Écho de notre page Facebook : janvier 2023

26 janvier 2023

« L’encre des savants est-elle l’équivalent du « sang » des martyrs ? » (J. Guitton de l’Académie Française).

MONTAGNES Bernard. Exégèse et obéissance. Correspondance Cormier-Lagrange 1904-1916. Paris, Gabalda et Cie, Éditeurs, 1989, 444 p. Préf. Jean Guitton. Coll. « Études bibliques », nouv. Série, n° 11).

Un document exceptionnel, bien servi par le présentateur, éditeur, commentateur : 287 pièces, essentiellement les lettres échangées entre deux dominicains, le P. Lagrange, fondateur et directeur de l’École biblique de Jérusalem, et le Maître général de l’Ordre, le P. Cormier, pendant les douze années de sa charge. En 1904, « la crise moderniste » couve dans l’Église catholique. Pie X a succédé à Léon XIII depuis un an et Loisy est en situation difficile ; en 1916, Benoît XV a remplacé Pie X, l’anti-modernisme et les suspicions perdurent, mais un nouveau climat est instauré.

Le titre dit bien l’objet de la correspondance et l’intention de l’éditeur : faire la lumière sur « l’âpreté des combats que Lagrange a dû soutenir afin de donner droit de cité dans l’Église catholique aux acquisitions modernes de la science historique » (Jean Guitton va plus loin : il inaugure une ère nouvelle celle où la critique, fidèle à elle-même, critique la critique ». L’éditeur cite une lettre du P. de Tonquédec, jésuite, en 1916 : « C’est vous qui avez dirigé sur la critique de M. Loisy presque les seuls coups qui aient véritablement porté » (p. 422, n° 171). La thèse en filigrane est ici celle même de Rivière (Le Modernisme dans l’Église, 1929). L’annotation est sobre, informée, généralement irréprochable : une qualité de travail trop rare pour ne pas être soulignée.

La cause de béatification du P. L. est maintenant ouverte. Voyant en lui « un type de saint inédit », J. Guitton se demande : « L’encre des savants est-elle l’équivalent du « sang » des martyrs ? »

(Émile Poulat) Persée. Archives des sciences sociales des religions. Année 1990, 72, p. 282.

22 janvier 2023

Comme l’a souhaité le Pape François en 2019 par le motu proprio Aperuit Illis, le troisième dimanche du temps ordinaire est aussi le dimanche de la Parole de Dieu, destiné à mettre en valeur toute la richesse et le caractère vivant des Saintes Écritures. La quatrième édition de cette initiative aura donc lieu ce dimanche 22 janvier, avec un verset que l’on trouve sous la plume de l’évangéliste saint Jean : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi » (1 Jn 1,3). (Vatican News)

En 2008, le 7 octobre, à Rome, au Synode de la Parole de Dieu, le Très Rév. P. Carlos Alfonso AZPIROZ COSTA, O.P., Maître Général de l’Ordre des Frères Prêcheurs (2001-2010) est intervenu en citant le P. Lagrange et la richesse de son travail. En voici la synthèse :

Le “primat” de la Sainte Écriture a son fondement dans la vie trinitaire elle-même.

C’est ce qu’ont bien compris les grands Docteurs médiévaux (saint Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin) pour lesquels la succession des personnes, dans l’unité de l’essence divine, est “la cause et la raison explicative de la succession des créatures elles-mêmes”.

Le Verbe, genitus Creator, a en effet du Père, ab aeterno, la volonté de s’incarner et de souffrir pour nous.

Dieu a voulu se révéler à l’humanité de manière humaine au travers des cultures, des personnes et des langages humains ainsi que de la vie même de Jésus. Si cette manière constitue pour nous une garantie de la valeur de notre nature, de l’histoire et des cultures humaines – avec leurs différents langages –, elle nous pose de délicats problèmes d’interprétation.

En effet, comme la réalité de la création n’est pas compréhensible rationnellement sans un fondement métaphysique adapté – l’Analogia entis –, de même la connaissance de la Sainte Écriture demande un approfondissement des cultures et des genres littéraires dans lesquels elle a été exprimée en vue d’une perception moins inexacte ou incorrecte de son sens littéral et d’une reconnaissance de la qualité analogique des termes qui y sont utilisés.

