Écho de notre page Facebook : juin 2026

1er juin 2026

Mémoire de Saint Justin. Philosophe et martyr (+ 165)

Nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. Il a donc fallu le chercher dans ses écrits, et s’occuper moins de l’homme que de sa doctrine.

Sur l’homme, tout le monde est d’accord. Il n’y a qu’une voix pour rendre justice à cette âme honnête, à ce caractère droit et loyal, à cette intelligence éprise de vérité, à ce saint rempli de l’amour de Jésus-Christ, ardemment désireux du salut de tous les hommes.

Les écrits ont donné matière à de nombreuses controverses. Plusieurs sont perdus, d’autres ont été attribués faussement à saint Justin.  […]  L’œuvre de Justin est considérable. Son importance n’est pas douteuse. Placé entre les Pères apostoliques et les grands controversistes de la fin du second siècle, saint Irénée, Tertullien, saint Hippolyte, Justin est, sinon le premier par la date, du moins à la tête des apologistes grecs. Sa sincérité, sa confiance dans la force de la vérité, l’ont poussé à lever le voile des réunions liturgiques chrétiennes. Comme controversiste avec les Juifs, il occupe aussi un rang à part. Enfin, le premier, il a adressé à la raison humaine un sympathique appel.

L’accord cesse lorsqu’il s’agit d’apprécier la valeur intellectuelle de saint Justin. Son style est négligé et sa composition embarrassée ; ce sont choses dont il ne se souciait guère. Mais son esprit est-il aussi médiocre qu’on l’a dit tout récemment ? La parfaite exactitude de ses renseignements sur le judaïsme suffirait à prouver le contraire. Depuis longtemps on agite la question de savoir si Justin est un philosophe teinté de christianisme ou un franc chrétien qui a mis sa philosophie au service de sa foi. La seconde alternative est incontestablement la vraie. Si donc Justin s’est quelquefois trompé, comme il faut le reconnaître, ce n’est pas par suffisance philosophique, ou par manque de docilité aux enseignements de l’Église. Je crois pouvoir ajouter que ces erreurs ne sont point une conséquence de sa philosophie, mais le résultat d’une exégèse encore inexpérimentée. Son opinion sur le millénarisme vient de l’interprétation trop littérale des anciens prophètes et de l’Apocalypse. S’il a paru assez souvent subordonner le Fils au Père, c’est sous l’influence d’un texte biblique mal traduit en grec, et d’une théorie exégétique peu sûre à propos des apparitions de l’Ancien Testament.

Image héroïque du saint martyr palestinien, saint Justin n’a pas écrit une ligne sans être prêt à sceller de son sang les écrits qui lui ont inspirés sa foi et son amour pour Jésus-Christ.

Jérusalem, 21 novembre 1914

Recension par Cayré Fulbert, Revue des études byzantines, Échos d’Orient, 1915, n° 108, p. 484-485. Source : persee.fr

M.-J. LAGRANGE, O. P., Saint Justin, Paris, Lecoffre-Gabalda, 1914, in-8°, XII-204 p. (Fait partie de la collection Les Saints.)

« Ce volume est peut-être, déclare l’auteur, dans toute l’estimable « Collection des Saints », celui qui ressemble le moins à une biographie. C’est que nous ne savons guère de saint Justin que son goût pour la philosophie, sa conversion et son martyre. » De cet inconvénient on conclura, quand on aura achevé la lecture du livre, que les faits ne sont pas nécessaires pour rendre une vie de Saint instructive et édifiante. Ceux qui n’ont pas besoin, pour retrouver l’âme d’un homme de Dieu, qu’on leur présente in extenso, en longs chapitres, un catalogue de ses vertus, admireront ici la trempe vigoureuse d’un vrai chrétien des premiers siècles.

La foi et la charité y transpirent à chaque page. Saint Justin est avant tout un croyant, Il n’en renonce point pour cela à sa raison, loin de là. Si, pour aller lui-même au Christ, il n’a pas besoin de spéculation, il y recourt pour lui gagner les autres. Ce n’est pas défiance vis-à-vis de la foi, au contraire ; c’est surtout condescendance d’une âme apostolique. Seule, la charité le pousse à philosopher et à écrire. Dans ses écrits, c’est elle encore qui le guide et lui fait éviter, à l’égard de ses adversaires, ces « coups de boutoir » où se complaira son disciple Tatien. Et si, à la différence de l’Octavius de Minucius Felix, les Apologies de Justin ne nous présentent pas « un christianisme édulcoré à l’usage des cigognes néo-chrétiennes », c’est encore à l’ardeur de son amour qu’on le doit. Il possède cette vertu jusqu’à la candeur, la naïveté même, dit-on.

