{"id":2759,"date":"2012-01-20T16:00:03","date_gmt":"2012-01-20T15:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2759"},"modified":"2012-04-22T22:14:05","modified_gmt":"2012-04-22T20:14:05","slug":"l%e2%80%99exesege-et-l%e2%80%99epigraphie-semitique-a-l%e2%80%99ecole-biblique-par-m-andre-caquot-membre-de-l%e2%80%99academie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2759","title":{"rendered":"L\u2019ex\u00e9g\u00e8se et l\u2019\u00e9pigraphie s\u00e9mitique \u00e0 l\u2019\u00c9cole biblique par M. Andr\u00e9 Caquot, membre de l\u2019Acad\u00e9mie"},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2759\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><blockquote><p>In: Comptes-rendus des s\u00e9ances de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles-Lettres, 134<sup>e<\/sup> ann\u00e9e, N. 4, 1990. pp. 847-855.<br \/>\nhttp:\/\/www.persee.fr\/web\/revues<\/p><\/blockquote>\n<div id=\"attachment_2974\" style=\"width: 202px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Dominique_Angelico.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2974\" class=\"size-medium wp-image-2974\" title=\"Dominique_Angelico\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Dominique_Angelico-192x300.jpg\" alt=\"\" width=\"192\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Dominique_Angelico-192x300.jpg 192w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Dominique_Angelico-655x1024.jpg 655w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Dominique_Angelico.jpg 1127w\" sizes=\"auto, (max-width: 192px) 100vw, 192px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2974\" class=\"wp-caption-text\">Saint Dominique, Fra Angelico, Couvent St-Marc, Florence<\/p><\/div>\n<p>Les \u00e9tudes bibliques n&rsquo;ont pas connu en France un destin heureux. C&rsquo;est pourtant chez nous qu&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es deux disciplines qui en sont des parties int\u00e9grantes, la critique textuelle de l&rsquo;\u00c9criture sainte, avec la <em>Critica sacra<\/em> de Louis Cappel (mort en 1658) et la science des antiquit\u00e9s s\u00e9mitiques avec le <em>Phaleg<\/em> et <em>Canaan<\/em> et le <em>Hierozoicon<\/em> de Samuel Bochart (mort en 1667). La r\u00e9vocation de l&rsquo;\u00c9dit de Nantes vint mettre fin \u00e0 une \u00e9mulation f\u00e9conde entre Catholiques et R\u00e9form\u00e9s dont l\u2019<em>Histoire critique du Vieux Testament<\/em> du P. Richard Simon, parue en 1678, avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 bien des \u00e9gards le produit. On conna\u00eet le sort que Bossuet m\u00e9nagea \u00e0 ce livre o\u00f9 l&rsquo;on avait os\u00e9 \u00e9crire que \u00ab Mo\u00efse ne peut \u00eatre l&rsquo;auteur de tout ce qui est dans les livres qui lui sont attribu\u00e9s. \u00bb Ce fut pour un long temps la fin des \u00e9tudes s\u00e9rieuses en ce domaine. Les \u00e9rudits se d\u00e9tourn\u00e8rent de ce terrain dangereux, et de la Bible les gens les plus instruits ne voulurent conna\u00eetre que la Vulgate. Le flambeau allum\u00e9 en France passa d\u00e8s avant 1700 en Angleterre, puis en Hollande, puis en Allemagne. Le si\u00e8cle fran\u00e7ais des Lumi\u00e8res fut de ce point de vue une \u00e8re d&rsquo;obscurit\u00e9. Il y a plus de bonne science qu&rsquo;on ne l&rsquo;a dit dans les vingt-trois volumes du <em>Commentaire litt\u00e9ral et critique <\/em>de Dom Augustin Calmet qui, tout en donnant \u00e0 la Vulgate la place d&rsquo;honneur, commentait en fait la Polyglotte de Brian Walton, mais il n&rsquo;y a pas une once de cet esprit critique, capable de faire passer un regard neuf sur des textes trop connus, que sut d\u00e9ployer vers le milieu du si\u00e8cle le m\u00e9decin Jean Astruc dans ses <em>Conjectures sur les M\u00e9moires originaux dont il paro\u00eet que Mo\u00efse s&rsquo;est servi pour composer le Livre de la Gen\u00e8se<\/em>, \u0153uvre qui contenait en germe toute la critique du Pentateuque. Le Livre d&rsquo;Astruc ne fut compris qu&rsquo;au si\u00e8cle suivant. En attendant, la m\u00e9thode de l&rsquo;oratorien Charles-Fran\u00e7ois Houbigant, issue de vieilles pol\u00e9miques visant \u00e0 discr\u00e9diter le texte traditionnel de la Bible h\u00e9bra\u00efque, aboutissait \u00e0 corrompre l&rsquo;\u00e9tude de la langue et \u00e0 fourvoyer