Toute l’Église, dans son annonce infatigable, continue à confier avec espérance à chaque culture la “Bonne Nouvelle” afin qu’elle soit accueillie, comprise avec une plus grande plénitude, vécue et annoncée à nouveau avec des accents enrichis.

Dans l’histoire récente de l’Église, on a mis en lumière, non sans difficultés, les nécessités de cette interprétation “critique” du texte et donc de la Sainte Écriture (frère Marie-Joseph Lagrange O.P., 1855-1938), qui met en évidence également son fondement historique et sa richesse ; le fait qu’elle est, justement, un chant à plusieurs voix.

La foi chrétienne, par ailleurs, en tant que “religion”, doit être tout d’abord considérée comme “religion de l’Esprit”, parce que le Nouveau Testament est principalement le même Esprit Saint qui produit en nous la charité, et seulement dans un second temps, également en tant que “lettre”, elle peut être considérée comme “religion du Livre”.

Ce processus de révélation et de salut est aussi un dévoilement de la veritas iustitiae de notre vie, de la justice de Dieu qui est fondement de la vérité de notre être et qui est, pour nous, avant tout, “justice justifiante”, c’est-à-dire fondée sur sa miséricorde qui est le fondement permanent de la justice divine parce qu’elle en constitue la racine première et son couronnement.

20 janvier 2023

 

 

 

Nous présentons toutes nos Félicitations au Fr. Olivier de Saint-Martin O.P. qui vient d’être réélu prieur de la Province de Toulouse https://www.dominicains.com/les-couvents-de-la-province/

 

 

 

20 janvier 2023

« Quand amour et vérité se rencontrent. Justice et paix s’embrassent » PS 84 (85).

« Manque d’humilité et de mortification, c’est le fond ; mais parce que je me fais illusion sur l’amour de la vérité, le désir du bien etc., il faut songer :

  1. que je n’ai pas toujours raison et qu’eussé-je raison en commençant, je déraisonne quand je veux à tout prix imposer mon sentiment ;
  2. que la plupart du temps il s’agit de niaiseries, ou de vérités ou de choses fort peu importantes : le jeu n’en vaut pas la chandelle, l’humilité perdue ;
  3. que s’il s’agit vraiment du bien des âmes, ou de la doctrine des saints, le meilleur moyen est d’être humble, doux et modeste. Quels sont ceux qui sont recherchés par les âmes, qui sont vraiment utiles ? Les pédants ou les saints ?

Revenir à Jésus : ô mon Maître, où étiez-vous ? »

(P. Lagrange. Journal spirituel, Cerf, 2014.)

Illustration : Ben (1935-) Les Psaumes.

19 janvier 2023

« Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté » Ps 39 (40).

« Ô mon Jésus, toutes les fois que j’ai voulu mettre du mien, j’ai mis obstacle à votre amour. C’est fait, je vous abandonne ma volonté : tua voluntas fiat, non seulement parce que vous êtes mon maître absolu, mais encore parce que je vous ai abandonné ma volonté, parce que je vous aime et que tout mon bonheur est d’agir selon votre bon plaisir. »

(P. Lagrange. Journal spirituel, Cerf, 2014.)

Illustration : St Jean l’évangéliste

 

14 janvier 2023

 

Ave Maria Bienheureuse Vierge Marie

« Ô divine Marie, ma Mère, prosterné à vos pieds, je vous rends grâces. »

(P. Lagrange, Journal spirituel, Cerf, 2014)

 

 

 

 

12 janvier 2023

Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur (Ps 94. 95)

« Je ne puis voir très clairement les fautes du mois passé ; en somme je me sens beaucoup plus faible ; il faut prier, et pour prier en paix avoir la charité fraternelle ; ne jamais juger ; protester dès le matin contre tous les jugements de la journée ; me sanctifier par mes frères. »

Ô Marie, je vous donne mon cœur pour Jésus.

(Marie-Joseph Lagrange, O. P. Journal spirituel, Cerf, 2014, p. 78.)

Illustration : Allégorie de La charité (détail) Zurbaran, 1655.

 

 

 

10 janvier 2023

Jour-anniversaire de la naissance au ciel du Serviteur de Dieu Marie-Joseph Lagrange desfrères Prêcheurs, fondateur, en 1890, de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et de la Revue biblique internationale, en 1892.

