1er novembre 2026
La Toussaint
Frère Augustin Laffay, o. p.
Qui sait vraiment ce que nous fêtons le jour de la Toussaint ? Fêterions-nous les prénoms comme je l’ai entendu récemment ? Non, pas plus que nous ne fêtons la sainteté en général. Nous fêtons aujourd’hui des personnes bien vivantes : les saints, tous ceux qui ont suivi jusqu’au bout – c’est-à-dire jusqu’au Père – le Saint avec un grand S, Jésus-Christ. C’est le jour où le Ciel s’entrouvre pour nous laisser entrevoir les chrétiens dans leur état final de béatitude. Car c’est cela un saint. C’est le secret de ces personnes, de ces saints que l’Écriture nous invite à percer pour marcher à leur suite. Qui sont les saints ? Que font-ils ? Ce sont les deux premières questions auxquelles nous devons nous affronter.
Les saints, nous dit saint Jean, sont appelés en vérité « enfants de Dieu ». Enfants d’un même Père, marqués d’un même sceau ils constituent une famille. Cette famille est innombrable : 144 000 nous dit l’Apocalypse, 12 000 de chacune des douze tribus d’Israël. Et ce n’est pas tout : il y a encore « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ». La famille de Dieu n’est donc pas étriquée : elle est aussi large que son dessein créateur. Il ne tient qu’à nous, avec la grâce de Dieu, d’y tenir notre place.
Il faut ajouter quelque chose. Cette famille, si nombreuse soit-elle, n’est constituée que d’originaux. Il n’y a pas de copies chez les saints car Dieu ne produit pas en séries. Il n’y a pas un modèle de perfection identique pour tous dans lequel il faudrait se glisser. C’est plutôt rassurant. Pour être chrétien, il suffit de se laisser habiter par le Christ. Chaque saint, c’est-à-dire chaque chrétien accompli, est une invention inédite de l’Esprit Saint.
Que font les saints ?
Et que font ces saints du Ciel ? Eh bien, la première chose qu’ils aient à faire c’est de regarder Dieu. S’ils sont vraiment chrétiens c’est-à-dire du Christ, c’est parce qu’ils Le regardent. « Lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est. » Et cette contemplation leur arrache des cris de joie : « Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! »
Mais comment faire pour rejoindre cette famille ? Quel chemin devons-nous suivre pour être ainsi ? C’est la question qui est posée dans l’Apocalypse : « Tous ces gens vêtus de blancs, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? »
D’où viennent les saints ?
Voici la réponse de l’Ancien dans l’Apocalypse : « Ils viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau. » Il y a donc une épreuve. Si Dieu la permet c’est pour que nous grandissions, et non pour que nous mourions. Sur la montagne des Béatitudes, Jésus balise le chemin de la sainteté.
En premier lieu l’œuvre de notre sanctification commence ici et tout de suite. La sainteté n’est pas une récompense qui vient après la mort, une sorte de médaille militaire reçue à titre posthume. L’œuvre de Dieu s’accomplit déjà en nous ici- bas alors que nous sommes sur le chemin de notre pèlerinage. L’objectif que nous visons nous transforme déjà. La première et la huitième béatitude sont au présent alors que les autres sont au futur. Le Royaume des cieux, qui est la maison de famille des saints, est déjà présent pour ceux qui ont une âme de pauvre et ceux qui sont persécutés pour la justice. Cela, le monde ne le voit pas, mais, nous, nous le croyons. La communion des saints ne connaît pas la barrière de la mort. L’épreuve que les saints du Ciel ont franchie consiste moins à faire qu’à se laisser faire. Là aussi, l’enseignement du Christ est clair : le chrétien n’est pas un activiste. Sa vocation consiste à consentir à ce que Dieu veut, à vouloir ce qu’Il veut. Rien d’autre. C’est ainsi qu’il faut comprendre ces extraordinaires béatitudes des affligés, des assoiffés, des affamés.
