l\u2019histoire de C\u00e9sar Auguste ou du cardinal de Richelieu, mais d\u2019une telle valeur comme reflet de la vie et de la doctrine de J\u00e9sus, d\u2019une telle sinc\u00e9rit\u00e9, d\u2019une telle beaut\u00e9, que toute tentative de faire revivre le Christ s\u2019efface devant leur parole inspir\u00e9e. Les \u00e9vangiles sont la seule vie de J\u00e9sus-Christ qu\u2019on puisse \u00e9crire. Il n\u2019est que de les comprendre le mieux possible<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Prenons un exemple : le r\u00e9cit des tentations de J\u00e9sus au d\u00e9sert, notamment en Mt et Lc, plus d\u00e9velopp\u00e9 qu\u2019en Marc. \u00ab Si tu es le Fils de Dieu\u2026 \u00bb r\u00e9p\u00e8te le d\u00e9mon, deux fois de suite en Mt, alors que le r\u00e9cit de Luc atteste un ordre diff\u00e9rent pour terminer au temple de J\u00e9rusalem. Commen\u00e7ons par le commentaire de Lagrange sur Matthieu, qui a de quoi surprendre un ex\u00e9g\u00e8te contemporain : \u00ab <em>L\u2019ordre de Mt est primitif. Car le diable a d\u00fb r\u00e9p\u00e9ter la formule \u00ab\u00a0si tu es\u00a0\u00bb, etc., deux fois de suite, plut\u00f4t que de la reprendre apr\u00e8s l\u2019avoir quitt\u00e9e. Et s\u00fbrement aussi, \u00e9tonn\u00e9 de ce recours \u00e0 l\u2019\u00c9criture, il a voulu montrer son esprit en faisant lui aussi une citation. Cette promptitude \u00e0 r\u00e9pliquer, qui d\u2019ailleurs ne lui r\u00e9ussit pas, est un trait de Satan dans l\u2019histoire des saints<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-31\" id=\"refmark-31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. \u00bb En revanche, quelques lignes plus loin, le P. Lagrange quitte les habitudes rh\u00e9toriques de Satan et se montre plus sensible \u00e0 la dimension du r\u00e9cit en attente de lecteur ; \u00e0 propos de la derni\u00e8re tentation (Satan montrant \u00e0 J\u00e9sus tous les royaumes du monde et leur gloire), il note : \u00ab <em>Satan esp\u00e8re tout emporter en offrant le monde. Sa d\u00e9faite, d\u00e9j\u00e0 notable, n\u2019en sera que plus compl\u00e8te. Le lecteur se dit qu\u2019il ne sait plus du tout \u00e0 qui il a affaire, qu\u2019il va au-devant de la d\u00e9route<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-32\" id=\"refmark-32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. \u00bb Le meilleur, du point de vue de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se contemporaine, vient \u00e0 la fin du commentaire de cette sc\u00e8ne : \u00ab <em>La tentation est tr\u00e8s \u00e9troitement li\u00e9e au bapt\u00eame dans les trois synoptiques, mais si l\u2019on envisage sa raison d\u2019\u00eatre, elle appara\u00eet comme une sorte de pr\u00e9ambule \u00e0 la mission de J\u00e9sus. Le bapt\u00eame a montr\u00e9 que le moment est venu, mais J\u00e9sus ne devait se mettre \u00e0 l\u2019\u0153uvre qu\u2019apr\u00e8s avoir vaincu en combat singulier celui dont il venait d\u00e9truire l\u2019empire. En m\u00eame temps cette victoire nous \u00e9claire sur l\u2019esprit qui devait l\u2019animer. L\u2019Esprit le conduit et en m\u00eame temps se r\u00e9v\u00e8le en lui. Ce n\u2019est donc pas un appendice du bapt\u00eame ; c\u2019est un prologue dans la sph\u00e8re du monde invisible de ce qui va se d\u00e9rouler sur la terre<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-33\" id=\"refmark-33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. \u00bb Une fois de plus le P. Lagrange semble d\u2019abord donner des gages \u00e0 ses censeurs soup\u00e7onneux, puis sa vraie pens\u00e9e se pr\u00e9cise et se d\u00e9gage en finale.<\/p>\n<p>Gardons la m\u00eame sc\u00e8ne mais dans <em>L\u2019\u00c9vangile de J\u00e9sus-Christ<\/em>, paru cinq ans plus tard. Premier aspect : la sc\u00e8ne s\u2019est pass\u00e9e entre le Christ et Satan, sans t\u00e9moins. \u00ab <em>Cependant, les trois premiers \u00e9vang\u00e9listes, saint Matthieu et saint Luc surtout, ont pens\u00e9 qu\u2019elle projetait une certaine lumi\u00e8re sur tout le minist\u00e8re, et c\u2019est sans doute pour cela que J\u00e9sus l\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 ses disciples<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-34\" id=\"refmark-34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>. \u00bb Mais un peu plus loin, lorsqu\u2019il r\u00e9fl\u00e9chit au sens de la sc\u00e8ne, Lagrange \u00e9crit : \u00ab <em>Il est \u00e0 croire que ce prologue dialogu\u00e9, jou\u00e9 dans une sph\u00e8re myst\u00e9rieuse, au d\u00e9sert, mais avec Satan comme protagoniste, et d\u2019o\u00f9 d\u00e9coulera l\u2019issue du drame terrestre entre les hommes, cette d\u00e9cision anticip\u00e9e de ce qui sera l\u2019\u0153uvre du salut par la d\u00e9faite de notre adversaire, est un \u00e9v\u00e9nement symbolique qui renferme un secret important pour nous. C\u2019est ainsi, pour employer une comparaison forc\u00e9ment inexacte, que certains prologues d\u2019Euripide introduisent un personnage divin qui explique d\u2019avance les p\u00e9rip\u00e9ties de la trag\u00e9die et en fixe la moralit\u00e9<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-35\" id=\"refmark-35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. \u00bb Nous voil\u00e0 pass\u00e9s de l\u2019historique au litt\u00e9raire, ou plut\u00f4t \u00e0 l\u2019historique par la m\u00e9diation du r\u00e9cit, et donc \u00e0 une appr\u00e9hension plus juste, plus fine du sens r\u00e9el du texte et du r\u00e9el qu\u2019il interpr\u00e8te. Des habitudes de Satan le P. Lagrange nous conduit vers le r\u00e9cit \u00e9ventuel fait par J\u00e9sus et surtout finalement vers le r\u00e9cit qu\u2019en donne le texte de Matthieu, avec un parall\u00e8le \u00e9clairant tir\u00e9 de la litt\u00e9rature grecque.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">L\u2019histoire comme r\u00e9cit : l\u2019apport des \u00e9tudes contemporaine<\/span><\/strong><span style=\"color: #800000;\">s<\/span><\/p>\n<p>Une culture devenue technicienne avait perdu le contact avec le symbole et donc avec l\u2019\u00e9criture biblique essentiellement symbolique. Aujourd\u2019hui on peut \u00eatre beaucoup plus clair : l\u2019enracinement historique de nombreux r\u00e9cits, aussi bien l\u2019exode que la conqu\u00eate du pays, voire l\u2019installation de la royaut\u00e9, se r\u00e9v\u00e8lent difficiles, parfois m\u00eame impossibles \u00e0 pr\u00e9ciser, en stricte m\u00e9thode historique par manque de sources ou par discr\u00e9tion. L\u2019historien, pour se prononcer, requiert des documents, des points de rep\u00e8re extra-bibliques : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il ne peut toujours obtenir. \u00ab Une meilleure connaissance \u00e0 la fois du texte et des trouvailles arch\u00e9ologiques nous a aid\u00e9s \u00e0 distinguer entre la puissance po\u00e9tique de la saga biblique et les \u00e9v\u00e9nements et les diff\u00e9rentes phases, beaucoup plus prosa\u00efques, de l\u2019histoire du Proche-Orient ancien<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-36\" id=\"refmark-36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> \u00bb, \u00e9crivent I. Finkelstein et N. A. Silberman dans un ouvrage r\u00e9cent qui a connu un large \u00e9cho. La t\u00e2che de l\u2019interpr\u00e9tation des textes