Fr. Manuel Rivero, o.p., vice-postulateur et président de l’association des amis du P. Lagrange célèbre la messe du jour aux intentions des amis de l’association, pour l’état de santé du Fr. François-Régis Delcourt, o.p., ainsi que pour la glorification du P. Lagrange qui a voué sa vie à faire connaître la Parole de Dieu. Son œuvre est immense. Sa Cause en béatification est en cours à Rome. Il manque un miracle pour que cette Cause soit publiquement reconnue. Sur la page FB du mois dernier un millier de personnes se sont jointes à cette prière. Continuons de prier sans cesse. Nous devons être encore plus nombreux pour faire entendre notre prière. Comme disait le P. Lagrange : « La prière instante, qui ne se lasse pas, est irrésistible. On sait bien que Dieu ne cèdera pas pour avoir la paix ; on apprend du Fils, qui connaît si bien le Père, qu’il ne paraît sourd à nos instances que pour nous obliger à persévérer dans la prière qui nous est si bonne » (L’Évangile de Jésus- Christ avec la synopse évangélique. Artège-Lethielleux, 2017.)

Prière en plusieurs langues : www.mj-lagrange.org

9 janvier 2023

La deuxième Épiphanie du Sauveur

Le Baptême de Jésus commenté à la lumière de la vie et de l’œuvre du père Lagrange

Fr. Manuel Rivero, o. p. Vice-postulateur de la Cause de béatification du père Lagrange

Évangile selon saint Matthieu 3, 13-17

Alors Jésus arrive de la Galilée au Jourdain, vers Jean, pour être baptisé par lui. Celui-ci l’en détournait, en disant : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour l’instant : car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. » Alors il le laisse faire. Ayant été baptisé, Jésus aussitôt remonta de l’eau ; et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qu’il m’a plu de choisir. »

Vous souvenez-vous de la date de votre baptême ? Le père Lagrange faisait souvent mémoire dans la prière du 12 mars 1855, date où il avait été plongé dans les eaux baptismales dans la collégiale Notre-Dame de Bourg-en-Bresse. À l’autel de la Vierge noire, le nouveau-né avait reçu le prénom d’Albert en l’honneur de saint Albert le Grand, patron aussi de son oncle maternel. Le prêtre avait accompli un beau rite en plaçant son étole sur le nouvel enfant de lumière tout en lisant le Prologue de l’Évangile selon saint Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. »

Le pape Pie XI aimait dire que le jour le plus heureux de la vie d’un pape est « le jour de son baptême ». Aussi est-il bon de garder en mémoire la date de son baptême, « première résurrection », et de le fêter. Il arrive aussi que certains parrains de baptême envoient une carte à leurs filleuls ce jour-là pour leur rappeler cet événement fondateur d’une nouvelle vie.

Pourquoi Jésus a-t-il rejoint la foule des pécheurs qui demandait à Jean le Baptiste le baptême de conversion et de pénitence ? Formé dans la foi juive par Marie et Joseph, Jésus n’avait pas de péché à confesser. Mais il a tenu à partager la démarche des pécheurs assoiffés de purification.

À la lumière de son expérience, le père Lagrange commente ainsi le comportement des meilleurs croyants :

« Mais comme il arrive encore, les plus prompts à se confesser n’étaient pas ceux dont la conscience était le plus chargée. Les plus saints avaient à cœur de prendre part à la pénitence générale qui devait avancer les jours du salut. Telle était cependant la réputation de piété de Jésus, la modestie de son maintien, la candeur aussi de son regard que Jean déjà averti par une voix intérieure, peut-être par une émotion remontant du fond de ses souvenirs d’enfant, lui dit comme nous lisons dans saint Matthieu (3,14) :  » C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ?  » [1] »

Jean le Baptiste aurait tremblé s’il avait discerné dès le départ en Jésus le Messie qui baptiserait dans l’Esprit Saint[2]symbolisé au Jourdain par la colombe. Lors de la création du monde le souffle de Dieu planait sur les eaux primordiales. Maintenant l’Esprit Saint descend sur Jésus pour annoncer la nouvelle création. Jean le Baptiste a dû comprendre ce signe du Ciel en écoutant la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qu’il m’a plu de choisir. »

Au nom du sens littéral du texte, le père Lagrange rejette l’interprétation des exégètes libéraux protestants qui voient dans le baptême de Jésus la première prise de conscience de sa vocation messianique ou de sa filiation divine exceptionnelle. En recevant humblement le baptême des mains de son cousin, Jean le Baptiste, Jésus reçoit le signal de l’Esprit Saint qui le manifeste à la foule des pécheurs comme le Fils bien-aimé envoyé par le Père.