la recherche, au point qu&rsquo;Ernest Renan a pu \u00e9crire : \u00ab II n&rsquo;y avait pas en France vers 1800 un seul homme qui entendit quelque chose \u00e0 la philologie h\u00e9bra\u00efque. \u00bb Les grands orientalistes fran\u00e7ais du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne port\u00e8rent gu\u00e8re d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 la Bible. \u00c9tienne Quatrem\u00e8re qui d\u00e9tint longtemps la chaire d&rsquo;h\u00e9breu du Coll\u00e8ge de France, traduisait des textes bibliques pour justifier son emploi, mais accomplissait son \u0153uvre en traitant d&rsquo;arabe, de persan et de turc. Il y avait certainement dans l&rsquo;\u00c9glise des \u00e9rudits de la taille d&rsquo;Arthur Le Hir, mais ils n&rsquo;atteignirent pas la notori\u00e9t\u00e9 et ne cr\u00e9\u00e8rent pas une v\u00e9ritable tradition savante. Le Hir forma Renan \u00e0 Saint-Sulpice, en le mettant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Wilhelm Gesenius et des Allemands, et Renan succ\u00e9da \u00e0 Quatrem\u00e8re au Coll\u00e8ge de France. Mais Renan fut un m\u00e9t\u00e9ore : alors m\u00eame que son g\u00e9nie synth\u00e9tique r\u00e9v\u00e9lait au public cultiv\u00e9 les questions bibliques, ses meilleurs disciples s&rsquo;\u00e9loign\u00e8rent de ce terrain, pour des recherches plus paisibles, car le mouvement cr\u00e9\u00e9 par Renan engendrait, h\u00e9las, plus d&rsquo;aigres pol\u00e9miques que de s\u00e9rieuses \u00e9tudes. La controverse crispa les esprits, et quand le si\u00e8cle penche sur son d\u00e9clin, l&rsquo;\u00e9tude de la Bible para\u00eet presque discr\u00e9dit\u00e9e dans le milieu universitaire ou acad\u00e9mique, et aussi chez ceux-l\u00e0 m\u00eames qui auraient d\u00fb avoir vocation \u00e0 la favoriser.<\/p>\n<p>Une des gloires du P. Marie-Joseph Lagrange est d&rsquo;avoir dissip\u00e9 les t\u00e9n\u00e8bres de ces pr\u00e9jug\u00e9s qui d&rsquo;une part refusaient \u00e0 notre culture la r\u00e9flexion sur l&rsquo;une de ses bases et d&rsquo;autre part infantilisaient la foi religieuse sous couleur de la prot\u00e9ger. Il a attir\u00e9 vers l&rsquo;\u00e9tude de la Bible d&rsquo;excellents esprits et les a form\u00e9s par la meilleure des p\u00e9dagogies, celle de 1&prime; \u00ab \u00e9cole pratique \u00bb qu&rsquo;il ouvrit \u00e0 J\u00e9rusalem il y a cent ans. \u00ab \u00c9cole pratique \u00bb, ce titre, en lui-m\u00eame hommage discret \u00e0 l&rsquo;institution de Victor Duruy, implique tout un programme dans lequel la connaissance des textes s&rsquo;enrichit de celle des langues et du milieu d&rsquo;origine. Avant d&rsquo;aborder l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se, il fallait savoir assez de grec et d&rsquo;h\u00e9breu et ne pas se contenter du latin. Bien plus, l&rsquo;\u00c9cole proposait d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves une connaissance directe et concr\u00e8te de la Terre sainte, le P. Lagrange \u00e9tant persuad\u00e9 comme saint J\u00e9r\u00f4me que bien des pages de l&rsquo;\u00c9criture sainte s&rsquo;\u00e9clairent lorsqu&rsquo;on a parcouru J\u00e9rusalem, la Jud\u00e9e et les terres adjacentes. Les hommes ne sont pas s\u00e9parables des paysages qu&rsquo;ils peuplent : leurs m\u0153urs, leurs institutions, leurs parlers contiennent bien des vestiges des temps bibliques, car la Palestine de 1890 avait sans doute moins chang\u00e9 depuis eux qu&rsquo;elle ne l&rsquo;a fait en notre si\u00e8cle. C&rsquo;est aux lentes excursions \u00e0 dos de cheval et de chameau que l&rsquo;\u00c9cole doit d&rsquo;avoir si bien contribu\u00e9 \u00e0 la g\u00e9ographie et \u00e0 l&rsquo;arch\u00e9ologie de la Terre sainte, comme nous l&rsquo;entendrons rappeler tout \u00e0 l&rsquo;heure. Ces voyages ont eu un autre aboutissement heureux : les belles monographies que le P. Antonin Jaussen consacra aux &lsquo;Azayzat de Kerak dans ses <em>Coutumes des Arabes au pays de Moab<\/em> (1908) et aux Fuqar\u00e2 de Mad\u00e0&rsquo;in S\u00e2lih visit\u00e9s lors de ces m\u00e9morables exp\u00e9ditions de 1907-1910 sans lesquelles nous n&rsquo;aurions qu&rsquo;une connaissance bien vague de l&rsquo;ancien idiome nord-arabique appel\u00e9 lihyanite et nous ignorerions beaucoup de l&rsquo;aram\u00e9en nabat\u00e9en. La familiarit\u00e9 avec le pr\u00e9sent invite \u00e0 chercher partout ce qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et pour une bonne part l&rsquo;explique : l&rsquo;\u0153uvre arch\u00e9ologique de l&rsquo;\u00c9cole biblique proc\u00e8de de cette d\u00e9marche, ainsi que tout l&rsquo;apport \u00e0 l\u2019\u00e9pigraphie s\u00e9mitique et grecque du Levant, rassembl\u00e9 dans la <em>Revue biblique<\/em> depuis son premier fascicule, paru en 1892.