n\u2019en est pas rendue inutile pour autant. Tout au contraire, elle commence ! D\u2019autant plus que ce n\u2019est pas seulement le style \u00e9pique qui marque le r\u00e9cit, mais bien le propos th\u00e9ologique, servi par une typologie associant par exemple dans la sortie d\u2019\u00c9gypte l\u2019\u00e9pop\u00e9e et un renvoi au r\u00e9cit de la cr\u00e9ation, la Parole de Dieu s\u00e9parant terre et eau. La typologie dont la port\u00e9e litt\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e par N. Frye dans le <em>Grand Code<\/em> se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre non seulement mode de lecture mais aussi d\u2019\u00e9criture, avec dans les textes bibliques \u00ab cette part d\u2019\u00e9nigme et d\u2019exc\u00e8s \u00bb qui est caract\u00e9ristique, \u00ab qui demeure ignor\u00e9e de l\u2019enqu\u00eate historique et de l\u2019arch\u00e9ologie qui n\u2019atteignent que l\u2019\u00e9corce ext\u00e9rieure du texte. Part qui pourtant concentre le plus fort du message biblique<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-37\" id=\"refmark-37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Citons encore Vincent Michel : \u00ab Car l\u2019absence de preuve n\u2019est pas la preuve de l\u2019absence ! L\u2019historien peut dire, comme nous l\u2019avons vu pour Salomon, que la figure d\u2019Abraham ou le r\u00e8gne de David, si ces personnages ont exist\u00e9, ne peuvent avoir \u00e9t\u00e9 tels que le lecteur en prend connaissance dans la Bible ; il y a donc en ce sens \u00e9cart et disproportion entre le texte biblique et le r\u00e9sultat de l\u2019arch\u00e9ologie. Mais le probl\u00e8me qui est en fait pos\u00e9 par la recherche biblique n\u2019est autre que celui de la transmission des \u00e9v\u00e9nements et de l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-38\" id=\"refmark-38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> \u00bb, et j\u2019ajouterai : d\u2019une histoire \u00e0 port\u00e9e religieuse.<\/p>\n<p>Les textes bibliques, en effet, ne sont pas que des documents historiques, ils sont des r\u00e9cits interpr\u00e9t\u00e9s et \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter. Ils nous renseignent souvent moins sur le contour exact des \u00e9v\u00e9nements dont ils parlent (cr\u00e9ation, exode, conqu\u00eate du pays ou royaut\u00e9) que sur l\u2019\u00e9poque pour laquelle et dans laquelle ils parlent, cherchant \u00e0 transmettre un sens<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-39\" id=\"refmark-39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. Les \u00e9vangiles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits pour susciter la foi au Ressuscit\u00e9, et cette dimension testimoniale<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-40\" id=\"refmark-40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> est fondamentale \u00e9galement pour les livres de l\u2019Ancien Testament. La port\u00e9e de l\u2019exode, racont\u00e9, m\u00e9dit\u00e9, chant\u00e9 par Isra\u00ebl, sans cesse repris aux diff\u00e9rentes \u00e9poques de son histoire, est tout autre chose que la difficile question du contour des \u00e9v\u00e9nements historiques pr\u00e9cis, en l\u2019absence de sources ind\u00e9pendantes, par exemple dans les inscriptions ou sur les monuments d\u2019\u00c9gypte<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-41\" id=\"refmark-41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>\u2026<\/p>\n<p>Des concepts tels que : tradition, histoire de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, redeviennent actuels sous la plume des ex\u00e9g\u00e8tes int\u00e9ress\u00e9s aujourd\u2019hui au ph\u00e9nom\u00e8ne de tradition comme tel, \u00e0 l\u2019approche canonique, \u00e0 l\u2019histoire des lectures et des relectures d\u2019un texte. En cela on est beaucoup plus proche de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se ancienne, au moins dans son propos. La Bible comment\u00e9e par la Bible. Le P. Lagrange le savait bien, qui commen\u00e7a sa le\u00e7on d\u2019ouverture de l\u2019\u00c9cole biblique par une longue \u00e9vocation des P\u00e8res<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-42\" id=\"refmark-42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>. S\u2019il ouvrait les portes de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se catholique \u00e0 la recherche historique, arch\u00e9ologie et critique, il le faisait avec des pr\u00e9cisions capitales qu\u2019il vaut la peine de prendre en compte. Sa formation y \u00e9tait pour beaucoup. Il \u00e9tait docteur en droit, form\u00e9 en th\u00e9ologie \u00e0 Salamanque, en sciences bibliques \u00e0 Paris puis en orientalisme \u00e0 Vienne. De plus, le savant passionn\u00e9 d\u2019histoire, pers\u00e9v\u00e9rant dans l\u2019\u00e9tude et la critique jusqu\u2019au bout de ses forces, ne cessait pas pour autant de \u00ab <em>recevoir<\/em> \u00bb l\u2019\u00c9vangile, notamment en l\u2019\u00e9coutant proclam\u00e9 dans la liturgie : \u00ab <em>J\u2019aime entendre l\u2019\u00c9vangile chant\u00e9 par le diacre \u00e0 l\u2019ambon, au milieu des nuages de l\u2019encens : les paroles p\u00e9n\u00e8trent alors mon \u00e2me plus profond\u00e9ment que lorsque je les retrouve dans une discussion de revue<\/em><a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-43\" id=\"refmark-43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>. \u00bb La proximit\u00e9 voulue par lui entre la basilique Saint-\u00c9tienne et l\u2019\u00c9cole biblique est celle de <em>l\u2019oratoire<\/em> et du <em>laboratoire<\/em>, aimait-il \u00e0 dire. Il a d\u00fb \u00e0 la pri\u00e8re sa pers\u00e9v\u00e9rance, simple et fid\u00e8le dans l\u2019\u00e9preuve, alors qu\u2019il \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9, injustement attaqu\u00e9 de partout. Il a d\u00fb aussi \u00e0 son amour de la liturgie une perception plus profonde de ce pourquoi les textes bibliques avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9glise pour qu\u2019ils soient proclam\u00e9s, re\u00e7us mais aussi \u00e9tudi\u00e9s. Le P. Lagrange allait se jeter dans le combat pour accr\u00e9diter \u00e0 nouveau dans l\u2019\u00c9glise catholique l\u2019\u00e9tude biblique scientifique, mais il le faisait avec une exp\u00e9rience \u00e0 la fois d\u2019humaniste et de croyant. C\u2019est ce qui allait permettre au savant de ne pas s\u2019\u00e9garer, et de proposer \u00e0 l\u2019\u00c9glise quelques principes directeurs qui pr\u00e9paraient la voie aux grands textes de l\u2019\u00c9glise sur l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00c9criture : <em>Divino Afflante Spiritu<\/em> de Pie XII en 1943 et <em>Dei Verbum<\/em> du Concile Vatican II en 1965. Jean Guitton \u00e9crira de lui : \u00ab de ces contacts assidus avec les hommes, anciens et modernes, et les uns \u00e9clairant toujours les autres, il a gagn\u00e9 une intelligence int\u00e9rieure de l\u2019histoire, qui, \u00e0 son tour pourrait se diviser en deux sens compl\u00e9mentaires : sens du <em>d\u00e9veloppement<\/em> des \u00e9v\u00e9nements historiques, sens des modes, des genres et des <em>langages<\/em> dans lesquels ce d\u00e9veloppement a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9 par les divers auteurs sacr\u00e9s