Lettre du président, fr. Manuel Rivero o.p., aux membres de l’association, le 28 novembre 2018

Fr. Manuel Rivero O.P.
Président de l’Association des amis du père Lagrange
Dominicains. Cure de la cathédrale.
97400 Saint-Denis (La Réunion), le 28 novembre 2018

https://www.mj-lagrange.org/
Facebook : Marie-Joseph Lagrange, dominicain

Courriel :manuel.rivero@free.fr
 

Lettre aux membres de l’Association des amis du père Lagrange

Objet : Cause de béatification du père Marie-Joseph Lagrange
Saint-Denis (La Réunion), le 28 novembre 2018.

Chers membres de l’Association des amis du père Lagrange,

Nous avons l’honneur et le bonheur de compter sur la belle et grande figure spirituelle et intellectuelle du père Lagrange.

Depuis la naissance de l’Ordre des prêcheurs, les frères se sont peu intéressés à la promotion des causes de béatification en commençant par celle de saint Dominique. Il arrive que les frères disent qu’il vaut mieux se sanctifier aujourd’hui que de sanctifier nos prédécesseurs. Mais nous avons besoin de références et de modèles pour notre vie chrétienne. Le père Lagrange demeure une lumière sur le chemin de la sainteté.

Fils de la province dominicaine de Toulouse, le père Lagrange représente une grâce et une tâche pour nous chargés de mettre en relief et, si possible, sur les autels ce frère, scientifique et mystique de la Bible. Jean Guitton, ancien élève du père Lagrange à Jérusalem, m’avait fait part lors d’une rencontre à Paris du besoin de béatifier le père Lagrange aujourd’hui car le problème de l’homme contemporain, souvent agnostique, est de ne voir dans la Bible qu’un livre du patrimoine littéraire sans dimension surnaturelle d’inspiration ni de révélation.

Dans la Positio de la cause de béatification du père Lagrange, il importe de présenter des témoignages de sa réputation de sainteté : grâces spirituelles de foi et de réconciliation, grâces de guérison physiques aussi. Saint Thomas d’Aquin dans son commentaire au Credo, lors de prédications à Naples, sa ville natale, en 1273, un an avant sa mort, prêchait ceci : « Si vous me dites : des miracles, personne n’en a vu l’accomplissement, je vous réponds : Le monde tout entier adorait les idoles et persécutait la foi du Christ. C’est là un fait certain, attesté même par les historiens païens : cependant, actuellement, tous, et les sages et les nobles, et les riches et les puissants et les grands, se sont convertis au Christ, par la prédication d’un petit nombre de pauvres et de simples leur annonçant Jésus-Christ. De deux choses l’une, ou bien ceci a été fait à l’aide de miracles, ou bien non. Si oui, j’ai répondu à votre objection. Et si c’est non, je dis qu’il ne peut pas y avoir de plus grand miracle que de convertir le monde entier sans miracles. Ne cherchons donc pas d’autre démonstration. »[1]

La cause de béatification du père Lagrange a besoin de témoignages de miracles physiques, des grâces reçues et de conversions au Christ : « Il ne peut pas y avoir de plus grand miracle que de convertir sans miracle. ». Le frère Gianni Festa, postulateur de l’Ordre, les requiert. Chacun de nous peut œuvrer à faire connaître la figure bienfaisante du fondateur de l’École biblique.

Le rayonnement du père Lagrange se déploie encore aujourd’hui à travers ses livres et articles. Il s’agit d’une sainteté de l’intelligence de la foi et de la miséricorde de la Vérité, partage de la Parole de Dieu expliquée pour devenir nourriture de la foi.

Le père Bernard Montagnes a accompli un travail remarquable pour faire connaître la vie et l’œuvre du père Lagrange. Son livre « Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique » (Cerf, 2004) reflète son labeur pendant plus de deux décennies. Le père Maurice Gilbert S.J., ancien recteur du Biblicum de Rome, a étudié pendant trois ans « gratis pro Deo » tous les écrits du père Lagrange. Il aimait à dire en riant que « de tous les écrits du père Lagrange, il n’y avait que le père Lagrange et lui qui les avait lus », car il en avait trouvé qui ne figuraient pas dans les bibliographies connues. Il affirme aussi que « celui qui lira tous les textes du père Lagrange ne trouvera rien de nouveau ».