<\/p>\n<p>Si grand que soit l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pr\u00e9sentent en elles-m\u00eames la g\u00e9ographie, l&rsquo;ethnographie, l&rsquo;arch\u00e9ologie et l&rsquo;\u00e9pigraphie, elles ne constituaient pas l&rsquo;essentiel des t\u00e2ches que le P. Lagrange s&rsquo;\u00e9tait assign\u00e9es. Il importait \u00e0 ses yeux de conna\u00eetre tout ce qu&rsquo;il \u00e9tait possible de conna\u00eetre sur le pass\u00e9 de la Syrie-Palestine et m\u00eame de la M\u00e9sopotamie et de l&rsquo;\u00c9gypte, et la <em>Revue biblique<\/em> a toujours r\u00e9serv\u00e9 une rubrique de ces pr\u00e9cieuses recensions et de ses notes d&rsquo;information \u00e0 ces provinces de l&rsquo;Orient antique, mais c&rsquo;\u00e9tait afin de mieux comprendre la Bible, la religion qui l&rsquo;a produite, les conditions dans lesquelles elle a pris naissance. L&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se biblique est demeur\u00e9e pour lui la reine des disciplines, tout devant concourir \u00e0 l&rsquo;\u00e9lucidation de l&rsquo;\u00c9criture sainte. Tout en encourageant le d\u00e9veloppement des recherches arch\u00e9ologiques et \u00e9pigraphiques, tout en suivant les progr\u00e8s de l&rsquo;assyriologie et de l&rsquo;\u00e9gyptologie, le P. Lagrange a consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se du texte sacr\u00e9 l&rsquo;essentiel d&rsquo;une immense \u0153uvre \u00e9crite. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il a donn\u00e9 le meilleur de lui-m\u00eame, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il a souffert. Plusieurs fois, dans sa correspondance avec le G\u00e9n\u00e9ral de son Ordre, le P. \u00c9tienne Cormier, il semble aspirer au soulagement que lui donnerait un travail d&rsquo;orientaliste, purement philologique, qui le soustrairait aux critiques de ses censeurs. Mais le P. Lagrange para\u00eet avoir senti comme une exigence sup\u00e9rieure de ne pas fuir le conflit possible entre une ob\u00e9issance \u00e9gale \u00e0 sa foi et une conviction scientifique tout aussi intr\u00e9pide.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;a donc pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 aborder les points les plus d\u00e9licats de la recherche biblique, mu par une \u00e9mouvante confiance en l&rsquo;unit\u00e9 de la V\u00e9rit\u00e9. Il \u00e9tait convaincu que la science ne pouvait entamer sa conviction religieuse, qu&rsquo;elle permettait au contraire de remonter aux intuitions originelles, aux sources m\u00eames de la foi. C&rsquo;est d&rsquo;un m\u00eame mouvement qu&rsquo;il affrontait un fid\u00e9isme volontairement aveugle et une critique tent\u00e9e d&rsquo;outrepasser ses droits en empi\u00e9tant sur l&rsquo;inconnu.<\/p>\n<p>Le temps a contraint le P. Lagrange \u00e0 se faire apolog\u00e8te. Il le fut en homme de son temps, et l&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9tonnera pas de le voir rejoindre Ernest Renan pour d\u00e9finir la Bible comme la grande \u00e9cole de l&rsquo;humanit\u00e9, pour voir dans le \u00ab s\u00e9v\u00e8re monoth\u00e9isme d&rsquo;Isra\u00ebl \u00bb l&rsquo;esp\u00e9rance du monde et les germes de son progr\u00e8s, pour dire que J\u00e9sus \u00e9tablit d\u00e9finitivement l&rsquo;alliance de la religion et de la morale. Le P. Lagrange doit aussi \u00e0 son temps la m\u00e9thode qu&rsquo;il a accr\u00e9dit\u00e9e dans un vaste milieu jusque-l\u00e0 port\u00e9 \u00e0 la condamner, m\u00e9thode critique visant non seulement \u00e0 \u00e9tablir un texte original, mais encore \u00e0 en retracer la gen\u00e8se par voie d&rsquo;analyse, m\u00e9thode historique, qui tente de retrouver sous une couche d&rsquo;interpr\u00e9tations superpos\u00e9es, l&rsquo;intention m\u00eame de l&rsquo;auteur et d&rsquo;expliquer celle-ci dans les circonstances qui l&rsquo;ont vu na\u00eetre.