ou profanes<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-44\" id=\"refmark-44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">L\u2019histoire comme reconstitution<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement des recherches arch\u00e9ologiques et historiques sur l\u2019Orient et les cultures anciennes allait fournir aux ex\u00e9g\u00e8tes une masse impressionnante d\u2019informations. Et pourtant le recoupement avec les textes bibliques, un peu trop vite consenti dans une perspective apolog\u00e9tique, se d\u00e9robe de plus en plus. Est-ce \u00e0 dire que les r\u00e9cits fondamentaux du Pentateuque ou des livres historiques n\u2019ont rien d\u2019historique ? L\u2019historien doit souvent consentir \u00e0 ne pas pouvoir en d\u00e9finir les contours, pour des raisons de m\u00e9thodologie. La r\u00e9serve est ici bonne conseill\u00e8re<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-45\" id=\"refmark-45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>. Mais avant d\u2019accepter d\u2019en revenir au texte lui-m\u00eame et au r\u00e9cit, les ex\u00e9g\u00e8tes allaient d\u00e9velopper une somme impressionnante de travaux sur les origines d\u2019Isra\u00ebl et de l\u2019\u00c9glise. Avec comme cons\u00e9quence, et c\u2019\u00e9tait pr\u00e9visible, une distance toujours plus grande entre ce que l\u2019historien d\u00e9couvrait par sa m\u00e9thode et l\u2019\u00e9tude des sources anciennes, et la pr\u00e9sentation qu\u2019en donnaient les r\u00e9cits bibliques. On allait chercher \u00e0 d\u00e9caper les faits \u00e9vang\u00e9liques de leur sens surnaturel, \u00e0 la recherche de faits, soudain isol\u00e9s et rep\u00e9rables par l\u2019historien (que l\u2019on pense \u00e0 l\u2019entreprise de Strauss, de Renan ou de Loisy), ou m\u00eame tout simplement chercher \u00e0 reconstituer l\u2019histoire biblique, \u00ab la v\u00e9ritable histoire \u00bb (Finkelstein) qui se cache derri\u00e8re la Bible ! R\u00e9sumant la port\u00e9e des travaux de Loisy, \u00c9. Poulat \u00e9crit : \u00ab L\u2019histoire comme tradition est aujourd\u2019hui battue en br\u00e8che par l\u2019histoire comme reconstitution<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-46\" id=\"refmark-46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>La m\u00e9thode g\u00e9n\u00e9tique s\u2019est interrog\u00e9e sur la formation des textes, sur l\u2019impact des communaut\u00e9s qui l\u2019ont port\u00e9e, sur les sources litt\u00e9raires expliquant son origine : autant d\u2019\u00e9tudes int\u00e9ressantes et l\u00e9gitimes. Elles expliquent parfois la naissance du texte, elles n\u2019en expliquent pas le sens profond, et surtout elles ne rendent pas compte de sa puissance, maintenue \u00e0 travers les si\u00e8cles. \u00ab La m\u00e9thode fait en effet appara\u00eetre des \u00e9tats du texte, des stades r\u00e9dactionnels, qui n\u2019a pour seul vis-\u00e0-vis que la communaut\u00e9 scientifique et non l\u2019une ou l\u2019autre des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales qui appartiennent \u00e0 la zone d\u2019influence, \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 historique, ce que les Allemands appellent <em>Wirkungsgeschichte<\/em>, du dernier texte, c\u2019est-\u00e0-dire finalement du texte canonique<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-47\" id=\"refmark-47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>. \u00bb L\u2019\u00c9glise tient \u00e0 la substance m\u00eame des \u00e9v\u00e9nements du salut ; le fait que cette exp\u00e9rience s\u2019est enracin\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un peuple puis de l\u2019\u00c9glise, diff\u00e9rencie la foi jud\u00e9o-chr\u00e9tienne de ce qui ne serait qu\u2019une gnose, f\u00fbt-elle sublime. Cela ne veut pas dire pour autant que le croyant acc\u00e8de dor\u00e9navant \u00e0 ces \u00e9v\u00e9nements par la reconstitution critique des historiens plut\u00f4t que par la pr\u00e9sentation que les livres saints lui en ont donn\u00e9e<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-48\" id=\"refmark-48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>. Ce qui est vrai, c\u2019est que les publications visant un large public et vulgarisant les hypoth\u00e8ses les plus avanc\u00e9es de la critique historique actuelle, trouvent d\u2019autant plus d\u2019\u00e9cho aupr\u00e8s des masses qu\u2019elles n\u2019ont plus une perception exacte ni l\u2019exp\u00e9rience de ce que la tradition biblique v\u00e9hicule et veut transmettre. Finkelstein reconna\u00eet que les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques et le monde d\u00e9crit par la Bible se recoupent suffisamment pour qu\u2019on ne puisse parler de pure fable litt\u00e9raire sans fondement historique. \u00ab Mais, par ailleurs, les contradictions \u00e9videntes entre les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques et la version biblique des \u00e9v\u00e9nements demeuraient, elles aussi, bien trop abondantes pour affirmer que la Bible nous offre une description fiable de la mani\u00e8re dont ces m\u00eames \u00e9v\u00e9nements se sont v\u00e9ritablement d\u00e9roul\u00e9s<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-49\" id=\"refmark-49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>. \u00bb La Bible offre donc autre chose, comme le reconna\u00eet parfois Finkelstein<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-50\" id=\"refmark-50\"><sup>[50]<\/sup><\/a> !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">L\u2019histoire comme tradition<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir beaucoup scrut\u00e9 le monde \u00ab derri\u00e8re le texte \u00bb, il devenait urgent de d\u00e9couvrir \u00e0 quel point le \u00ab monde du texte \u00bb m\u00e9ritait l\u2019attention de l\u2019ex\u00e9g\u00e8te. Et ce, pour permettre aux textes bibliques non simplement de nous informer mais de nous former. Dans cette r\u00e9orientation de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, je d\u00e9sire souligner deux facteurs essentiels bien en lumi\u00e8re par Paul Ric\u0153ur : le ph\u00e9nom\u00e8ne de la distanciation dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire, et la configuration du r\u00e9cit. J\u2019en viendrai ensuite au ph\u00e9nom\u00e8ne de la tradition.