{"id":4264,"date":"2013-09-20T17:56:34","date_gmt":"2013-09-20T15:56:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=4264"},"modified":"2013-09-20T19:03:56","modified_gmt":"2013-09-20T17:03:56","slug":"activit%c3%a9s-arch%c3%a9ologiques-de-l%c3%a9cole-biblique-et-arch%c3%a9ologique-fran%c3%a7aise-%c3%a0-j%c3%a9rusalem-depuis-1890-par-%e2%80%a0-pierre-beno%c3%aet-o-p-professeur-%c3%a0-l","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=4264","title":{"rendered":"Activit\u00e9s arch\u00e9ologiques de l\u2019\u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise \u00e0 J\u00e9rusalem depuis 1890 par \u2020 Pierre Beno\u00eet, o. p. Professeur \u00e0 l\u2019\u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise."},"content":{"rendered":"<div class=\"fcbkbttn_buttons_block\" id=\"fcbkbttn_left\"><div class=\"fcbkbttn_button\">\n\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/\" target=\"_blank\">\n\t\t\t\t\t\t<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/plugins\/facebook-button-plugin\/images\/standard-facebook-ico.png\" alt=\"Fb-Button\" \/>\n\t\t\t\t\t<\/a>\n\t\t\t\t<\/div><div class=\"fcbkbttn_like \"><fb:like href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=4264\" action=\"like\" colorscheme=\"light\" layout=\"standard\"  width=\"225px\" size=\"small\"><\/fb:like><\/div><\/div><p align=\"center\"><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p align=\"right\"><a href=\"http:\/\/www.ebaf.edu\/wp-content\/uploads\/article_archeologie_benoit.pdf\">http:\/\/www.ebaf.edu\/wp-content\/uploads\/article_archeologie_benoit.pdf<\/a><\/p>\n<p>Depuis le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des chercheurs fran\u00e7ais se sont consacr\u00e9s, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des savants d\u2019autres pays, \u00e0 l\u2019\u00e9tude arch\u00e9ologique de la Palestine. Qu\u2019il suffise de rappeler les noms de Albert de Luynes (1802-1867), L\u00e9on de Laborde (1807-1869), F\u00e9licien de Saulcy (1807-1880), Victor Gu\u00e9rin (1821-1890), Melchior de Vog\u00fc\u00e9 (1829-1916), Charles Clermont- Ganneau (1846-1923). \u00c0 vrai dire, ils ne faisaient pas encore de fouilles proprement dites. Il s\u2019agissait plut\u00f4t d\u2019exploration de surface. D\u2019autre part, ces g\u00e9ographes, ces arch\u00e9ologues ne r\u00e9sidaient pas dans le pays. Ils y faisaient des voyages de quelques semaines ou de quelques mois, venaient et repartaient.<\/p>\n<p>Le premier \u00e9tablissement qui se fixa en permanence dans le pays fut l\u2019\u00c9cole biblique des P\u00e8res dominicains, fond\u00e9e en 1890. Son fondateur, le P. Marie-Joseph Lagrange, o.p., \u00e2g\u00e9 de 35 ans, avait pour projet d\u2019\u00e9clairer l\u2019\u00e9tude de la Bible par une connaissance scientifique du milieu humain o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue, parl\u00e9e, \u00e9crite. S\u2019il y a une histoire du salut, il y a aussi une g\u00e9ographie du salut. La Bible a en Palestine un \u00ab\u00a0<i>Sitz im<\/i> <i>Leben<\/i>\u00a0\u00bb qui \u00e9claire singuli\u00e8rement son message. Dieu a parl\u00e9 aux hommes d\u2019un certain pays, avec les langues de leur temps, selon la culture de leur temps. Il s\u2019agissait donc d\u2019\u00e9tudier la g\u00e9ographie de la Terre Sainte, l\u2019histoire ancienne du Proche-Orient, les langues orientales, l\u2019arch\u00e9ologie, l\u2019\u00e9pigraphie, etc. Rien n\u2019\u00e9tait plus propice \u00e0 cette \u00e9tude qu\u2019une r\u00e9sidence permanente en Palestine. Tel \u00e9tait le but que le P\u00e8re Lagrange assignait \u00e0 son \u0153uvre, qu\u2019il appelait intentionnellement \u00ab\u00a0<i>\u00c9cole pratique d\u2019\u00e9tudes bibliques<\/i>\u00ab\u00a0. Pr\u00e9par\u00e9 par de s\u00e9rieuses \u00e9tudes en France, en Espagne et \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Vienne, mais devant tout cr\u00e9er sur place, le P. Lagrange r\u00e9ussit rapidement \u00e0 former une \u00e9quipe de jeunes confr\u00e8res dominicains, auxquels il r\u00e9partit les t\u00e2ches. Se consacrant lui-m\u00eame davantage \u00e0 l\u2019ex\u00e9g\u00e8se et \u00e0 la th\u00e9ologie bibliques, il lan\u00e7a le P. Hugues Vincent dans l\u2019arch\u00e9ologie, le P. F\u00e9lix Abel dans l\u2019histoire et la g\u00e9ographie, le P. Antonin Jaussen dans la langue arabe, le P. Rapha\u00ebl Savignac la langue syriaque et l\u2019\u00e9pigraphie, le P. Paul Dhorme dans la langue et la culture akkadiennes, ceci pour ne donner que les principaux noms.<\/p>\n<p>Les cours commenc\u00e8rent le 15 novembre 1890. Ils furent bient\u00f4t compl\u00e9t\u00e9s par des publications : la <i>Revue Biblique<\/i>, publication trimestrielle commenc\u00e9e en 1892, les <i>\u00c9tudes Bibliques<\/i>, collection de commentaires ou autres ouvrages concernant la Bible, commenc\u00e9e en 1900.<\/p>\n<p>D\u00e9s le d\u00e9but, l\u2019enseignement et les publications s\u2019accompagn\u00e8rent de la recherche arch\u00e9ologique qui les nourrissait. Les ressources modestes de la jeune institution ne permettaient pas encore d\u2019entreprendre des fouilles. On commencerait par l\u2019exploration de surface, \u00e9tait alors, comme elle est encore, tr\u00e8s r\u00e9mun\u00e9ratrice. \u00c0 vrai dire, cependant, d\u00e8s avant la naissance de l\u2019\u00c9cole, des fouilles avaient \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sur place par les premiers P\u00e8res du couvent dominicain pour d\u00e9gager les ruines de la basilique \u00e9rig\u00e9e au milieu du v<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par l\u2019imp\u00e9ratrice Eudocie sur l\u2019emplacement traditionnel du martyre de saint \u00c9tienne. Le couvent, qui devait bient\u00f4t abriter l\u2019\u00c9cole, avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli \u00e0 dessein, en 1882, sur ce lieu saint, et les fouilles retrouv\u00e8rent le plan de la basilique ruin\u00e9e par les Perses en 614, ainsi que des mosa\u00efques et des pi\u00e8ces d\u2019architecture qui permettaient de restituer la figure du sanctuaire\u00a0: une basilique \u00e0 trois nefs d\u2019une dimension assez notable pour l\u2019\u00e9poque, 40 m de long sur 20 m de large, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un atrium recouvrant de larges citernes et creus\u00e9 de quelques tombes d\u2019\u00e9poque byzantine. D\u00e8s 1894, le P. Lagrange rendait compte, dans son premier ouvrage, des r\u00e9sultats de cette fouille\u00a0: <i>Saint \u00c9tienne et son sanctuaire \u00e0 J\u00e9rusalem<\/i>, Paris, Picard. Il d\u00e9crivait en m\u00eame temps quelques trouvailles annexes, notamment un hypog\u00e9e situ\u00e9 dans le jardin, au sud de la basilique, que les parall\u00e8les offerts par des d\u00e9couvertes r\u00e9centes en Jud\u00e9e invitent aujourd\u2019hui \u00e0 faire remonter au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<p>\u00c0 part cette fouille domestique, c\u2019est donc \u00e0 l\u2019exploration de surface que l\u2019\u00c9cole consacra ses premiers efforts. Des excursions auxquelles prenaient part professeurs et \u00e9tudiants parcoururent syst\u00e9matiquement le pays, \u00e9tudiant sa g\u00e9ographie, l\u2019onomastique de ses montagnes et de ses vall\u00e9es, relevant les toponymes qui rappellent les lieux bibliques, retra\u00e7ant les routes anciennes et d\u00e9chiffrant les bornes milliaires qui les jalonnent \u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine, ramassant les fragments d\u2019inscriptions, d\u2019architecture ou de sculpture laiss\u00e9s par les destructions des si\u00e8cles pass\u00e9s. On ne circulait pas alors en auto comme aujourd\u2019hui, mais \u00e0 cheval ou \u00e0 chameau. On voyait moins, mais on voyait mieux s\u2019aimait \u00e0 dire le P. Abel. Les courses en caravane, les veill\u00e9es du soir pr\u00e8s des tentes, en compagnie des guides arabes, sous le magnifique ciel d\u2019Orient, procuraient un contact intime avec des coutumes ancestrales, des fa\u00e7ons de vivre et de s\u2019exprimer qui gardaient bien des affinit\u00e9s avec les coutumes et le langage de la Bible. Ces longues marches n\u2019allaient pas sans fatigue, ni m\u00eame sans danger. Pour passer du territoire d\u2019une tribu b\u00e9douine \u00e0 celui d\u2019une autre tribu, il fallait traiter avec les cheikhs, louer des guides et des montures, payer des droits de passage. II arrivait m\u00eame qu\u2019on rencontr\u00e2t des <i>rezzous<\/i> et essuy\u00e2t des coups de feu. Mais cela ne manquait pas non plus de pittoresque et on apprenait beaucoup en se familiarisant ainsi avec les pays bibliques.<\/p>\n<div id=\"attachment_4272\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Savignac-Jaussen-Legion-d-honneur.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4272\" class=\"size-thumbnail wp-image-4272\" alt=\"Rapha\u00ebl Savignac et Antonin Jaussen d\u00e9cor\u00e9s de la L\u00e9gion d'Honneur, 1920 (collection \u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise de J\u00e9rusalem)\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Savignac-Jaussen-Legion-d-honneur-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4272\" class=\"wp-caption-text\">Rapha\u00ebl Savignac et Antonin Jaussen d\u00e9cor\u00e9s de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur, 1920 (collection \u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise de J\u00e9rusalem)<\/p><\/div>\n<p>Il suff\u00eet de feuilleter la <i>Revue Biblique<\/i> pour y trouver d\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es le r\u00e9cit des excursions dirig\u00e9es par le P. Lagrange ou le P. S\u00e9journ\u00e9, et bient\u00f4t par les PP. Jaussen, Vincent, Savignac ou Abel\u00a0: Masada (1894, 263-276), Transjordanie et sud Liban (1894, 615- 627), vall\u00e9e du Jourdain (1895, 611-619), Hauran (1898, 596-611), Philistie (1900, 112-117), etc. Ces excursions rapportaient toujours quelques d\u00e9couvertes, notamment celles que le P. Lagrange et sa jeune \u00e9quipe entreprirent \u00e0 plusieurs reprises en deux sites fameux\u00a0: le Sina\u00ef et P\u00e9tra. Apr\u00e8s un premier voyage au Sina\u00ef en 1893, le P. Lagrange y retourna en 1896 et l\u2019\u00c9cole devait y revenir plusieurs fois par la suite. Un tel voyage prenait facilement plus d\u2019un mois\u00a0: ainsi en 1896, d\u00e9part de Suez le 15 f\u00e9vrier, retour \u00e0 J\u00e9rusalem le 18 mars (<i>RB <\/i>1896, 618-41; 1897, 107-30, 605-25). Sans \u00eatre inconnus, les lieux \u00e9taient encore peu fr\u00e9quent\u00e9s, et l\u2019on engrangeait une riche moisson en recueillant de nouveaux noms de montagnes ou de <i>wadis<\/i>, en redessinant des plans d\u2019\u00e9glises, de chapelles, de camps romains, en rectifiant la lecture d\u2019inscriptions (voir \u00e0 titre d\u2019exemple <i>RB <\/i>1898, 424-51). De plus, les donn\u00e9es recueillies permettaient de renouveler la discussion de probl\u00e8mes fameux, tels que le Sina\u00ef biblique (<i>RB <\/i>1899, 369-92) ou l\u2019itin\u00e9raire de l\u2019Exode (<i>RB <\/i>1900, 63-86, 273-87, 443-49). Le site de Phounon (Nombres 32, 42) fut d\u00e9couvert par l\u2019\u00c9cole (<i>RB <\/i>1898, 112-15).<\/p>\n<p>\u00c0 P\u00e9tra, le P. Lagrange \u00e9tait charg\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles lettres de Paris de retrouver une inscription nabat\u00e9enne jadis observ\u00e9e mais depuis lors perdue de vue. Gr\u00e2ce \u00e0 la pers\u00e9v\u00e9rance du P. Vincent, cette inscription fut rep\u00e9r\u00e9e en octobre 1896 (<i>RB <\/i>1897, 208-38), et le P. Lagrange put envoyer un estampage et une excellente copie au marquis Melchior de Vog\u00fc\u00e9, charg\u00e9 des titres aram\u00e9ens du <i>Corpus<\/i> des inscriptions s\u00e9mitiques. D\u2019autres inscriptions de P\u00e9tra devaient suivre (<i>RB <\/i>1898, 165-82, etc.) et bien d\u2019autres venant d\u2019autres lieux et en d\u2019autres langues.