Au jour de la Transfiguration, le Christ nous a laissé entrevoir sa gloire. Au jour de la Toussaint, c’est la gloire de tous ceux qui ont lavé leur robe dans son sang, la gloire de tous ceux qui ont franchi la grande épreuve qui nous est furtivement donnée à contempler. Réjouissons-nous pour tous les saints du Ciel : les canonisés et les autres. La solennité de la Toussaint nous rappelle pour quoi et pour qui nous existons : la sainteté est notre vocation car nous sommes faits pour Dieu. Rien de moins. Voir Dieu, le voir de leurs yeux, c’est la joie des bienheureux.
Extrait La Revue du Rosaire « Rosaire et Liturgie » – novembre 2007 – n° 195.
Dans son Journal spirituel, P. Lagrange cite quelques litanies des saints auxquelles il se confie :
Je renouvelle les trois résolutions de Noël :
1° Ne jamais offenser Dieu volontairement, – je mets cette résolution sous la protection de Marie Immaculée.
2° Acquérir l’esprit de prière continuelle, – sous la protection de St Joseph
3° Ne jamais manquer à la charité fraternelle, – sous la protection de St Dominique.
Je demande :
à Marie Immaculée de me mener tout droit au Cœur de Jésus ;
à St Joseph, de me donner l’esprit religieux par l’accomplissement parfait des trois vœux ;
à St Dominique, la plénitude de son esprit.
Ste Philomène, obtenez-moi la grâce que je vous ai demandée à Ars en août 1878 ;
St curé d’Ars, qui m’avez béni, l’humilité ;
St Thomas d’Aquin, en la fête duquel je suis né, une pureté angélique ;
Ste Marie-Madeleine, la contrition parfaite par l’amour ;
Sainte Catherine de Sienne, la connaissance de Dieu et de mon néant ;
St Grégoire le Grand (en la fête duquel j’ai reçu le saint Baptême), la science du chant sans vaine complaisance et pour la gloire de Dieu.
St Paul, la connaissance de l’Écriture sainte.
St Pierre, confirmez-moi dans la foi.
St Gabriel, aidez-moi à saluer la Vierge Marie Immaculée.
St Raphaël, conduisez-moi dans le chemin.
St Michel, défendez-moi contre les tentations.
Mon Saint Ange gardien, protégez-moi.
St Jean Chrysostome, priez pour moi.
St Vincent de Paul, priez pour moi.
St François d’Assise, priez pour moi.
St François de Sales, priez pour moi.
St François Xavier, priez pour moi.
St Ignace de Loyola, priez pour moi.
St Augustin, priez pour moi.
St Louis roi de France, priez pour mon frère Louis.
St Louis de Gonzague, priez pour mon frère Louis.
St Louis Bertrand, priez pour mon frère Louis.
Notre-Dame de Lourdes, je vous confie mes parents, mon frère et mes sœurs.
Notre-Dame de La Salette, je vous confie mes sœurs.
Paul Seigneret, priez pour moi.
Ste Thérèse, priez pour nous.
St Jean Baptiste, priez pour nous.
St Joachim et sainte Anne, priez pour nous.
Marie-joseph Lagrange. Journal spirituel, Cerf. 2014. p. 51.
3 novembre 2026
SAINT MARTIN DE PORRES
Fr. Jean-François Nando o.p.
“Et nox illuminatio mea et deliciis meis” (La nuit est ma lumière et mon bonheur), tel aurai pu être la devise de saint Martin de Porrès. C’est ce que dit de lui Stanislas Fumet qui lui à consacré une biographie dans les années 1930, après bien d’autres biographes espagnols. Il n’est pas facile après cela de refaire à nouveau l’histoire de saint Martin de Porrès! Aussi je reprendrais un texte d’introduction aux litanies pour vous présenter cette figure de l’Ordre des Prêcheurs, grand thaumaturge, modèle des frères convers (coopérateurs), que nous vénérons.