Ce baptême de Jésus reçu des mains du dernier et du plus grand des prophètes est le symbole du baptême de l’Esprit que les fidèles chrétiens recevront par leur foi en la mort et en la résurrection de Jésus. Le père Lagrange y voit une épiphanie, c’est-à-dire une manifestation de la divinité du Christ que l’Église célèbre de manière solennelle dans le rayonnement de la fête de  Noël. En ce temps-là, des rois s’attribuaient une nature divine. Jésus ne se fait pas Dieu comme l’ont prétendu certains empereurs romains morts de façon malheureuse. En tant que Fils unique de Dieu, il reçoit l’Esprit Saint du Père. Au Jourdain, l’Esprit Saint relie le ciel et la terre puisqu’il est le nœud du Père et du Fils, dont toutes ses œuvres sont communion. En recevant le baptême, Jésus annonce l’union des pécheurs avec la divinité de son Père.

(Manuel Rivero, o.p. Le père Lagrange et la Vierge Marie. Méditations des mystères du Rosaire, p. 79 s. Cerf, 2012, 154 p.)

[1]M.-J. LAGRANGE, L’Évangile de Jésus-Christ avec la Synopse évangélique traduite par le P. C. LAVERGNE, o.p., nouvelle édition, Paris, Librairie Lecoffre et J. Gabalda, éditeurs, 1954, p. 66. Les autres citations de cet article renvoient au Commentaire du baptême de Jésus (p. 66-69).

[2] Évangile selon saint Jean 1, 33.