<\/p>\n<p>Car la recherche \u00e9pigraphique fut toujours une pr\u00e9occupation majeure des professeurs de l\u2019<i>\u00c9cole Biblique<\/i>, notamment des PP. Savignac et Abel. D\u2019autres savants collaboraient d\u2019ailleurs avec eux en ce domaine, en particulier le P. J. Germer-Durand, assomptionniste, pour les inscriptions grecques. Dans la <i>Table alphab\u00e9tique de la Revue Biblique<\/i>, 1892-1968, publi\u00e9e par le P\u00e8re J. Rouss\u00e9e en 1976, on ne trouve pas moins de 15 pages (p. 280-95) de r\u00e9f\u00e9rences aux notes ou articles traitant d\u2019inscriptions akkadiennes, arabes, aram\u00e9ennes, christo-palestiniennes, \u00e9thiopiennes, grecques, h\u00e9bra\u00efques, hi\u00e9roglyphiques, latines, lihyanites, nabat\u00e9ennes, palmyr\u00e9niennes, ph\u00e9niciennes, proto-sina\u00eftiques, samaritaines, sud-arabiques, syriaques, thamoud\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Les explorations itin\u00e9rantes qui couvraient toute une r\u00e9gion se fixaient aussi volontiers sur quelque site mal connu ou r\u00e9cemment d\u00e9couvert. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1899, sur la demande de l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles lettres, le P. Lagrange et sa jeune \u00e9quipe pr\u00e9cis\u00e8rent les limites et l\u2019orientation du Tell G\u00e9zer (<i>RB <\/i>1899, 422-27). En 1904, au cours d\u2019une mission dans le N\u00e9geb confi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9cole par la m\u00eame Acad\u00e9mie, les PP. Jaussen, Savignac et Vincent proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la premi\u00e8re exploration approfondie du fameux site nabat\u00e9o-byzantin de Abdeh (<i>RB <\/i>1904, 403-24; 1905, 74-89, 235-44).<\/p>\n<div id=\"attachment_4270\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Carte-de-Madaba2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4270\" class=\"size-thumbnail wp-image-4270\" alt=\"Carte de Madaba (VIe si\u00e8cle) : navire sur la mer Morte\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Carte-de-Madaba2-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4270\" class=\"wp-caption-text\">Carte de Madaba (VIe si\u00e8cle) : navire sur la mer Morte<\/p><\/div>\n<p>D\u00e8s ses d\u00e9buts, l\u2019\u00c9cole s\u2019int\u00e9ressa aussi \u00e0 la Transjordanie, et en particulier au village de Madaba, o\u00f9 des tribus arabes chr\u00e9tiennes se s\u00e9dentarisaient et o\u00f9 le d\u00e9veloppement de l\u2019habitat mettait sans cesse au jour de nouvelles \u00e9glises. Dans la <i>RB <\/i>de 1892, 617-44, le P. S\u00e9journ\u00e9 rendait compte d\u2019une premi\u00e8re prospection arch\u00e9ologique et \u00e9pigraphique, que bien d\u2019autres devaient suivre (1897, 698-56, etc.), r\u00e9v\u00e9lant peu \u00e0 peu l\u2019importance de l\u2019\u00e9cole de mosa\u00efque qui illustra cette ville \u00e0 l\u2019\u00e9poque byzantine. En 1897, 165-84, 450-58, le P. Lagrange d\u00e9crivait et analysait la fameuse carte g\u00e9ographique qui en est la perle.<\/p>\n<p>Mais l\u2019arch\u00e9ologie ne fait pas que ramasser des tessons, d\u00e9gager des murs, restituer des monuments. Elle cherche \u00e0 red\u00e9couvrir les anciennes cultures humaines sous leurs divers aspects, artistique, social, politique, religieux. Madaba \u00e9tait un endroit propice \u00e0 l\u2019\u00e9tude des coutumes arabes, dont les traditions s\u00e9culaires \u00e9clairent de si heureuse fa\u00e7on le Proche-Orient ancien, et avec lui le milieu biblique. Sp\u00e9cialis\u00e9 dans la langue arabe, le P. Jaussen choisit donc ce lieu pour se livrer \u00e0 cette enqu\u00eate, d\u2019o\u00f9 sont sortis plusieurs articles de la <i>Revue Biblique <\/i>(1901, 1902, 1903, 1906, 1910) et enfin un livre : <i>Coutumes des Arabes au pays de Moab<\/i>, Paris, Gabalda, 1908, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1948. Arch\u00e9ologie, \u00e9pigraphie, ethnographie, ces trois domaines de recherche furent combin\u00e9s dans l\u2019exploration du nord de l\u2019Arabie que le P. Jaussen et son compagnon le P. Savignac men\u00e8rent en 1907, I909, 1910-12, et dont les tr\u00e8s riches r\u00e9sultats sont consign\u00e9s dans un grand ouvrage en trois volumes sous le titre g\u00e9n\u00e9ral de <i>Mission arch\u00e9ologique en Arabie<\/i>\u00a0: I. De J\u00e9rusalem au Hedjaz. M\u00e9dain-Saleh, Paris, Leroux, 1909. \u2013 II. El-`Ela. D\u2019H\u00e9gra \u00e0 Teima. Harrah de Tebouk, Paris, Geuthner, 1914, Texte et Atlas. \u2013 Suppl\u00e9ment au vol. II : Coutumes des Fuqar\u00e2, Paris, Geuthner, 1920. \u2013 III. Les ch\u00e2teaux arabes de Qeseir `Amra, Har\u00e2neh et T\u00fbba, Paris, Geuthner, 1922, Texte et Atlas. Cette mission, subventionn\u00e9e par la \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise des fouilles arch\u00e9ologiques\u00a0\u00bb, et aussi plus tard par l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles lettres, requit des explorateurs courage et endurance. Incommodit\u00e9 des moyens de transport (le chemin de fer du Hedjaz, alors en construction\u00a0! et chameaux pas toujours disponibles), s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du climat (temp\u00e9ratures sous la tente atteignant des maxima de 42 degr\u00e9s centigrades), concours souvent d\u00e9ficient des Autorit\u00e9s responsables, hostilit\u00e9 des B\u00e9douins ou emp\u00eachements que cr\u00e9aient leurs guerres intestines, tout cela se liguait pour entraver la recherche. Triomphant des obstacles par leur t\u00e9nacit\u00e9, les deux explorateurs rapport\u00e8rent une riche moisson d\u2019informations nouvelles\u00a0: relev\u00e9s topographiques d\u00e9taill\u00e9s de leurs itin\u00e9raires, descriptions de monuments et copies de nombreuses inscriptions dans la grande n\u00e9cropole nabat\u00e9enne de M\u00e9dain-Saleh (ancienne H\u00e9gra), inscriptions min\u00e9ennes de EI-Ela (ancienne Dedan) et inscriptions lihyanites du site voisin Hereibeh, graffites thamoud\u00e9ens des environs de Teima et de Tebouk, nouvelles enqu\u00eates sur les coutumes b\u00e9douines, enfin dans le d\u00e9sert au sud-est d\u2019Amman examen renouvel\u00e9 de trois ch\u00e2teaux omeyyades, voil\u00e0 tr\u00e8s bri\u00e8vement les principaux fruits de cette valeureuse exp\u00e9dition.<\/p>\n<p>Les explorations de pionniers qui viennent d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9es furent suivies de bien d\u2019autres et sont rest\u00e9es une tradition de l\u2019\u00c9cole. Parmi les plus importantes qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la premi\u00e8re guerre mondiale, il faut encore mentionner celles du P. Abel\u00a0: Une croisi\u00e8re autour de la mer Morte en quatre articles de la <i>RB <\/i>1909-1910, rassembl\u00e9s en un volume (Paris, Gabalda, 1911)\u00a0; Exploration de la vall\u00e9e du Jourdain, quatre articles de la <i>RB <\/i>1910-1913\u00a0; Le littoral palestinien et ses ports (<i>RB <\/i>1914). En juillet 1914, les PP. Jaussen et Savignac se remettaient en route, cette fois pour une mission \u00e9pigraphique \u00e0 Palmyre, \u00e0 eux confi\u00e9e par l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles lettres (<i>RB <\/i>1920, pp. 359-419).<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00c9cole ne pouvait pas encore entreprendre de grandes fouilles, elle s\u2019int\u00e9ressait \u00e9videmment \u00e0 celles que menaient des institutions plus fortun\u00e9es. L\u2019un ou l\u2019autre des professeurs et surtout le P. Vincent entretenaient des relations suivies avec les arch\u00e9ologues, fr\u00e9quentaient leurs chantiers, et rendaient compte de leurs travaux dans des Chroniques de la <i>Revue Biblique<\/i>. G\u00e9zer et autres tells de la Sh\u00e9ph\u00e9lah, J\u00e9richo, Samarie, Ta`annak, Megiddo, etc., autant de sites dont l\u2019investigation arch\u00e9ologique \u00e9tait soigneusement suivie et rapport\u00e9e. De ces nombreuses analyses le P. Vincent d\u00e9gagea bient\u00f4t une synth\u00e8se dans l\u2019ouvrage <i>Canaan d\u2019apr\u00e8s l\u2019exploration r\u00e9cente<\/i>, Paris, Gabalda, 1907.<\/p>\n<p>La fr\u00e9quentation des arch\u00e9ologues \u00e9tait ordinairement des plus amicales et d\u00e9bouchait parfois sur une v\u00e9ritable collaboration, o\u00f9 l\u2019on mettait en commun exp\u00e9riences et suggestions. Un cas particulier fut celui des fouilles de la mission Parker \u00e0 J\u00e9rusalem en 1909-11, sur la pente orientale de l\u2019Ophel et dans le canal de Silo\u00e9, \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9cole fut si \u00e9troitement m\u00eal\u00e9e que les explorateurs anglais demand\u00e8rent au P. Vincent d\u2019en r\u00e9diger le rapport final\u00a0: <i>J\u00e9rusalem sous terre. Les r\u00e9centes fouilles d\u2019Ophel<\/i>, Londres, Horace Cox, 1911.<\/p>\n<p>La Ville sainte, o\u00f9 r\u00e9sidait l\u2019\u00c9cole, restait \u00e9videmment le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de la recherche. D\u00e8s le premier num\u00e9ro de la <i>Revue Biblique <\/i>(1892, 17-38) le P. Lagrange prit r\u00e9solument parti pour la localisation de la Sion j\u00e9bus\u00e9enne et davidique sur la petite colline orientale, dite commun\u00e9ment \u00ab\u00a0Ophel\u00a0\u00bb, entre le C\u00e9dron et le Tyropoeon, et non pas sur la colline occidentale o\u00f9 une tradition s\u00e9culaire pr\u00e9tendait la trouver, \u00e0 la suite d\u2019un transfert qui s\u2019est produit \u00e0 l\u2019\u00e9poque chr\u00e9tienne. Cette lucide prise de position eut une influence d\u00e9cisive pour \u00e9tablir une identification qui a \u00e9t\u00e9 bient\u00f4t, et demeure, accept\u00e9e par tous les savants. Bien d\u2019autres articles suivirent, qui trait\u00e8rent des diverses enceintes, de trouvailles occasionnelles, etc.<\/p>\n<div id=\"attachment_4271\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P\u00e8re-Vincent-en-1951.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4271\" class=\"size-thumbnail wp-image-4271\" alt=\"P\u00e8re Vincent en 1951 (photo Mme Agn\u00e8s Spycket)\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P\u00e8re-Vincent-en-1951-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4271\" class=\"wp-caption-text\">P\u00e8re Vincent en 1951 (photo Mme Agn\u00e8s Spycket)<\/p><\/div>\n<p>Bient\u00f4t le projet fut con\u00e7u de r\u00e9aliser une vaste enqu\u00eate sur l\u2019histoire de la ville et de ses monuments. Le P. Vincent se chargerait de l\u2019arch\u00e9ologie, et le P. Abel de l\u2019histoire. En ce qui concerne l\u2019arch\u00e9ologie, il n\u2019\u00e9tait pas encore question de fouilles, alors g\u00e9n\u00e9ralement impossibles, mais il s\u2019agissait d\u2019examiner et d\u2019interpr\u00e9ter avec toute l\u2019exactitude possible les vestiges du pass\u00e9, remparts et portes, piscines, monuments civils, sanctuaires. La susceptibilit\u00e9 et souvent l\u2019intol\u00e9rance des habitants, clercs et la\u00efcs, soulevaient maintes difficult\u00e9s, et il fallut toute la t\u00e9nacit\u00e9 du P. Vincent pour en avoir raison. Quant \u00e0 l\u2019histoire et aux textes qui la rapportent, nul n\u2019\u00e9tait plus qualifi\u00e9 pour en traiter que le P. Abel, dont la vaste \u00e9rudition et l\u2019\u00e9tonnante m\u00e9moire \u00e9taient contr\u00f4l\u00e9es par un esprit critique fin et exigeant. De cette collaboration devait r\u00e9sulter une grande \u0153uvre qui, en d\u00e9pit des corrections requises par le progr\u00e8s des d\u00e9couvertes, demeure dans sa substance un classique indispensable.