L’humilité du pape François….docx »
Des trois années initiales qui précédèrent sa première communion, le 27 mai 1866, les notes intimes ne signalent guère que les contretemps périodiques imposés par la maladie et le goût prononcé pour la lecture, non sans une tendre piété persévérante envers la Sainte Vierge dont il aimait à réciter le petit Office. Mais à partir de ce qu’elles nomment « le début de l’âge ingrat », durant sa classe de cinquième, elles sont empreintes d’une humble amertume sur l’envahissement néfaste de la vie personnelle consciente de son être et de ses sentiments :
« Je ne puis songer à ces années sans une indicible émotion. Rien n’égale le charme de ce commencement de la vie naturelle, si ce n’est le commencement de la vie en Dieu … Dieu m’attirait à lui par tant d’impressions de piété ; mais le charme de vivre, de penser, d’aimer la littérature, l’histoire, et peut-être aussi ce levain de paganisme que dépose en nous la plus pieuse des éducations modernes me faisaient dire : « Plus tard ! ».. Je craignais Dieu ; j’évitais ce me semble de l’offenser mortellement ; mais quel entraînement, quel élan de la pensée vers les merveilles de la nature, de la poésie, de l’art ! … »
(Louis-Hugues Vincent : Le Père Marie-Joseph Lagrange. Sa vie et son oeuvre, éd. Parole et Silence, 2013, p. 24.)
La Vierge Marie, disciple et missionnaire, image de l’Église, a été le modèle et le soutien du père Lagrange… Il aimait célébrer la fête de l’Annonciation, « fête de la racine », événement fondateur du christianisme qui eut lieu sans témoins publics. La spiritualité mariale du père Lagrange constitue la racine cachée de sa foi dans son labeur d’interprète de l’Écriture sainte. Il vivait avec la Vierge à qui il parlait comme un ami parle à son ami, comme un fils parle à sa mère.
(Manuel Rivero, o.p., Le Père Lagrange et la Vierge Marie. Méditations des mystères du Rosaire. p. 15-16. Éd. du Cerf. Paris. 2012.)
On a coutume de dire que Jérusalem est une Bible à ciel ouvert. C’est l’idée qui prédestinait à la création de la prestigieuse Ecole biblique et archéologique française. Fondée en 1890 par un Dominicain, le père Marie-Joseph Lagrange, l’Ecole biblique a pour vocation d’étudier la Bible sur le terrain. On lui doit notamment la publication de la Bible de Jérusalem, mais aussi la traduction de certains manuscrits de la mer Morte.
http://www.dailymotion.com/video/x99gqd_lecole-biblique-de-jerusalem_news#.UVnmUr_pSJk
Sur le site du diocèse de Bourg-en-Bresse, à l’occasion de la conférence donnée par fr. Manuel Rivero, o.p., le 23 février 2013.
http://catholique-belley-ars.cef.fr/Le-Pere-LAGRANGE-un-homme-de-chez-nous.html
Le martyre des frères cisterciens de l’Atlas a secoué la conscience de l’humanité. Un livre récent a mis en lumière la vie et le travail comme médecin de l’un d’entre eux, le frère Luc, qui a consacré son existence au service des malades en Algérie. À l’occasion de ses 80 ans, le frère Luc a reçu comme cadeau deux fois dans la même journée la biographie du père Lagrange écrite par son disciple, le philosophe Jean Guitton, de l’Académie française : « Les manifestations autour du doyen se poursuivent le lendemain, en présence de l’ami de toujours, le père Carmona et de Mgr Teissier. Puis l’archevêque d’Alger offre à l’octogénaire la biographie du père Lagrange par Jean Guitton… Quelques heures plus tard, frère Luc a repris ses consultations, et un patient lui fait la joie de lui offrir un livre : Portrait du père Lagrange, par Jean Guitton, que le malade avait déniché dans une librairie d’Oran » (Christophe Henning, Dom Thomas Georgeon, Frère Luc, biographie, moine, médecin et martyr à Tibhirine, Paris, Éditions Bayard, 2011, p. 106).
