16 avril 2026
Interview – Père Maurice Gilbert, professeur de théologie biblique du mariage
5 January 2018 – École biblique et archéologique française – Bible

Jésuite belge, le père Maurice Gilbert, s.j. fit ses études à Louvain : après son Troisième-An de spiritualité, il découvre Jérusalem au cours de l’été 1967. Son doctorat achevé, il devient pour quatre ans professeur à l’Université de Louvain, avant d’être nommé à l’Institut Biblique de Rome, poste qu’il occupera jusqu’en 2011. Après six ans de rectorat au Biblique, il passe à Jérusalem en 1984 et commence à enseigner à l’École biblique. Interview :
Professeur à l’École biblique depuis 34 ans, quel chemin vous a mené ici ?
Mes premiers contacts avec l’École biblique datent d’août 1967. Ce réfectoire où nous sommes était la bibliothèque. Il y avait ici la table où travaillait le père Langlamet, qui fumait comme un Turc. Les fichiers étaient là, à l’entrée du réfectoire. Je me rappelle avoir vu le père de Vaux qui arrosait le jardin. Le père Benoit nous a fait visiter l’esplanade des mosquées. Après la guerre des Six-Jours, on entrait partout : dans le dôme du roc, dans ce qu’on appelait à l’époque « les stalles de Salomon », l’actuelle mosquée pour les femmes ; la Porte Dorée était ouverte. La paix était impressionnante.
Puis en 1982, durant mon rectorat au Biblique, de passage à Jérusalem, les Pères de l’École m’ont invités à déjeuner ; à table, se trouvaient les maîtres de l’époque, Benoit, Tournay, Boismard, Murphy O’Connor. Ils étaient très préoccupés, car ils n’avaient plus
que sept étudiants. À Rome, nous en avions 350. Je ne sais pas ce qui m’a pris mais je leur ai dit “C’est de votre faute. Vous n’offrez à vos étudiants aucun diplôme reconnu internationalement”. Une proposition fut lancée : obtenir du Saint-Siège que l’École puisse donner le doctorat en sciences bibliques, titre réservé à l’Institut biblique et à la Commission biblique pontificale. L’année suivante, c’était chose faite.
En 84, après mon rectorat à Rome, je suis venu à Jérusalem pour six mois et j’y suis resté huit ans ! L’École m’a de suite invité à donner cours : cela fait 34 ans ! Je n’ai jamais arrêté, sauf entre 93 et 99, mais j’y étais encore membre du Conseil scientifique.
Quelle est votre spécialité d’étude et d’enseignement ?
Quand je suis arrivé à Rome, on m’a demandé de prendre en charge les livres de Sagesse de l’Ancien Testament, c’est-à-dire Job, Proverbes, etc. J’avais déjà publié sur ces textes ; cela m’intéressait, d’autant plus que ces livres de Sagesse étaient peu étudiés jusqu’à la découverte en 1964 à Masada d’un manuscrit de Ben Sira du Ier siècle avant notre ère.
J’ai toujours donné des cours sur les livres de Sagesse. Je changeais chaque année, car on ne reprend jamais un même cours ni à l’École ni à l’Institut. On choisit toujours selon ce que l’on est en train de travailler. Je me souviens d’avoir donné ici un cours d’introduction scientifique au Siracide. Émile Puech y était !
Et pourquoi ce cours de théologie du mariage cette année ?
C’est la première fois que je donne ce cours. À Luxembourg depuis 2011, j’ai préparé des fiancés au mariage. Me rendant compte que ce pouvait être utile, j’ai proposé ce sujet à l’École, et c’est utile manifestement.
Et le corpus sur lequel vous vous fondez, est-ce aussi celui des Livres de la Sagesse ?
Non, c’est l’ensemble de la Bible, parce qu’il est très important de ne pas se cantonner à un seul domaine. Il arrive que des spécialistes du Nouveau Testament ne connaissent pas assez l’Ancien, tandis que les exégètes chrétiens de l’Ancien connaissent aussi le Nouveau.
Quels textes avez-vous choisi pour votre cours ?
Je pars du texte de Matthieu où Jésus se positionne contre le divorce : “ce que Dieu à
unit l’homme ne le sépare pas”, et Jésus renvoie à Genèse 1 et 2. Allons donc voir ! Puis le chapitre 3, avec le serpent et la chute : ce chapitre marque des tensions à l’intérieur du couple. Nous avons vu ensuite ce qu’en dit le prophète Osée : il montre que le couple en difficulté reproduit celle qu’Israël vit dans sa relation d’alliance avec le Seigneur. Le Cantique, lui aussi, voit dans l’amour d’un garçon et d’une fille le symbole de l’amour du Seigneur pour son peuple. De même saint Paul dans son épître aux Éphésiens.
Je montre aussi qu’il y a différentes façons de considérer la vie en couple ; la grande bénédiction du mariage, comme, par exemple, dans le Psaume 128, compte trois dimensions : vie heureuse, nombreuse descendance et longue vie. Mais le livre de la Sagesse et l’expérience humaine montrent que la béatitude est promise aux “persécutés pour la justice”, que le Seigneur peut bénir un couple sans enfant ou qu’il accueille le juste dont la vie fut courte : dans l’Église, le nombre de jeunes saints ne cesse de croître. La chasteté est aussi abordée dans ces textes, ainsi qu’en Matthieu 19, ce sur quoi je reviens aussi à la lumière du chapitre 7 de la première épître de saint Paul aux Corinthiens. Voici brossée en grands traits la trame du cours.
Pouvez-vous enfin nous dire quelques mots de votre collaboration au projet de béatification du père Lagrange ?
En 1989, l’évêque de Toulon m’a demandé un dossier théologique sur les écrits du père Lagrange en vue d’une éventuelle béatification : je pense être le seul avec lui à avoir lu tout ce qu’il a écrit, 16000 pages ! J’ai même retrouvé environ 70 articles perdus ici dans la bibliothèque ; personne ne savait que c’était Lagrange qui les avait écrits. Le dossier, remis à Toulon en 91, arriva à Rome vers 98, voici 20 ans. Quand donc l’Église reconnaîtra-t-elle la sainteté du fondateur de l’École ? Espérons !
Propos recueillis par Aziliz Le Roux
Le 16 avril 2026
Le père Lagrange aimait l’esprit du père Lacordaire, le prédicateur de Notre-Dame de Paris.
Père Henri-Dominique Lacordaire O.P. (+1861)
Citations
Pensées choisies par le R.P. Lacordaire de l’ordre des frères prêcheurs. Extraites de ses œuvres et publiées sous la direction du R.P. Chocarne du même Ordre. Huitième édition. Tome I. Paris. Librairie Ch. Poussielgue. 1895.
« Le signe par excellence d’une grande âme est la modestie, le désintéressement de ses propres idées, la défiance de soi. Mais on n’en arrive là qu’avec le long apprentissage d’une vertu mûrie par l’unité et jusque-là l’égoïsme intellectuel nous pousse à transformer la vérité en nous, au lieu de nous transformer dans la vérité. » P. 169.
p. 225 La vieillesse, qui flétrit le corps, rajeunit l’âme quand elle n’est pas corrompue et oublieuse d’elle-même, et le moment de la mort est celui de la floraison de notre esprit.
À mesure qu’on vieillit, la nature descend et les âmes montent ; et l’on sent la beauté de ce mot de Vauvenargues : « Tôt ou tard on ne jouit que des âmes. » C’est pourquoi on peut toujours aimer et être aimé.
p. 225 L’âme n’a point d’âge.
p. 347 Les âmes généreuses franchissent sans peine tous les intervalles, elles aspirent à descendre, comme l’a dit le poète, non par lassitude, mais par goût de la véritable élévation qui en se trouve que dans le sacrifice.
p. 347 À vingt ans, une âme généreuse ne cherche qu’à donner sa vie. Elle ne demande au ciel et à la terre qu’une grande cause à servir par un grand dévouement ; l’amour y surabonde avec la force.
p. 358 La bonté et l’humilité sont presque une même chose. Quand on est bon, l’on se sent porté à se donner, à se sacrifier, à se faire petit, et c’est là l’humilité.
p. 360-361 Les consolations sont bien terribles pour l’humilité, et le diable entre toujours facilement sous la peau du succès.
10 avril 2026
Jour-Anniversaire