<\/p>\n<p>On commen\u00e7a naturellement par les \u00e9poques anciennes et d\u00e8s 1912 paraissait le premier fascicule du premier tome\u00a0: <i>J\u00e9rusalem Antique. Topographie<\/i>, Paris, Gabalda, Texte et Atlas. Mais la premi\u00e8re guerre mondiale interrompit bient\u00f4t cette publication, qui ne devait \u00eatre reprise que bien plus tard, en 1954-56. D\u00e8s maintenant, d\u2019ailleurs les PP. Vincent et Abel pouvaient pr\u00e9senter un autre r\u00e9sultat de leur fructueuse collaboration. Des v\u00e9rifications d\u2019architecture dans la basilique de Bethl\u00e9em, entreprises en 1911 sur la demande du marquis M. de Vog\u00fc\u00e9, avaient procur\u00e9 assez d\u2019observations neuves et importantes pour aboutir \u00e0 une interpr\u00e9tation renouvel\u00e9e de l\u2019ensemble du monument, et devenir l\u2019objet d\u2019une substantielle monographie\u00a0: <i>Bethl\u00e9em. Le sanctuaire de la Nativit\u00e9<\/i>, Paris, Gabalda, 1914.<\/p>\n<p>La guerre de 1914-18 interrompit toute cette activit\u00e9. L\u2019Empire turc s\u2019\u00e9tant rang\u00e9 aux cot\u00e9s de l\u2019Allemagne, tous les P\u00e8res fran\u00e7ais durent quitter J\u00e9rusalem, laissant la maison \u00e0 la garde, tr\u00e8s efficace, de Fr\u00e8res dominicains suisses. D\u2019ailleurs, \u00e0 l\u2019exception du P. Lagrange qui put regagner Paris, tous \u00e9taient d\u2019\u00e2ge \u00e0 \u00eatre mobilis\u00e9s et servirent \u00e0 divers titres dans les arm\u00e9es de terre et dans la marine. Le pli de l\u2019arch\u00e9ologie \u00e9tait si bien pris chez eux que le P. Savignac, par exemple, profita de son enr\u00f4lement sur un bateau dans la M\u00e9diterran\u00e9e pour explorer les \u00eeles de Rouad (<i>RB <\/i>1916, 565-92) et de Castellorizo (<i>RB <\/i>1917, 52036).<\/p>\n<p>Le P. Dhorme, en 1915, mobilis\u00e9 dans la presqu\u2019\u00ee1e de Gallipoli sur le D\u00e9troit des Dardanelles, se voyait confier par son chef d\u2019\u00e9tat-major, la reconnaissance du site d\u2019\u00c9l\u00e9onte d\u2019o\u00f9 Alexandre se serait embarqu\u00e9. Une fouille de sauvetage eut lieu sous sa direction, et les trouvailles (cinq beaux sarcophages, des c\u00e9ramiques grecques, des bijoux) furent exp\u00e9di\u00e9es \u00e0 Paris par les soins de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise (cf. <i>RB <\/i>1915, 573-575).<\/p>\n<p>Rentr\u00e9s au logis en 1918, ils reprirent leurs travaux selon le programme et les m\u00e9thodes de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente, d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9prouv\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience. L\u2019arch\u00e9ologie restait une pi\u00e8ce ma\u00eetresse de leurs pr\u00e9occupations. D\u2019ailleurs, depuis 1920, l\u2019\u00c9cole avait \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles-lettres, ce qui avait compl\u00e9t\u00e9 son titre d\u2019<i>\u00c9cole biblique <\/i>par les mots <i>et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise<\/i>. Son directeur, nomm\u00e9 par le Ma\u00eetre g\u00e9n\u00e9ral des dominicains, \u00e9tait approuv\u00e9 par l\u2019Acad\u00e9mie, et celle-ci envoyait des pensionnaires qui, profitant des activit\u00e9s et de la biblioth\u00e8que de l\u2019\u00c9cole, composaient un M\u00e9moire remis \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie. Ceci valut \u00e0 l\u2019\u00c9cole l\u2019honneur de collaborer \u00e0 la formation de nombreux arch\u00e9ologues fran\u00e7ais du Proche-Orient.<\/p>\n<p>Le projet du grand ouvrage sur J\u00e9rusalem fut repris, mais sous un angle nouveau. Comme nous l\u2019avons dit, l\u2019\u00e9tude de la ville de l\u2019Ancien Testament ne devait \u00eatre publi\u00e9e par le P. Vincent qu\u2019en 1954-56. Pour le moment, c\u2019est vers la ville de l\u2019\u00e8re chr\u00e9tienne que se tourn\u00e8rent les efforts des PP. Vincent et Abel. Tous les sanctuaires, \u00e0 commencer par le Saint- S\u00e9pulcre, furent \u00e9tudi\u00e9s dans leur architecture comme dans leur histoire, \u00e0 travers les si\u00e8cles jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, et il en r\u00e9sulta un tome ii intitul\u00e9 <i>J\u00e9rusalem Nouvelle<\/i>, en quatre fascicules\u00a0: I et II. Aelia Capitolina, le Saint-S\u00e9pulcre et le mont des Oliviers. III. La Sainte-Sion et les sanctuaires de second ordre. IV. Sainte-Anne et les sanctuaires hors de la ville. <i>Histoire monumentale de J\u00e9rusalem Nouvelle<\/i>, Paris, Gabalda, 1914, 1922 et 1926.<\/p>\n<div id=\"attachment_4273\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Haram-dH\u00e9bron-1906.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4273\" class=\"size-thumbnail wp-image-4273\" alt=\"Haram d'H\u00e9bron 1906\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Haram-dH\u00e9bron-1906-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4273\" class=\"wp-caption-text\">Haram d&rsquo;H\u00e9bron 1906<\/p><\/div>\n<p>Vers la m\u00eame \u00e9poque paraissait un autre grand ouvrage, consacr\u00e9 lui au fameux Har\u00e2m d\u2019H\u00e9bron, estim\u00e9 \u00e0 juste titre d\u2019origine h\u00e9rodienne et recouvrant la grotte de Macp\u00e9la, s\u00e9pulture des patriarches d\u2019apr\u00e8s la tradition biblique. D\u00e9s le d\u00e9but de l\u2019occupation britannique, l\u2019autorit\u00e9 mandataire avait d\u00e9cid\u00e9 de promouvoir un examen arch\u00e9ologique s\u00e9rieux de ce monument c\u00e9l\u00e8bre, jusqu\u2019alors pratiquement inaccessible. L\u2019entreprise fut confi\u00e9e au capitaine Mackay, qui voulut bien associer le P. Vincent \u00e0 son enqu\u00eate. Une semaine de travail minutieux, confirm\u00e9 par quelques contr\u00f4les ult\u00e9rieurs, permit de dresser un relev\u00e9 complet du monument, \u00e0 l\u2019exception bien entendu de la caverne, toujours r\u00e9solument interdite. Les r\u00e9sultats de cette enqu\u00eate, men\u00e9e en 1920, furent publi\u00e9s en un beau volume in-folio sous le titre\u00a0: <i>H\u00e9bron. Le Haram el-Khalil. S\u00e9pulture des Patriarches<\/i>, Paris, Leroux, 1923, o\u00f9 le capitaine Mackay et le P. Vincent pr\u00e9sentaient la partie arch\u00e9ologique, avec descriptions d\u00e9taill\u00e9es, plans et photographies, tandis que le P. Abel r\u00e9digeait la partie historique, des origines \u00e0 nos jours. Voir encore l\u2019article du P. Vincent dans la <i>RB <\/i>1920, pp. 507-39.<\/p>\n<p>Les explorations, avec relev\u00e9s topographiques et arch\u00e9ologiques, reprirent aussi sans tarder, facilit\u00e9es par un progr\u00e8s rapide du r\u00e9seau des routes. L\u2019\u00e8re du chameau s\u2019effa\u00e7ait peu \u00e0 peu devant celle de l\u2019automobile. Le P. Savignac \u00e9tudia la r\u00e9gion de A\u00efn Qedeis en 1921 (<i>RB <\/i>1922, pp. 55-81) et encore en 1937, en compagnie des PP. de Vaux et Benoit (<i>RB <\/i>1938, 89-100). Lors d\u2019une exp\u00e9dition en Transjordanie m\u00e9ridionale, en 1935 (<i>RB <\/i>1936, 235-62), il avait la bonne fortune de pouvoir visiter et photographier le lieu saint musulman, farouchement interdit, du Djebel Haroun pr\u00e8s de P\u00e9tra.<\/p>\n<p>De 1923 \u00e0 1926 le P. Abel publia dans la <i>Revue Biblique <\/i>six articles sur \u00ab\u00a0la topographie des campagnes maccab\u00e9ennes\u00a0\u00bb, en 1928 deux articles sur \u00ab\u00a0un circuit en Transjordanie\u00a0\u00bb, en 1929 des \u00ab\u00a0Notes compl\u00e9mentaires sur la mer Morte\u00a0\u00bb, et en 1931-32 quatre articles sur une \u00ab\u00a0exploration du sud-est de la vall\u00e9e du Jourdain\u00a0\u00bb. En 1935, il r\u00e9ussissait \u00e0 identifier le site biblique de Tappouah (<i>RB <\/i>1936, 103-12).<\/p>\n<p>Comme auparavant, l\u2019exploration se limitait parfois \u00e0 un monument particulier\u00a0: l\u2019\u00e9glise du Puits de la Samaritaine (expertise de 1919, publi\u00e9e dans la <i>RB <\/i>1958, 547-67), l\u2019\u00e9glise-mosqu\u00e9e de N\u00e9by Samouil (<i>RB <\/i>1922, 360-402\u00a0; cf. d\u00e9j\u00e0 1912, 267-79), les monuments de Qoubeibeh (relev\u00e9s de 1896-1902 publi\u00e9s dans la <i>RB <\/i>1931, 72-80).<\/p>\n<p>De nouveaux membres de l\u2019\u00c9cole prirent bient\u00f4t la rel\u00e8ve des anciens. Ainsi le P\u00e8re Tonneau explorant \u00e0 nouveau le N\u00e9geb (<i>RB <\/i>1926, 583-604\u00a0; 1927, 93-98) et le pays de Samson (<i>RB <\/i>1929, 421-31)\u00a0; le P. Barrois participant aux travaux d\u2019une exp\u00e9dition am\u00e9ricaine dans le d\u00e9sert minier de Serabit el-Khadim, au Sina\u00ef (<i>RB <\/i>1930, 578-98)\u00a0; et un peu plus tard, les PP. de Vaux et Benoit explorant la r\u00e9gion de Salt, en Transjordanie (<i>RB <\/i>1938, 398-425\u00a0; 1941, 16-47), puis la montagne d\u2019Ephra\u00efm (<i>RB <\/i>1946, 260-74).<\/p>\n<p>Sous le r\u00e9gime du mandat britannique les fouilles de diverses institutions \u00e9trang\u00e8res reprirent de plus belle et, comme par le pass\u00e9, l\u2019<i>\u00c9cole Biblique <\/i>les suivit attentivement. On en trouve de nombreux comptes rendus dans la <i>Revue Biblique<\/i>. Ainsi Ascalon (1921), Beisan (1922-27), el-Hammam-Tib\u00e9riade (1921-22), Tell el-Foul (1923), D6r (1924), Beit-Mirsim (1927-29), Ramet el-Khal\u00eel (1927-30), Tell en-Nasbeh (1927), Silo (1927), Sichem (1927), Tell Djemmeh (1929), Tell Far\u2019a du sud (1929), Beth Shemesh (1929), Tell Djerisheh (1929), Beit Alpha (1930), J\u00e9richo (1931-39), Tell Abou Hawam (1935), la basilique de Bethl\u00e9em (1936-37), et-Tell (1937), Tell ed-Douweir (1939), sans parler de fouilles fran\u00e7aises dont il sera question plus loin.<\/p>\n<p>Tout en s\u2019int\u00e9ressant ainsi aux entreprises d\u2019institutions amies, anglaise, am\u00e9ricaine, allemande, et en collaborant volontiers avec elles, l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise se souciait d\u2019avoir un jour ses propres fouilles. Cela commen\u00e7a sur une \u00e9chelle modeste, un peu au hasard des circonstances. En septembre 1918, un obus d\u2019une batterie germano-turque fit appara\u00eetre des fragments d\u2019une mosa\u00efque pr\u00e8s de \u2019A\u00efn Douq, au nord-ouest de J\u00e9richo. Un r\u00e9giment australien de passage d\u00e9gagea davantage ce pavement. D\u00e8s que la paix fut revenue, la puissance mandataire se pr\u00e9occupa de sauver ce monument d\u00e9j\u00e0 en p\u00e9ril. Deux officiers anglais, le capitaine Engelbach et le lieutenant Mackay, charg\u00e9s de cette besogne, demand\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00c9cole de les assister. Commenc\u00e9 en juin 1919, le d\u00e9blaiement se poursuivit en 1921. II produisit le plan d\u2019une synagogue avec inscriptions h\u00e9br\u00e9o-aram\u00e9ennes et un beau pavement mosa\u00efque comportant entre autres ornements un zodiaque central, chose alors nouvelle. Ces r\u00e9sultats furent publi\u00e9s dans la <i>RB <\/i>1919, 532-63\u00a0; 1921, 442-443\u00a0; 579-601\u00a0; 1961, 163-77.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte fortuite d\u2019un hypog\u00e9e antique \u00e0 Naplouse, sur la pente du mont Ebal, occasionna un autre d\u00e9gagement par l\u2019\u00c9cole, en 1919 (<i>RB <\/i>1920, 126-35) et en 1921 (<i>RB <\/i>1922, 89-99). Le site avait \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e occupante, ainsi que par des fouilleurs clandestins. On \u00e9tudia et interpr\u00e9ta ce qui subsistait apr\u00e8s ces ravages : une s\u00e9pulture jud\u00e9o- samaritaine du d\u00e9but de notre \u00e8re, embellie vers 135-150 ap. J.-C., livrant encore deux beaux sarcophages intacts, les fragments de deux autres, et les menus objets, lampes, monnaies, d\u00e9bris de poterie ou de verre, qui avaient \u00e9chapp\u00e9 au pillage.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, en d\u00e9cembre 1921 (<i>RB <\/i>1922, 259-81) puis en mai 1924 (<i>RB <\/i>1924, 583-604), sur la demande du Service des antiquit\u00e9s britannique, l\u2019\u00c9cole mena \u00e0 Beit Djebrin une fouille qui d\u00e9couvrit une belle villa d\u2019\u00e9poque romaine, commenc\u00e9e au d\u00e9but du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re, et bient\u00f4t enrichie d\u2019une somptueuse mosa\u00efque (figures des saisons, fauves, sc\u00e8nes de chasse) et de deux galeries pav\u00e9es de marqueteries de marbre. D\u00e9truite au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, peut-\u00eatre par le tremblement de terre de 362, cette riche villa devint vers 500 ap. J.