Le père Lagrange avait mené le combat pour la vérité. Il n’avait pas étudié pour étudier mais pour répondre aux questions fondamentales posées par ses contemporains sur la dimension surnaturelle de la Bible. À ceux qui lui reprochaient de ne pas soigner son style littéraire, le fondateur de l’École biblique de Jérusalem répondait en citant les soldats qui n’ont pas le temps d’astiquer leurs bottes quand ils doivent partir sur le chemin du combat. Le frère Luc, à sa manière, a mené le combat de la foi et du dialogue interreligieux par l’exemple et par la parole. Mgr Tessier et le patient qui lui ont offert la biographie du père Lagrange pour ses 80 ans ont dû saisir le point commun qui unissait ces deux hommes : la passion pour la vérité et pour la paix.
À Jérusalem, le 15 novembre 1890, le frère Marie-Joseph Lagrange, âgé de 35 ans, avait fondé une école pratique d’études bibliques. Au lieu de s’enfermer dans la bibliothèque du couvent Saint-Étienne, « le nouveau saint Jérôme », traversait le désert pour faire de l’histoire « avec des documents et des monuments ».
L’étude de la doctrine sociale de l’Église doit aller de pair avec des stages sur le terrain. Nos frères dominicains aux États-Unis envoient les étudiants en stage en veillant à l’accompagnement et à la rédaction d’un rapport qui rend compte de l’expérience et de l’articulation vécue entre la doctrine sociale de l’Église et les situations souvent dramatiques des gens. Un véritable travail théologique d’interprétation est à faire sur le terrain. Ayant découvert la méthode des récits de vie au Centre de pastorale de nos frères dominicains à Montréal, je l’ai appliquée principalement avec de jeunes étudiants en Haïti de manière à relire et interpréter les chocs et les changements provoqués par le séisme du 12 janvier 2010. Ces jeunes Haïtiens m’ont fait part du progrès psychologique et spirituel éprouvé en rédigeant leur récit de vie. La revue dominicaine Lumière et vie a publié un article qui résume cette expérience : « Vivre et croire en Haïti après le séisme de 2010 »
7 avril 2013 – Dimanche de la Miséricorde
La miséricorde du pape François
Lors de son Angélus du 17 mars, le pape François a mis l’accent sur l’importance de la miséricorde. Le visage de Dieu est celui d’un père miséricordieux, qui a toujours patience. Avez-vous pensé à la patience de Dieu ? Le Seigneur ne se fatigue jamais de pardonner !
La miséricorde du père Lagrange
Un an avant de devenir novice dominicain au couvent royal de Saint-Maximin (Var), Albert Lagrange, séminariste à Issy-les-Moulineaux en 1879, écrit dans son Journal spirituel encore inédit aujourd’hui, des réflexions sur le premier mot de la vie dominicaine prononcé par le postulant au jour de sa prise d’habit, les bras en croix, en réponse à la question du prieur provincial :
– Que demandez-vous ?
– La miséricorde de Dieu et la vôtre
Plus loin, le père Lagrange médite longuement sur ce sujet dont voici un extrait :
La miséricorde de Jésus dans les derniers moments de sa vie
La miséricorde des fidèles et du prêtre
La dernière Cène respire ces sentiments de miséricorde : il sent combien ses disciples sont encore mal formés ; il leur lave les pieds, leur promet d’exaucer leurs prières, de leur envoyer l’Esprit consolateur, la force, il leur lègue la paix, leur annonce sa Résurrection, leur donne rendez-vous en Galilée.
La souffrance, si atroce qu’elle soit, ne le rend pas égoïste : il appelle Judas son ami, il guérit Malchus, il convertit saint Pierre par un regard, il paraît miséricordieux pour Pilate. Sur la Croix, il prie pour ses bourreaux, il a un mot pour la Sainte Vierge et pour saint Jean. Après sa Résurrection, il est plein de condescendance pour ses disciples, peu affermis dans la foi.
Enseignements : Notre Seigneur est bien aussi le docteur de la miséricorde. Diliges proximum tuum tanquam teipsum [Tu aimeras ton prochain comme toi-même] (Luc 10,27).
Le Samaritain qui recueille le malheureux.