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Distanciation et configuration du r\u00e9cit<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Toute \u00e9criture de l\u2019histoire suppose une distanciation. Cette distanciation n\u2019est pas que perte, elle est aussi un gain, et offre au lecteur la possibilit\u00e9 m\u00eame de communier \u00e0 la chose m\u00eame dont parle le texte. Le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019approche s\u00e8che des donn\u00e9es mat\u00e9rielles de l\u2019histoire, \u00e0 partir des proc\u00e9dures m\u00e9thodologiques en usage, ni non plus seulement \u00e0 communier aux valeurs v\u00e9hicul\u00e9es par le texte, mais en abandonnant toute objectivit\u00e9. \u00ab Il r\u00e9v\u00e8le un caract\u00e8re fondamental de l\u2019historicit\u00e9 m\u00eame de l\u2019exp\u00e9rience humaine, \u00e0 savoir qu\u2019elle est une communication dans et par la distance<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-51\" id=\"refmark-51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>. \u00bb Ce travail d\u2019\u00e9criture op\u00e8re une distanciation fondamentale et in\u00e9vitable d\u2019avec l\u2019auteur du r\u00e9cit, d\u2019avec ses intentions, comme aussi d\u2019avec son premier auditoire. Le texte maintenant commence sa propre histoire. Il reste certes les structures donn\u00e9es au r\u00e9cit par l\u2019auteur. L\u00e0 et l\u00e0 seulement pourra se chercher et se trouver le discours de l\u2019\u0153uvre. L\u00e0 o\u00f9 le P. Lagrange et ses successeurs, y compris les textes du Magist\u00e8re, parlaient de la recherche des intentions de l\u2019auteur sacr\u00e9, nous devons parler aujourd\u2019hui de l\u2019intention r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par le texte, ou plut\u00f4t de ce que dit le texte, de ce qu\u2019il peut dire, de tout ce qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 dire, pour autant que le questionnement du lecteur soit accord\u00e9 \u00e0 sa sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce caract\u00e8re configur\u00e9 du r\u00e9cit est \u00e0 la base m\u00eame de son intelligibilit\u00e9. Il est la concr\u00e9tisation de l\u2019engagement et du travail de l\u2019historien, de l\u2019\u00e9crivain. \u00ab Une notion na\u00efve du r\u00e9cit, comme suite d\u00e9cousue d\u2019\u00e9v\u00e9nements, se retrouve toujours \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan de la critique du caract\u00e8re narratif de l\u2019histoire. On n\u2019en voit que le caract\u00e8re \u00e9pisodique et on en oublie le caract\u00e8re configur\u00e9, qui est la base de son intelligibilit\u00e9. En m\u00eame temps, on m\u00e9conna\u00eet la distance que le r\u00e9cit instaure entre lui-m\u00eame et l\u2019exp\u00e9rience vive. Entre vivre et raconter, un \u00e9cart, si infime soit-il, se creuse. La vie est v\u00e9cue, l\u2019histoire est racont\u00e9e<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-52\" id=\"refmark-52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>. \u00bb Il reste une diff\u00e9rence entre le r\u00e9cit de fiction (sans \u00e9v\u00e9nement historique racont\u00e9) et le r\u00e9cit dit historique, \u00e0 pr\u00e9tention de v\u00e9rit\u00e9. Pourtant le premier n\u2019est pas sans r\u00e9f\u00e9rence (le livre de Jonas par exemple parle d\u2019une exp\u00e9rience enracin\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Isra\u00ebl) et le r\u00e9cit historique n\u2019est pas sans ressembler \u00e0 un r\u00e9cit de fiction par certains \u00e9gards. \u00ab De m\u00eame que la fiction narrative n\u2019est pas sans r\u00e9f\u00e9rence, la r\u00e9f\u00e9rence propre \u00e0 l\u2019histoire n\u2019est pas sans parent\u00e9 avec la r\u00e9f\u00e9rence \u00ab\u00a0productrice\u00a0\u00bb du r\u00e9cit de fiction<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-53\" id=\"refmark-53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Le narratif biblique est souvent un narratif confessant. Le k\u00e9rygme des \u00e9vangiles pointe vers le r\u00e9cit (cf. 1 Cor. 15). Et plus on approche du myst\u00e8re, plus la fonction po\u00e9tique et symbolique l\u2019emportera sur la fonction r\u00e9f\u00e9rentielle. Il est \u00e0 noter que c\u2019est dans les \u00e9vangiles de l\u2019enfance et les r\u00e9cits de la mort, de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus et de ses apparitions, que les \u00e9vangiles diff\u00e8rent le plus dans le d\u00e9tail. Ils se r\u00e9f\u00e8rent pourtant aux m\u00eames \u00e9v\u00e9nements. Un \u00e9vang\u00e9liste comme Marc raconte beaucoup et ne comporte que deux grands discours (au chap. 4 le discours en parabole et au chap. 13 le discours eschatologique). Son \u00e9criture est hautement th\u00e9ologique et pas simplement descriptive, comme on l\u2019avait pens\u00e9. Il n\u2019y a pas que le quatri\u00e8me \u00c9vangile \u00e0 m\u00e9riter le nom de \u00ab spirituel \u00bb. Le cas de l\u2019\u00e9vangile selon saint Jean est r\u00e9v\u00e9lateur cependant : alors qu\u2019au d\u00e9but de la critique on pensait les \u00e9vangiles synoptiques historiquement fiables pour le d\u00e9roulement de la passion par exemple, le quatri\u00e8me \u00c9vangile \u00e9tant purement spirituel ; aujourd\u2019hui les fronts ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s : Jean est \u00e0 la fois reconnu comme profond\u00e9ment historique (et parfois plus que les synoptiques) et profond\u00e9ment symbolique. Il est m\u00eame \u00ab enti\u00e8rement symbolique, en ce sens non que l\u2019histoire y a \u00e9t\u00e9 volatilis\u00e9e (ce qui est le propre de la gnose) mais qu\u2019elle y est totalement assum\u00e9e dans une interpr\u00e9tation contemplative o\u00f9 le souci de la repr\u00e9sentation s\u2019efface au profit de la signification<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-54\" id=\"refmark-54\"><sup>[54]<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>Dans l\u2019Antiquit\u00e9, Orig\u00e8ne ne disait pas autre chose : ce qui prime pour l\u2019\u00c9vangile, c\u2019est la signification spirituelle des \u00e9v\u00e9nements. Lorsqu\u2019il est possible de raconter l\u2019\u00e9v\u00e9nement de mani\u00e8re \u00e0 honorer son sens profond, l\u2019auteur l\u2019a fait. Mais Orig\u00e8ne va jusqu\u2019\u00e0 affirmer que, parfois, c\u2019est le sens spirituel qui a pris le dessus, allant jusqu\u2019\u00e0 cr\u00e9er le fait ! \u00ab Les quatre \u00e9vang\u00e9listes ont utilis\u00e9 comme il leur a plu les actions et les paroles que la prodigieuse puissance de J\u00e9sus a produites ; il leur est m\u00eame arriv\u00e9 de joindre \u00e0 l\u2019\u00c9criture, sous forme de chose sensible, la notion spirituelle que leur esprit concevait. Je ne trouve pas condamnable que, pour atteindre leur but mystique, ils aient transform\u00e9 tel ou tel \u00e9pisode, et qu\u2019ils aient plac\u00e9 en tel endroit tel \u00e9v\u00e9nement accompli ailleurs, ou m\u00eame qu\u2019ils aient renvers\u00e9 l\u2019ordre des temps et modifi\u00e9 les termes du discours. Les \u00e9vang\u00e9listes, en effet, se proposaient d\u2019exprimer \u00e0 la fois, autant que possible, la v\u00e9rit\u00e9 spirituelle et la v\u00e9rit\u00e9 corporelle mais, lorsque les deux ne se pouvaient pas r\u00e9unir, ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment spirituel \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment corporel ; ils ont sauvegard\u00e9 le spirituel, gr\u00e2ce, pourrait-on dire, \u00e0 une fausset\u00e9 corporelle<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-55\" id=\"refmark-55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p>Ce fait \u00ab impose des limites \u00e0 la science et il conf\u00e8re des droits \u00e0 l\u2019\u00c9glise \u00bb, \u00e9crivait \u00c9. Poulat dans son \u00e9tude sur la crise moderniste<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-56\" id=\"refmark-56\"><sup>[56]<\/sup><\/a>. Le Nouveau Testament n\u2019est-il pas tout entier une relecture de l\u2019Ancien Testament \u00e0 partir du myst\u00e8re pascal de J\u00e9sus comme le Seigneur le rappelle lui-m\u00eame aux disciples d\u2019Emma\u00fcs (lc 24). On comprend que le P. Vincent ait recens\u00e9 avec enthousiasme le livre du P. de Lubac sur Orig\u00e8ne, en 1950, en