-C. l\u2019habitat de l\u2019\u00e9v\u00eaque (\u00a0?) Obodien, qui y \u00e9tablit une chapelle, pav\u00e9e elle-m\u00eame d\u2019une jolie \u00ab\u00a0mosa\u00efque aux oiseaux\u00a0\u00bb avec inscription d\u00e9dicatoire. Apr\u00e8s une nouvelle destruction en 634 (invasion arabe), l\u2019\u00e9difice fut restaur\u00e9 vers 638 en une \u00e9glise modeste. Le rehaussement du niveau pr\u00e9serva heureusement les niveaux romain et byzantin. Il est dommage que ceux-ci, remis en valeur par la fouille et soigneusement prot\u00e9g\u00e9s, aient \u00e9t\u00e9 ensuite irr\u00e9m\u00e9diablement saccag\u00e9s par les souliers maladroits de soldats, durant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. \u00c0 l\u2019occasion de cette fouille, trois tombeaux du site voisin de Tel Sandahannah (Marisa), du genre de ceux qu\u2019ont publi\u00e9s en 1905 Peters et Thiersch, furent \u00e9tudi\u00e9s (ou r\u00e9\u00e9tudi\u00e9 pour l\u2019un d\u2019eux) avec d\u00e9chiffrement des inscriptions.<\/p>\n<p>Signalons encore, en cette m\u00eame ann\u00e9e 1924, le premier d\u00e9blaiement d\u2019une \u00e9glise byzantine, avec mosa\u00efque et tombeau d\u2019un certain Claudianos, \u00e0 Kh. Hebeileh, 2 km au s.\/s.- o. de Beit Zek\u00e2ria (<i>RB <\/i>1925, 279-82\u00a0; cf. 1939, 87-90).<\/p>\n<p>Une fouille plus consid\u00e9rable devait bient\u00f4t suivre, fin 1924 et printemps 1925, portant cette fois sur la basilique d\u2019Amw\u00e2s. Un premier relev\u00e9 pr\u00e9cis de ce qui \u00e9tait visible de ce monument apr\u00e8s les d\u00e9blaiements du capitaine Guillemot (1876-1882) avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par P. Vincent dans la <i>RB <\/i>1903, 575-94. Mais une fouille renouvel\u00e9e et approfondie s\u2019imposait. Elle put avoir lieu en 1924-25, avec l\u2019accord du Service des antiquit\u00e9s britannique. Une premi\u00e8re pr\u00e9sentation succincte des r\u00e9sultats en fut donn\u00e9e dans la <i>RB <\/i>1926, 117-21\u00a0; mais la publication int\u00e9grale de l\u2019expertise et de son interpr\u00e9tation fut l\u2019objet d\u2019un gros volume, richement illustr\u00e9\u00a0: <i>Emma\u00fcs. Sa basilique et son histoire<\/i>, Paris, Leroux, 1932, o\u00f9 les P\u00e8res Vincent et Abel collaboraient comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, l\u2019un pour l\u2019arch\u00e9ologie, l\u2019autre pour l\u2019histoire. Tandis que le P. Abel concluait de son enqu\u00eate historique que Amw\u00e2s repr\u00e9sente bien l\u2019Emma\u00fcs \u00e9vang\u00e9lique \u2013 opinion qui reste discutable \u2013, le P. Vincent croyait pouvoir affirmer que la premi\u00e8re basilique avait \u00e9t\u00e9 construite dans le premier quart du DI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, sur l\u2019emplacement d\u2019une villa de l\u2019\u00e9poque des S\u00e9v\u00e8res. Cette th\u00e8se hardie fut attaqu\u00e9e par quelques arch\u00e9ologues. Une fouille compl\u00e9mentaire, en 1935, donna au P. Vincent l\u2019occasion de d\u00e9fendre sa position (<i>RB <\/i>1936, 403-15), d\u00e9fense qu\u2019il reprit une derni\u00e8re fois dans un article de la <i>RB <\/i>1948, 348-75. Une nouvelle inscription a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par Y. Blomme dans la <i>RB <\/i>1980, 406-7.<\/p>\n<p>Ces investigations arch\u00e9ologiques en d\u00e9veloppement s\u2019\u00e9tendirent aussi aux pays voisins. En 1926, l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles-lettres chargeait l\u2019<i>\u00c9cole arch\u00e9ologique fran\u00e7aise <\/i>de J\u00e9rusalem d\u2019entreprendre des recherches m\u00e9thodiques sur le Tell de Neirab, \u00e0 7 km au sud-est d\u2019Alep. Ce site avait \u00e9t\u00e9 rendu c\u00e9l\u00e8bre par la d\u00e9couverte, en 1891, de deux st\u00e8les aram\u00e9ennes. Deux campagnes de fouilles furent men\u00e9es en automne de 1926 et 1927, la premi\u00e8re dirig\u00e9e par les PP. Carri\u00e8re et Barrois, la seconde par les PP. Abel et Barrois, assist\u00e9s chaque fois, entre autres, par le Pasteur Andr\u00e9 Parrot, alors pensionnaire de l\u2019Acad\u00e9mie \u00e0 l\u2019\u00c9cole, qui devait \u00eatre plus tard le fouilleur de Mari et devenir Directeur g\u00e9n\u00e9ral du Mus\u00e9e du Louvre. Les r\u00e9sultats furent publi\u00e9s dans la revue <i>Syria<\/i>, VIII, 1927, 126-42\u00a0; 201-15\u00a0; IX, 1928, 187-206, 303-19, et dans la <i>RB <\/i>1927, 257-65\u00a0; 1928, 263-75. Une \u00ab\u00a0d\u00e9vastation radicale&#8230; d\u00e8s un \u00e2ge recul\u00e9\u00a0\u00bb n\u2019ayant laiss\u00e9 que des ruines incoh\u00e9rentes de l\u2019agglom\u00e9ration primitive, et surtout la pr\u00e9sence d\u2019un village sur l\u2019emplacement principal du site, ne permirent que des r\u00e9sultats limit\u00e9s, et n\u00e9anmoins importants. L\u2019exploration d\u2019une n\u00e9cropole de la fin de l\u2019empire n\u00e9o-babylonien et des premiers temps de l\u2019\u00e9poque perse attesta la pr\u00e9sence, au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C., d\u2019une population aram\u00e9enne dont la culture trahit de fortes influences babyloniennes, et aussi hittites. On recueillit d\u2019int\u00e9ressantes informations sur les anciens modes de s\u00e9pulture, ainsi que de nombreux objets, jarres fun\u00e9raires, figurines, cachets, scarab\u00e9es, parures, pointes de fl\u00e8ches, etc., et un lot de 25 tablettes cun\u00e9iformes qui sont pour la plupart des contrats (publi\u00e9es par P. Dhorme dans la <i>Revue d\u2019Assyriologie<\/i>, XXV, 1928, 53-82).<\/p>\n<p>Au printemps 1932, le P. Savignac \u00e9tait invit\u00e9 par M. G. Horsfield, directeur du Service des antiquit\u00e9s de Transjordanie, \u00e0 participer \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019un lieu de culte nabat\u00e9en que celui-ci venait de d\u00e9couvrir dans la r\u00e9gion du Djebel er-Ramm, au nord-est de Aqabah. Au pied d\u2019un imposant massif rocheux culminant \u00e0 1 750 m, de nombreuses sources ont permis jadis l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un village nabat\u00e9en\u00a0; et l\u2019une d\u2019entre elles, \u2019A\u00efn Shell\u00e2leh, blottie dans un petit <i>wady<\/i> tr\u00e8s pittoresque, a \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e d\u2019un sanctuaire rupestre\u00a0: b\u00e9tyles avec inscriptions grecques et nabat\u00e9ennes portant les noms de Allat de Bosra, el-\u2019Uzz\u00e2, \u00ab\u00a0le Seigneur du Temple\u00a0\u00bb\u00a0; restes d\u2019un monument d\u00e9di\u00e9 au roi nabat\u00e9en Rabbel II. Cet ensemble fut analys\u00e9 et d\u00e9chiffr\u00e9 en 1932 (<i>RB <\/i>1932, 581-97\u00a0; 1933, 405-22), puis en 1934, avec mission de l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles-lettres et collaboration du P. Barrois (<i>RB <\/i>1934, 572- 91). Cette derni\u00e8re exploration porta en outre sur un petit temple nabat\u00e9en situ\u00e9 sur une colline au centre de la plaine, \u00e0 l\u2019emplacement de l\u2019ancien village, que la fouille d\u00e9gagea du sable, \u00e9tablissant son plan p\u00e9ript\u00e8re et d\u00e9chiffrant ses inscriptions et graffites grecs et nabat\u00e9ens, ainsi qu\u2019une inscription latine (<i>RB <\/i>1935, 245-278). Notons que cette fouille n\u2019avait pu \u00eatre compl\u00e8te, et qu\u2019une exp\u00e9dition ult\u00e9rieure de la <i>British School of Archaeology<\/i> de J\u00e9rusalem, dirig\u00e9e par Diana Kirkbride, permit d\u2019en r\u00e9viser et compl\u00e9ter les conclusions (<i>RB <\/i>1960, 65-92), y distinguant mieux diverses p\u00e9riodes qui s\u2019\u00e9chelonnent de la fin du I<sup>er<\/sup>\u00a0 si\u00e8cle ap. J.-C. au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ap. J.-C.<\/p>\n<div id=\"attachment_4275\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P\u00e8re-Roland-de-Vaux.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4275\" class=\"size-thumbnail wp-image-4275\" alt=\"P\u00e8re Roland de Vaux\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/P\u00e8re-Roland-de-Vaux-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4275\" class=\"wp-caption-text\">P\u00e8re Roland de Vaux<\/p><\/div>\n<p>\u00c0 M\u00e2`in, gros village \u00e0 8 km au sud-ouest de Madaba, la d\u00e9couverte fortuite d\u2019une mosa\u00efque amena les P\u00e8res Savignac et de Vaux \u00e0 pratiquer en octobre 1937, avec l\u2019autorisation du Service des antiquit\u00e9s de Transjordanie, le d\u00e9gagement de ce qui fut une \u00e9glise byzantine (<i>RB <\/i>1938, 227-58). L\u2019\u00e9difice est presque totalement d\u00e9truit, mais ce qui reste de son pavement en mosa\u00efque est int\u00e9ressant, notamment par une bordure topographique qui encadre sa partie centrale : des villes de Palestine et de Transjordanie y sont repr\u00e9sent\u00e9es par des \u00e9glises, dont le dessin maladroit et quelque peu conventionnel semble bien vouloir \u00e9voquer des monuments r\u00e9els. Chaque monument est accompagn\u00e9 du nom de la ville qu\u2019il repr\u00e9sente. On en lit encore onze aujourd\u2019hui : Nicopolis, (Ge\u00f4rgiou- ou Eleuth\u00e9ro]polis, Ascalon, Ma\u00efoumas, [Ga]za, Od[roh], [Karak-mo]uba, Ar\u00e9opolis, Gadoron, Belemounim. Pos\u00e9e dans le dernier quart du VI<sup>e<\/sup> ou la premi\u00e8re moiti\u00e9 du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, cette mosa\u00efque a vu ses figures anim\u00e9es d\u00e9truites par des iconoclastes, sans doute sous Omar II vers l\u2019an 717, et fut restaur\u00e9e en 719\/20 comme l\u2019indique une inscription. Cette exploration procura en outre quelques \u00ab\u00a0glanures arch\u00e9ologiques \u00e0 M\u00e2\u2019in\u00a0\u00bb (<i>RB <\/i>1939, 78-86).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me guerre mondiale vint \u00e0 nouveau troubler les activit\u00e9s de l\u2019\u00c9cole, mais la Palestine \u00e9tant cette fois dans le camp des Alli\u00e9s occidentaux, les P\u00e8res qui pouvaient \u00eatre mobilis\u00e9s le furent sur place. C\u2019est ainsi que, tout en travaillant au Consulat g\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 J\u00e9rusalem, le P. de Vaux put entreprendre en 1944, gr\u00e2ce \u00e0 une subvention du Gouvernement provisoire de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise une exploration arch\u00e9ologique de l\u2019\u00e9glise d\u2019Abu Gosh, propri\u00e9t\u00e9 de la France. Il publia les r\u00e9sultats de ses recherches dans un article de la <i>RB <\/i>1946, 125-34, et ult\u00e9rieurement dans un volume o\u00f9 il s\u2019associait le P\u00e8re A.