7 est 8 janvier 2023
« Chercheurs de Dieu »
Prédication pour la fête de l’Épiphanie 2023
Cathédrale de Saint-Denis/La Réunion
Fr. Manuel Rivero O.P.
Introduction à la messe
Dans la lumière de Noël, nous célébrons l’Épiphanie, mot grec qui veut dire manifestation. « Le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde » », nous enseigne le Prologue de saint Jean. Lumière universelle, amour catholique du Verbe pour toutes les nations.
En entrant dans notre eucharistie, rendons grâce au Seigneur pour la lumière du Verbe qui nous éclaire personnellement, et demandons pardon si nous avons pensé que cette lumière n’était pas catholique, universelle, voulue par le Verbe pour l’humanité entière.
Homélie
« Qu’est-ce que la vérité ? », s’est exclamé Pilate devant Jésus qui vient de lui déclarer : « Je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. » (Jn 18,37).
Des philosophes comme Aristote ou saint Thomas d’Aquin définissent la vérité comme l’ajustement de la chose avec le concept produit par l’intellect : «Adaequatio rei et intellectus ». Entre la réalité et la compréhension intérieure existe alors harmonie et correspondance. L’objet devient alors présent dans l’esprit de la personne tel qu’il est, sans erreur. Par exemple, je regarde la place de la cathédrale et je dis : « Au milieu de la place, il y a une fontaine ». Mon propos est vrai car la fontaine de la place est comprise par mon intelligence comme étant une fontaine et non une voiture.
Chacun de nous est ainsi habité par des images et des mots ou des définitions qui les représentent. La réalité découverte devient présente en nous. Ceci est vrai de ce que nous voyons ou entendons, de ce que nous étudions ou apprenons. Plus nos connaissances grandissent et plus les réalités analysées prennent place dans notre esprit. Un scientifique ou un technicien voient plus et mieux qu’une personne ignorante dans tel ou tel domaine.
Il en va de même dans la connaissance de Dieu. Dieu devient présent en nous : Créateur à travers sa création ; Sauveur dans sa révélation biblique ; Amour dans les sacrements.
Les mages d’Orient décrits dans l’évangile selon saint Matthieu ont cherché la vérité en étudiant les étoiles et les documents de la sagesse. Ils ont cherché en quittant leurs pays et ils ont trouvé. Éclairés par l’Esprit Saint, les rois mages ont adoré l’Enfant Jésus de la crèche de Bethléem, en se prosternant devant lui. Ils ont ouvert leurs cœurs et leurs coffrets qui contenaient de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Comme à Jacob et à Joseph, l’époux de Marie, Dieu a instruit les mages en songe sur les paroles trompeuses d’Hérode qui désirait la mort du Messie.
Dieu veut que nous le cherchions, non pas pour nous faire souffrir dans l’attente, mais afin d’élargir la capacité de notre cœur à recevoir la sagesse et la grâce divine.
Chesterton, l’écrivain catholique anglais, aimait à déclarer : « Quand on entre dans une église, il nous est demandé d’enlever le chapeau pas la tête ». Il y a une intelligence de la Vérité sur Dieu et sur l’homme qui relève du don de l’Esprit Saint, Esprit de sagesse et de discernement.
Le Pape Benoît XVI n’a pas hésité à dire que le fondamentalisme est un péché contre l’intelligence. Dieu est grand. La connaissance de Dieu ne cesse de progresser au cours de l’histoire. Nous connaissons mieux Dieu aujourd’hui qu’il y a deux mille ans. « Dieu nous a donné dans la Bible un champ infini de progrès dans la vérité », avait déclaré le père Marie-Joseph Lagrange en inaugurant l’École pratique d’études bibliques de Jérusalem le 15 novembre 1890. Et, en commentant la parole de Jésus dans l’évangile selon saint Jean : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », le père Lagrange n’hésite pas à préciser que cette vérité de Jésus est en marche, en chemin, en progrès.
Aussi avons-nous à demander au Seigneur l’intelligence des Écritures, de la création et de la personne humaine. La réalité dépasse ce que nos yeux voient et ce que nos concepts définissent.
À l’exemple de Jésus, les chrétiens cherchent et vivent la vérité en dialogue. Le bienheureux frère dominicain, évêque d’Oran, martyr, Pierre Claverie, exhortait les fidèles à aller plus loin que la tolérance envers ceux qui ne pensent pas comme nous. Il écrivait : « J’ai besoin de la vérité des autres. » Mgr Pierre Claverie O.P. n’était pas syncrétiste ni relativiste mais il croyait à l’enseignement du Prologue de saint Jean qui nous révèle l’amour du Verbe pour tout homme : « Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme » (Jn 1,9). Le dialogue des chrétiens repose sur ce fondement, loin de toute « soupe religieuse réunionnaise » ou d’une « macédoine » de croyances.
Saint Thomas d’Aquin (+1274) enseigne qu’en rigueur de termes la Vérité n’existe qu’en Dieu seul. En effet, nous appelons des vérités des découvertes scientifiques appelées à être dépassées dans le temps. Pour la foi chrétienne, la Vérité est une personne : Jésus le Christ.
Il y a un autisme cérébral. L’autiste peut être intelligent et artiste mais il évolue dans son univers à lui. Il peut y avoir aussi un autisme spirituel où le croyant se replie sur lui-même, sur ses préjugés et ses habitudes, sur son monde à lui, en évitant la relation avec autrui, sans acceptation de l’altérité.
Saint Matthieu nous a parlé de la joie des Rois mages quand ils virent l’étoile s’arrêter au-dessus de la crèche de Bethléem où se trouvait l’Enfant Jésus avec Marie, sa mère.
Puissions-nous partager cette joie dans l’adoration de Jésus, Dieu-Vérité, Vérité de Dieu.

7 janvier 2023

La première Épiphanie du Sauveur (Mt 2, 1-12)

L’adoration des mages

Mt 2. Or, Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des Mages venus de [l’] Orient arrivèrent à Jérusalem, disant : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son astre à l’orient, et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

L’ayant appris, le roi Hérode fut troublé. Et Jérusalem tout entière avec lui. Et ayant assemblé tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, il s’informait auprès d’eux où devait naître le Christ. Ceux-ci lui dirent : « À Bethléem de Judée, car il est ainsi écrit par le ministère du prophète : 6 « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es pas la plus petite parmi les princes de Juda ; car de toi sortira un chef, qui doit paître mon peuple Israël. »