Il reste évidemment l’impact spirituel et intellectuel du père Lagrange toujours en croissance. S’il fallait choisir un seul mot pour définir le père Lagrange, je n’hésiterai pas à reprendre le mot « progrès » utilisé le 15 novembre 1890 lors du discours d’inauguration de l’École biblique de Jérusalem : « Dieu a donné dans la Bible un champ infini de progrès dans la vérité. » Pour le père Lagrange, l’humanité avance de progrès en progrès. Cela s’avère juste aussi de son rayonnement. Peut-être suivra-t-il les traces de son saint patron de baptême, saint Albert le Grand, qui fut béatifié, canonisé et déclaré docteur de l’Église des siècles après sa mort ? C’est le pape Pie XI qui le proclama saint et docteur de l’Église, suite au culte ininterrompu dans l’Ordre des prêcheurs depuis le XIVsiècle. Le père Maurice Gilbert voit dans le père Lagrange, « un docteur que l’Église écoute », comme le montrent les témoignages des saints papes Paul VI et Jean-Paul II en faveur de son œuvre.

Le frère Vito Tomás Gómez, précédent postulateur de l’Ordre, avait présenté dans un rapport ce qu’il fallait faire pour adapter la Positio du père Lagrange aux nouvelles normes de la Congrégation pour la cause des saints ainsi que des compléments à ajouter de manière assez brève compte tenu du nombre de pages demandé par la Congrégation. C’est en ce sens que j’ai demandé le certificat d’ordination presbytérale du père Lagrange au diocèse de Zamora et que j’ai rédigé une note historique sur le contexte politique, ecclésial et dominicain du séjour du père Lagrange à Salamanque de 1880 à 1886. Au mois de mai dernier, à l’invitation du prieur du couvent Saint-Étienne de Salamanque, j’ai donné une conférence sur le père Lagrange et j’ai pu consulter la bibliothèque et les archives du couvent aidé par les frères espagnols, historiens et archivistes.

La promotion de la cause de béatification du père Lagrange se fait notamment à travers la diffusion de ses propres écrits. C’est pourquoi l’Association des amis du père Lagrange a édité « Le père Marie-Joseph Lagrange, sa vie et son œuvre » par le frère Louis-Hugues Vincent (Parole et Silence, 2013), le « Journal spirituel inédit » (Cerf, 2014) et « L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique » (Artège-Lethielleux, 2017). Par ailleurs, j’ai publié « Prier 15 jours avec le père Lagrange » (Nouvelle Cité, 2008) ; « Le père Lagrange et la Vierge Marie. Mystères du Rosaire » (Cerf, 2012) ; « Pour une théologie de la communication » (Parole et Silence, 2016). La revue « Angelicum » (Roma. vol. 92. 2015. 4) a publié les actes du Colloque sur le père Lagrange qui a eu lieu à Rome en 2015.

Plus récemment, l’Université catholique de Madagascar, vient de publier les Actes des Journées Interdisciplinaires « L’appel universel à la sainteté dans le monde d’aujourd’hui », Ambatoroka (Tananarive), 8-9 mars 2018 (Collection UCM ; n°2-2018). J’y ai donné une conférence : « Le père Lagrange : la sainteté de l’intelligence de la foi ». 

Les réalisations de l’ « Association des amis du père Lagrange » relèvent en bonne partie du travail de sa secrétaire bénévole, Madame Myriam Stagnaro. Chaque semaine des textes sont publiés sur la page facebook « Marie-Joseph Lagrange, dominicain » et sur le site « https://www.mj-lagrange.org/Plus de 1270 « likes » montrent l’impact du facebook. Nombreux sont les courriels qui demandent des reliques du père Lagrange. Nous ne pouvons évidemment envoyer que des images et des publications.

Le postulateur de l’Ordre a choisi Madame Elisabetta Deriu, historienne et archiviste, comme collaboratrice externe pour la rédaction de la Positio et nous lui souhaitons la réussite. L’Association des amis du père Lagrange lui a toujours fait parvenir les résultats de nos études et de nos publications ainsi que le dossier des courriers sur la « fama sanctitatis ».

Le père Lagrange demeure un exemple de vie dominicaine, apte à éveiller et à nourrir les vocations de frère prêcheur aujourd’hui. Qu’il est beau de vivre le mystère du Christ et de continuer sa prédication à travers la prière, l’étude et l’exégèse biblique pour le faire connaître et aimer. Grandeur de la vocation dominicaine, mystique et intellectuelle ! Mais son exemple est de nature à illuminer le chemin de chaque chrétien !

En comptant sur votre collaboration au service de la cause de béatification du père Lagrange, je vous confie à la Vierge Immaculée, patronne de l’École biblique de Jérusalem, si aimée de notre frère Marie-Joseph Lagrange.

Fr. Manuel Rivero O.P.
Président de l’Association des amis du père Lagrange

[1]Saint Thomas d’Aquin. Le Credo. Introduction, traduction et notes par un moine de Fontgombault. Collection Docteur Commun. Nouvelles Éditions Latines. Paris. 1969. Prologue. N°11. P. 28-29.