Le prêtre a l’habitude de gouverner les âmes, de les dominer : souvent il perd ainsi les sentiments de miséricorde et de tendresse. Il est toujours en contact avec les misères, il risque de s’y habituer et d’y devenir indifférent.
La miséricorde est le critérium du dernier jugement.
Ceux qui cherchent dans la vie le dévouement pour soulager les autres ne sombreront jamais.
Ceux qui cherchent la science, la gloire, même avec des vues élevées, peuvent sombrer, ceux-là non.
Nous aimons à croire que les hommes miséricordieux seront sauvés, nous espérons que, s’ils sont incroyants, Dieu leur fera la grâce finale.
Discours sur la montagne. Huitième béatitude : beati misericordes [heureux les miséricordieux] (Matthieu 5,7.)
Estote perfecti [Soyez parfaits] (Matthieu 5,48). Saint Luc dit : Estote misericordes [Soyez miséricordieux (6,36)]. Il prêche la miséricorde aux pécheurs. »
(Albert Lagrange, séminariste à Issy-les-Moulineaux, le 25 avril 1879. Premier cahier transcrit par fr. Renaud Escande, révisé par fr. Bernard Montagnes.)
Bonne Semaine Sainte avec ma prière à l’Esprit du Christ
Parution du livre le 12 avril 2013
Préambule à la biographie du père Lagrange par le père Vincent
Le père Louis-Hugues Vincent, disciple et ami du père Lagrange
Jésus appelle ses disciples « mes amis[1] » car il leur dévoile les secrets de son Père tenus cachés depuis la fondation du monde. C’est dans cette amitié divine et humaine que Jésus a partagé sa vie publique pendant trois ans avec ceux qu’il avait appelés à le suivre. Le propre des amis est de ne faire qu’un seul cœur. C’est pourquoi saint Thomas d’Aquin, le Docteur Angélique si présent dans la pensée du père Lagrange, parle de l’union des cœurs des amis au point que leurs secrets partagés ne sortent pas de la personne mais restent dans le cœur commun[2].
L’Église met en lumière l’amitié des chrétiens comme un don du Christ, l’ami commun. « Les amis de nos amis sont nos amis », dit le proverbe. La liturgie du 2 janvier célèbre ensemble deux saints, saint Basile le Grand (330-379) et saint Grégoire de Naziance (330-389), non pas qu’ils aient vécu le martyre le même jour comme cela arrive habituellement dans les fêtes du Missel, mais parce qu’ils étaient amis. Ils avaient partagé leur vie d’étudiant et de moine avant de devenir évêques et grands théologiens.
Cette expérience heureuse de l’amitié a caractérisé aussi le quotidien des frères dominicains Marie-Joseph Lagrange et Louis-Hugues Vincent à l’École biblique de Jérusalem pendant presque cinquante ans. Le frère Marie-Joseph, exégète et directeur de l’École biblique, s’est attaché à son élève et ami, le frère Louis-Hugues. Voici comment le père Lagrange décrit cette amitié à l’occasion de la dédicace de son ouvrage Introduction à l’étude du Nouveau Testament :
« Je prie le père L.-H. Vincent d’agréer ce livre, non comme un hommage, mais comme une marque d’affection reconnaissante. Ce fut une grande joie pour moi de lui enseigner le peu que je savais, une joie plus grande de le voir devenir un maître, notre maître à tous dans l’archéologie de la Palestine, dont le R.P. Abel est le géographe. Notre amitié naquit aussitôt que nous nous vîmes, à Jérusalem, il y a plus de quarante-cinq ans, et il fut le lien d’une collaboration qui se poursuivit dans des voyages d’études, des visites de musées, un échange constant de vues sur les objets de nos travaux. L’accord, jamais exigé, n’en était que plus facile, et toutes les nuances personnelles, soigneusement respectées, se fondaient dans la même foi, la même espérance, le même amour de Notre Seigneur Jésus Christ. Nous avons toujours cru reconnaître à sa douceur, la protection de la Vierge fidèle : c’est grâce à elle, sans doute, que notre affection, toujours plus forte et plus solide, doit d’avoir conservé le charme des premiers jours, quand deux âmes s’aperçoivent qu’elles sont faites l’une pour l’autre. Que pouvait l’éloignement, sinon rendre plus sensible notre attachement à l’œuvre commune ? De ces bienfaits, je rends grâce à Dieu.[3] »
Puisse l’édition de cette biographie née dans l’amitié chrétienne faire aimer le Christ, ami des hommes, et contribuer à la connaissance du père Lagrange et à sa cause de béatification.