<\/p>\n<p>Face au fondamentalisme irraisonn\u00e9 de croyants qui tenaient la Bible pour l&rsquo;histoire infailliblement vraie des origines du monde et du devenir des hommes, Lagrange a d\u00fb consacrer beaucoup de temps \u00e0 la r\u00e9flexion herm\u00e9neutique, cherchant \u00e0 d\u00e9finir de mani\u00e8re plus subtile les concepts d&rsquo;authenticit\u00e9, de r\u00e9v\u00e9lation et d&rsquo;inspiration. Il \u00e9tait indispensable qu&rsquo;il introduisit la cat\u00e9gorie des \u00ab genres litt\u00e9raires \u00bb, permettant de prendre en compte la part de v\u00e9rit\u00e9 ou de fiction que l&rsquo;auteur sacr\u00e9 entendait lui-m\u00eame mettre dans son r\u00e9cit et de distinguer, par exemple, l&rsquo;histoire et la parabole. On sait la peine qu&rsquo;il eut \u00e0 faire accepter ces sages exp\u00e9dients lors de la terrible crise des dix ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la premi\u00e8re guerre mondiale. La correspondance r\u00e9cemment publi\u00e9e a permis de suivre le martyre moral inflig\u00e9 au fondateur de l&rsquo;\u00c9cole biblique. Si la crise a \u00e9t\u00e9 victorieusement surmont\u00e9e, ce fut sans doute pour la paix de l&rsquo;\u00c9glise romaine, ce fut s\u00fbrement pour le bien de la science biblique.<\/p>\n<p>D&rsquo;aussi longues \u00e9preuves renforcent l&rsquo;admiration qu&rsquo;inspire la f\u00e9condit\u00e9 du P. Lagrange, car c&rsquo;est alors m\u00eame qu&rsquo;il donna les surabondantes pr\u00e9mices d&rsquo;une \u0153uvre monumentale. Il convient d&rsquo;en dire quelques mots. Le P. Lagrange a su brosser de vastes fresques d&rsquo;histoire religieuse, en toile de fond de ses travaux ex\u00e9g\u00e9tiques. Le premier en France il a donn\u00e9 un aper\u00e7u d&rsquo;ensemble sur les religions s\u00e9mitiques, destin\u00e9 \u00e0 rehausser l&rsquo;apport de l&rsquo;Ancien Testament. Pour mieux faire comprendre le Nouveau Testament, il a \u00e9crit ces r\u00e9pondants fran\u00e7ais \u00e0 un ouvrage classique de Wilhelm Bousset que constituent son <em>Messianisme chez les Juifs<\/em> (1909) et son <em>Juda\u00efsme avant J\u00e9sus-Christ <\/em>(1931). Il s&rsquo;est gard\u00e9 d&rsquo;oublier l&rsquo;hell\u00e9nisme, \u00ab<span style=\"color: #800000;\"><em> Rien de ce qui concerne les Grecs ne peut demeurer \u00e9tranger \u00e0 ceux qui \u00e9tudient les origines du Christianisme \u00bb<\/em><\/span>, \u00e9crivait-il en 1907. Son livre de 1937 sur l\u2019<em>Orphism<\/em>e, donn\u00e9 comme une partie de sa grande introduction au Nouveau Testament, t\u00e9moigne de la constance de cet int\u00e9r\u00eat. Rappelons \u00e0 ce propos que c&rsquo;est sous la robe ros\u00e9e des \u00c9tudes bibliques qu&rsquo;ont paru les quatre volumes que notre regrett\u00e9 P. Jean Festugi\u00e8re a consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;herm\u00e9tisme antique.<\/p>\n<p>Dans ses travaux ex\u00e9g\u00e9tiques, c&rsquo;est d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;Ancien Testament que le P. Lagrange a appliqu\u00e9 sa m\u00e9thode critique. Son commentaire des<em> Juges<\/em> l&rsquo;illustre d\u00e8s 1903. \u00c0 la fin de ce livre, il d\u00e9clare qu&rsquo;une \u00e9tude de la <em>Gen\u00e8se<\/em> ne peut que faire appel \u00e0 la m\u00eame m\u00e9thode. C&rsquo;\u00e9tait s&rsquo;engager sur le terrain br\u00fblant o\u00f9 Richard Simon avait jadis succomb\u00e9. Le commentaire du P. Lagrange sur la <em>Gen\u00e8se<\/em> ne fut point publi\u00e9. Dans ses \u00e9tudes touchant au Pentateuque, le P. Lagrange avait cependant su interpr\u00e9ter avec bon sens le primat que toute la tradition reconna\u00eet \u00e0 Mo\u00efse : pour lui le Pentateuque n&rsquo;est pas homog\u00e8ne, les divergences qu&rsquo;on peut relever dans les codes l\u00e9gislatifs refl\u00e8tent diff\u00e9rentes \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution d&rsquo;Isra\u00ebl, mais les innovations introduites au cours des si\u00e8cles ont \u00e9t\u00e9 vues comme des mises au point de la l\u00e9gislation premi\u00e8re remontant aux origines m\u00eame du peuple, qui ne pouvait se passer d&rsquo;une loi. Pour le P. Lagrange, et contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion qui dominait dans l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se allemande, et qui n&rsquo;\u00e9tait