Serviteur de Dieu, le père Marie-Joseph Lagrange, o.p. par Elisabetta Deriu

14 décembre 2017 – Elisabetta Deriu – Ordre des Prêcheurs – Marie-Joseph Lagrange

Serviteur de Dieu, le père Marie-Joseph Lagrange, o.p.

« Le lundi 27 novembre 2017, la Postulation Générale de l’Ordre des Prêcheurs (fr. Gianni Festa, Postulateur général, et fr. Llewellyn Muscat, Secrétaire de la Postulation) a convié la famille des Dominicains, les religieux des autres ordres ainsi que le grand public autour d’une table ronde internationale organisée à la Pontificia Università San Tommaso d’Aquino (PUST), à l’occasion d’une nouvelle édition de l’ouvrage du père Lagrange, L’Évangile de Jésus-Christ (1).

De 15h30 à 18h00, l’Aula minor de l’Université a vu se succéder les interventions des organisateurs et de quatre personnalités scientifiques qui, à différent titre, ont examiné les multiples facettes de la vie et de l’oeuvre du Serviteur de Dieu, fin exégète et fondateur, en 1890, de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (Ébaf).

Les participants ont été accueillis par deux représentants de l’Ordre des Prêcheurs à Rome (fr. Bruno Cadoré, Maître général et fr. Gianni Festa, Postulateur général) et par le recteur de la PUST, le père Michel Paluch o.p.

Le secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, Monseigneur Giacomo Morandi, a ouvert la série des interventions en illustrant « La figure du père Marie-Joseph Lagrange entre vocation aux études biblico-théologiques et appel à la sainteté ». Monseigneur Morandi a mis en exergue les qualités de Lagrange en tant que « scientifique et homme profondément ecclésial, dans les fibres de ce tissu connectif qu’est l’Église », donnant vie à « une synthèse harmonieuse et accomplie de différentes parties ». Ainsi, ce qui caractérise le croyant, l’homme religieux authentiquement dévot, et le chercheur, se trouve réuni chez le père Lagrange, dans « l’appartenance au Seigneur en fils de saint Dominique », sous le signe d’une « surabondance de coeur » et d’une obéissance « forte, vivante », à toute épreuve.

Ensuite, le père Maurice Gilbert, s.j. (Pontificio Istituto Biblico, Rome) s’est penché sur « Les vertus évangéliques de l’exégète Lagrange ». Maurice Gilbert en a tout particulièrement souligné le « double engagement » : « l’honneur de l’Église » et « le bien des âmes », sans jamais perdre de vue l’unité des chrétiens. Un engagement qui se renouvelle constamment grâce à l’amour (à la fois pour la Vérité, l’Église, le Saint Père, les textes bibliques étudiés et médités), dans un esprit d’obéissance, et par la prière.

Le directeur de l’École biblique, le père Jean-Jacques Pérennès, a proposé une réflexion sur « L’héritage du père Marie-Joseph Lagrange dans l’École biblique de Jérusalem aujourd’hui ». Le « coup de coeur » pour Jérusalem caractérise toute la vie et l’oeuvre du père Lagrange qui, pour comprendre les textes sacrés, s’applique tout d’abord à « comprendre le pays et son histoire si complexe ». Ainsi, le Serviteur de Dieu se familiarise-t-il avec le terrain, qu’il explore jusqu’à en acquérir une connaissance profonde, et inégalée. Le « processus structurant » de l’École biblique est, pour le frère, une mission à accomplir pour l’Église ; pourtant, sa démarche répond aux critères scientifiques les plus rigoureux. Dans la recherche de la Vérité, il adopte donc une « perspective théologique » tout en se dotant d’une équipe de spécialistes de premier plan ; il privilégie la mise en dialogue de différents domaines et des méthodes qui leur sont propres, favorisant ainsi une « autonomisation progressive des savoirs ». La qualité des travaux du père Lagrange est telle qu’ils éveillent rapidement l’intérêt des chercheurs et des étudiants étrangers non chrétiens. Toujours actuelle, son oeuvre aide à faire le point sur l’état de la recherche, notamment en ce qui concerne la compréhension des textes sacrés dans leur littéralité.

Le père Augustin Laffay (Institut Historique Dominicain, Toulouse) a clos la table ronde avec une intervention sur « Le père Marie-Joseph Lagrange : un itinéraire spirituel ». En tant qu’historien, le père Laffay propose une histoire intime du Serviteur de Dieu à partir des « figures fondatrices », des rencontres et des lieux qui ont forgé son identité spirituelle. In primis, dès son plus jeune âge, Marie-Joseph « vit en proximité avec la Vierge et de nombreux saints », avec une ferveur qui s’alimente au sein d’une famille de grande foi. La figure de Jean-Marie Vianney, le curé d’Ars, est tout aussi marquante de l’histoire intime du frère Lagrange, et à l’origine d’un pèlerinage in situ, constellée d’actions de grâce. Ensuite, au séminaire de Saint-Sulpice le jeune Lagrange « découvre un amour passionné pour la Parole de Dieu ». La croissance du père Lagrange est peuplé d’autres figures (par exemple, Sainte Marie-Madeleine, Sainte Thérèse d’Avila), et d’autres lieux (par exemple le Couvent Royal de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume) tout aussi déterminants. Encore, l’influence du père Cormier est d’importance cruciale pour le jeune Lagrange : c’est elle qui lui inspire, entre autres, la « charité de Dieu » et « l’amour de Saint Dominique ».

Cette dernière intervention a annoncé l’ouverture de l’exposition historique et documentaire sur le même thème, organisée en marge de la table ronde par l’Institut Historique Dominicain : « Le père Marie-Joseph Lagrange. Son itinéraire spirituel à travers les documents et les photographies », un ensemble de témoignages précieux et touchants, comprenant entre autres plusieurs manuscrits autographes, des reliques et la montre de gousset du père.

La Pontificia Università abrite jusqu’à Noël une série de panneaux situés en libre accès dans le couloir à proximité de l’Aula minor : « Father Marie-Joseph Lagrange (1855-1938) », avec des photos et des textes en anglais. Six panneaux pour autant d’étapes marquantes de la vie du Serviteur de Dieu : « La Foi en héritage », « En suivant Jésus », « Au service de la Parole », « La Terre Sainte », « L’École biblique », « Monstra te esse Matrem ».

12 décembre 2017 – Elisabetta Deriu, Collaboratrice externe de la Postulation Générale de l’Ordre des Prêcheurs »

Article du site de l’Ordre des Prêcheurs, le site général de l’ordre dominicain.

(1) Artège Lethielleux, Perpignan, 2017 (préfation de père Jean-Michel Poffet, directeur émérite de l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem ; présentation de père Manuel Rivero, président de l’Association des amis du père Lagrange.