-M. St\u00e8ve, son collaborateur-dessinateur\u00a0: <i>Fouilles \u00e0 Qaryet el-\u2019Enab, Abu Gosh<\/i>, Palestine, paru \u00e0 Paris, chez Gabalda en 1950. Ses conclusions \u00e9tablissaient une chronologie de l\u2019\u00e9volution du site : 1) aux II<sup>e<\/sup>-III<sup>e<\/sup> si\u00e8cles de notre \u00e8re, un r\u00e9servoir captant les eaux d\u2019une source et alimentant la <i>mutatio<\/i>, sans doute au neuvi\u00e8me mille, d\u2019une route romaine allant de J\u00e9rusalem \u00e0 Nicopolis\u00a0; 2) un caravans\u00e9rail arabe construit au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, desservant la m\u00eame ancienne voie, devenue la route des Califes de J\u00e9rusalem \u00e0 Ramleh, leur nouvelle capitale\u00a0; 3) une reprise de ce caravans\u00e9rail par les Hospitaliers, au XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avec construction d\u2019une \u00e9glise au- dessus de l\u2019ancien r\u00e9servoir transform\u00e9 en crypte, le site \u00e9tant devenu pour les Crois\u00e9s la \u00ab\u00a0Fontaine des \u00c9maux\u00a0\u00bb, par identification avec l\u2019Emma\u00fcs \u00e9vang\u00e9lique\u00a0; 4) apr\u00e8s la victoire de Saladin et la ruine partielle du monument, une restauration mamelouke du caravans\u00e9rail, qui fut d\u00e9finitivement abandonn\u00e9 \u00e0 la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Sans pouvoir \u00eatre compl\u00e8te, cette fouille bien men\u00e9e r\u00e9v\u00e9la l\u2019histoire d\u2019un site important, et apporte en particulier des informations nouvelles sur la c\u00e9ramique musulmane des X<sup>e<\/sup>-XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, en 1945 et 1946, le P. de Vaux assist\u00e9 du P. St\u00e8ve et d\u2019autres membres de l\u2019\u00c9cole, entreprit, avec l\u2019autorisation du D\u00e9partement des antiquit\u00e9s britannique, une fouille \u00e0 \u2019Ain el-Ma\u2019moudiyeh, pr\u00e8s du village de Taff\u00fbh, \u00e0 8 km \u00e0 l\u2019ouest de H\u00e9bron. Le docteur Clemens Kopp, bon connaisseur des anciens p\u00e8lerinages, avait identifi\u00e9 en ce lieu, par l\u2019examen des textes, un site o\u00f9 les p\u00e8lerins du Moyen \u00c2ge v\u00e9n\u00e9raient le d\u00e9sert o\u00f9 Jean-Baptiste baptisait, lieu o\u00f9 ils mentionnaient une source et une \u00e9glise. Le nom m\u00eame de Ma\u2019moudiyeh appuyait cette identification (<i>RB <\/i>1946, 547-58). De fait, la fouille men\u00e9e par l\u2019\u00c9cole sur le conseil du docteur Kopp a pleinement confirm\u00e9 sa d\u00e9couverte (<i>ibid<\/i>. 559-75). Elle a d\u00e9gag\u00e9 une petite chapelle dont le caract\u00e8re baptismal est clairement indiqu\u00e9 par la grande vasque qui en occupe le milieu, et o\u00f9 un tunnel am\u00e8ne l\u2019eau de la source voisine. Un monast\u00e8re se trouvait aux environs pour accueillir les p\u00e8lerins\u00a0; ses \u00e9difices sont tr\u00e8s d\u00e9truits, mais il en reste un grand linteau avec inscription grecque. Sur la colline qui domine chapelle et monast\u00e8re-hospice, on voit les ruines d\u2019un fortin qui devait prot\u00e9ger ce lieu de p\u00e8lerinage. Sa porte se dresse encore, surmont\u00e9e d\u2019un linteau portant une croix cantonn\u00e9e des lettres A, W, IC XC (inscription qui est devenue l\u2019embl\u00e8me de la \u00ab\u00a0Bible de J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb)\u00a0; la grande meule qui la fermait est toujours l\u00e0, avec la rainure o\u00f9 elle roulait. Cet ensemble remonte probablement \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019empereur Justinien\u00a0; la tradition est rest\u00e9e vivante jusqu\u2019au Moyen \u00c2ge, comme en t\u00e9moignent les p\u00e8lerins, et elle est encore dans la m\u00e9moire des habitants actuels de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Ces diverses fouilles relativement modestes pr\u00e9paraient peu \u00e0 peu l\u2019\u00c9cole \u00e0 entreprendre des fouilles de plus grande envergure. Au P. de Vaux devenu directeur de l\u2019\u00c9cole apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, revint de mettre un tel projet \u00e0 ex\u00e9cution, en recourant \u00e0 l\u2019appui de l\u2019Acad\u00e9mie des inscriptions et belles-lettres et au soutien financier de la Commission des fouilles du gouvernement fran\u00e7ais. Il choisit le site de Tell el-F\u00e2r\u2019ah (du Nord, \u00e0 distinguer du site du m\u00eame nom, dans le sud de la Palestine, fouill\u00e9 par Sir Flinders Petrie). Ce tell, situ\u00e9 \u00e0 11 km au nord-est de Naplouse, se recommandait par sa remarquable situation\u00a0: entre deux sources, dont la plus importante, `A\u00efn F\u00e2r`ah, donne naissance \u00e0 un cours d\u2019eau p\u00e9renne qui descend par le wady F\u00e2r`ah vers la vall\u00e9e du Jourdain, o\u00f9 il aboutit pr\u00e8s du gu\u00e9 de Damieh, en face du wady Zerka, le Yabboq de la Bible, lui aussi parcouru par un ruisseau permanent. Ces deux voies d\u2019eau constituaient pour les anciens pasteurs nomades une excellente route d\u2019acc\u00e8s de Transjordanie en Canaan, et il n\u2019est pas douteux que les patriarches bibliques en us\u00e8rent pour entrer dans la Terre promise, comme le montre la Bible quand elle mentionne comme premi\u00e8re \u00e9tape canan\u00e9enne d\u2019Abraham la ville de Sichem (<i>Gn<\/i> 12, 5-6), situ\u00e9e peu au sud de \u2019A\u00efn F\u00e2r`ah. Ce grand tell, long de 600 m et large de 300 m, situ\u00e9 au confluent du wady F\u00e2r`ah descendant vers l\u2019est et de deux autres vall\u00e9es montant vers le nord et vers le sud, promettait \u00e0 l\u2019exploration arch\u00e9ologique d\u2019importants r\u00e9sultats. Le P. de Vaux, assist\u00e9 d\u2019abord du P. St\u00e8ve, puis des PP. Boismard, Co\u00fcasnon, Rous\u00e9e et d\u2019autres professeurs et \u00e9tudiants de l\u2019\u00c9cole, consacra \u00e0 cette exploration neuf campagnes de fouilles, de 1946 \u00e0 1960, dont il rendit compte dans des rapports tr\u00e8s nourris de la <i>Revue Biblique<\/i>, de 1947 \u00e0 1962.<\/p>\n<p>Il y d\u00e9couvrit une occupation remontant \u00e0 l\u2019\u00e9poque n\u00e9olithique et se prolongeant jusqu\u2019\u00e0 la ruine du royaume d\u2019Isra\u00ebl, en 723-721 av. J.-C., avec une interruption entre la fin de l\u2019Ancien Bronze et le Moyen Bronze II (environ 2600-1800 av. J.-C.). Apr\u00e8s avoir attaqu\u00e9 le tell dans sa r\u00e9gion nord, pr\u00e8s de la source `Ain F\u00e2r`ah, en un endroit qui pouvait faire esp\u00e9rer une porte de la ville, il porta son principal effort sur la r\u00e9gion ouest qui avait une allure d\u2019 \u00ab\u00a0acropole\u00a0\u00bb et qui, de fait, livra d\u2019importants r\u00e9sultats. Nous ne pouvons ici que les r\u00e9sumer \u00e0 grands traits.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les \u00ab\u00a0fonds de cabanes\u00a0\u00bb caract\u00e9ristiques du n\u00e9olithique et du chalcolithique moyen (ou inf\u00e9rieur) et sup\u00e9rieur, on a constat\u00e9 cinq niveaux de l\u2019Ancien Bronze, qui fut une \u00e9poque florissante de la ville, encore qu\u2019on y constate une couche de grave destruction par incendie. \u00c0 cette \u00e9poque appartient un rempart qui commence et finit avec elle, et dont l\u2019\u00e9volution compliqu\u00e9e a pu \u00eatre analys\u00e9e en d\u00e9tail. \u00c0 y relever une tr\u00e8s belle porte de ville, flanqu\u00e9e de deux tours massives, en briques crues sur assises de pierre, dont l\u2019\u00e9volution va, comme celle du rempart, du d\u00e9but \u00e0 la fin de l\u2019Ancien Bronze. Elle n\u2019a pas son pareil en Palestine. \u00c0 noter aussi, de cette p\u00e9riode AB, un sanctuaire plusieurs fois remani\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la longue interruption d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e, la r\u00e9occupation de la ville au Moyen Bronze ii pr\u00e9sente un nouveau rempart \u00e9difi\u00e9 sur les ruines de l\u2019ancien, avec une porte de ville \u00e0 \u00ab\u00a0tenaille simple\u00a0\u00bb, situ\u00e9e \u00e0 quelque distance au nord de la porte de l\u2019AB. Un \u00e9gout sortait de la ville en passant sous cette porte. La fouille a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aussi, \u00e0 cette \u00e9poque du MB II, entre 1800 et 1600 av. J.-C., un sanctuaire souterrain, en relation probable avec un \u00e9difice sup\u00e9rieur disparu, qui \u00e9voque un culte de caract\u00e8re chtonien. Les niveaux du Moyen et du R\u00e9cent Bronze ont \u00e9t\u00e9, en fait, tr\u00e8s d\u00e9truits. On peut toutefois relever dans ce dernier niveau une large construction qui a pu \u00eatre un temple.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9poque du Fer a livr\u00e9 de nombreuses maisons isra\u00e9lites dont les plans sont bien clairs\u00a0; on y remarque le voisinage de maisons riches et de maisons pauvres qui fait songer aux reproches des proph\u00e8tes (<i>Am<\/i> 5, 11\u00a0; <i>Is<\/i> 9, 8-9). La porte de ville du MB restait en usage, un peu remani\u00e9e. Devant elle, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, on a trouv\u00e9 une pierre haute de 1,80 m, qui peut \u00eatre une <i>massebah<\/i>, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle un bassin \u00e0 ablutions\u00a0: sans doute une installation cultuelle o\u00f9 ceux qui entraient dans la ville, ou qui en sortaient, faisaient leurs d\u00e9votions. \u00c0 noter surtout un grand b\u00e2timent, riche mais inachev\u00e9, que le P. de Vaux a interpr\u00e9t\u00e9 comme un palais dont le roi Omri, en 885 av. J.-C., interrompit la construction quand il d\u00e9cida de transf\u00e9rer sa capitale \u00e0 Samarie (<i>1 R <\/i>16, 23-24).<\/p>\n<p>Le P. de Vaux est, en effet, arriv\u00e9 \u00e0 la conviction que le site fouill\u00e9 par lui n\u2019est autre que Tirsa, premi\u00e8re capitale du royaume d\u2019Isra\u00ebl, ainsi que l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9 W. F. Albright. La situation g\u00e9ographique que nous avons d\u00e9crite l\u2019orientait vers l\u2019est, comme il convenait aux origines du peuple isra\u00e9lite venu de l\u2019orient. Mais on comprend que le d\u00e9sir de se tourner vers l\u2019occident, dont t\u00e9moignent le mariage de son fils Achab avec J\u00e9zabel (<i>1 R<\/i> 16, 31) et les relations \u00e9troites avec la Ph\u00e9nicie qui s\u2019ensuivirent, aient d\u00e9termin\u00e9 l\u2019abandon de Tirsa, du moins en tant que capitale, pour lui pr\u00e9f\u00e9rer Samarie, situ\u00e9e \u00e0 15 km vers l\u2019ouest et de communication plus facile avec la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 ces trouvailles d\u2019ordre architectural, il faut ajouter les riches trouvailles en objets de toutes sortes\u00a0: silex, os, et surtout une abondante c\u00e9ramique, fournie notamment par une n\u00e9cropole des \u00e9poques Chalcolithique, Moyen Bronze ii et R\u00e9cent Bronze. Les n\u00e9cropoles de l\u2019Ancien Bronze et du Fer ont malheureusement \u00e9chapp\u00e9 aux recherches.<\/p>\n<p>Prise par les Assyriens vers 723 av. J.-C. et d\u00e9mantel\u00e9e, comme en t\u00e9moigne une grande br\u00e8che ouverte dans le rempart au nord de la porte, Tel el-F\u00e2r`ah devenu ville ouverte surv\u00e9cut quelque temps encore sous l\u2019occupation assyrienne, mais dut cesser d\u00e9finitivement<\/p>\n<p>Les fouilles de Tell el-F\u00e2r\u2019ah furent interrompues, et retard\u00e9es, par celles que l\u2019\u00c9cole dut mener au m\u00eame moment \u00e0 Khirbet Qumr\u00e2n. D\u00e8s que la fin des hostilit\u00e9s permit d\u2019atteindre la grotte o\u00f9 les B\u00e9douins avaient d\u00e9couvert les premiers rouleaux manuscrits, on entreprit d\u2019explorer soigneusement ce que les fouilleurs clandestins y avaient laiss\u00e9. Puis, on comprit qu\u2019il fallait inspecter le monticule voisin appel\u00e9 Khirbet Qumr\u00e2n, jusqu\u2019alors n\u00e9glig\u00e9 par les arch\u00e9ologues, et aussi la falaise voisine dont les nombreuses grottes pouvaient d\u00e9celer d\u2019autres tr\u00e9sors. La fouille de la grotte 1 et de la ruine fut entreprise par le D\u00e9partement des antiquit\u00e9s de Jordanie, dont le directeur \u00e9tait M<sup>r<\/sup> Lankaster Harding, par le <i>Palestine Archaeological Museum<\/i> (ou Mus\u00e9e Rockefeller) dont le P. de Vaux \u00e9tait pr\u00e9sident des <i>Trustees<\/i>, et par l\u2019<i>\u00c9cole arch\u00e9ologique fran\u00e7aise <\/i>dont il \u00e9tait directeur. \u00c0 ce double titre, et parce que M<sup>r<\/sup> Harding \u00e9tait le plus souvent retenu \u00e0 Amman par les devoirs de sa charge, le P. de Vaux fut en fait le principal responsable des op\u00e9rations. Les travaux commenc\u00e8rent en 1951 par l\u2019examen de la grotte 1. La fouille de la ruine prit quatre campagnes, de 1953 \u00e0 1956. Le site voisin et connexe de `A\u00efn Feshkha fut explor\u00e9 en 1958. L\u2019inspection minutieuse de la falaise et de ses grottes, pour laquelle on b\u00e9n\u00e9ficia du concours de l\u2019<i>American School of Oriental Research at Jerusalem<\/i>, fut men\u00e9e d\u00e8s 1952 sur un front de 8 km du nord au sud. 230 grottes se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent st\u00e9riles, 40 livr\u00e8rent de la poterie et d\u2019autres objets, la c\u00e9ramique de 26 d\u2019entre elles \u00e9tant identique \u00e0 celle de la grotte 1. Les grottes qui fournirent des manuscrits, en quantit\u00e9s d\u2019ailleurs fort variables, furent au nombre de 11, dont 6 dans les environs imm\u00e9diats de Kh. Qumr\u00e2n.