Alors Hérode, ayant fait appeler les Mages secrètement, apprit d’eux exactement le temps de l’apparition de l’astre. Et les ayant mis sur le chemin de Bethléem, il dit : « Allez, enquérez-vous exactement de l’enfant. Et lorsque vous l’aurez trouvé, annoncez-le-moi, afin que moi aussi j’aille me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voici que l’astre qu’ils avaient vu à l’orient, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’Enfant. 10 À la vue de l’astre, ils se réjouirent vivement d’une grande joie. 11 Et entrés dans la maison, ils virent l’Enfant avec Marie sa mère. Et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Et, ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12 Et ayant été instruits en songe de ne pas revenir vers Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Les mages entrent dans une maison. Une tradition très ancienne disait une grotte (Justin, Tryph. C. LXXVIII, 5 ; Protév. Jac. XVIII), et Origène s’appuyait même sur cette tradition locale pour prouver la nativité à Bethléem (Contra Cels. 1, 51). Cette grotte était d’ailleurs en parfaite harmonie avec l’étable de Lc 2, 6 s. On peut supposer qu’après la naissance de Jésus, Joseph a pu lui trouver un abri plus commode. Lc ne suggère en aucune manière que l’on ait quitté l’étable avant le quarantième jour. Et ceux qui veulent amener les mages dans une maison ne se rendent même pas compte de la facilité avec laquelle les Orientaux se logent dans une grotte, à proximité des animaux. En tout cas la tradition ancienne n’a voulu connaître que la grotte.

— « L’enfant avec Marie sa mère » pour nous rappeler la conception virginale. La tradition iconographique des catacombes a retenu ce trait avec soin, quelquefois en faisant planer l’étoile au-dessus de la tête de l’enfant. Il n’est pas dit que les mages aient été mis au courant de la virginité de Marie, mais elle prenait ainsi sa place privilégiée comme la Mère qui présente aux hommages son Jésus. Le prosternement est fortement exprimé par deux verbes ; c’est l’acte le plus important ; mais les artistes ont préféré représenter les mages offrant les présents, scène plus variée et d’une allure plus agréable. Des présents étaient l’accompagnement obligé d’un hommage rendu à un grand, surtout à un roi. L’or et l’encens sont réunis dans Is 60,6, cf. Ps 71,15 l’or d’Arabie, Jr. 6,20, l’encens de Saba ; la myrrhe et l’encens, Ct 3,6. C’est une grave raison de faire venir les mages d’Arabie, car chacun apporte les présents de son pays (Gn 43,11).

(Marie-Joseph Lagrange, o.p. L’Évangile selon saint Matthieu. Lecoffre-Gabalda, 1941, extraits p. 29 s.)

5 janvier 2023

Jésus entre en Galilée (Jean 1, 43-51)

Le lendemain, Jésus résolut de partir pour la Galilée.

Et il va trouver Philippe. Et Jésus lui dit : « Suis-moi. » Or Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.

Philippe va trouver Nathanaël et lui dit : « Celui de qui ont écrit Moïse dans la Loi, et les prophètes, nous l’avons trouvé ! C’est Jésus, fils de Joseph, [Jésus] de Nazareth. » Et Nathanaël lui dit : « De Nazareth peut-il venir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. »

Jésus vit Nathanaël venant à lui. Il dit à son sujet : « Voici un véritable Israélite, en qui il n’y a pas d’artifice ! » Nathanaël lui dit : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répondit : « Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » Nathanaël lui répondit : « Rabbi, tu es le fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! » Jésus lui répondit : « Parce que je t’ai dit : Je t’ai vu au-dessous du figuier, tu crois ? Tu verras de plus grandes choses que celles-là. » Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l’homme. »

Nathanaël objecte à Philippe : « De Nazareth peut-il venir quelque chose de bon[1] ? » Il cède cependant au désir de son ami, et Jésus lui montre à la fois qu’il pénètre le secret des cœurs et qu’il ne lui sait pas mauvais gré de sa défiance : « Voici un véritable Israélite, en qui il n’est point d’artifice. » Il est loisible à chacun de faire un compliment. Nathanaël se défie toujours : « D’où me connais-tu ? » Et Jésus lui dit : « Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » Que faisait-il sous le figuier ? Rien de répréhensible assurément, puisque c’était un bon Israélite. Peut-être rêvait-il de la rédemption d’Israël. Frappé de cette vue qui pénétrait à travers les clôtures, il s’écrie : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël ! » Il entend par là le Messie mais, cependant cette fois il va trop vite. Jésus le lui laisse entendre, et s’adressant à ceux qui étaient là, ses premiers amis : « En vérité, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l’homme. »

Au pays d’Israël on savait qu’à Béthel, Jacob avait vu en songe une échelle suspendue au ciel, le long de laquelle les anges montaient et descendaient[2]. C’était un gage pour le voyageur, obligé de quitter la terre promise, que Dieu serait avec lui : « Car je ne t’abandonnerai point que je n’aie fait ce que je t’ai dit. »

Ce que Dieu avait promis au patriarche, Jésus affirmait qu’il le tiendrait pour lui, et avec tant d’évidence que les disciples, en voyant ses œuvres, devaient être convaincus de sa mission, non point sous l’impression passagère d’une surprise mais par l’évidence des faits surnaturels.