soulignant combien \u00ab chez Orig\u00e8ne, histoire et esprit, loin de s\u2019opposer dans un antagonisme st\u00e9rilisant, s\u2019ordonnent essentiellement au contraire l\u2019un \u00e0 l\u2019autre dans une ex\u00e9g\u00e8se int\u00e9grale o\u00f9 la recherche du sens litt\u00e9ral fonde la valeur argumentative du texte sacr\u00e9, tandis que celle du sens spirituel d\u00e9veloppe les innombrables virtualit\u00e9s de la Parole de Dieu \u00bb. Et il ajoutait : \u00ab telle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la conviction du P. Lagrange quand, pour \u00e9tablir la n\u00e9cessit\u00e9, plus que jamais imp\u00e9rieuse au d\u00e9but de ce si\u00e8cle, de donner une base ferme \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la Bible surtout \u00e0 propos de l\u2019A.T., il esquissait en raccourci l\u2019\u00e9volution de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se chr\u00e9tienne [\u2026] Si les exigences du moment lui dictaient la t\u00e2che historique de la Bible, ceux qui v\u00e9curent aupr\u00e8s de lui savent combien il \u00e9tait soucieux d\u2019en faire appr\u00e9cier la port\u00e9e spirituelle, combien surtout il enviait en son for int\u00e9rieur le privil\u00e8ge de ceux \u00e0 qui n\u2019incombe aucune autre obligation que d\u2019en sonder les divines profondeurs<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-57\" id=\"refmark-57\"><sup>[57]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Tradition et actualisation<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Le fait de l\u2019\u00e9criture, et plus encore l\u2019\u00e9criture th\u00e9ologique, op\u00e8re une transfiguration de la r\u00e9alit\u00e9, suspendant m\u00eame l\u2019aspect purement r\u00e9f\u00e9rentiel des textes, permet le travail de lecture et de relecture actualisante : \u00ab Le texte, nous le verrons, n\u2019est pas sans r\u00e9f\u00e9rence ; ce sera pr\u00e9cis\u00e9ment la t\u00e2che de la lecture, en tant qu\u2019interpr\u00e9tation, d\u2019effectuer la r\u00e9f\u00e9rence. Du moins, dans ce suspens o\u00f9 la r\u00e9f\u00e9rence est diff\u00e9r\u00e9e, le texte est en quelque sorte \u00ab\u00a0en l\u2019air\u00a0\u00bb, hors monde ou sans monde ; \u00e0 la faveur de cette oblit\u00e9ration du rapport au monde, chaque texte est libre d\u2019entrer en rapport avec tous les autres textes qui viennent prendre la place de la r\u00e9alit\u00e9 circonstancielle montr\u00e9e par la parole vivante<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-58\" id=\"refmark-58\"><sup>[58]<\/sup><\/a>. \u00bb Le texte cherche \u00e0 nous mettre dans son sens, il appelle une dynamique de lecture de la part du lecteur. Il ouvre un chemin, des chemins d\u2019interpr\u00e9tation. L\u2019exode devient nouvel exode, il \u00e9claire la destin\u00e9e de J\u00e9sus revenu d\u2019\u00c9gypte (Mt 2) comme aussi son accomplissement dans la mont\u00e9e de J\u00e9sus vers la croix et vers sa P\u00e2que (Lc 9, 31). Ce sont toutes ces lectures, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019invitation pressante des textes \u00e9crits pour susciter ce mouvement, qui cr\u00e9ent un courant de tradition. \u00ab Moins qu\u2019aucun autre, l\u2019\u00e9criture biblique ne peut s\u2019abstraire du mouvement d\u2019une tradition qui, pour transmettre, parle, r\u00e9dige oralement, interpr\u00e8te en redisant, avant que finalement et tardivement, n\u2019intervienne l\u2019inscription \u00e9crite<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-59\" id=\"refmark-59\"><sup>[59]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #800000;\">Conclusion<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 devant la complexit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture biblique, port\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience de communaut\u00e9s et d\u2019un peuple avant d\u2019\u00eatre \u00e9criture, lecture et relecture, pri\u00e8re aussi et liturgie, sans pour autant cesser de se pr\u00eater \u00e0 l\u2019\u00e9tude savante. Tenir compte de tout cela, c\u2019est s\u2019approcher du type de lecture que pratiquaient nos P\u00e8res dans la foi. M\u00eame si nous le faisons autrement qu\u2019eux, \u00e0 partir d\u2019une autre culture. D\u2019avoir red\u00e9couvert tout cela nous montre la richesse de l\u2019acte ex\u00e9g\u00e9tique aujourd\u2019hui. Il a fallu aux ex\u00e9g\u00e8tes, dans la modernit\u00e9, r\u00e9affirmer le primat du sens litt\u00e9ral sur l\u2019all\u00e9gorie, red\u00e9couvrir l\u2019arri\u00e8re-fond historique des textes, puis leur dimension communautaire, enfin la part des auteurs et th\u00e9ologiens dans la r\u00e9daction. Il restait \u00e0 d\u00e9couvrir le r\u00f4le fondamental du lecteur et \u00e0 se d\u00e9partir (mais l\u2019a-t-on vraiment fait ?) d\u2019une vieille attitude positiviste dans la conception de l\u2019histoire. S\u2019ouvrir enfin \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation, d\u2019une lumi\u00e8re donnant le sens des \u00e9v\u00e9nements ou r\u00e9v\u00e9lant des \u00e9v\u00e9nements que le regard profane n\u2019a pas discern\u00e9, pas relev\u00e9, pas gard\u00e9, ni par \u00e9crit ni par oral, tout simplement parce qu\u2019il ne pouvait en saisir alors l\u2019importance ni la port\u00e9e.<\/p>\n<p>En revenant vers le texte comme tel, l\u2019ex\u00e9g\u00e8se actuelle est mieux \u00e0 m\u00eame de respecter la capacit\u00e9 des textes inspir\u00e9s \u00e0 faire na\u00eetre un peuple de croyants. Une diff\u00e9rence id\u00e9ologique s\u00e9pare les deux types d\u2019ex\u00e9g\u00e8se \u00e9crivait magnifiquement le P. Beauchamp : \u00ab l\u2019une qui s\u2019estime r\u00e9compens\u00e9e quand elle a pu conjecturer le premier \u00e9tat d\u2019un texte, et l\u2019autre qui se laisse prendre par les raisons et convaincre par les forces qui sortirent d\u2019un texte<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-60\" id=\"refmark-60\"><sup>[60]<\/sup><\/a> \u00bb ; \u00ab Le livre raconte des \u00e9v\u00e9nements. Le livre est un \u00e9v\u00e9nement mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de ce qu\u2019il raconte, il dure<a class=\"fn-ref-mark\" href=\"#footnote-61\" id=\"refmark-61\"><sup>[61]<\/sup><\/a>. \u00bb L\u2019\u00e9tude historique est bien s\u00fbr l\u00e9gitime, mais elle \u00e9tait incapable, laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame et aux r\u00e8gles de sa m\u00e9thodologie \u2013 surtout quand elle \u00e9tait entach\u00e9e de positivisme \u2013 de rendre compte de la pl\u00e9nitude de la Parole de Dieu. Toute m\u00e9thode ne fait pas qu\u2019engranger des r\u00e9sultats, elle dicte aussi les questions !