Les Sept Paroles du Christ en Croix – Fête de la Croix Glorieuse par Fr. Manuel Rivero O.P.

 

Saint-Denis (La Réunion), le 11 septembre 2020

Prier, ce n’est pas réciter des prières. Prier, c’est entrer dans la prière du Christ.

Sur la croix, Jésus a prié son Père. Les sept paroles du Crucifié nous introduisent dans le moi profond de Jésus où Dieu et l’homme ne font qu’un, mystère où la souffrance humaine et l’amour de Dieu se rencontrent.

Nous pouvons les méditer et les apprendre par cœur et par le cœur pour fêter la Croix glorieuse.

Première parole : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34).

La mort est proche. Jésus invoque son Père. Non pas pour demander la vengeance ou la punition des grand prêtres, de Pilate ou de la foule, mais pour attirer le pardon divin.

Dieu a envoyé son Fils non pas pour condamner l’humanité mais pour la sauver. Jésus accomplit sur la croix sa mission de réconciliation des pécheurs avec la sainteté de Dieu.

Seul l’amour divin peut délivrer le cœur des hommes. Dans son agonie, Jésus appelle le pardon, c’est-à-dire le don de Dieu, l’Esprit Saint. Son dernier soupir annoncera physiquement le don en plénitude du Souffle saint à la Pentecôte.

Avocat des coupables et des condamnés, Jésus intercède pour ses propres bourreaux. Ce qu’il a enseigné pendant sa vie publique apparaît traduit en actes sur la croix : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament » (Lc 6, 27-28).

Les avocats plaident pour leurs clients et en leur nom. Jésus plaide auprès de son Père pour les pécheurs frappés d’aveuglement : « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Saint Paul dira plus tard que s’ils l’avaient connu « ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la Gloire » (I Cor 2, 8).

Faute d’intelligence du mystère de Jésus, ils l’ont condamné à mort.

L’amour rend intelligent car il est lumière. Inspiré par Dieu, saint Paul enseigne que l’amour donne le discernement (cf. Ph 1, 10). L’orgueil et la jalousie obscurcissent l’esprit.

Sans sagesse, des responsables religieux et politiques ont condamné à mort le Messie.

Néanmoins, Jésus ne les condamne pas mais il les pardonne en communion avec la volonté de salut du Père.

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36).

Les Pères de l’Église voient dans le bois de la croix « la chaire » d’où le Maître de la Vie enseigne les hommes à croire et à aimer.

Qui peut se dire sans blessures morales, psychologiques ou spirituelles ? Personne. Chacun se bat avec ses plaies ouvertes : des injures, des injustices ou des trahisons.

Le pardon du Christ appelle le pardon des hommes. Et pardonner demeure difficile. Le pardon ne se réduit pas à un désir d’oublier l’offense. Il ne s’agit pas de tourner la page. Jésus nous demande de bénir ceux qui nous maudissent en appelant le Saint-Esprit sur nos ennemis.

Si la fièvre de la vengeance agit en nous, faisons nôtre la première prière de Jésus en croix afin de pardonner comme le Christ Jésus et par la grâce du Saint-Esprit, don parfait de Dieu. Alors nos blessures pourront cicatriser.

 

Deuxième parole : « Femme, voici ton fils » ; « voici ta mère »  (Jn 26-27)

Nous pouvons dire « à Jésus par Marie », mais en allant à l’Évangile, nous affirmons aussi « à Marie par Jésus ». C’est Jésus lui-même, dans ce moment solennel et capital, qui nous donne sa Mère pour Mère spirituelle.

Cette maternité spirituelle de la Mère du Messie fait partie du mystère de la Rédemption. Avant de dire « tout est accompli », Jésus a demandé à sa mère de prendre le disciple bien-aimé, Jean, comme fils. En se tournant vers le disciple qui avait reposé sur le cœur de Jésus à la dernière Cène, Jésus a dit : « voici ta mère ». Image de la communauté des disciples, Jean prit aussitôt la Mère deJésus « chez lui », c’est-à-dire non seulement dans sa maison mais surtout dans son cœur de croyant.