Le 10 avril 1938, à Saint-Maximin (Var), le P. Marie-Joseph Lagrange, entouré de ses frères, rendait son âme à Dieu, en murmurant « Jérusalem, Jérusalem », ce pays qu’il avait tant aimé et où il avait tant travaillé pour mieux faire connaître au monde les Écritures. En souvenir, la famille dominicaine des Frères Prêcheurs et tous ses amis prient pour sa béatification, ouverte en 1987. La messe est célébrée par Fr Manuel Rivero o.p., président de l’Association. En union de prières.
8 avril 2026

Pensée du père Marie-Joseph Lagrange
Tachez de comprendre cette doctrine de St Augustin : « Quand on pense à l’humilité, à la bonté, etc., à toutes les vertus, on pense à N. S.- J. C. Cependant on doit toujours s’appuyer sur la Sainte Humanité, surtout comme figure dans l’Évangile.
Par le premier moyen, Jésus nous nourrit de sa divinité, cette nourriture dont parle l’ange Raphaël et qui en effet nous rend pur. Cf. : nondum ascendi ad Patrem (Je suis pas encore monté vers le Père [Jean 20,17]. St Thomas d’Aquin à propos de Ste Marie-Madeleine, Résurrection. C’est tout St Paul et St Jean et Isaïe.
5 avril 2026
Le tombeau vide

Paix au monde entier, encore si divisé par l’avidité de ceux qui cherchent des gains faciles, blessé par l’égoïsme qui menace la vie humaine et la famille, égoïsme qui continue la traite de personnes, l’esclavage le plus répandu en ce vingt-et-unième siècle. Paix au monde entier, déchiré par la violence liée au trafic de drogue et par l’exploitation inéquitable des ressources naturelles ! Paix à notre Terre ! Que Jésus ressuscité apporte réconfort aux victimes des calamités naturelles et fasse de nous des gardiens responsables de la création !
Source : Zénit. Pape François. Avril 2013.
Illustration : Le tombeau vide. Fra Angelico.
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