<\/p>\n<p>Le Verbe s\u2019est fait chair : la discr\u00e9tion de Dieu et sa force tout \u00e0 la fois s\u2019est manifest\u00e9e dans la personne humaine de J\u00e9sus. C\u2019est de cette mani\u00e8re aussi que la Parole de Dieu s\u2019est fray\u00e9 un chemin \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture des \u00e9v\u00e9nements sous la plume d\u2019hommes inspir\u00e9s pour en rendre compte, en termes humains, et \u00e0 leur mesure. L\u2019Esprit Saint veillait cependant, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9gager des \u00e9v\u00e9nements entrevus des richesses de sens que probablement les auteurs eux-m\u00eames ignoraient. L\u2019histoire de la lecture se faisait alors enrichissement. Au lieu de r\u00e9tr\u00e9cir et parfois de rendre l\u2019\u00e2me sous le scalpel des critiques, les textes bibliques pouvaient \u00eatre proclam\u00e9s, \u00e9tudi\u00e9s, m\u00e9dit\u00e9s, devenir source de vie. Comme l\u2019\u00e9crivait saint Gr\u00e9goire : \u00ab le texte grandit avec le lecteur \u00bb. Le P. Lagrange \u00e9tait de son temps, il ne pouvait s\u2019exprimer comme nous nous exprimons aujourd\u2019hui. Il a pourtant \u00e9t\u00e9 largement un pr\u00e9curseur de cette relation entre l\u2019historique et le litt\u00e9raire, et si une part de ses analyses ont vieilli, leur orientation profonde reste d\u2019une \u00e9tonnante actualit\u00e9 et d\u2019une profonde justesse th\u00e9ologique. Sa pratique refl\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ce que les r\u00e9flexions th\u00e9oriques d\u2019un Paul Ric\u0153ur nous ont fait mieux d\u00e9couvrir et comprendre dans l\u2019\u00e9criture et l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019histoire.<\/p>\n<p><em><br \/>\n<span style=\"font-style: normal;\"> <\/p>\n<div id=\"footnote-list\" style=\"display:inherit\"><span id=fn-heading>Notes<\/span> &nbsp;&nbsp;&nbsp;(\u21b5 returns to text)<\/p>\n<ol>\n<li id=\"footnote-1\" class=\"fn-text\">M.-J. LAGRANGE,<em> L\u2019\u00c9criture en \u00c9glise<\/em> (Lectio Divina 142), Paris, \u00c9d. du Cerf, 1990, p. 41.<a href=\"#refmark-1\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-2\" class=\"fn-text\"><em>RB<\/em> 6 (1897) p. 490, \u00e0 propos de la publication par l\u2019Abb\u00e9 Menuge, directeur du petit s\u00e9minaire de Bourges, d\u2019une Histoire sainte \u00e0 l\u2019usage des cours sup\u00e9rieurs d\u2019instruction religieuse. Lagrange de souligner aussi bien la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du propos que la faiblesse de l\u2019argumentation soi-disant traditionnelle.<a href=\"#refmark-2\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-3\" class=\"fn-text\">\u00ab C\u2019est ici que la subjectivit\u00e9 de l\u2019historien intervient en un sens original par rapport \u00e0 celle du physicien, sous forme de sch\u00e8mes interpr\u00e9tatifs. C\u2019est ici par cons\u00e9quent que la qualit\u00e9 de l\u2019interrogateur importe \u00e0 la s\u00e9lection m\u00eame des documents interrog\u00e9s. Bien mieux, c\u2019est le jugement d\u2019importance qui, en \u00e9liminant de l\u2019accessoire, cr\u00e9e de la continuit\u00e9 : c\u2019est le v\u00e9cu qui est d\u00e9cousu, lac\u00e9r\u00e9 d\u2019insignifiance ; c\u2019est le r\u00e9cit qui est li\u00e9, signifiant par sa continuit\u00e9. Ainsi la rationalit\u00e9 m\u00eame de l\u2019histoire tient \u00e0 ce jugement d\u2019importance qui pourtant manque de crit\u00e8re s\u00fbr. Sur ce point, R. Aron a raison de dire que \u00ab\u00a0la th\u00e9orie pr\u00e9c\u00e8de l\u2019histoire\u00a0\u00bb \u00bb (P. RIC\u0152UR, <em>Histoire et V\u00e9rit\u00e9<\/em>, Paris, \u00c9d. du Seuil, 1955<sup>3<\/sup>, p. 238-29).<a href=\"#refmark-3\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-4\" class=\"fn-text\">\u00ab De l\u2019interpr\u00e9tation \u00bb, in P. RIC\u0152UR, <em>Du texte \u00e0 l\u2019action. Essais d\u2019herm\u00e9neutique<\/em>, II, Paris, \u00c9d. du Seuil, 1986 , p. 11-35, ici p. 15<a href=\"#refmark-4\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-5\" class=\"fn-text\">Lettre de M.-J. Lagrange \u00e0 H. Desqueyrous (1901), cit\u00e9e par B. MONTAGNES, <em>Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique<\/em>, Paris, \u00c9d. du Cerf, 2004, p. 173.<a href=\"#refmark-5\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-6\" class=\"fn-text\">B. MONTAGNES, <em>Le p\u00e8re Lagrange, 1855-1938. L\u2019ex\u00e9g\u00e8se catholique dans la crise moderniste<\/em>, Paris, \u00c9d. du Cerf, 1995, p. 75.<a href=\"#refmark-6\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-7\" class=\"fn-text\">\u00ab Discours prononc\u00e9 le 15 nov. 1890 pour l\u2019inauguration de l\u2019\u00c9cole biblique \u00bb, in M.-J. LAGRANGE, <em>L\u2019\u00c9criture en \u00c9glise<\/em>, p. 103-114 (citation p. 111)<a href=\"#refmark-7\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-8\" class=\"fn-text\"><em>La m\u00e9thode historique<\/em>, \u00e9d. augment\u00e9e, Paris, \u00c9d. Lecoffre, 1904, p. 118.<a href=\"#refmark-8\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-9\" class=\"fn-text\"><em>Ibid.<\/em>, p. 120.<a href=\"#refmark-9\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-10\" class=\"fn-text\">Cit\u00e9 par \u00c9. GERMAIN, \u00ab La cat\u00e9ch\u00e8se et la pr\u00e9dication \u00bb in C. SAVART et J.-N. ALETTI (dir.), <em>Le Monde contemporain et la Bible<\/em> (La Bible de tous les temps 8), Paris, Beauchesne, 1985, 1e partie : \u00ab Bible et vie chr\u00e9tienne ; La Bible chez les catholiques fran\u00e7ais au XIXe si\u00e8cle \u00bb, p. 35-64 (ici p. 54).<a href=\"#refmark-10\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-11\" class=\"fn-text\">Cit\u00e9 par Ch. TH\u00c9OBALD, \u00ab L\u2019ex\u00e9g\u00e8se catholique au moment de la crise moderniste \u00bb, in <em>Le Monde contemporain et la Bible<\/em>, op. cit., p. 388.<a href=\"#refmark-11\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-12\" class=\"fn-text\"><em>Le P\u00e8re Lagrange au service de la Bible. Souvenirs personnels<\/em>, Pr\u00e9face de P. Benoit, O.P. (Chr\u00e9tiens de tous les temps 22), Paris, \u00c9d. du Cerf, 1967, p. 31.<a href=\"#refmark-12\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-13\" class=\"fn-text\">L.-H. VINCENT, \u00ab Le P. Lagrange \u00bb, <em>RB<\/em> 47, 1938, p. 321-354, ici p. 332-333.<a href=\"#refmark-13\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-14\" class=\"fn-text\">\u00ab Discours prononc\u00e9 le 15 novembre 1890 pour l\u2019inauguration de l\u2019\u00c9cole biblique \u00bb,<em> op. cit<\/em>., p. 112.<a href=\"#refmark-14\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-15\" class=\"fn-text\">V. MICHEL, \u00ab Ce que peut dire l\u2019arch\u00e9ologie biblique \u00bb, in J.-F. BOUTHORS (dir.), La Bible sans avoir peur, Paris, Lethielleux, 2005, p. 83-103, ici p. 86 (nous avons soulign\u00e9 les expressions r\u00e9v\u00e9latrices).<a href=\"#refmark-15\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-16\" class=\"fn-text\">M.-J. LAGRANGE, \u00ab Chronique. Apr\u00e8s 25 ans \u00bb, <em>RB<\/em> 24, 1915, p. 248-261, ici p. 252.<a href=\"#refmark-16\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-17\" class=\"fn-text\"><em>Ibid<\/em>., p. 253.<a href=\"#refmark-17\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-18\" class=\"fn-text\"><em>Ibid<\/em>., p. 252.<a href=\"#refmark-18\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-19\" class=\"fn-text\">\u00ab Le d\u00e9cret <em>Lamentabili sane exitu<\/em> et la critique historique \u00bb, RB 16, 1907, p. 543-554, ici p. 553-554.<a href=\"#refmark-19\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-20\" class=\"fn-text\">\u00ab L\u2019alliance de la lecture \u00bb, in J.-F. BOUTHORS (dir.), <em>La Bible sans avoir peur<\/em>, p. 129-151, ici p. 132.