Écho de notre page Facebook : juin 2026

Dimanche 21 juin 2026

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus prépare ses disciples à la persécution :

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. » (Mt 10,28)

L’Évangile selon Saint Matthieu, Lecoffre-Gabalda, 1941 p. 208 (extrait), le père Lagrange écrit :

— […] Dans l’antiquité où la religion et l’État étaient étroitement unis, la prédication d’une doctrine nouvelle devenait aisément un crime capital. Jésus averti ses disciples, et leur enjoint en même temps de ne pas craindre. L’opposition entre l’âme et le corps et plus clairement exprimée que dans Lc avec la formule légèrement paradoxale « tuer l’âme », sûrement originale. Avec la mort le pouvoir des hommes est épuisé. Ils ne peuvent même séparer à jamais l’âme et le corps, car Dieu peut les réunir. […] Ce que le verset a de mystérieux doit s’expliquer d’après la religion des Hébreux. C’est Dieu et non le diable qu’ils devaient craindre. […] La crainte de Dieu doit conduire à Dieu, tandis que la crainte des hommes suggère la fuite.

 

16 juin 2026

48 Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (Mt 5)

Le père Lagrange commente dans l’Évangile de Jésus Christ avec la synopse évangélique, Artège, 2017, p.

— Le principe posé, Jésus en tire quelques applications (Commandements). La Loi interdisait l’homicide, Lui ne veut pas même qu’on se mette en colère ; non seulement on doit pardonner : on doit poursuivre la réconciliation, même si l’on n’a aucun tort. La Loi condamnait l’adultère : il faut l’entendre de tout désir mauvais. La Loi permettait la répudiation ; ce n’était qu’une tolérance temporaire, la perfection que Lui exige, c’est l’union des époux, la mort seule ayant le pouvoir de dissoudre le mariage.  La Loi interdit le parjure, le vrai disciple évitera les serments et se contentera de dire oui ou non. La Loi prescrivait le talion : « Œil pour œil, dent pour dent. » Jésus ne la condamne pas expressément ; la vengeance privée s’était d’abord donnée libre cours dans des sociétés dépourvues d’une forte autorité publique réprimant le crime ; il avait fallu la contenir dans les bornes de la réciprocité et de l’égalité des dommages. L’idéal serait de ne pas résister au mal lorsqu’on en est seul personnellement victime. Et voici l’expression héroïque d’une patience surhumaine : « Si quelqu’un te soufflette la joue droite, tends-lui aussi l’autre. » Où l’on voit assez que Jésus n’impose pas un précepte ; il vise aux étoiles pour obtenir du moins un peu de complaisance. « Si quelqu’un te réquisitionne pour un mille, fais-en deux avec lui. »

L’enseignement de la Loi, des Prophètes et des Psaumes, insistait sur l’amour du prochain. Quel était ce prochain ? La question reviendra plus tard. Sûrement c’était une catégorie privilégiée, et il était une autre catégorie, celle des ennemis, de haïr et de maudire, comme étant aussi les ennemis de Dieu.

La Loi n’interdisait donc pas la haine, pourvu qu’elle fût motivée, et c’était bien ce que pensaient les Pharisiens. Jésus parlant une langue sémitique, dépourvue de nuances, soit pour exprimer des sentiments intermédiaires, soit pour distinguer un ordre positif d’une simple tolérance, résume l’opinion courante qu’on croyait traditionnelle d’après la Loi : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi

Mais Lui comprend mieux la force envahissante du précepte de l’amour (Amour de Dieu) oublie les injures, nous le savions déjà ; elle va plus loin : elle s’étend aux ennemis., elle n’a plus d’autres limites que la bonté du Père des cieux qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons. Aimer ses amis seulement, les publicains savent le faire. Le disciple visera plus haut : il n’a d’autre modèle que Dieu : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Aujourd’hui, les papes nous disent :

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Mais qui pourrait devenir parfait ? Notre perfection est de vivre avec humilité en tant qu’enfants de Dieu en accomplissant concrètement sa volonté. Saint Cyprien écrivait qu’« à la paternité de Dieu doit correspondre un comportement d’enfants de Dieu, afin que Dieu soit glorifié et loué pour la bonne conduite de l’homme » (De la jalousie et de l’envie, 15 : CCL 3a, 83).