Saint Martin de Porrès (1569 – 1639) naquit à Lima, dans l’Amérique méridionale. Son père, Don Juan de Porrès, était un conquérant espagnol, et sa mère, Anna Velasquez, une esclave noire devenue libre. Comme Martin ressemblait beaucoup à sa mère par sa couleur il devint une cause d’humiliation pour son père qui l’abandonna à son sort. Son admirable pureté de mœurs, sa modestie, son humilité et sa charité pour les pauvres furent les vertus caractéristiques de son enfance et de toute sa vie. À quinze ans, Martin de Porrès entra dans le Tiers-Ordre de St- Dominique. Le jeune novice chérissait tellement l’humilité qu’il accomplissait avec délice les offices les plus abjects du couvent. Il se regardait et se nommait le plus grand des pécheurs, baisait à genoux les pieds de ceux qui le chargeaient d’injures et les suppliait de le fouler à leurs pieds. Son aversion pour les moindres fautes était implacable. Afin de les éviter sûrement, saint Martin de Porrès ne cessait de châtier son corps par des jeûnes continuels, des cilices et des chaînes de fer. Il affectionnait tellement le divin Sauveur que la force de cet amour surnaturel le fit un jour s’élever de terre, s’envoler vers un crucifix et baiser la plaie du Coeur de Jésus. Il ne parlait que de Dieu ou avec Dieu et déversait son trop plein d’amour divin sur tous les hommes, particulièrement sur les malades et les agonisants. Ce saint de la charité déploya son intarissable dévouement dans l’office d’infirmier dont il fut chargé. Dieu se plut à honorer l’éminente charité de son serviteur en le gratifiant de faveurs extraordinaires. Saint Martin de Porrès connaissait les secrets des cœurs, prédisait l’avenir, dévoilait les ruses des démons et repoussait leurs assauts avec autorité. Il devinait à distance les désirs des malades et se transportait miraculeusement à leur chevet. Pendant une
épidémie qui sévit au couvent du Rosaire, on garda toutes les portes closes. Les malades furent ébahis de constater la présence subite du saint près de leur lit. On a vu et entendu saint Martin de Porrès en Europe, en Chine, en Algérie, au Japon, alors qu’il n’a jamais quitté l’Amérique. Quoiqu’il n’eût point fait d’études religieuses, l’humble infirmier résolvait les plus graves questions de la théologie avec tant de sûreté que les hommes les plus doctes proclamaient avec émerveillement que sa science ne pouvait lui venir que du ciel. Sa bonté proverbiale s’étendait même aux animaux nuisibles. Afin de leur éviter de tomber dans les pièges meurtriers du frère sacristain qui se plaignait de voir ses étoffes rongées par les rats et les souris, il rassembla un jour toutes ces petites bêtes, et déposant son panier par terre, il leur enjoignit de grimper dedans. Lorsque toutes ces indésirables créatures eurent monté dans sa corbeille, il les transporta au fond du jardin, leur promettant de les nourrir chaque jour. Dieu lui révéla d’avance le jour de sa mort. Le saint demanda que tous les religieux du couvent soient présents à ses derniers moments et leur demanda pardon pour toutes les offenses qu’il avait pu commettre envers eux. Ses frères récitèrent avec émotion le Symbole des Apôtres ; arrivés à cette parole : « Le Verbe S’est fait chair », saint Martin de Porrès posa doucement le crucifix sur sa poitrine et rendit à Dieu son âme innocente, le troisième jour de novembre 1639, à l’âge de soixante ans. Comme durant sa vie, de nombreux miracles continuèrent de témoigner de son éminente sainteté. Après avoir examiné et approuvé ces prodiges, le pape Grégoire XVI rangea Martin de Porrès au nombre des bienheureux, le 19 mars 1836 ; Jean XXIII lui décerna les honneurs de la canonisation en 1962. Il est fêté le 3 novembre.
Extrait de La Revue du Rosaire, novembre 2013 », n° 261.
En souvenir de notre cher frère Martin (1921-2020), du couvent des Dominicains de Nice, toujours ouvert à tous, modèle de sainteté.
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