pas exempte de tout a priori, la Loi pr\u00e9c\u00e8de les proph\u00e8tes et non l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p>En 1907, au plus fort de ce que l&rsquo;on a appel\u00e9 la \u00ab crise moderniste \u00bb, Lagrange renonce \u00e0 \u00e9tudier l&rsquo;Ancien Testament et se tourne vers le Nouveau, afin \u2014 dit-il \u2014 de \u00ab d\u00e9sarmer les suspicions \u00bb. Qu&rsquo;il se soit senti plus libre pour traiter d&rsquo;une litt\u00e9rature propre aux chr\u00e9tiens que pour celle qu&rsquo;ils ont en commun avec les juifs surprend aujourd&rsquo;hui, mais en dit long sur la \u00ab question biblique \u00bb au d\u00e9but de ce si\u00e8cle. C&rsquo;est donc au Nouveau Testament, et en particulier aux quatre \u00c9vangiles, que le P. Lagrange a consacr\u00e9 la plus grande partie de son \u0153uvre d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8te. Il y prit une position de critique mod\u00e9r\u00e9, moins \u00e9loign\u00e9 qu&rsquo;on ne l&rsquo;a cru d&rsquo;Alfred Loisy contre lequel il rompit des lances parce que celui-ci outrepassait sa t\u00e2che de philologue en se posant en r\u00e9formateur. On doit au P. Lagrange critique du Nouveau Testament certaines intuitions f\u00e9condes, popularis\u00e9es par la suite, ainsi lorsqu&rsquo;il entreprit de montrer le caract\u00e8re profond\u00e9ment juda\u00efque du IV<sup>e<\/sup> \u00c9vangile ou de d\u00e9finir le Nouveau Testament comme l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;une \u00c9glise en formation. On lui doit d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 donner en langue fran\u00e7aise des commentaires des \u00c9vangiles qui sont des monuments d&rsquo;\u00e9rudition philologique et historique.<\/p>\n<p>La puissance de travail du P. Lagrange \u00e9tait si exceptionnelle que son \u0153uvre risquerait de faire p\u00e2lir celle de ses disciples et successeurs. Et pourtant, que de beaux travaux nous devons \u00e0 ces PP. Dominicains de J\u00e9rusalem dont il convient maintenant de saluer la m\u00e9moire, ceux que certains d&rsquo;entre nous ont encore connus comme leurs confr\u00e8res ou leurs ma\u00eetres ! Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, ils ont poursuivi l&rsquo;\u0153uvre du fondateur dans des voies qu&rsquo;il avait plus ou moins fray\u00e9es lui-m\u00eame. Paul-\u00c9douard Dhorme a contribu\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre la religion de l&rsquo;antique M\u00e9sopotamie par son <em>Choix de textes religieux assyro-babyloniens<\/em> de 1907 o\u00f9 il traduisait pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais un chef-d&rsquo;\u0153uvre litt\u00e9raire comme l&rsquo;\u00c9pop\u00e9e de Gilgamesh. En exploitant les lettres babyloniennes de Tell el Amarna il a \u00e9clair\u00e9 la topographie de la Palestine antique et par des \u00e9tudes d&rsquo;onomastique les mouvements des peuples entre la Syrie et la M\u00e9sopotamie. Philologue averti, \u00e0 l&rsquo;aise dans toutes les langues s\u00e9mitiques, il a donn\u00e9 un mod\u00e8le de monographie comparative avec son <em>Emploi m\u00e9taphorique des noms de parties du corps<\/em> de 1923, qui aide \u00e0 comprendre tant de passages des anciens \u00e9crits. C&rsquo;est lui qui a publi\u00e9 dans la <em>Revue biblique<\/em>, en 1931, un des articles dont elle peut le plus se faire gloire, celui qui s&rsquo;intitulait \u00ab Premi\u00e8re traduction des textes&#8230; de Ras Shamra \u00bb. Ex\u00e9g\u00e8te, Dhorme est l&rsquo;auteur d&rsquo;un commentaire des <em>Livres de Samuel<\/em> qui prolonge celui du <em>Livre des Juges<\/em> qu&rsquo;avait \u00e9crit le P. Lagrange, et d&rsquo;un monumental commentaire de <em>Job<\/em>, pr\u00e8s de huit cents pages \u00e0 la typographie serr\u00e9e, si riche d&rsquo;information qu&rsquo;on a senti le besoin de le traduire en anglais quarante ans apr\u00e8s sa publication en 1926.