De quelle façon pouvons-nous imiter Jésus ? Jésus lui-même dit : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 44-45). Qui accueille le Seigneur dans sa vie, et l’aime de tout son cœur, est capable d’un nouveau commencement. Il réussit à accomplir la volonté de Dieu : réaliser une nouvelle forme d’existence animée par l’amour et destinée à l’éternité. L’apôtre Paul ajoute : « N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous » (1 Co 3, 16). Si nous sommes vraiment conscients de cette réalité et que notre vie est profondément façonnée par elle, alors notre témoignage devient clair, éloquent et efficace. Un auteur médiéval a écrit : « Lorsque tout l’être humain s’est pour ainsi dire uni à l’amour de Dieu, alors la splendeur de son âme se reflète aussi dans son aspect extérieur », dans toute sa vie (Jean Climaque, L’échelle sainte, XXX : PG 88, 1157 B). On lit dans le livre de l’Imitation de Jésus Christ : « L’amour est une grande chose ; c’est un bien qui rend léger tout ce qu’il y a de pesant, et supporte tranquillement toute difficulté. L’amour aspire à monter haut, sans être retenu par rien de terrestre. Il naît de Dieu et c’est seulement en Dieu qu’il peut trouver son repos » (III, V, 3). (Pape Benoît XVI, Angélus, 20 février 2011).

(Source Vatican News)

10 juin 2026

P. Lagrange en 1895

Messe anniversaire mensuelle en mémoire de Marie-Joseph Lagrange o.p. des frères Prêcheurs (1855 (Bourg-en-Bresse) — 1938 (Saint-Maximin, Var), Fondateur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

Messe célébrée par Fr. Manuel Rivero, o.p., vice-postulateur de la cause pour la béatification de ce grand Serviteur de l’Église. Nous, amis de cette cause par notre inscription à ce site, et vous êtes nombreux, nous nous joignons par la prière à Fr Manuel et confions à l’intercession du père Lagrange nos demandes de grâces et continuons de prier pour sa béatification. Voir la prière jointe. Voir également sur mj-lagrange.org

7 juin 2016

 

 

 

 

Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Solennité

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (6, 51-58) suivi d’une méditation du Père Marie-Joseph Lagrange O. P.

« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson »

En ce temps-là, Jésus disait aux foules des Juifs : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Dans son évangile selon saint Jean (1936, pp. 183-186,) le père Marie-Joseph Lagrange O. P. écrit : révélation de l’Eucharistie

Ce que Jésus dit à la troisième personne, il se l’attribue ouvertement parce que Jésus est descendu personnellement, tandis que le pain est un pain qui descend toujours du ciel ; ne pas mourir est expliqué positivement de la vie spirituelle, germe d’immortalité bienheureuse. […]

C’est qu’en effet la manducation du pain de vie, considérée jusqu’à présent d’une façon abstraite, est présentée maintenant comme un don formellement promis pour l’avenir. L’allusion à l’eucharistie est évidente, et ne peut être méconnue par personne, sauf pour les protestants à méconnaître la clarté des termes. […] La vie reçue par la manducation se prolongera à jamais. La défection humaine n’est pas indiquée ; elle n’est pas dans le dessein bienveillant de Jésus […] La manducation donne la vie et en même temps produit l’union : de l’union découle la consécration au service du Fils comme il fait la volonté de celui qui l’a envoyé.

 

1er juin 2026

Mémoire de Saint Justin. Philosophe et martyr (+ 165)

Nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. Il a donc fallu le chercher dans ses écrits, et s’occuper moins de l’homme que de sa doctrine.

Sur l’homme, tout le monde est d’accord. Il n’y a qu’une voix pour rendre justice à cette âme honnête, à ce caractère droit et loyal, à cette intelligence éprise de vérité, à ce saint rempli de l’amour de Jésus-Christ, ardemment désireux du salut de tous les hommes.

Les écrits ont donné matière à de nombreuses controverses. Plusieurs sont perdus, d’autres ont été attribués faussement à saint Justin.  […]  L’œuvre de Justin est considérable. Son importance n’est pas douteuse. Placé entre les Pères apostoliques et les grands controversistes de la fin du second siècle, saint Irénée, Tertullien, saint Hippolyte, Justin est, sinon le premier par la date, du moins à la tête des apologistes grecs. Sa sincérité, sa confiance dans la force de la vérité, l’ont poussé à lever le voile des réunions liturgiques chrétiennes. Comme controversiste avec les Juifs, il occupe aussi un rang à part. Enfin, le premier, il a adressé à la raison humaine un sympathique appel.