Marseille, le 10 octobre 2012
Fr. Manuel Rivero O.P.
Vice-postulateur de la cause de béatification du père Lagrange[4].
a entrepris depuis les années 2000 un grand projet scientifique de publication qui sera intitulé BEST, la Bible en ses traditions : c’est une Bible pour le XXIe siècle.
https://www.facebook.com/best.ebaf
Voici un bel article écrit par Pierre Assouline, le 25 décembre 2010, article que vous pourrez retrouver à partir du site ci-dessus.
Si l’École, où se trouve l’une des meilleures bibliothèques au monde consacrée aux études bibliques, est si célèbre, c’est aussi que les Dominicains y ont élaboré pendant des années la fameuse « Bible de Jérusalem », édition savante au plus près de l’exégèse historico-critique, la plus populaire et la plus répandue de la Bible. On sait moins que depuis une dizaine d’années, et pendant quelques décennies encore, leurs frères et successeurs en ces lieux travaillent discrètement à un autre grand projet. Nom de code : la BEST. Entendez : la Bible en ses traditions.
Pour le dire simplement, ce vaste chantier international vise à offrir au lecteur à la fois « les différentes formes textuelles de la Bible, assorties d’une annotation philologique et historique, et les diverses traditions de son interprétation au sein des communautés qui la reçoivent comme un texte sacré. Sereinement catholique dans son inspiration, le projet est, pour cette raison même, œcuménique et dans une certaine mesure interreligieux ». Tout est là: exposé, expliqué. Le texte des livres bibliques se présente sous ses différentes versions au cours des âges en colonnes, ce qui n’est pas sans rappeler l’organisation du Talmud, autour de trois zones d’annotation : texte, contexte, réception. Pour l’instant, l’équipe en est à ouvrir des laboratoires électroniques en ligne pour chaque livre biblique.
Si une édition imprimée, livre par livre puis générale, est bien prévue, l’édition principale se présentera sous la forme d’une base de données électroniques en français, anglais, espagnol, accessible par souscription. Afin de recruter mécènes et collaborateurs, un volume de démonstration hors-commerce tiré à un millier d’exemplaires et offert aux abonnés de la Revue biblique, vient d’être mis en circulation. Il contient douze esquisses autour de douze péricopes introduites, traduites et annotées selon le principe établi pour la Best. De quoi donner une juste idée de l’ampleur et de l’ambition de ce projet, suivi dans la durée par Olivier-Thomas Venard, o.p. qui mérite vraiment d’être soutenu.
Bien que leurs prédécesseurs en ces lieux soient les « auteurs » de la « Bible de Jérusalem », les actuels professeurs de l’École biblique sont constamment sollicités pour leur expertise dès qu’un problème se pose dans leur champ de compétence. Voilà pourquoi je les ai interrogés à propos des changements de la TOB (Traduction Œcuménique de la Bible), nouvelle édition parue fin novembre au Cerf, qui s’adresse autant aux catholiques, aux protestants qu’aux orthodoxes, lesquels ont réussi à y faire introduire six livres deutérocanoniques jusqu’à présent exclus. Jugeant son langage et sa présentation parfois trop datés « années 50 », un comité de relecture s’est employé à le moderniser.
Cette révision générale, la deuxième en un demi-siècle, concerne notamment les noms divins. Finis les « puissants » et « Tout-puissant » ; de même, « jaloux » a cédé la place à « exigeant » afin de dissiper toute ambiguïté sur le Dieu jaloux. Mais c’est sur le terme « Juif » (du grec ioudaioi), qui revient à soixante-huit reprises dans l’Évangile de Jean, que le comité de révision a souhaité mettre l’accent afin de bannir les malentendus qui ont longtemps pesé sur son usage dans la mesure où il a longtemps été la source de l’antijudaïsme chrétien ; dans le récit de la Passion, le peuple juif, dans son ensemble et de tous les temps, est ainsi désigné comme responsable de la condamnation du Christ, en lieu et place des autorités de Jérusalem en leur temps.