<\/p>\n<p>Arch\u00e9ologue et relevant \u00e0 ce titre du discours qui va suivre, le P. Roland Gu\u00e9rin de Vaux fut aussi un historien, un historien des religions et un ex\u00e9g\u00e8te. Nous lui devons de suggestives monographies int\u00e9ressant les cultes s\u00e9mitiques, sur Adonis, sur le Baal du Carmel, sur les sacrifices de porcs et sur le voile des femmes. Historien, il prit la suite de Dhorme pour illustrer les rapports entre les r\u00e9cits bibliques et les donn\u00e9es des textes de l&rsquo;ancien Orient. De 1928 \u00e0 1931 Dhorme avait publi\u00e9 dans la<em> Revue biblique<\/em> une s\u00e9rie d&rsquo;articles intitul\u00e9s \u00ab Abraham dans le cadre de l&rsquo;histoire \u00bb ; celle que le P. de Vaux donna de 1946 \u00e0 1948, \u00ab Les patriarches h\u00e9breux et les d\u00e9couvertes modernes \u00bb en \u00e9tait \u00e0 bien des \u00e9gards une mise \u00e0 jour. C&rsquo;\u00e9tait aussi un travail pr\u00e9liminaire en vue de la grande <em>Histoire ancienne d&rsquo;Isra\u00ebl<\/em> que le P. de Vaux avait con\u00e7ue et dont la mort ne le laissa r\u00e9diger qu&rsquo;un peu plus du tiers : c&rsquo;est en 1971, l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 il nous quitta, que sortit des presses le premier volume, traitant des origines. On dit que l&rsquo;\u0153uvre a vieilli. La raison principale est que l&rsquo;optimisme scientifique des ann\u00e9es 1950, o\u00f9 l&rsquo;on croyait \u00e0 la possibilit\u00e9 de v\u00e9rification ext\u00e9rieure et objective des informations bibliques n&rsquo;est plus de mise aujourd&rsquo;hui. La mode actuelle \u2014 il faut bien parler ici de mode \u2014 est plus volontiers sceptique sur l&rsquo;ad\u00e9quation des donn\u00e9es litt\u00e9raires \u00e0 celles de l&rsquo;arch\u00e9ologie. Mais de Vaux, traitant de l&rsquo;\u00e8re la plus obscure de l&rsquo;histoire, ne se faisait pas d&rsquo;illusion : \u00ab Nous ne pourrons jamais \u00e9crire vraiment une histoire de l&rsquo;\u00e9poque patriarcale \u00bb \u2014 \u00e9crivait-il. Il reste que son livre est un recueil de documentation arch\u00e9ologique et ex\u00e9g\u00e9tique, d&rsquo;une tr\u00e8s grande richesse, mise au service de l&rsquo;histoire. Plus s\u00fbrs dans leur propos ses deux volumes sur les <em>Institutions de l&rsquo;Ancien Testament<\/em> sont un v\u00e9ritable manuel dont le succ\u00e8s mondial ne s&rsquo;est pas d\u00e9menti. C&rsquo;est un des plus beaux \u00e9chantillons d&rsquo;une des activit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9cole biblique qui lui m\u00e9rite bien des reconnaissances. Il en est sorti quelques synth\u00e8ses qui demeurent sur la table de qui s&rsquo;adonne s\u00e9rieusement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la Bible. Rappelons toute une partie de l&rsquo;\u0153uvre du P. F\u00e9lix Abel : le scrupuleux ex\u00e9g\u00e8te des livres des Maccab\u00e9es, le connaisseur incomparable de la Terre sainte, fut aussi l&rsquo;auteur de deux de ces ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence : sa <em>G\u00e9ographie de la Palestine<\/em>, parue en 1933 et 1938, r\u00e9imprim\u00e9e en 1967 et son <em>Histoire de la Palestine depuis la conqu\u00eate d&rsquo;Alexandre jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;invasion arabe<\/em> publi\u00e9e en 1952.<\/p>\n<div id=\"attachment_2984\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Roland_de_Vaux.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2984\" class=\"size-medium wp-image-2984\" title=\"Roland_de_Vaux\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Roland_de_Vaux-300x182.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"182\" srcset=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Roland_de_Vaux-300x182.jpg 300w, https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/Roland_de_Vaux.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2984\" class=\"wp-caption-text\">P\u00e8re Roland de Vaux<\/p><\/div>\n<p>Le P. de Vaux fut le ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre du chantier de Qoumr\u00e2n. Il le fut trop peu de temps, au grand dam de nos \u00e9tudes : non seulement il ne put faire conna\u00eetre lui-m\u00eame qu&rsquo;une partie des r\u00e9sultats arch\u00e9ologiques qu&rsquo;il avait obtenus, mais encore sa ferme direction a trop t\u00f4t manqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de philologues qu&rsquo;il avait eu charge de constituer, gr\u00e2ce \u00e0 la confiance des autorit\u00e9s jordaniennes et \u00e0 un cr\u00e9dit scientifique que nul ne lui contestait. Il avait form\u00e9 \u00e0 partir de 1952 cette \u00e9quipe, charg\u00e9e de la publication officielle des documents d\u00e9couverts dans le d\u00e9sert de Juda, avec un louable souci d&rsquo;\u00e9quilibre national et confessionnel. La confiance qu&rsquo;il avait accord\u00e9e \u00e0 ses recrues a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e avec des bonheurs divers. On est contraint d&rsquo;exprimer bien des regrets lorsqu&rsquo;on voit l&rsquo;\u00e9tat de la publication des manuscrits de la grotte 4, si riche de textes de la plus haute importance, pr\u00e8s de quarante ans apr\u00e8s l&rsquo;ouverture de la grotte, et que l&rsquo;on doit d\u00e9plorer de la part de certains responsables une v\u00e9ritable r\u00e9tention d&rsquo;information.