En quoi consiste cette maternité spirituelle ? Le Concile Vatican II précise que Marie, la mère de Jésus, agit comme notre Mère par son intercession (cf. Lumen gentium, chapitre VIII). Si lors des noces de Cana (Jn 2), l’intervention de la Mère de Jésus déclencha le premier miracle de la vie publique de Jésus par le changement de l’eau en vin, l’intercession de la Mère de Jésus obtient aux chrétiens le passage de la tristesse à la joie, du péché à la conversion, de la maladie à la guérison.

À la suite de saint Louis-Marie Grignion de Montfort (+1716), les catholiques sont exhortés à confier leur vie à la Mère de Dieu, « advocata nostra », comme le chante le Salve Regina, « notre avocate, la douce Vierge Marie.

Cette deuxième parole de Jésus en croix nous conduit au Cœur immaculée de Marie pour croire comme elle. La foi de Marie est la foi de l’Église.

En prenant la Mère de Jésus pour mère et pour modèle, en lui confiant notre vie et notre mort, ce que nous sommes et ce que nous avons, nous devenons davantage disciples de Jésus. Que pouvons-nous faire de mieux qu’aimer Jésus comme Marie l’a aimé et d’aimer Marie comme Jésus l’a aimé ?

Pour les catholiques, il n’y a qu’un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus. Il est le seul Sauveur. La Vierge Marie, la toute sainte, est la plus grande des sauvés, c’est pourquoi son nom apparaît en premier dans la mémoire des saints au cœur des prières eucharistiques de la messe, avant les apôtres et les martyrs.

Humble servante du Seigneur, Marie ne gêne pas l’unique médiation de son Fils entre Dieu et les hommes. Marie fait partie du mystère du Salut à l’intérieur de la médiation de Jésus, en tant que sa Mère, dont la grandeur réside dans sa foi.

Le saint curé d’Ars appelle la Vierge Marie non pas « la porte du Ciel » mais « la portière », celle qui se tient auprès de son Fils, « la Porte » (Jn 10,9), « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Dans l’Ave Maria, nous demandons à la Mère Dieu de prier pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ». Humble portière, elle nous accueillera au dernier jour quand nous serons devant la Porte du Ciel, le Christ Jésus.

 

Troisième parole : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43)

Jésus n’a canonisé qu’un condamné à mort, crucifié à ses côtés.

Sur le Calvaire, trois hommes vivent différemment le même supplice. Dans son malheur, « le mauvais larron » injurie Jésus : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi » (Lc 23,39).

« Le bon larron » discerne la sainteté de Jésus et il met sa foi en lui. C’est pourquoi il reprend son compagnon de supplice : « Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes, mais lui n’a rien fait de mal. » Et il prononce cette prière qui lui vaut l’ouverture du Ciel : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton Royaume. » La réponse de Jésus restera gravée dans la mémoire des pécheurs comme signe et assurance du pardon de Dieu accordé par la foi : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

Nul ne peut invoquer ses propres mérites pour obtenir le salut. Dieu l’accorde gratuitement à ceux qui le lui demandent avec foi.

Le mot « aujourd’hui » montre que le sacrifice de Jésus en croix n’a pas été vain pour l’humanité. La porte du Paradis s’ouvre quand le côté de Jésus est transpercé par la lance du soldat romain.

« Le bon larron » entre dans le Paradis avec le Christ. La condamnation à mort de Jésus ne se réduit pas à un faux procès ou à une erreur judiciaire. Il s’agit d’un sacrifice choisi librement : « Ma vie nul ne la prend, c’est moi qui la donne » (Jn 10,18).

Le sang versé par Jésus sur la croix apportera « la rémission des péchés à une multitude » (Mt 26, 28).

C’est pourquoi un condamné à mort devient un modèle dans l’Église à cause de sa foi. Personne ne peut se dire juste. Tous peuvent devenir justifiés, ajustés à la sainteté de Dieu par la confession de foi.

Qui peut nous séparer de l’amour de Dieu ? Rien ni personne sauf nous-mêmes si nous refusons de croire en Jésus Sauveur.

Aussi le pharisaïsme est-il dénoncé dans la parabole de Jésus sur la prière du publicain et du pharisien (Lc 18,9s). Celui qui s’enorgueillit de ses actes en méprisant autrui s’éloigne de Dieu. Le pécheur repenti entre dans l’amour de Dieu.  

En menant avec lui dans le Paradis « le bon larron », Jésus manifeste le salut universel obtenu et accordé à tous les pécheurs qui reconnaissent leurs torts.