Réaction d’Étienne Nodet, dominicain, professeur à l’École Biblique, éditeur des cinq volumes des Antiquités juives de Flavius Josèphe (Le Cerf) et auteur notamment de Samaritains, Juifs, Temples (Gabalda) : «Jean est le plus juif des quatre et le plus proche des origines. Son évangile superpose ou condense la vie de Jésus avec les agitations ultérieures dans les synagogues. Jésus le dit clairement : « Le salut vient des juifs (ou Juifs, si on veut pinailler) ». Le propre de la tradition biblique et juive est de porter à la fois le prophète (isolé) et le peuple rétif, et cela depuis Moïse. Sans la Passion, il n’y a rien – c’est bien ce qu’a compris le Credo; à l’époque, il n’y aurait pas eu Paul, mais seulement un vaste « Jesus movement » : d’Apollos d’Alexandrie à Ananias de Damas (Actes 9 et 18). »
Et d’un point de vue purement philologique ? Christophe Rico, seul laïque à enseigner à l’École biblique, est professeur de grec. Ses recherches se concentrent notamment sur le grec koïné néo-testamentaire. Il rappelle qu’une langue n’est pas une nomenclature, qu’on ne traduit pas des mots mais des énoncés, et que le sens ne jaillit pas des mots isolés mais d’une phrase qui s’insère dans un contexte.
«La question des ioudaioi est, au fond, comparable à un autre problème de traduction dans le grec des évangiles: celui des adelphoi de Jésus. En grec koinè, le mot adelphos signifie soit « frère de père et mère », soit « demi-frère ». Certains emplois du mot adelphos à propos d’Hérode Antipas ne peuvent se comprendre dans les évangiles (d’après les renseignements fournis par Flavius Josèphe) que dans le sens de « demi-frère ». En outre, en grec koinè sémitisé, les emplois sont encore beaucoup plus larges et peuvent englober tout proche parent (cousin, oncle, neveu, beau-frère…).
Cet exemple illustre le principe qu’une langue ne constitue jamais une nomenclature, et qu’il y a un grand danger à vouloir traduire systématiquement le même mot de la langue source par un même mot de la langue cible. Chaque champ sémantique doit être analysé par rapport à une langue déterminée. Dans le cas des ioudaioi (non seulement chez Jean d’ailleurs, mais aussi chez d’autres évangélistes), il s’agit d’un terme qui peut revêtir différentes acceptions en grec koinè sémitisé. Si l’on prend le chapitre 4 de Jean, lorsque Jésus déclare à la Samaritaine que le salut vient des ioudaioi, il est clair que le terme a un sens religieux: « le salut vient des juifs ». De même lorsqu’il est question d’une fête des ioudaioi. Dans nombre d’autres cas, lorsque la comparaison est possible avec des passages parallèles des autres évangiles, on s’aperçoit que, face à une expression du type hoi pharisaioi chez Matthieu ou Luc, on trouve en revanche chez Jean l’expression hoi ioudaioi: le terme désigne donc dans ces cas-là les autorités juives à Jérusalem, que cette autorité soit juridique (membres du sanhédrin) ou simplement une influence sociale. Même dans ce cas, il ne s’agit pas de l’ensemble des autorités juives de façon indiscriminée puisque le quatrième évangile mentionne aussi bien Nicodème (le Niqdemon cité dans le Talmud) que Jean d’Arimathie, tous deux membres éminents du sanhédrin, parmi les disciples qui ont soutenu Jésus jusqu’au bout. Il y a également quelques rares cas, dans l’évangile de Jean, où le terme pourrait désigner les habitants de Judée, les Judéens (je n’en suis pas absolument certain, mais l’hypothèse est certainement plausible, cf. Jn 11,45) ».
Nul doute qu’un jour « la Best » y fera écho !