Le directeur de l’École biblique de Jérusalem a mis à faire revivre cette belle physionomie la variété et la sûreté de son information. De judicieuses mises au point gagnent à être signées de son nom. Elles rendent à saint Justin la confiance que lui voudraient disputer certains critiques qu’un anachronisme scandalise au point de leur fermer les yeux sur tout le reste. Divers rapprochements faits à propos entre le IIe siècle et le nôtre donnent même par endroits à ce héros des premiers jours un certain air d’actualité. Grâce à un exposé simple et vivant, fait en un style clair et nerveux, un sujet qui semblait réservé à un monde d’initiés est mis ici à la portée de tous ceux qui savent lire et veulent s’édifier.

Écho de notre page Facebook : mai 2026

24 mai 2026

Solennité de la Pentecôte

Jésus apparaît à ses disciples, en l’absence de saint Thomas

Jn 20. 19 Au soir donc, ce jour-là – le premier de la semaine – et les portes [de la maison] où étaient les disciples étant fermées – à cause de la peur que les Juifs leur inspiraient – Jésus vint et se tint au milieu. Et il leur dit : « Paix à vous ! » 20 Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc de voir le Seigneur.

21 Il leur dit donc de nouveau : « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » 22 Et ayant dit cela, il souffla sur eux, et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint, 23 ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous [les] retiendrez, ils [leur] seront retenus. »

L’Évangile de ce jour en compagnie du père Marie-Joseph Lagrange :

Le jour et le moment sont marqués.

Peut-être une heure très tardive, ce qui laisse aux disciples d’Emmaüs le temps de revenir à Jérusalem, même s’ils sont partis de l’Emmaüs qui devint Nicopolis, à 160 stades. Les portes étaient fermées, non que les Juifs n’eussent pu les forcer, mais pour éviter des importuns qui pouvaient être des espions. Ce détail est mentionné pour montrer que Jésus entra d’une façon surnaturelle. Il n’en usait point ainsi de son vivant : c’est donc que son corps ressuscité a acquis des propriétés surnaturelles, qui lui sont pour ainsi dire naturelles. […] — « La paix à vous » est bien cette fois la formule de salutation des Juifs (24,27), mais non cependant sans une certaine solennité ; de même en souhaitant la paix ; de même 21-26 : en souhaitant la paix, Jésus la donne, comme il l’avait déjà donnée.

De glorieuses cicatrices

Jésus avait donc conservé sur son corps ressuscité la trace de ses blessures, comme de glorieuses cicatrices : non qu’il ne puisse apparaître autrement ; mais il les montre pour être reconnu comme le crucifié, et, sans se faire un mérite de ses souffrances auprès de ses disciples, il les rappelle néanmoins, pour exciter leur foi et leur amour, soit pour que la joie soit plus complète, tant de douleurs n’étant plus qu’un souvenir. Le resuscité use selon les dispositions de ceux auxquels il apparaît. Il avait dû modérer l’ardeur aimante de Magdeleine ; il semble avoir eu besoin de convaincre ses disciples, d’un sens plus rassis, comme l’indiquent Luc et Marc, et aussi Matthieu 28, 17. — Jean va au plus court : il remplace les pieds (dans Luc.) par le côté 19, 34), et ne parle pas comme Luc des aliments pris par le Seigneur. — La joie, certes bien naturelle (Luc 24, 41), avait été annoncée par Jésus (16, 22).

Salutation avant de prendre congé

Jésus répète sa salutation, comme prélude d’un dernier acte avant de prendre congé, et parce que la paix est une disposition favorable à l’action divine.

Parlant de son Père (17, 18) il avait déjà regardé la mission des Disciples comme accomplie dans sa pensée. Il leur intime maintenant dans les mêmes termes : comme il a été l’envoyé de son Père, ils seront ses envoyés : la résurrection dont ils sont les témoins sera sans doute la première bonne nouvelle qu’ils auront à annoncer au monde.