<\/p>\n<p>Le P. Pierre-Maurice Benoit, qui succ\u00e9da au P. de Vaux dans cette d\u00e9licate t\u00e2che de coordination, n&rsquo;a pas eu lui non plus la possibilit\u00e9 de la mener \u00e0 terme. Mais ses f\u00e9condes r\u00e9flexions herm\u00e9neutiques, ses lumineux aper\u00e7us sur les points les plus d\u00e9licats du Nouveau Testament, son esprit ouvert \u00e0 toutes les recherches continueront \u00e0 en faire une figure ch\u00e8re au souvenir.<\/p>\n<p>Avec de pareils hommes, l&rsquo;\u00c9cole biblique de J\u00e9rusalem ne pouvait manquer de marquer son temps. En maintenant tr\u00e8s haut le flambeau allum\u00e9 par le P. Lagrange, elle a aboli la suspicion dont ses \u00e9tudes avaient \u00e9t\u00e9 longtemps l&rsquo;objet. La Bible est devenu l&rsquo;objet d&rsquo;une science historique et critique dans les milieux catholiques romains, et les milieux savants les plus la\u00efques en ont profit\u00e9. L&rsquo;encyclique pontificale <em>Divino afflante spiritu<\/em> marqua en 1943 le succ\u00e8s des efforts du P. Lagrange. On voit alors dispara\u00eetre de la <em>Revue biblique<\/em> certains accents pol\u00e9miques et apolog\u00e9tiques de ses premiers num\u00e9ros. Il avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire que le fondateur sacrifi\u00e2t \u00e0 la controverse pour que ses successeurs en fussent lib\u00e9r\u00e9s. La <em>Revue biblique<\/em> est plus que jamais l&rsquo;un des poumons de nos \u00e9tudes. La s\u00e9rie des <em>\u00c9tudes bibliques<\/em> ne cesse de s&rsquo;enrichir de pr\u00e9cieuses monographies analytiques, et il est impossible d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer les progr\u00e8s qu&rsquo;elle apporte \u00e0 la connaissance et \u00e0 la r\u00e9flexion : la critique textuelle du Nouveau Testament, pour ne prendre qu&rsquo;un exemple, est gr\u00e2ce \u00e0 elle remise \u00e0 l&rsquo;honneur. Et les projets ne manquent pas : on se r\u00e9jouit d&rsquo;apprendre que commence \u00e0 para\u00eetre, \u00e0 l&rsquo;initiative de l&rsquo;\u00c9cole biblique, une nouvelle traduction des <em>Antiquit\u00e9s juives<\/em> de Flavius Jos\u00e8phe, munie \u00e0 n&rsquo;en pas douter d&rsquo;un appareil savant qui surpassera celui des \u00e9ditions existantes. L&rsquo;\u00c9cole de J\u00e9rusalem n&rsquo;a point failli \u00e0 sa mission p\u00e9dagogique. Les m\u00e9moires d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se que l&rsquo;Acad\u00e9mie doit juger presque chaque ann\u00e9e apportent un t\u00e9moignage de l&rsquo;excellente formation qui y est dispens\u00e9e, gr\u00e2ce aux exigences d&rsquo;un corps professoral attentif et aux tr\u00e9sors de sa Biblioth\u00e8que. Plus importante encore, peut-\u00eatre, l&rsquo;\u00c9cole biblique a mieux que toute autre institution, r\u00e9pandu en France le go\u00fbt pour ces lettres antiques que beaucoup continuent d&rsquo;appeler les \u00ab Saintes lettres \u00bb. On ne manquera pas\u00a0d&rsquo;\u00e9tudier un jour le retentissement de cette \u00ab Bible de J\u00e9rusalem \u00bb que con\u00e7urent durant la derni\u00e8re guerre mondiale les PP. Dominicains et \u00e0 laquelle les professeurs de l&rsquo;\u00c9cole, \u00e0 commencer par les PP. Benoit et de Vaux, apport\u00e8rent tant de soin. Elle a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la Bible \u00e0 des masses de lecteurs bien dispos\u00e9s mais peu avertis, et son annotation tr\u00e8s objective a ouvert des horizons neufs \u00e0 d&rsquo;autres lecteurs qui croyaient un peu trop vite tout en saisir. Qu&rsquo;on s&rsquo;en f\u00e9licite ou non, cette \u00ab <em>Bible de J\u00e9rusalem<\/em> \u00bb a contribu\u00e9 \u00e0 introduire en notre temps un nouveau langage religieux, et \u00e0 informer de la sorte les sensibilit\u00e9s, en particulier par le style lapidaire et hardi de sa traduction des Psaumes.