<\/p>\n<p>Le P. de Vaux a rendu compte des fouilles de Kh. Qumr\u00e2n dans des rapports pr\u00e9liminaires de la <i>RB <\/i>1949, 1953, 1954, 1956, 1959, puis dans les <i>Schweich Lectures of the British Academy<\/i> de 1959, qui parurent en un volume sous le titre <i>L\u2019arch\u00e9ologie et les manuscrits de la Mer Morte<\/i>, London, 1961 (\u00e9dition anglaise en 1973\u00a0: <i>Archaeology and the Dead Sea Scrolls<\/i>). Quant \u00e0 la description arch\u00e9ologique des grottes et \u00e0 l\u2019\u00e9dition des manuscrits qui y furent trouv\u00e9s, elles furent r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 une collection intitul\u00e9e <i>Discoveries in fhe Judaean Desert<\/i>, publi\u00e9e par l\u2019<i>Oxford University Press<\/i>, dont le P. de Vaux fut l\u2019\u00e9diteur en chef jusqu\u2019\u00e0 sa mort, remplac\u00e9 ensuite par le P. Benoit. Commenc\u00e9e en 1955, cette collection a vu son volume V II para\u00eetre en 1982 et n\u2019est pas encore achev\u00e9e (NdR\u00a0: pratiquement achev\u00e9 en 2009).<\/p>\n<p>Les importants r\u00e9sultats de cette exploration sont trop connus pour qu\u2019il y ait lieu de les d\u00e9crire ici. Notons seulement que la comp\u00e9tence et l\u2019autorit\u00e9 du P. de Vaux ont donn\u00e9 aux nombreux probl\u00e8mes que soul\u00e8vent ces fameux manuscrits une base arch\u00e9ologique et historique solide, dont les hypoth\u00e8ses de toutes sortes devraient toujours tenir compte.<\/p>\n<div id=\"attachment_4276\" style=\"width: 160px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/qumran4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4276\" class=\"size-thumbnail wp-image-4276\" alt=\"Qumran grotte n\u00b0 4 d\u00e9couverte par le P\u00e8re Roland de Vaux\" src=\"http:\/\/mj-lagrange.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/qumran4-150x150.jpg\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-4276\" class=\"wp-caption-text\">Qumran grotte n\u00b0 4 d\u00e9couverte par le P\u00e8re Roland de Vaux<\/p><\/div>\n<p>Cette exploration de Qumr\u00e0n s\u2019accompagna, en 1952, d\u2019une exp\u00e9dition dans le wady Murabba`\u00e2t, \u00e0 une vingtaine de km au sud, o\u00f9 les B\u00e9douins avaient d\u00e9couvert d\u2019autres grottes \u00e0 manuscrits, mais d\u2019une \u00e9poque diff\u00e9rente, celle de la deuxi\u00e8me r\u00e9volte juive, sous l\u2019empereur Hadrien, en 132-135 de notre \u00e8re. On trouva l\u00e0 des fragments de la Bible et des documents divers, en h\u00e9breu, en aram\u00e9en, en grec et en latin. Cette fouille et ses trouvailles ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans le volume ii, 1961, de la collection <i>Discoveries in the Judaean Desert<\/i>, ainsi que dans un ouvrage du P. D. Barth\u00e9lemy, alors membre de l\u2019\u00c9cole et qui participa \u00e0 la fouille : <i>Les devanciers d\u2019Aquila. Premi\u00e8re publication int\u00e9grale du texte des fragments du Dod\u00e9capropheton trouv\u00e9s dans Le d\u00e9sert de Juda<\/i>&#8230;, Leiden, Brill, 1963.<\/p>\n<p>Le P. de Vaux fut encore m\u00eal\u00e9 \u00e0 des fouilles arch\u00e9ologiques \u00e0 J\u00e9rusalem m\u00eame, la premi\u00e8re fois en 1956, la deuxi\u00e8me fois de 1961 \u00e0 1963 comme directeur associ\u00e9 \u00e0 Dame Kathleen M. Kenyon, mais ces fouilles qui se firent toutes deux au sud de l\u2019esplanade du Temple, furent chaque fois interrompues par des emp\u00eachements d\u2019ordre politique.<\/p>\n<p>Ces fouilles importantes ne suffisaient \u00e9videmment pas \u00e0 absorber les forces de l\u2019<i>\u00c9cole Biblique <\/i>et d\u2019autres activit\u00e9s arch\u00e9ologiques se poursuivirent parall\u00e8lement.<\/p>\n<p>En 1950, une grotte avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par hasard dans le terrain des S\u0153urs de Saint-Vincent-de-Paul, pr\u00e8s de B\u00e9thanie. Elle \u00e9tait presque combl\u00e9e de terre, mais une croix peinte pr\u00e8s de son plafond invitait \u00e0 une investigation. Apr\u00e8s son d\u00e9blaiement par le P. de Vaux, il apparut que ses parois \u00e9taient couvertes d\u2019inscriptions grav\u00e9es ou peintes, ainsi que de nombreuses croix. Le P. Beno\u00eet, assist\u00e9 du P. Boismard, d\u00e9chiffra ces inscriptions et les publia dans la <i>RB <\/i>1951, 20051. Ce sont des noms propres et des proscyn\u00e8mes en grec et en latin, voire en syriaque et en arabe, que des p\u00e8lerins allant de J\u00e9rusalem \u00e0 B\u00e9thanie, ou en revenant, y auront \u00e9crits pour comm\u00e9morer leur visite. Cette v\u00e9n\u00e9ration, qui semble s\u2019\u00e9tendre du IV<sup>e<\/sup> au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re est int\u00e9ressante, mais son objet pr\u00e9cis reste obscur.<\/p>\n<p>Reprenant son grand ouvrage sur J\u00e9rusalem, dont nous avons mentionn\u00e9 plus haut la partie consacr\u00e9e \u00e0 la Ville chr\u00e9tienne, le P. Vincent l\u2019acheva en publiant, assist\u00e9 du P. A.-M. St\u00e8ve comme dessinateur\u00a0: <i>J\u00e9rusalem de l\u2019Ancien Testament<\/i>. I. Arch\u00e9ologie de la Ville. \u2013 II. Arch\u00e9ologie du Temple et III. \u00c9volution historique de la Ville. 2 vol. de texte, 1 vol. de planches. Paris, Gabalda, 1954 et 1956. Le premier volume traite des remparts, des forteresses Acra et Antonia, des palais, des installations hydrauliques, des n\u00e9cropoles\u00a0; tandis que le second volume est consacr\u00e9 essentiellement au Temple et s\u2019ach\u00e8ve par une synth\u00e8se de tout l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019accord enfin conclu, en 1959, pour la restauration d\u2019ensemble de la basilique du Saint-S\u00e9pulcre, le P. Charles Co\u00fcasnon, architecte dipl\u00f4m\u00e9 par le gouvernement fran\u00e7ais, et int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole pour participer aux fouilles du P. de Vaux, s\u2019est vu confier par la Custodie franciscaine de Terre Sainte la charge de diriger les travaux pour le compte de la communaut\u00e9 latine. Il s\u2019y est employ\u00e9 avec un z\u00e8le infatigable jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1976, joignant autant que possible aux restaurations architecturales les observations arch\u00e9ologiques. II a r\u00e9sum\u00e9 celles-ci dans les <i>Schweich Lectures de la British Academy <\/i>1972, parues en 1974 sous le titre\u00a0: <i>The Church of the Holy Sepulchre<\/i>, Jerusalem.<\/p>\n<p>En 1633, le P. Prignaud, assist\u00e9 de quelques autres jeunes membres de l\u2019\u00c9cole, a men\u00e9 au Khan Saliba, pr\u00e8s de la route qui descend de J\u00e9rusalem \u00e0 J\u00e9richo, un sondage qui, sans pouvoir d\u00e9gager tout le monument, y a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 quelques pi\u00e8ces pav\u00e9es en mosa\u00efque avec l\u2019inscription d\u2019un \u00ab\u00a0pr\u00eatre et higoum\u00e8ne Paul\u00a0\u00bb (<i>RB <\/i>1963, 243-54). Il s\u2019agit sans doute d\u2019une installation monastique destin\u00e9e \u00e0 h\u00e9berger des p\u00e8lerins. Construit vers le d\u00e9but du vu si\u00e8cle, ce \u00ab\u00a0khan\u00a0\u00bb chr\u00e9tien a souffert au d\u00e9but du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (incursion de Chosro\u00e8s ?) et a \u00e9t\u00e9 violemment d\u00e9truit au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le docteur J. T. Milik a propos\u00e9 d\u2019y reconna\u00eetre, d\u2019apr\u00e8s un texte du moine \u00c9piphane, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9glise dans laquelle Adam, s\u2019\u00e9tant assis, pleurait devant le Paradis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout en explorant et fouillant par elle-m\u00eame, l\u2019<i>\u00c9cole arch\u00e9ologique fran\u00e7aise <\/i>n\u2019a jamais cess\u00e9 de s\u2019int\u00e9resser, comme par le pass\u00e9, aux fouilles pratiqu\u00e9es par d\u2019autres institutions. Depuis 1954, une \u00ab\u00a0Chronique arch\u00e9ologique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e dans la <i>Revue Biblique<\/i>, qui rend compte p\u00e9riodiquement de ces fouilles en donnant la parole aux arch\u00e9ologues eux-m\u00eames, dont les rapports \u00e9crits par eux et accompagn\u00e9s d\u2019illustrations pr\u00e9sentent leurs derniers travaux.<\/p>\n<p>Atteint en f\u00e9vrier 1971 d\u2019un mal qui devait l\u2019emporter en septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, le P. de Vaux s\u2019est souci\u00e9 de relancer l\u2019activit\u00e9 des fouilles en passant la main \u00e0 de plus jeunes. L\u2019exploration de Qumr\u00e2n \u00e9tant achev\u00e9e, et celle de Tell el-F\u00e0r`ah ne pouvant \u00eatre poursuivie \u00e0 cause des circonstances politiques, il porta son choix sur Tell Keisan et obtint l\u2019autorisation d\u2019y pratiquer des fouilles. Ce site est un beau tell se dressant au milieu d\u2019une vaste plaine, \u00e0 d\u2019int\u00e9ressantes informations sur les relations culturelles entre Ph\u00e9nicie et Palestine, entre Chypre ou Cr\u00e8te et le continent. Son nom ancien est ignor\u00e9, mais les anciennes prospections anglaises attestaient une occupation qui commence au Bronze ancien et se prolonge jusqu\u2019aux croisades.<\/p>\n<p>La fouille, dirig\u00e9e d\u2019abord par le P. Jean Prignaud, puis par l\u2019abb\u00e9 Jacques Briend et enfin par le P. J.-B. Humbert assist\u00e9 du Fr. E. Nodet, a d\u00e9j\u00e0 dur\u00e9 huit campagnes, de 1971 \u00e0 1980, et procur\u00e9 d\u2019importants r\u00e9sultats qui ont \u00e9t\u00e9 consign\u00e9s dans un gros volume : <i>Tell Keisan (1971- 1976), une cit\u00e9 ph\u00e9nicienne en Galil\u00e9e<\/i>, Fribourg\/Suisse, \u00c9ditions universitaires\u00a0; G\u00f6ttingen, Vandenhoeck &amp; Ruprecht\u00a0; Paris, Gabalda, 1980. Au-dessous d\u2019une \u00e9glise byzantine trouv\u00e9e en surface, on a d\u00e9j\u00e0 atteint les niveaux hell\u00e9nistique, perse, Fer II, Fer I et Bronze r\u00e9cent.<\/p>\n<p>Le P. J.-B. Humbert et l\u2019abb\u00e9 A. Desreumaux, assist\u00e9s du P. J.-M. de Tarragon ont aussi entrepris une fouille en Transjordanie, \u00e0 Khirbet es-Samra, \u00e0 50 km au nord-est de Amman, sur un site d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 par le P. Savignac en 1924 (<i>RB <\/i>1925, 115-131). Six campagnes ont eu lieu (1978-1986). Le projet visait \u00e0 donner un contexte arch\u00e9ologique au cimeti\u00e8re syro-palestinien d\u00e9j\u00e0 connu. Huit \u00e9glises pav\u00e9es de mosa\u00efques ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mises au jour, une forteresse romaine et une enceinte.<\/p>\n<p>Le christianisme a fleuri \u00e0 Samra tardivement sous les Omeyyades (VII<sup>e<\/sup>-VIII<sup>e<\/sup> s.). L\u2019exploration a fourni pr\u00e8s de 800 st\u00e8les fun\u00e9raires dont plus d\u2019une centaine sont inscrites en grec et syro-palestinien. Des sondages ont montr\u00e9 que le site avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 au I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. par les Nabat\u00e9ens et que l\u2019apog\u00e9e \u00e9conomique se situe au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re. De plus, la voie romaine <em>Nova Trajana<\/em> a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9e sur plus de 40 km, vers la fronti\u00e8re syrienne\u00a0; plus de 150 inscriptions ont \u00e9t\u00e9 copi\u00e9es dont un tiers sont in\u00e9dites.