L’accord cesse lorsqu’il s’agit d’apprécier la valeur intellectuelle de saint Justin. Son style est négligé et sa composition embarrassée ; ce sont choses dont il ne se souciait guère. Mais son esprit est-il aussi médiocre qu’on l’a dit tout récemment ? La parfaite exactitude de ses renseignements sur le judaïsme suffirait à prouver le contraire. Depuis longtemps on agite la question de savoir si Justin est un philosophe teinté de christianisme ou un franc chrétien qui a mis sa philosophie au service de sa foi. La seconde alternative est incontestablement la vraie. Si donc Justin s’est quelquefois trompé, comme il faut le reconnaître, ce n’est pas par suffisance philosophique, ou par manque de docilité aux enseignements de l’Église. Je crois pouvoir ajouter que ces erreurs ne sont point une conséquence de sa philosophie, mais le résultat d’une exégèse encore inexpérimentée. Son opinion sur le millénarisme vient de l’interprétation trop littérale des anciens prophètes et de l’Apocalypse. S’il a paru assez souvent subordonner le Fils au Père, c’est sous l’influence d’un texte biblique mal traduit en grec, et d’une théorie exégétique peu sûre à propos des apparitions de l’Ancien Testament.

Image héroïque du saint martyr palestinien, saint Justin n’a pas écrit une ligne sans être prêt à sceller de son sang les écrits qui lui ont inspirés sa foi et son amour pour Jésus-Christ.

Jérusalem, 21 novembre 1914

Recension par Cayré Fulbert, Revue des études byzantines, Échos d’Orient, 1915, n° 108, p. 484-485.

Source : persee.fr

M.-J. LAGRANGE, O. P., Saint Justin, Paris, Lecoffre-Gabalda, 1914, in-8°, XII-204 p. (Fait partie de la collection Les Saints.)

« Ce volume est peut-être, déclare l’auteur, dans toute l’estimable « Collection des Saints », celui qui ressemble le moins à une biographie. C’est que nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. » De cet inconvénient on conclura, quand on aura achevé la lecture du livre, que les faits ne sont pas nécessaires pour rendre une vie de Saint instructive et édifiante. Ceux qui n’ont pas besoin, pour retrouver l’âme d’un homme de Dieu, qu’on leur présente in extenso, en longs chapitres, un catalogue de ses vertus, admireront ici la trempe vigoureuse d’un vrai chrétien des premiers siècles.

La foi et la charité y transpirent à chaque page. Saint Justin est avant tout un croyant, Il n’en renonce point pour cela à sa raison, loin de là. Si, pour aller lui-même au Christ, il n’a pas besoin de spéculation, il y recourt pour lui gagner les autres. Ce n’est pas défiance vis-à-vis de la foi, au contraire ; c’est surtout condescendance d’une âme apostolique. Seule, la charité le pousse à philosopher et à écrire. Dans ses écrits, c’est elle encore qui le guide et lui fait éviter, à l’égard de ses adversaires, ces « coups de boutoir » où se complaira son disciple Tatien. Et si, à la différence de l’Octavius de Minucius Felix, les Apologies de Justin ne nous présentent pas « un christianisme édulcoré à l’usage des cigognes néo-chrétiennes », c’est encore à l’ardeur de son amour qu’on le doit. Il possède cette vertu jusqu’à la candeur, la naïveté même, dit-on.

Le directeur de l’École biblique de Jérusalem a mis à faire revivre cette belle physionomie la variété et la sûreté de son information. De judicieuses mises au point gagnent à être signées de son nom. Elles rendent à saint Justin la confiance que lui voudraient disputer certains critiques qu’un anachronisme scandalise au point de leur fermer les yeux sur tout le reste. Divers rapprochements faits à propos entre le IIe siècle et le nôtre donnent même par endroits à ce héros des premiers jours un certain air d’actualité. Grâce à un exposé simple et vivant, fait en un style clair et nerveux, un sujet qui semblait réservé à un monde d’initiés est mis ici à la portée de tous ceux qui savent lire et veulent s’édifier.

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