<a href=\"#refmark-20\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-21\" class=\"fn-text\">\u00ab On accordera bien, \u00e9crit-il en 1902, que tout ce qui a l\u2019apparence de l\u2019histoire n\u2019est pas une histoire\u2026 La valeur des jugements qui paraissent affirmer ou nier d\u00e9pend enti\u00e8rement du genre litt\u00e9raire o\u00f9 figurent des propositions d\u2019apparence cat\u00e9gorique. L\u2019important est de bien d\u00e9terminer quels sont les genres litt\u00e9raires que nous retrouvons dans la Bible avec l\u2019apparence d\u2019une histoire \u00bb (<em>La m\u00e9thode historique<\/em>, 1904, <em>op. cit<\/em>., p. 185). Ces vues seront avalis\u00e9es par le Magist\u00e8re aussi bien dans <em>Divino Afflante Spiritu<\/em> de 1943 que le combat du P. Lagrange avait pr\u00e9par\u00e9, que dans <em>Dei Verbum<\/em> de Vatican II. Pour <em>Divino Afflante Spiritu<\/em> : cf. <em>Enchiridion Biblicum<\/em> n. 560 : \u00ab rechercher\u2026 prudemment ce que le mode d\u2019expression ou genre litt\u00e9raire que l\u2019\u00e9crivain sacr\u00e9 a employ\u00e9 apporte \u00e0 une interpr\u00e9tation vraie et exacte, et de se convaincre qu\u2019il ne pourra pas n\u00e9gliger cette part de sa t\u00e2che sans un grave dommage pour l\u2019ex\u00e9g\u00e8se catholique \u00bb ; cf. surtout <em>Dei Verbum <\/em>: \u00ab \u00c9tant donn\u00e9 que Dieu dans la sainte \u00c9criture a parl\u00e9 par des hommes \u00e0 la mani\u00e8re des hommes, l\u2019interpr\u00e8te de la sainte \u00c9criture pour voir clairement ce que Dieu lui-m\u00eame a voulu nous communiquer, doit rechercher attentivement ce que les hagiographes ont vraiment eu l\u2019intention de signifier et ce qu\u2019il a plu \u00e0 Dieu de manifester par leurs paroles. Pour d\u00e9couvrir l\u2019intention des hagiographes, il faut entre autres choses consid\u00e9rer aussi les \u00ab\u00a0genres litt\u00e9raires\u00a0\u00bb. C\u2019est d\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente, en effet, que la v\u00e9rit\u00e9 est propos\u00e9e et exprim\u00e9e dans des textes diversement historiques, ou proph\u00e9tiques ou po\u00e9tiques, ou (relevant) d\u2019autres genres d\u2019expression \u00bb (n. 12 ; <em>EB<\/em> 688-689).<a href=\"#refmark-21\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-22\" class=\"fn-text\"><em>Le P\u00e8re Lagrange au service de la Bible. Souvenirs personnels<\/em>, p. 54.<a href=\"#refmark-22\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-23\" class=\"fn-text\"><em>Ibid<\/em>., p. 55.<a href=\"#refmark-23\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-24\" class=\"fn-text\"><em>Ibid.<\/em>, p. 56.<a href=\"#refmark-24\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-25\" class=\"fn-text\">\u00ab Chronique. Apr\u00e8s 25 ans \u00bb, <em>RB<\/em> 24, 1915, p. 253.<a href=\"#refmark-25\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-26\" class=\"fn-text\">\u00ab Discours prononc\u00e9 le 15 novembre pour l\u2019inauguration de l\u2019\u00c9cole biblique \u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p. 113.<a href=\"#refmark-26\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-27\" class=\"fn-text\">Ibid.<a href=\"#refmark-27\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-28\" class=\"fn-text\">M.-J. LAGRANGE<\/span><\/em><em>, Le Livre des Juges<\/em> (\u00c9tudes bibliques), Paris, Gabalda, 1903, p. XVIII (c\u2019est nous qui soulignons).<a href=\"#refmark-28\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-29\" class=\"fn-text\">\u00ab Inspiration et exigence critique \u00bb,<em> RB<\/em> 4, 1896, p. 512.<a href=\"#refmark-29\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-30\" class=\"fn-text\">Paris, \u00c9d. Lecoffre-Gabalda, 1928, p. VI.<a href=\"#refmark-30\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-31\" class=\"fn-text\"><em>\u00c9vangile selon Matthieu<\/em>, Paris, \u00c9d. Lecoffre-Gabalda, 1923, p. 60.<a href=\"#refmark-31\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-32\" class=\"fn-text\"><em>Op. cit.<\/em>, p. 62.<a href=\"#refmark-32\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-33\" class=\"fn-text\"><em>Op. cit<\/em>., p. 63.<a href=\"#refmark-33\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-34\" class=\"fn-text\"><em>L\u2019\u00c9vangile de J\u00e9sus-Christ<\/em>, p. 72.<a href=\"#refmark-34\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-35\" class=\"fn-text\"><em>Op. cit.<\/em>, p. 74.<a href=\"#refmark-35\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-36\" class=\"fn-text\">I. FINKELSTEIN &amp; N. A. SILBERMAN, <em>La Bible d\u00e9voil\u00e9e. Les nouvelles r\u00e9v\u00e9lations de l\u2019arch\u00e9ologie<\/em>, trad. de l\u2019anglais (\u00c9tats-Unis) par P. Ghirardi, Paris, Bayard, 2002, p. 16.<a href=\"#refmark-36\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-37\" class=\"fn-text\">A.-M. PELLETIER, <em>D\u2019\u00e2ge en \u00e2ge les \u00c9critures. La Bible et l\u2019herm\u00e9neutique contemporaine <\/em>(Le Livre et le Rouleau 18), Bruxelles, Lessius, 2004, p. 96.<a href=\"#refmark-37\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-38\" class=\"fn-text\">V. MICHEL, <em>art. cit<\/em>., p. 102.<a href=\"#refmark-38\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-39\" class=\"fn-text\">Cf. le tr\u00e8s beau livre de J.-L. SKA, <em>Les \u00e9nigmes du pass\u00e9. Histoire d\u2019Isra\u00ebl et r\u00e9cit biblique<\/em>, trad. de l\u2019italien par E. di Pede (Le Livre et le Rouleau 14), Bruxelles, Lessius, 2001.<a href=\"#refmark-39\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-40\" class=\"fn-text\">\u00ab La preuve est d\u2019abord testimoniale : parole de t\u00e9moins. Elle se fera ensuite notariale : des documents l\u2019attestent et font foi \u00bb, \u00e9crit \u00c9. Poulat (\u00e0 propos des textes portant sur J\u00e9sus) dans la magnifique pr\u00e9face qu\u2019il a donn\u00e9 pour la 3<sup>e<\/sup> \u00e9dition de <em>Histoire. Dogme et Critique dans la crise moderniste<\/em>, Paris, 1996, p. LII.<a href=\"#refmark-40\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-41\" class=\"fn-text\">Le fait que l\u2019exode, la mort du pharaon par exemple ne figurent dans aucune source \u00e9gyptienne am\u00e8nent des arch\u00e9ologues et historiens \u00e0 en nier radicalement l\u2019historicit\u00e9 (cf. I. FINKELSTEIN &amp; N. A. SILBERMAN, <em>La Bible d\u00e9voil\u00e9e<\/em>). On aura not\u00e9 le sous-titre sans doute tr\u00e8s commercial : les \u00ab r\u00e9v\u00e9lations \u00bb de l\u2019arch\u00e9ologie. Alors que c\u2019est le texte inspir\u00e9 qui jusqu\u2019ici m\u00e9ritait ce qualificatif, c\u2019est maintenant l\u2019arch\u00e9ologie qui le revendique !<a href=\"#refmark-41\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-42\" class=\"fn-text\">\u00ab Discours prononc\u00e9 le 15 novembre 1890 pour l\u2019inauguration de l\u2019\u00c9cole biblique \u00bb, <em>op. cit<\/em>., p. 103-114.<a href=\"#refmark-42\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-43\" class=\"fn-text\">Avant-propos du 1<sup>er<\/sup> num\u00e9ro de la <em>RB<\/em>, 1892, p. 2.<a href=\"#refmark-43\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-44\" class=\"fn-text\">J. GUITTON, \u00ab L\u2019influence du R.P. Lagrange. Un t\u00e9moignage \u00bb, dans : <em>L\u2019\u0153uvre ex\u00e9g\u00e9tique et historique du P. Lagrange<\/em>, Cahiers de la Nouvelle Journ\u00e9e 28, 1935, p. 217-224 (ici p. 222).