<\/p>\n<p>Cependant l\u2019\u00e9cole a d\u00e9sir\u00e9 ouvrir un nouveau chantier en Transjordanie concernant la p\u00e9riode du Fer. Le projet de retrouver les traces arch\u00e9ologiques des pouss\u00e9es aram\u00e9ennes dans le nord de la Jordanie \u00e9tait s\u00e9duisant. Le site de el-Fedein a \u00e9t\u00e9 choisi dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Mafraq. Une campagne a eu lieu en 1986 sous la direction de J.-B. Humbert. II n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 encore que la grande enceinte cyclop\u00e9enne (50 x 70 m) appartenait \u00e0 la p\u00e9riode du Fer. L\u2019enceinte avait abrit\u00e9 d\u2019abord un monast\u00e8re monophysite dont on a retrouv\u00e9 l\u2019\u00e9glise\u00a0; puis une forteresse omeyyade dont le riche mobilier rappelle ceux des palais omeyyades connus. L\u2019installation du Fer a \u00e9t\u00e9 reconnue \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres, marqu\u00e9e par une c\u00e9ramique lustr\u00e9e des IX<sup>e<\/sup>-VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles (\u00a0?) avant J.-C. D\u2019autres campagnes sont pr\u00e9vues.<\/p>\n<p>Consacr\u00e9s d\u2019abord aux activit\u00e9s arch\u00e9ologiques de l\u2019<i>\u00c9cole arch\u00e9ologique fran\u00e7aise de J\u00e9rusalem <\/i>depuis pr\u00e8s de cent ans, cette chronique serait incompl\u00e8te si elle ne faisait pas aussi mention des travaux men\u00e9s par d\u2019autres arch\u00e9ologues fran\u00e7ais durant la m\u00eame p\u00e9riode.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 du P\u00e8re J. Germer-Durand, \u00e9pigraphiste distingu\u00e9, qui a publi\u00e9 de nombreuses inscriptions grecques dans la <i>Revue Biblique<\/i>. Le m\u00eame auteur a rendu compte dans la <i>RB <\/i>1914, 71-94\u00a0; 222-46, des fouilles que ses confr\u00e8res assomptionnistes et lui-m\u00eame ont men\u00e9es durant de longues ann\u00e9es, de 1889 \u00e0 1912, dans le vaste terrain qu\u2019ils ont acquis sur la pente orientale de la colline occidentale de J\u00e9rusalem, descendant vers le Tyropoeon. II y discerne les occupations suivantes\u00a0: un cimeti\u00e8re \u00e0 hypog\u00e9es ant\u00e9rieur au temps d\u2019H\u00e9rode\u00a0; une riche habitation juive avec installations agricoles, dat\u00e9e du I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re\u00a0; une \u00e9glise byzantine du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle recouvrant en son centre une grotte profonde\u00a0; une habitation musulmane. De la grotte elle-m\u00eame il trace ainsi l\u2019\u00e9volution\u00a0; un tombeau, transform\u00e9 en grotte par creusement qui a doubl\u00e9 sa profondeur, devenue ensuite l\u2019objet d\u2019une v\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne (des croix peintes ou grav\u00e9es sur les parois), puis recouverte d\u2019un nouvel enduit, et utilis\u00e9e comme citerne. Il n\u2019est pas douteux qu\u2019on a l\u00e0 la grotte o\u00f9 les p\u00e8lerins chr\u00e9tiens ont v\u00e9n\u00e9r\u00e9, depuis le haut Moyen \u00c2ge, les pleurs de saint Pierre apr\u00e8s son reniement\u00a0: \u00ab\u00a0Saint Pierre in Gallicantu\u00a0\u00bb. Mais le P. Germer-Durand a cru pouvoir remonter plus haut. D\u2019une analyse des textes d\u2019anciens p\u00e8lerins et d\u2019une \u00e9tude des objets trouv\u00e9s, entre autres de nombreux poids et mesures juifs ainsi que d\u2019un linteau avec inscription h\u00e9bra\u00efque portant le mot \u00ab\u00a0Qorban\u00a0\u00bb, il a pr\u00e9tendu conclure que l\u2019habitation juive du I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle n\u2019\u00e9tait autre que la maison du grand pr\u00eatre Ca\u00efphe. La grotte serait la prison o\u00f9 J\u00e9sus aurait pass\u00e9 la nuit du jeudi au vendredi saint, et on pourrait voir encore aupr\u00e8s d\u2019elle une salle de flagellation. Conclusions qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des controverses, voir les articles du P. Vincent dans la <i>RB <\/i>1927, 633-6\u00a0; 1929, 155-9\u00a0; 1930, 225-56, et les remarques du P. Barrois sur les pr\u00e9tendus \u00e9talons de poids et mesures, <i>RB <\/i>1931, 210.<\/p>\n<p>Tout en se d\u00e9fendant d\u2019\u00eatre un arch\u00e9ologue, le P\u00e8re Prosper Viaud, gardien du couvent franciscain de l\u2019Annonciation \u00e0 Nazareth, a men\u00e9 dans ce couvent, \u00e0 partir de 1890 et surtout en 1907-1909, des fouilles fructueuses dont il a publi\u00e9 les r\u00e9sultats dans un ouvrage intitul\u00e9\u00a0: <i>Nazareth et ses deux \u00e9glises de l\u2019Annonciation et de Saint-Joseph d\u2019apr\u00e8s les fouilles r\u00e9centes<\/i>, Paris, Picard, 1910. II a red\u00e9couvert la cath\u00e9drale de l\u2019\u00e9poque crois\u00e9e, une \u00e9glise de 75 m de long, \u00e0 trois absides, dont les murs s\u2019\u00e9l\u00e8vent encore \u00e0 la hauteur de pr\u00e8s de trois m\u00e8tres. Il a trouv\u00e9 aussi, enfouis sous une salle du couvent, cinq chapiteaux histori\u00e9s de la fin du XII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, admirablement conserv\u00e9s. Il a d\u00e9gag\u00e9 enfin, au nord de cette cath\u00e9drale, une autre \u00e9glise crois\u00e9e qui servait sans doute au culte paroissial. On sait que depuis lors, en 1955-66, des fouilles dirig\u00e9es par le P. Bagatti, o.f.m., ont mis en valeur des vestiges plus anciens qui remontent aux \u00e9poques byzantine, pr\u00e9-byzantine et \u00e9vang\u00e9lique. Une nouvelle basilique a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9e, qui garde en grande partie le plan de la cath\u00e9drale m\u00e9di\u00e9vale et pr\u00e9serve les restes des \u00e9poques plus anciennes.<\/p>\n<p>Vers le sommet du mont des Oliviers se trouve un terrain o\u00f9 la tradition place le souvenir de l\u2019\u00c9l\u00e9ona, \u00e9glise construite par H\u00e9l\u00e8ne, m\u00e8re de Constantin le Grand, sur une grotte o\u00f9 J\u00e9sus aurait enseign\u00e9, soit le discours eschatologique (<i>Mc<\/i> 13 et par.), soit le <i>Pater<\/i>. La princesse de la Tour d\u2019Auvergne avait achet\u00e9 ce terrain pour le compte de la France, et les P\u00e8res Blancs, \u00ab\u00a0Missionnaires d\u2019Afrique\u00a0\u00bb du cardinal Lavigerie, s\u2019en \u00e9taient vu confier la garde. \u00c9glise et grotte avaient disparu. Les P\u00e8res Jean-Louis F\u00e9derlin et L\u00e9on Cr\u00e9 les ont retrouv\u00e9es par des fouilles men\u00e9es en 1910-11 (cf. L\u00e9on Cr\u00e9, <i>Oriens Christianus<\/i>, 1911, 119- 34)\u00a0; et le P. Vincent, qui a suivi de pr\u00e8s les travaux, en a publi\u00e9 une description et une interpr\u00e9tation dans la <i>RB <\/i>191I, 219-65. L\u2019\u00e9difice a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9truit, mais les fouilles ont pu en retracer le plan\u00a0: une basilique \u00e0 une abside et trois nefs, longue d\u2019une trentaine de m\u00e8tres, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019un atrium recouvrant une citerne et de propyl\u00e9es. On a retrouv\u00e9 des d\u00e9bris architecturaux, des pavements en mosa\u00efque, et surtout la grotte v\u00e9n\u00e9r\u00e9e, am\u00e9nag\u00e9e en crypte sous le ch\u0153ur et en partie conserv\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1913-14, le capitaine Raymond Weill a fouill\u00e9 un terrain achet\u00e9 par le baron Edmond de Rothschild sur la pente orientale de l\u2019Ophel, \u00e0 quelque 200 m au sud de la source Gihon. Voir son compte rendu : <i>La Cit\u00e9 de David. Campagne 1913-1914<\/i>, Paris, Geuthner, 1920\u00a0; et les analyses du P. Vincent dans la <i>RB <\/i>1921, 410-33\u00a0; 541-69. On a rep\u00e9r\u00e9 s\u2019\u00e9chelonnant parall\u00e8lement sur cette pente rapide plusieurs tombes, ainsi que des murs et murettes courant nord-sud, dont l\u2019interpr\u00e9tation difficile devra \u00eatre enti\u00e8rement r\u00e9vis\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re des nouvelles fouilles, r\u00e9centes et actuelles, men\u00e9es dans ces parages. \u00c0 retenir surtout, au sommet, sur une terrasse rocheuse malheureusement ravag\u00e9e par des carri\u00e8res romaines, les restes probables et encore impressionnants d\u2019anciens hypog\u00e9es royaux, dont on sait par la Bible (<i>Ne<\/i> 3, 16) qu\u2019ils se trouvaient dans cette r\u00e9gion, et aussi d\u2019une inscription grecque du I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle de notre \u00e8re qui atteste la pr\u00e9sence en ce lieu d\u2019une \u00ab\u00a0synagogue des Affranchis\u00a0\u00bb (cf. Vincent, <i>RB <\/i>1921, 247-77).<\/p>\n<p>Au cours de cette premi\u00e8re campagne, le capitaine Weill avait ouvert un chantier secondaire \u00e0 la pointe sud de l\u2019Ophel. Il en reprit l\u2019exploration en 1923-24 (<i>La Cit\u00e9 de David.<\/i> <i>II. Campagne de 1923-1924<\/i>, Paris, Geuthner, 1947) et crut y retrouver un \u00ab\u00a0ch\u00e2teau de la pointe\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0donjon\u00a0\u00bb canan\u00e9ens, dont la reconstitution qu\u2019il en a tent\u00e9e est enti\u00e8rement caduque (cf. Vincent, <i>RB <\/i>1949, 614-17). \u00c0 retenir surtout de cette deuxi\u00e8me campagne de fouilles la mise au jour d\u2019une d\u00e9rivation du canal qui amenait l\u2019eau de la source Gihon, d\u00e9rivation qui conduisit l\u2019eau vers une grande piscine (l\u2019actuelle Birket el-Hamra), et qui servit plus tard, recreus\u00e9, \u00e0 \u00e9vacuer en sens contraire les eaux de la piscine d\u2019Ez\u00e9chias vers le C\u00e9dron.<\/p>\n<p>Teleil\u00e2t Ghassoul est le nom de trois tertres peu \u00e9lev\u00e9s (en un endroit, 5, 50 m du sommet au sable vierge) situ\u00e9s \u00e0 environ 5 km et demi \u00e0 l\u2019orient du Jourdain et 5 km au nord de la mer Morte. Le P\u00e8re Alexis Mallon, s. j., alors recteur de l\u2019<i>Institut biblique pontifical de J\u00e9rusalem<\/i>, annexe de celui de Rome, y a pratiqu\u00e9 des fouilles en 1929-32. En d\u00e9pit de quelques m\u00e9saventures (galets grav\u00e9s qui se sont av\u00e9r\u00e9s \u00eatre des faux) ou m\u00e9prises (identification de ce site et de sa r\u00e9gion avec Sodome et la Pentapole, th\u00e9orie qui a \u00e9t\u00e9 depuis controvers\u00e9e et abandonn\u00e9e\u00a0; cf. <i>RB <\/i>1931, 388-400\u00a0; 1932, 489-514), cette exploration a obtenu des r\u00e9sultats int\u00e9ressants (Teleil\u00e2t Ghassut, I. Rome, 1934). Elle a mis en valeur une culture d\u2019\u00e9poque n\u00e9olithique et chalcolithique (environ 4000-3500 av. J.