<\/p>\n<blockquote><p><span style=\"color: #800000;\"><em>\u00ab Dieu a donn\u00e9 dans la Bible un travail interminable \u00e0 l&rsquo;intelligence<br \/>\nhumaine \u00bb<\/em><\/span><em> <\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><em><\/em>a \u00e9crit le P. Lagrange. Ce travail continue et continuera, mais il ne pourra \u00eatre pris au s\u00e9rieux sans une fid\u00e9lit\u00e9 certaine \u00e0 des principes formul\u00e9s et appliqu\u00e9s par le fondateur et ses disciples. L&rsquo;\u00c9cole biblique n&rsquo;impose aucune ob\u00e9dience, mais ses le\u00e7ons et ses travaux rappellent sans cesse quelques exigences de formation et de m\u00e9thode \u00e0 ceux qui se proposent de faire de la Bible leur terrain d&rsquo;\u00e9tude. En continuant d&rsquo;enseigner et d&rsquo;illustrer la solidarit\u00e9 des couches anciennes de l&rsquo;Ancien Testament avec la pens\u00e9e s\u00e9mitique, celle du Nouveau Testament avec la pens\u00e9e hell\u00e9nistique et celle de l&rsquo;ancien juda\u00efsme, elle maintient qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire d&rsquo;avoir les rudiments d&rsquo;une double culture. Elle demeure en m\u00eame temps une \u00e9cole de prudence. Le P. Lagrange ne manquait pas de temp\u00e9rer les enthousiasmes auxquels se laissaient aller des savants de son temps. Il a \u00e9crit qu&rsquo; <span style=\"color: #800000;\"><em>\u00ab on ne dissout pas la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;une religion dans les apparentements connus \u00e0 son \u00e9poque \u00bb<\/em><\/span>. Il a rappel\u00e9 que les symboles et les rites ne laissent pas pr\u00e9juger des attitudes de l&rsquo;\u00e2me, que chaque religion est un syst\u00e8me o\u00f9 tout se tient, m\u00eame si certains de ses \u00e9l\u00e9ments se retrouvent ailleurs. Cette mise en garde contre les abus du comparatisme garde toute sa valeur : ni la religion de l&rsquo;ancien Isra\u00ebl, ni le christianisme primitif ne se r\u00e9duisent \u00e0 ce qu&rsquo;ils ont de commun avec des croyances et des pratiques de leur temps. L&rsquo;histoire religieuse demeure une science du particulier, une d\u00e9marche descriptive qui se m\u00e9fie des raisons sup\u00e9rieures qu&rsquo;on entendrait invoquer comme explication. L&rsquo;\u00c9cole biblique a trop bien d\u00e9fendu les droits de la recherche historique et critique contre les empi\u00e9tements d&rsquo;une th\u00e9ologie qui m\u00e9ritait au moins la d\u00e9f\u00e9rence due \u00e0 l&rsquo;anciennet\u00e9, pour s&rsquo;inf\u00e9oder maintenant \u00e0 des th\u00e9ologies la\u00efcis\u00e9es ou \u00e0 des messianismes ath\u00e9es, ou pour demander les cl\u00e9s de l&rsquo;\u00c9criture sainte \u00e0 quelque chapelle anthropologique dispensant des le\u00e7ons d&rsquo;infaillibilit\u00e9.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai rappel\u00e9 au d\u00e9but de ce discours l&rsquo;infortune des \u00e9tudes bibliques en France. Si, aujourd&rsquo;hui, la situation s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e, s&rsquo;il se trouve en ce pays des savants plus nombreux que nagu\u00e8re pour les entreprendre et pour les mener avec rigueur et probit\u00e9, c&rsquo;est bien \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole biblique fran\u00e7aise de J\u00e9rusalem que nous le devons.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In: Comptes-rendus des s\u00e9ances de l&rsquo;Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles-Lettres, 134e ann\u00e9e, N. 4, 1990. pp. 847-855. http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues Les \u00e9tudes bibliques n&rsquo;ont pas connu en France un destin heureux. C&rsquo;est pourtant chez nous qu&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es deux disciplines qui en sont des parties int\u00e9grantes, la critique textuelle de l&rsquo;\u00c9criture sainte, avec la Critica sacra de &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=2759\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;L\u2019ex\u00e9g\u00e8se et l\u2019\u00e9pigraphie s\u00e9mitique \u00e0 l\u2019\u00c9cole biblique par M. 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