<a href=\"#refmark-44\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-45\" class=\"fn-text\">Apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 les innombrables d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques, I. Finkelstein et N. A. Silberman rendent leur verdict : \u00ab Pour autant, l\u2019arch\u00e9ologie n\u2019a pas d\u00e9montr\u00e9, loin s\u2019en faut, que la chronique biblique est v\u00e9ridique dans tous ses d\u00e9tails. Il est aujourd\u2019hui \u00e9vident qu\u2019un grand nombre d\u2019\u00e9v\u00e9nements de l\u2019histoire biblique ne se sont d\u00e9roul\u00e9s ni au lieu indiqu\u00e9 ni de la mani\u00e8re dont ils sont rapport\u00e9s. Bien plus : certains des \u00e9pisodes les plus c\u00e9l\u00e8bres de la Bible n\u2019ont tout simplement jamais eu lieu. \u00bb Et notons le d\u00e9but du paragraphe suivant : \u00ab L\u2019arch\u00e9ologie nous permet de reconstituer la v\u00e9ritable histoire qui se cache derri\u00e8re la Bible\u2026 \u00bb (p. 16). On est loin ici d\u2019une lecture attentive du r\u00e9cit comme tel : est-il une chronique ? De quelle fa\u00e7on ces \u00e9v\u00e9nements sont-ils pr\u00e9sent\u00e9s ? Et pourquoi ? Telles sont les questions pos\u00e9es au lecteur par le r\u00e9cit, et ensuite seulement \u00e0 l\u2019historien. Je suis d\u2019ailleurs frapp\u00e9 que Finkelstein et Silberman, un arch\u00e9ologue et un historien, ne commentent pas les textes mais donnent un r\u00e9sum\u00e9 de ce que l\u2019on appelait autrefois \u00ab l\u2019histoire sainte \u00bb, pour souligner ensuite sa difficile compatibilit\u00e9 avec les d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques.<a href=\"#refmark-45\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-46\" class=\"fn-text\">\u00c9. POULAT, <em>Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste<\/em>, Paris, Albin Michel, 1996<sup>3<\/sup>, p. 117.<a href=\"#refmark-46\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-47\" class=\"fn-text\">P. RIC\u0152UR, \u00ab Herm\u00e9neutique. Les finalit\u00e9s de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se biblique \u00bb, in D. BOURG et A. LION (dir.), <em>La Bible en philosophie. Approches contemporaines<\/em>, Paris, \u00c9d. du Cerf, 1993, p. 27-51 (citation p. 29-30).<a href=\"#refmark-47\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-48\" class=\"fn-text\">\u00ab Puisque la critique a reconnu que la connaissance historique pr\u00e9cise du d\u00e9tail \u00e9tait impossible dans un si grand nombre de cas, il y a mieux \u00e0 faire qu\u2019une s\u00e9lection des d\u00e9tails primitifs d\u2019apr\u00e8s la comparaison des textes, sous l\u2019empire d\u2019une th\u00e9orie pr\u00e9con\u00e7ue. Ne serait-il pas plus sage de prendre d\u2019abord les documents tels qu\u2019ils sont, d\u2019\u00e9tudier tr\u00e8s attentivement chaque \u00e9vangile pour en d\u00e9gager les affirmations principales de J\u00e9sus, les traits de son enseignement et les grands faits de sa vie ? \u00bb (M.-J. LAGRANGE, <em>La m\u00e9thode historique<\/em>, p. 253).<a href=\"#refmark-48\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-49\" class=\"fn-text\">I. FINKELSTEIN &amp; N. A. SILBERMAN, <em>La Bible d\u00e9voil\u00e9e<\/em>, p. 33.<a href=\"#refmark-49\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-50\" class=\"fn-text\">\u00ab De toute \u00e9vidence, leur souci (= les traditions anciennes \u00e0 propos des patriarches) n\u2019\u00e9tait pas la pr\u00e9servation d\u2019un compte rendu historique exact. \u00bb, <em>La Bible d\u00e9voil\u00e9e<\/em>, p. 51.<a href=\"#refmark-50\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-51\" class=\"fn-text\">\u00ab La fonction herm\u00e9neutique de la distanciation \u00bb, in P. RIC\u0152UR, <em>Du texte \u00e0 l\u2019action. Essais d\u2019herm\u00e9neutique<\/em>, II, Paris, \u00c9d. du Seuil, 1986, p. 101-117 (cit. p. 102).<br \/>\nP. RIC\u0152UR, \u00ab De l\u2019interpr\u00e9tation \u00bb, p. 11-35 (ici p. 15).<a href=\"#refmark-51\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-52\" class=\"fn-text\">P. RIC\u0152UR, \u00ab De l\u2019interpr\u00e9tation \u00bb, p. 11-35 (ici p. 15).<a href=\"#refmark-52\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-53\" class=\"fn-text\">Ibid., p. 18.<a href=\"#refmark-53\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-54\" class=\"fn-text\">\u00c9. POULAT, H<em>istoire, dogme et critique<\/em>, p. 174.<a href=\"#refmark-54\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-55\" class=\"fn-text\">ORIG\u00c8NE, <em>Commentaire sur saint Jean<\/em>, X, 18-20.<a href=\"#refmark-55\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-56\" class=\"fn-text\">Histoire, dogme et critique, p. 582.<a href=\"#refmark-56\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-57\" class=\"fn-text\">L.-H. VINCENT, <em>RB<\/em> 47, 1950, p. 634-635.<a href=\"#refmark-57\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-58\" class=\"fn-text\">\u00a0P. RIC\u0152UR, \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un texte ? \u00bb, in P. RIC\u0152UR, <em>Du texte \u00e0 l\u2019action,<\/em> p. 137-159 (cit. p. 141).<a href=\"#refmark-58\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-59\" class=\"fn-text\">A.-M. PELLETIER, \u00ab Ex\u00e9g\u00e8se et histoire. Tirer du nouveau de l\u2019ancien \u00bb, <em>Nouvelle Revue Th\u00e9ologique<\/em> 110, 1988, p. 641-665 (cit. p. 652).<a href=\"#refmark-59\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-60\" class=\"fn-text\">P. BEAUCHAMP, <em>L\u2019un et l\u2019autre Testament. Essai de lecture<\/em> (Parole de Dieu 15), Paris, \u00c9d. du Seuil, 1976, p. 11.<a href=\"#refmark-60\">\u21b5<\/a><\/li>\n<li id=\"footnote-61\" class=\"fn-text\"><em>Ibid<\/em>., p. 18.<a href=\"#refmark-61\">\u21b5<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In : Cahiers de la Revue biblique 65. \u00ab La Bible : Le Livre et l\u2019Histoire \u00bb Actes des Colloques de l\u2019\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem et de l\u2019Institut catholique de Toulouse (nov. 2005) pour le 150e anniversaire de la naissance du P. M.-J. Lagrange, O.P. sous la direction de J.-M. Poffet, O.P. directeur de l\u2019\u00c9cole &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2738\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;L&rsquo;\u00c9criture de l\u2019Histoire : du P\u00e8re Lagrange \u00e0 Paul Ric\u0153ur par fr. Jean-Michel Poffet, O.P.&rsquo; &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-2738","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-sur-le-pere-lagrange"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2738","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2738"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2738\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2747,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2738\/revisions\/2747"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2738"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2738"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2738"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}