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1er juin 2026

Mémoire de Saint Justin. Philosophe et martyr (+ 165)

Nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. Il a donc fallu le chercher dans ses écrits, et s’occuper moins de l’homme que de sa doctrine.

Sur l’homme, tout le monde est d’accord. Il n’y a qu’une voix pour rendre justice à cette âme honnête, à ce caractère droit et loyal, à cette intelligence éprise de vérité, à ce saint rempli de l’amour de Jésus-Christ, ardemment désireux du salut de tous les hommes.

Les écrits ont donné matière à de nombreuses controverses. Plusieurs sont perdus, d’autres ont été attribués faussement à saint Justin.  […]  L’œuvre de Justin est considérable. Son importance n’est pas douteuse. Placé entre les Pères apostoliques et les grands controversistes de la fin du second siècle, saint Irénée, Tertullien, saint Hippolyte, Justin est, sinon le premier par la date, du moins à la tête des apologistes grecs. Sa sincérité, sa confiance dans la force de la vérité, l’ont poussé à lever le voile des réunions liturgiques chrétiennes. Comme controversiste avec les Juifs, il occupe aussi un rang à part. Enfin, le premier, il a adressé à la raison humaine un sympathique appel.

L’accord cesse lorsqu’il s’agit d’apprécier la valeur intellectuelle de saint Justin. Son style est négligé et sa composition embarrassée ; ce sont choses dont il ne se souciait guère. Mais son esprit est-il aussi médiocre qu’on l’a dit tout récemment ? La parfaite exactitude de ses renseignements sur le judaïsme suffirait à prouver le contraire. Depuis longtemps on agite la question de savoir si Justin est un philosophe teinté de christianisme ou un franc chrétien qui a mis sa philosophie au service de sa foi. La seconde alternative est incontestablement la vraie. Si donc Justin s’est quelquefois trompé, comme il faut le reconnaître, ce n’est pas par suffisance philosophique, ou par manque de docilité aux enseignements de l’Église. Je crois pouvoir ajouter que ces erreurs ne sont point une conséquence de sa philosophie, mais le résultat d’une exégèse encore inexpérimentée. Son opinion sur le millénarisme vient de l’interprétation trop littérale des anciens prophètes et de l’Apocalypse. S’il a paru assez souvent subordonner le Fils au Père, c’est sous l’influence d’un texte biblique mal traduit en grec, et d’une théorie exégétique peu sûre à propos des apparitions de l’Ancien Testament.

Image héroïque du saint martyr palestinien, saint Justin n’a pas écrit une ligne sans être prêt à sceller de son sang les écrits qui lui ont inspirés sa foi et son amour pour Jésus-Christ.

Jérusalem, 21 novembre 1914

Recension par Cayré Fulbert, Revue des études byzantines, Échos d’Orient, 1915, n° 108, p. 484-485. Source : persee.fr

M.-J. LAGRANGE, O. P., Saint Justin, Paris, Lecoffre-Gabalda, 1914, in-8°, XII-204 p. (Fait partie de la collection Les Saints.)

« Ce volume est peut-être, déclare l’auteur, dans toute l’estimable « Collection des Saints », celui qui ressemble le moins à une biographie. C’est que nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. » De cet inconvénient on conclura, quand on aura achevé la lecture du livre, que les faits ne sont pas nécessaires pour rendre une vie de Saint instructive et édifiante. Ceux qui n’ont pas besoin, pour retrouver l’âme d’un homme de Dieu, qu’on leur présente in extenso, en longs chapitres, un catalogue de ses vertus, admireront ici la trempe vigoureuse d’un vrai chrétien des premiers siècles.

La foi et la charité y transpirent à chaque page. Saint Justin est avant tout un croyant, Il n’en renonce point pour cela à sa raison, loin de là. Si, pour aller lui-même au Christ, il n’a pas besoin de spéculation, il y recourt pour lui gagner les autres. Ce n’est pas défiance vis-à-vis de la foi, au contraire ; c’est surtout condescendance d’une âme apostolique. Seule, la charité le pousse à philosopher et à écrire. Dans ses écrits, c’est elle encore qui le guide et lui fait éviter, à l’égard de ses adversaires, ces « coups de boutoir » où se complaira son disciple Tatien. Et si, à la différence de l’Octavius de Minucius Felix, les Apologies de Justin ne nous présentent pas « un christianisme édulcoré à l’usage des cigognes néo-chrétiennes », c’est encore à l’ardeur de son amour qu’on le doit. Il possède cette vertu jusqu’à la candeur, la naïveté même, dit-on.

Le directeur de l’École biblique de Jérusalem a mis à faire revivre cette belle physionomie la variété et la sûreté de son information. De judicieuses mises au point gagnent à être signées de son nom. Elles rendent à saint Justin la confiance que lui voudraient disputer certains critiques qu’un anachronisme scandalise au point de leur fermer les yeux sur tout le reste. Divers rapprochements faits à propos entre le IIe siècle et le nôtre donnent même par endroits à ce héros des premiers jours un certain air d’actualité. Grâce à un exposé simple et vivant, fait en un style clair et nerveux, un sujet qui semblait réservé à un monde d’initiés est mis ici à la portée de tous ceux qui savent lire et veulent s’édifier.

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