Cette conversation avait donc une grande portée, et l’on comprend que l’évangéliste en ait fait le point de départ d’une période de trois jours avec laquelle on se trouva à Cana, au pays de Nathanaël.

(Marie-Joseph Lagrange o.p. L’Évangile de Jésus Christ avec la synopse évangélique, Artège, 2017, p. 106 ss.)

[1] Jo 1, 16.

[2] Gn 28, 10-17.

 

3 janvier 2023

Saint Nom de Jésus

Le témoignage rendu en désignant Jésus (Jean 1, 29-34).

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

Quelques extraits du commentaire du P. Lagrange dans son livre : L’Évangile selon saint Jean. Lecoffre-Gabalda, Paris, 1941, p.39 ss.

C’est de beaucoup le plus important, celui que la tradition a interprété par un geste du Baptiste montrant Jésus du doigt, dans la liturgie (indice prodis) et dans la peinture (Léonard de Vinci). On est au même lieu, et Jésus, déjà baptisé, s’approche de Jean, sans qu’on ne sache le motif, mais cette approche donne au langage du Précurseur un accent ému, avec la joie de posséder et de répandre le secret du salut. Léonard de Vinci a mis un tel enivrement dans les yeux du Baptiste que d’anciens catalogues le prenaient pour un Bacchus ! Le confident de l’Esprit Saint exulte en voyant de ses yeux le Fils de Dieu. […] Jean avait donc comme mission de manifester le Messie, ce qui supposait qu’on le lui ferait connaître. Il n’a pas encore dit comment ; c’est ce qu’il fait ici. […] Le signe était la descente de l’Esprit en forme de colombe […] Jean ajoute que la colombe demeura (cf. Isaïe 11, 2), ce qui était plus significatif, et indiquait aussi que pour le moment l’Esprit n’était pas donné à d’autres. Jean a bien indiqué le signe, mais comment en a-t-il compris la portée et le sens ? C’est ce qu’il explique maintenant, en accentuant de nouveau son ignorance antérieure, dissipée par la révélation de celui qui l’a envoyé pour baptiser, mais seulement dans l’eau. Nouvelle insistance pour amener le trait définitif, celui du baptême dans l’Esprit Saint.

Illustration : Saint Jean le Baptiste par Léonard de Vinci (1515) Louvre

1er janvier 2023

Vénérer la Vierge Marie

Le père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), dominicain, notait dans son Journal spirituel au cours de son noviciat au couvent royal de Saint-Maximin :

« La bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance (1). »

L’histoire de l’Église montre aussi comment la fréquentation de la Vierge Marie dans la prière loin d’éloigner les fidèles du Christ les a rapprochés avec justesse de son mystère.

Aussi, le concile Vatican exhorte-t-il les chrétiens à vénérer la Vierge Marie, avec amour, en lui adressant des prières d’invocation, et en cherchant à imiter sa foi (2).

Il arrive que des sociologues s’étonnent de l’impact de la spiritualité mariale auprès des chrétiens ayant subi la violence, l’emprisonnement, la pauvreté et toutes sortes de persécutions. Avec la Vierge Marie, ils ont gardé la foi au Christ médiateur entre Dieu et les hommes.

Mère de Dieu, Mère spirituelle des chrétiens, Mère de l’Église, la Vierge Marie, femme au regard pénétrant, active dans son amour, conduit au Christ comme elle l’a fait aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jn 2,5.) Manuel Rivero o.p. Extrait de l’article « Sainte Marie, Mère de Dieu ».

(1) Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel. Paris. Édition du Cerf. 2014. 16 novembre 1880. P. 104.

(2) Concile Vatican II. Lumen gentium. Chapitre VIII. « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église », n° 66-67.

Illustration : Vierge et l’enfant dormant (détail). Giovanni Battista Salvi da Sassoferrato 17e

1er janvier 2023

 

 

 

 

 

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