Les ténèbres du Calvaire sont transpercées par la lumière de la miséricorde divine. Le bois de la croix donne un fruit doux et savoureux de miséricorde. « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Rm 5,20.) Le père Lataste, dominicain, apôtre des prisons, découvrit les merveilles accomplies par Dieu en la personne des femmes détenues de la prison de Cadillac (Gironde). Ces femmes condamnées se relevèrent comme les fleurs après la pluie en entendant la Bonne Nouvelle de la miséricorde de Jésus.

Illuminé par cette expérience, le père Lataste s’était exclamé : « Il y a chez les plus grands pécheurs ce qui fait les plus grands saints. »

Le bon larron cachait dans son cœur une grande soif de vérité, de miséricorde et d’amour.

Exemple de foi, la prière du bon larron illumine ceux qui sont dans les ténèbres des prisons et de l’emprisonnement des péchés.

Puissions-nous reprendre la confession de foi de ce crucifié pour entendre des lèvres de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis ».

 

Quatrième parole : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46)

Cette parole de Jésus, le Fils de Dieu, choque la sensibilité du croyant. Comment peut-il parler d’abandon alors qu’il a dit « le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30) ? Comment celui qui appelait Dieu « papa », « Abba » (Mc 14, 36), peut-il éprouver la séparation d’avec Dieu ?

Il y a bien sûr, la douleur effrayante de l’étouffement et l’angoisse de la mort qui peut nous faire imaginer le sentiment de solitude et d’abandon de Jésus.

Mais la mort du Christ contient un mystère infini, divin, qui dépasse notre entendement.

Le saint Pape Jean-Paul II dans son encyclique « Salvifici doloris » (n°18) nous ouvre les yeux au mystère de la Rédemption de l’humanité par la souffrance de Jésus. Cette souffrance comprend évidemment la douleur terrible du supplice mais surtout elle relève du péché des hommes.

À l’image d’une éponge qui absorbe le fiel, le corps très saint de Jésus a pris en lui le péché des hommes. Le prophète Isaïe avait annoncé dans le quatrième chant du Serviteur : « Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu’un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n’en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. (…) Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à tous » (Is 53, 3-6).

Saint Paul reprend ce mystère de la rédemption par la croix en écrivant : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous » (2 Cor 5,21).

Saint Jean-Paul II de commenter : « mesurant « tout«  le mal — contenu dans le péché — qui consiste à tourner le dos à Dieu, le Christ, par la profondeur divine de l’union filiale à son Père, perçoit d’une façon humainement inexprimable la souffrance qu’est la séparation, le rejet du Père, la rupture avec Dieu. » (Salvifici doloris, n°18.)

C’est le péché de l’histoire de l’humanité, pris par lui dans son corps, qui fait éprouver au Christ le tragique sentiment de vide, de solitude et d’abandon propre au péché comme rejet de Dieu.

Saint Jean de la Croix (+1591) enseigne avec son charisme de docteur de l’Église que Jésus accomplissait sur la croix la plus grande œuvre de sa vie, bien au-delà des miracles et des prodiges, car il s’agissait de « la réconciliation du genre humain et de son union à Dieu par la grâce » (cf. La Montée du Carmel, livre 2, ch. 6).

Portons dans notre prière ceux qui sont abandonnés ou qui se sentent abandonnés même par Dieu. Présentons au Seigneur Jésus ceux qui tentent de se suicider ou qui y parviennent. Laissons le jugement à Dieu, le seul à connaître les secrets des âmes. L’Église désapprouve le suicide, mais elle se garde de condamner les personnes qui ont cherché à mettre fin à leur vie. Nous ignorons ce qui se passe dans la conscience des personnes dans les instants qui précèdent la mort où la foi et la prière peuvent changer la destinée d’une vie.

Jésus lui-même a crié sur la croix dans l’angoisse et le sentiment de séparation d’avec son Père.

Prions pour que le Seigneur soit l’espérance des hommes dans le désespoir.

 

Cinquième parole : « J’ai soif » (Jn 19,28)

Jésus a soif. On lui donne du vinaigre.

Mais Jésus a soif de notre soif de Dieu, de notre conversion.

Lors de la rencontre avec une femme samaritaine autour du puits de Jacob, Jésus, assoiffé, avait demandé à boire au grand étonnement de cette femme qui ne partageait pas les mêmes coutumes religieuses que les Juifs.