-C.) assez typique pour \u00eatre devenue un terme de r\u00e9f\u00e9rence arch\u00e9ologique sous le nom de \u00ab\u00a0ghassoulien\u00a0\u00bb. Ses quatre niveaux sup\u00e9rieurs, atteints par la premi\u00e8re campagne, sont caract\u00e9ris\u00e9s par le \u00ab\u00a0cornet\u00a0\u00bb, la d\u00e9coration peinte au pastel, le racloir en \u00e9ventail, le ciseau, et des peintures murales \u00e9tranges, fort ab\u00eem\u00e9es et d\u2019interpr\u00e9tation difficile. Bien que cela d\u00e9passe le cadre de cet article, signalons que, apr\u00e8s la mort du P. Mallon en 1934, la fouille a \u00e9t\u00e9 continu\u00e9e par des membres non fran\u00e7ais de l\u2019<i>Institut biblique pontifical<\/i>, le P. Robert K\u00f6ppel jusqu\u2019en 1938, le P. Robert North en 1959-60, et enfin reprise \u00e0 partir de 1967 par le docteur Basil Hennessy, de la <i>British School of Archaeology at Jerusalem<\/i>. Ce dernier arch\u00e9ologue a atteint cinq niveaux plus profonds et constat\u00e9 six anciens tremblements de terre qui ont grandement perturb\u00e9 les couches, ce qui explique que les fouilles ant\u00e9rieures aient \u00e9t\u00e9 fort embarrass\u00e9es pour \u00e9tablir une stratification coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>L\u2019industrie lithique de la fouille de Teleil\u00e2t Ghassoul fut \u00e9tudi\u00e9e par Ren\u00e9 Neuville. \u00c2g\u00e9 de vingt-sept ans, ce jeune savant donnait d\u00e9j\u00e0 des preuves de sa comp\u00e9tence. Attach\u00e9 au Consulat g\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 J\u00e9rusalem, d\u2019abord en qualit\u00e9 de chancelier puis de vice-consul de 1926 \u00e0 1937, et ensuite comme consul g\u00e9n\u00e9ral de 1946 \u00e0 1952, date de sa mort, Ren\u00e9 Neuville sut joindre \u00e0 ses obligations de diplomate une carri\u00e8re tr\u00e8s f\u00e9conde de pr\u00e9historien. Outre des explorations de surface, il fouilla dans les monts de Jud\u00e9e, au sud de Bethl\u00e9em, de nombreuses grottes, dont celle de Oumm Qatafa dans le wady Khareitun (1928, 1932 et 1949) est sans doute la plus connue. Les r\u00e9sultats de ses recherches ont fait l\u2019objet de nombreux articles. Un premier essai de synth\u00e8se sur \u00ab\u00a0la pr\u00e9histoire de Palestine\u00a0\u00bb a paru dans la <i>RB <\/i>1934, 237-59. Peu avant sa mort, un ouvrage intitul\u00e9 <i>Le Pal\u00e9olithique et le M\u00e9solithique du d\u00e9sert de Jud\u00e9e<\/i>, Paris, Masson, 1951, a pr\u00e9sent\u00e9 la somme de ses travaux et de ses conclusions. Par ses recherches assidues et ses p\u00e9n\u00e9trantes intuitions, Ren\u00e9 Neuville a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des pionniers qui ont fait sortir de l\u2019enfance et grandement progresser la connaissance de la pr\u00e9histoire palestinienne.<\/p>\n<p>Suivant un ordre chronologique, il faut mentionner ici les fouilles qui furent pratiqu\u00e9es \u00e0 partir de 1931, \u00e0 J\u00e9rusalem, dans le couvent des S\u0153urs de Notre-Dame de Sion dit \u00ab\u00a0<i>Ecce Homo<\/i>\u00ab\u00a0, par la M\u00e8re Marie-Godelieve, sup\u00e9rieure de cette institution, et plus tard par la M\u00e8re Marie-Aline de Sion, qui lui succ\u00e9da. Cette derni\u00e8re a publi\u00e9 les r\u00e9sultats et l\u2019interpr\u00e9tation de ces recherches dans un ouvrage intitul\u00e9 <i>La forteresse Antonia \u00e0 J\u00e9rusalem et la question du Pr\u00e9toire<\/i>, J\u00e9rusalem, Imprimerie franciscaine, 1955. De son c\u00f4t\u00e9, le P. Vincent, qui suivit de tr\u00e8s pr\u00e8s ces fouilles et en guida l\u2019interpr\u00e9tation, leur a consacr\u00e9 plusieurs articles de la <i>RB <\/i>: 1933, 83-113\u00a0; 1937, 563-70\u00a0; 1952, 513-30\u00a0; 1954, 87-107. La question trait\u00e9e est double\u00a0: la structure de la forteresse Antonia et son identification avec le Pr\u00e9toire o\u00f9 J\u00e9sus fut jug\u00e9 par Pilate. Tout en rendant hommage \u00e0 l\u2019ardeur des travaux de d\u00e9gagement et \u00e0 l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation, je dois dire que la reconstitution arch\u00e9ologique propos\u00e9e me parait sans fondement et que le Pr\u00e9toire de Pilate \u00e9tait alors selon moi l\u2019ancien palais d\u2019H\u00e9rode le Grand, dans la r\u00e9gion de la citadelle de la ville actuelle. Je m\u2019en suis expliqu\u00e9 dans deux articles auxquels je me permets de renvoyer : Pr\u00e9toire, Lithostr\u00f4ton et Gabbatha, <i>RB <\/i>1952, 531-50\u00a0; L\u2019Antonia d\u2019H\u00e9rode le Grand et le Forum oriental d\u2019Aelia Capitolina, <i>HTR <\/i>64, 1971, 135-67.<\/p>\n<p>En 1933, Mme Judith Marquet-Krause a entrepris des fouilles, patronn\u00e9es par le baron Edmond de Rothschild, sur le site biblique de \u2019A\u00ef, aujourd\u2019hui et-Tell, qui domine \u00e0 l\u2019ouest le village de Deir Diw\u00e2n. Sa mort pr\u00e9matur\u00e9e en 1935 ne lui a malheureusement pas permis de mener plus de trois campagnes, mais qui furent fructueuses. L\u2019occupation s\u2019est av\u00e9r\u00e9e avoir dur\u00e9 pendant tout le Bronze Ancien, s\u2019\u00eatre interrompue aux Bronze Moyen et R\u00e9cent, et avoir repris au Fer avec abandon d\u00e9finitif vers l\u2019an 1000 av. J.-C. D\u2019importantes structures ont \u00e9t\u00e9 mises au jour\u00a0: trois lignes d\u2019un rempart massif, un sanctuaire et un \u00ab\u00a0palais\u00a0\u00bb. Des rapports pr\u00e9liminaires ont rendu compte de ces trouvailles, et le P. Vincent en offrait une premi\u00e8re synth\u00e8se dans la <i>RB <\/i>1937, 231-66. Le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019exploratrice ne lui a pas laiss\u00e9 le temps de confirmer ou de corriger ses conclusions par une exploration plus pouss\u00e9e. De fait, on peut voir par la recension du P. de Vaux parue dans la <i>RB <\/i>1950, 621-24, que plusieurs des vues de l\u2019exploratrice \u00e9taient \u00e0 r\u00e9viser. II rendait compte d\u2019un volume : <i>Les fouilles de \u2019Ay (Et-Tell) 1933-1935<\/i>. <i>La r\u00e9surrection d\u2019une grande cit\u00e9 biblique<\/i>, Paris, Geuthner, 1949, o\u00f9 des mains pieuses avaient rassembl\u00e9 avec plus de d\u00e9vouement que de comp\u00e9tence les documents et les mat\u00e9riaux laiss\u00e9s par l\u2019arch\u00e9ologue d\u00e9funte. Il est certain que celle-ci aurait mis au point bien des choses s\u2019il lui avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de poursuivre ses travaux. Ce qu\u2019elle a trouv\u00e9 \u00e9tait riche et prometteur, mais la fouille devait \u00eatre reprise et \u00e9tendue. Elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de 1964 sous la direction du Professeur Joseph A. Callaway, auquel cet ouvrage est d\u00e9di\u00e9 en hommage, et on sait avec quel succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Le domaine de l\u2019\u00e9glise Sainte-Anne, \u00e0 J\u00e9rusalem, recouvre la piscine de B\u00e9thesda, pr\u00e8s de l\u2019antique porte Probatique, dont <i>Jn<\/i> 5, 2 dit qu\u2019elle avait cinq portiques. D\u00e8s 1873, lorsque l\u2019architecte C. Mauss entreprit la restauration de l\u2019\u00e9glise m\u00e9di\u00e9vale que la Turquie venait de c\u00e9der \u00e0 la France, il eut la bonne fortune de d\u00e9couvrir un petit bassin qui appartenait \u00e0 l\u2019antique piscine. \u00c0 partir de 1878, les P\u00e8res Blancs, devenus gardiens de ce sanctuaire fran\u00e7ais, s\u2019appliqu\u00e8rent par de nombreux sondages, men\u00e9s en particulier par le P\u00e8re L. Cr\u00e9, \u00e0 retrouver les dimensions originales de la piscine. Il s\u2019agit en fait de deux grands bassins creus\u00e9s dans le roc, juxtapos\u00e9s du nord au sud et s\u00e9par\u00e9s par une sorte de digue est-ouest. L\u2019ensemble a une forme trap\u00e9zo\u00efdale, et les dimensions sont de 62 et 80 m sur les c\u00f4t\u00e9s nord et sud, de 100 et 110 m sur les c\u00f4t\u00e9s ouest et est. L\u2019<i>\u00c9cole biblique <\/i>s\u2019\u00e9tait, bien entendu, int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ces d\u00e9couvertes, et des \u00e9l\u00e9ments d\u2019architecture retrouv\u00e9s le P. Vincent avait conclu que l\u2019\u00e9glise byzantine comm\u00e9morant le miracle \u00e9vang\u00e9lique utilisait la digue m\u00e9diane pour porter sa nef centrale, tandis que ses nefs lat\u00e9rales surplombaient la partie sud du bassin nord et la partie nord du bassin sud. L\u2019ensemble de ces trouvailles et de ces conclusions avait \u00e9t\u00e9 consign\u00e9 dans l\u2019ouvrage d\u2019un P\u00e8re Blanc hollandais, N. van der Vliet, <i>\u00ab\u00a0Sainte Marie o\u00f9 elle est n\u00e9e\u00a0\u00bb et la piscine probatique<\/i>, J\u00e9rusalem, Imprimerie franciscaine; Paris, Gabalda, 1938.<\/p>\n<p>Or, \u00e0 partir de 1956, de nouvelles fouilles ont \u00e9t\u00e9 entreprises par les P\u00e8res Blancs, en particulier par les PP. Blondeel et Pochet, en \u00e9troite collaboration avec l\u2019<i>\u00c9cole biblique<\/i>, repr\u00e9sent\u00e9e par les PP. de Vaux et Rous\u00e9e. Les r\u00e9sultats acquis par les recherches ant\u00e9rieures ont \u00e9t\u00e9 en partie confirm\u00e9s, en partie corrig\u00e9s et compl\u00e9t\u00e9s. La date probable des grands bassins a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e aux environs de l\u2019an 200 av. J.-C.\u00a0; ils seraient l\u2019\u0153uvre du grand pr\u00eatre Simon dont parle l\u2019Eccl\u00e9siastique 50, 3 (mais cette date est actuellement en cours de r\u00e9vision). Ils auront cess\u00e9 de servir quand H\u00e9rode le Grand a creus\u00e9 la Birket Isra\u00efl, situ\u00e9e un peu au sud, le long du mur nord de l\u2019esplanade du Temple. Il est apparu que les \u00ab\u00a0portiques\u00a0\u00bb dont parle l\u2019\u00c9vangile n\u2019ont jamais exist\u00e9. En tout cas on n\u2019a trouv\u00e9 aucune colonne qui les prouve\u00a0; celles qu\u2019ont d\u00e9gag\u00e9es les fouilles, anciennes et r\u00e9centes, appartenaient \u00e0 l\u2019\u00e9glise byzantine. Celle-ci pr\u00e9sentait bien le plan dont le P. Vincent avait eu l\u2019intuition, avec cette nuance que l\u2019abside se trouvait \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 orientale, comme il est normal, et non \u00e0 l\u2019occident comme l\u2019avait imagin\u00e9 le P. Vincent. On a retrouv\u00e9 les grandes arches qui, plongeant jusqu\u2019au fond rocheux du bassin sud, supportaient la nef lat\u00e9rale sud de l\u2019\u00e9glise. Mais la d\u00e9couverte la plus importante fut que la moiti\u00e9 orientale de cette \u00e9glise, \u00e0 l\u2019est des deux grands bassins, recouvrait \u2013 et oblit\u00e9rait \u2013 un ancien sanctuaire de gu\u00e9rison. Garanti pour les II<sup>e<\/sup> et III<sup>e<\/sup> si\u00e8cles par la poterie, les monnaies, et des <i>ex-voto<\/i> qui en font un Ascl\u00e9pieion, ce lieu de gu\u00e9rison existait d\u00e9j\u00e0 au I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle (attestation c\u00e9ramique et numismatique), sans qu\u2019on puisse d\u00e9finir alors son appartenance religieuse. En tout cas, avec ses petits bassins-baignoires et ses galeries (d\u2019incubation\u00a0?), il offre \u00e0 l\u2019\u00e9pisode \u00e9vang\u00e9lique un contexte bien meilleur que les deux grands bassins profonds de quelque treize m\u00e8tres, o\u00f9 les malades auraient d\u00fb plonger pour \u00eatre gu\u00e9ris\u00a0! En attendant une publication d\u00e9finitive qui se pr\u00e9pare, on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 quelques pr\u00e9sentations pr\u00e9liminaires\u00a0: <i>RB <\/i>1957, 226-28\u00a0; 1962, 107-9\u00a0; J. M. Rous\u00e9e, <i>L\u2019\u00e9glise Sainte-Marie de la Probatique. Chronologie des sanctuaires \u00e0 Sainte-Anne de J\u00e9rusalem d\u2019apr\u00e8s les fouilles r\u00e9centes<\/i>, dans les <i>Atti del VI Congresso Internazionale di Archeologia Cristiana<\/i>. Ravenne 23-30 settembre 1962, Citta del Vaticano, 1965, 168-176\u00a0; P. Beno\u00eet, <i>D\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques autour de la piscine de B\u00e9thesda<\/i>, dans <i>Jerusalem Through the Ages<\/i>, Jerusalem, The Israel Exploration Society, 1968, pp. 48-57\u00a0; A. Duprez, <i>J\u00e9sus et les dieux gu\u00e9risseurs. \u00c0 propos de Jean, V <\/i>(Cahiers de la <i>RB <\/i>n\u00b0 12), Paris, Gabalda, 1970.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 http:\/\/www.ebaf.edu\/wp-content\/uploads\/article_archeologie_benoit.pdf Depuis le XIXe si\u00e8cle, des chercheurs fran\u00e7ais se sont consacr\u00e9s, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des savants d\u2019autres pays, \u00e0 l\u2019\u00e9tude arch\u00e9ologique de la Palestine. Qu\u2019il suffise de rappeler les noms de Albert de Luynes (1802-1867), L\u00e9on de Laborde (1807-1869), F\u00e9licien de Saulcy (1807-1880), Victor Gu\u00e9rin (1821-1890), Melchior de Vog\u00fc\u00e9 (1829-1916), Charles Clermont- Ganneau (1846-1923). \u00c0 &#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.mj-lagrange.org\/?p=4264\" class=\"more-link\">Continue reading &lsquo;Activit\u00e9s arch\u00e9ologiques de l\u2019\u00c9cole biblique et arch\u00e9ologique fran\u00e7aise \u00e0 J\u00e9rusalem depuis 1890 par \u2020 Pierre Beno\u00eet, o. p. 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