Jésus lui avait déclaré : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire« , c’est toi qui l’aurait prié et il t’aurait donné de l’eau vive » (Jn 4,10). L’eau vive est le symbole du Saint-Esprit que Jésus accorde aux âmes assoiffées de Dieu :

Les sœurs de Mère Teresa affichent sur l’un des murs de tous leurs oratoires cette phrase de Jésus : « J’ai soif ».

En effet, Jésus a soif en la personne des pauvres. Ce que nous faisons au plus petit d’entre les hommes qui sont les frères de Jésus c’est à Jésus lui-même que nous le faisons. L’Évangile selon saint Matthieu (Mt 25) nous présente les rencontres avec le Christ vécues parfois à notre insu. Le Christ est présent en la personne de l’affamé, de l’assoiffé, du malade, du prisonnier et de l’étranger.

Les évangiles apocryphes ont rendu populaire Véronique, cette femme compatissante qui s’était approchée de Jésus au cours de sa marche vers le Calvaire. L’étymologie de Véronique, « véritable icône », « véritable visage », annonce la présence du visage du Christ dans les membres souffrants de l’humanité. Véronique a essuyé avec un linge le visage tuméfié de Jésus, couvert de crachats et de sang. Le Seigneur lui a offert en reconnaissance sa Sainte-Face imprimée sur le tissu de sa miséricorde.

Nous pouvons croire aussi que chaque fois que nous aidons ceux qui ont soif de notre aide le Seigneur Jésus imprime sur notre âme sa Sainte-Face. Nous faisons alors l’heureuse expérience de Véronique.

Sur la croix, Jésus a soif d’accomplir la volonté du Père et de s’unir à Lui dans la gloire qu’il avait dès avant la fondation du monde : « Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau » (Psaume 62).

Jésus a soif du salut et de la divinisation des hommes afin qu’ils partagent l’amour du Père : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la création du monde » (Jn 17, 24).

 

Sixième parole : « Tout est accompli » (Jn 19,30)

Jésus ne dit pas « tout est fini » mais « tout est accompli ».

La mort du Christ ne représente pas la dégringolade finale mais le sommet de son existence et de sa mission. En donnant sa vie jusqu’à la mort, Jésus accomplit l’œuvre d’amour confiée par le Père.

La perfection apparaît dans la confiance absolue en Dieu et dans l’amour sans limite. La mort de Jésus dévoile le don total de lui-même au Père.

Dans l’Évangile, l’art d’aimer et l’art de mourir vont ensemble et ils ne font qu’un. Aimer, c’est mourir à soi-même, à son ego et à sa volonté de domination et d’indépendance. Qui veut garder sa vie la perd et qui perd sa vie à cause de Jésus la gagne.

La mort de Jésus brille comme l’acte parfait d’amour envers Dieu et envers les hommes. Confiance inconditionnelle de Jésus qui connaît l’anéantissement total jusqu’à l’ensevelissement au tombeau où il attendra la résurrection de son corps par la puissance de l’Esprit Saint envoyé par le Père.

En mourant, Jésus détruit la mort, et aux morts il donnera la Vie.

Pour saint Jean l’évangéliste, Jésus élevé en croix manifeste la gloire de Dieu. La gloire, le poids de l’amour de Dieu, resplendit sur la croix.

Dieu est amour (1 Jn 4,16). L’amour du Christ atteint son sommet sur la croix. C’est là que sa divinité, mystère d’humilité, apparaît à la face de tous les peuples.

C’est ainsi que les disciples de Jésus évaluent la grandeur ou l’insignifiance de leur existence en fonction du don total d’eux-mêmes à Dieu et aux hommes. Il s’agit d’une réalité intérieure. La personne humaine sait très bien si elle se donne au service de Dieu et des autres ou si elle vit pour elle-même, repliée sur la recherche de son bien-être avant tout.

Le cardinal François-Xavier NGUYEN Van THUAN (+2002), qui a subi la prison pendant treize ans au Vietnam à cause de sa fidélité au Christ, aimait à distinguer Dieu et les œuvres de Dieu. Il raconte cela dans la retraite prêchée à la Curie romaine en l’an 2000 : « Une nuit, une voix m’a dit, au profond de mon cœur : « Pourquoi te tourmenter ainsi ? Tu dois faire la différence entre Dieu et les œuvres de Dieu. Tout ce que tu as accompli et que tu désires continuer à faire : visites pastorales, la formation des séminaristes, des religieux, des religieuses, des laïcs, des jeunes, les constructions d’écoles, de foyers pour étudiants, les missions pour l’évangélisation des non chrétiens … tout cela est excellent, ce sont les œuvres de Dieu, mais ce n’est pas Dieu ! Si Dieu veut que tu abandonnes tout cela, fais-le tout de suite et aie confiance en lui. Dieu fera les choses infiniment mieux que toi, il confiera ses œuvres à d’autres qui sont bien plus capables que toi. Tu as choisi Dieu seul, non pas ses œuvres !« 

Cette lumière m’a apporté une paix nouvelle, qui a totalement changé ma manière de penser et m’a aidé lors de moments physiquement à la limite du supportable. Dès cet instant, une force nouvelle a rempli mon cœur et m’a accompagné pendant treize ans.

Choisir Dieu et non pas les œuvres de Dieu. Voilà le fondement de la vie chrétienne, à chaque époque. Et c’est en même temps la réponse la plus vraie que l’on puisse donner au monde d’aujourd’hui. C’est le chemin par lequel se réalisent les desseins du Père sur nous, sur l’Église, sur l’humanité de notre temps.

Chaque pasteur pense en effet qu’il a choisi Dieu. Nous nous dépensons tous avec dévouement pour les œuvres de Dieu. Mais je sens qu’il me faut toujours m’examiner à nouveau sincèrement devant Lui : dans ma vie pastorale, quelle est la part de ce qui est à Dieu, et la part ce qui est pour ses œuvres (qui se révèlent d’ailleurs souvent être mes œuvres) ? Quand je refuse d’abandonner une charge ou lorsque j’en désire une autre, suis-je vraiment désintéressé ?[1]».

Seigneur Jésus, accorde-nous la grâce d’accomplir notre vie dans la foi et l’amour.

 

Septième parole : « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46).

Jésus en tant que Fils unique du Père reçoit tout de Lui.

Sa mission accomplie, Jésus remets sa vie entre les mains du Père.

Dans l’Évangile selon saint Luc, la première et la dernière parole de Jésus est bien « Père ». Lors du recouvrement de Jésus au Temple de Jérusalem, à l’âge de 12 ans, Jésus déclare à Marie et à Joseph qui l’avaient cherché angoissés dans la caravane du retour : « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2,49). Sur le Calvaire, la dernière parole de Jésus va vers son Père « Père, en tes mains je remets mon esprit ».

Dieu est relation et relation d’amour qui trouve son origine dans le Père, qui engendre le Fils unique bien-aimé dans la communion du Saint-Esprit.

Qui voit Jésus voit son Père qui l’a envoyé. Jésus est l’image du Père. Il a accompli le salut des hommes par l’amour absolu jusqu’à la mort. Et maintenant, il remet sa vie au Père.

Saint Luc précise que Marie et Joseph ne comprirent pas les paroles de Jésus « Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2,49). Ils ont gardé dans leur cœur les paroles et les événements de la vie de Jésus, les méditant jour et nuit.

L’Église contemple et médite jour et nuit le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus.

« Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23, 28), leur disait Jésus au cours de son Chemin de croix. Il s’agit de changer de vie en pleurant pour les péchés commis et de transmettre aux enfants la Bonne Nouvelle du Salut par la croix.

En mourant, Jésus entre dans la Vie de son Père. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus voyait dans la mort une pâque, un passage : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ».

Les chrétiens célèbrent la mort comme « la naissance au Ciel » ; c’est pourquoi les saints sont fêtés non pas le jour de leur naissance du ventre de leur mère mais le jour de leur naissance au Ciel, c’est-à-dire le jour de leur mort.

Il importe de célébrer les funérailles chrétiennes dans la lumière de la foi en Jésus, mort et ressuscité. Sa mort et sa résurrection forment les deux faces inséparables d’une même monnaie. Pas de résurrection sans mort. Pas de mort sans mouvement pascal vers la résurrection.

Grâce à La Croix Glorieuse de Jésus.

 

 

[1] Cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan, Témoins de l’espérance. Le testament du cardinal Van Thuan. Paris. Traduction de Sylvie Garoche. Troisième édition. Éditions Nouvelle Cité. 2000. PP. 63-67.