Le don d’un pouvoir spirituel spécial

On doit se garder de deux excès. Luc dans le récit de cette apparition contient seulement une promesse d’envoyer l’Esprit Saint, ce qu’il nomme la promesse du Père (Luc 24, 49). Cela s’entend très bien, car il racontera dans les Actes l’exécution de cette promesse au jour de la Pentecôte (Actes 2, 1 ss). En voulant harmoniser trop littéralement Je avec Luc on a en vu le texte de Jean, une simple préparation à l’envoi de l’Esprit Saint, ce qui est contre les termes qui sont clairs, car Jésus n’a pas donné l’Esprit en apparence seulement, et cela a été défini au Ve concile contre Théodore Mopsueste — Aujourd’hui des critiques modernes tendent plutôt à mettre Jean en contradiction avec les Actes, en remplaçant la mission de l’Esprit Saint à la Pentecôte par l’insufflation du jour de Pâque. Mais ils doivent avouer que l’acte décrit ici par Jean ne remplit pas les conditions indiquées par jean lui-même (13, 16.26 ; 16, 7.13) pour la mission de l’Esprit qui doit être envoyé par le Père (ou par le Fils), mais après le retour du Fils auprès du Père, et pour suppléer à l’absence du Fils. Jean n’avait pas à parler du moment où cette mission a eu lieu, puisqu’elle était en dehors du cadre de l’évangile.  Mais il a retenu un trait important de l’action du Christ ressuscité, le don d’un pouvoir spirituel spécial. Il est clair d’abord qu’il ne donne pas naissance à l’Esprit Saint, dont l’A. T. connaissait l’existence et décrivait les attributs. Tout au plus peut-on dire que cette insufflation est un SIGNE qu’il participe à la spiration éternelle de l’Esprit Saint ; Thomas : Il ne faut pas comprendre que ce souffle du Christ est le Saint-Esprit, mais un signe de celui-ci. C’est pourquoi Augustin dit dans le livre IV, De Trinitate : « Ce souffle corporel n’est pas la substance du Saint-Esprit, mais une démonstration et une signification directe que le Saint-Esprit procède non seulement du Père, mais aussi du Fils. »

Jésus donne à ses apôtres une Aide dans l’ordre de la vérité

Ce que Jésus donne à ses apôtres est donc quelque chose est donc quelque chose de surnaturel que l’on doit rattacher à l’action de l’Esprit Saint, représenté dans l’A. T. surtout comme vivifiant, et que Jésus lui-même a désigné comme une Aide dans l’ordre de la vérité. Après la mission imposée au v. précédent, il semble bien que ce doive être un pouvoir, plus tôt qu’une disposition de l’esprit ou du cœur, mais on ne saurait que conclure, si paroles jointes au geste ne donnaient l’explication. Ce pouvoir, en effet, est exprimé clairement (v. 23) ; c’est celui de remettre les péchés, et c’est aussi celui de les retenir. C’est le pouvoir déjà donné à Pierre et aux apôtres (Matthieu 16, 19 ; 18, 18), qui est ici renouvelé expressément, avec l’insufflation de l’Esprit, laquelle le confère définitivement. L’allusion de l’Esprit s’entend assez : remettre les péchés, c’est donner la vie spirituelle ; et cela ne doit pas se faire sans discernement, puisque dans certains cas les péchés sont retenus. Or cela ne pourrait être par caprice, mais par suite d’un jugement porté sur la disposition des hommes. Ceux qui prétendent que la théologie johannique ne comporte pas cette distinction (Bauer) prétendent sans doute la comprendre la comprendre mieux que Jean lui-même. N’a-t-il pas d’ailleurs insisté sur la nécessité, pour ceux qui acceptent la doctrine, de pratiquer les commandements (14, 21) ? Quelques-uns pouvaient y manquer, d’où l’importance suprême de ce qu’on nommera le sacrement de pénitence avec l’Église (Conc. Trid. Sessio XIV, Can. ; Denz ; 913).

(Voir la suite dans L’Évangile selon saint Jean 20, 19,23. Marie-Joseph Lagrange O.P. 1936. Ed. Lecoffre-Gabalda, pp. 514-516.)

Illustration : Vivre du souffle de l’Esprit Saint. source paroisse-chaville.fr

10 mai 2026 -Jour anniversaire

En ce jour de grande espérance, qui se trouve être également le jour anniversaire de la « naissance au ciel » du père Lagrange, unissons notre prière à celle de Fr. Manuel Rivero, o.p., pour la béatification du père Lagrange auquel nous demandons son intercession pour les demandes de grâces qui nous sont chères.

Prière : « Père saint, tu as mis en ton serviteur le frère Marie-Joseph Lagrange, le désir de la vérité et un goût passionné pour la Parole de Dieu. À la lumière de la Loi de Moïse, des Prophètes et des Psaumes, il a scruté le mystère de Jésus-Christ et son cœur est devenu brûlant. Avec la Vierge Marie, il a médité l’Évangile dans la prière du rosaire. Il a voué son existence à l’étude scientifique de la Bible dans l’harmonie évangélique de la foi et de la raison afin de sauver les âmes perturbées par la critique scientifique. Ceux qui l’ont connu ont témoigné de sa foi rayonnante et de son exemplaire obéissance dans les épreuves. Nous te prions, Père de hâter le jour où l’Église reconnaîtra publiquement la sainteté de sa vie, afin que son exemple bienfaisant entraîne nos frères à croire en la Parole de Dieu. Que l’intercession du frère Marie-Joseph Lagrange nous obtienne les grâces dont nous avons besoin, et en particulier : (préciser laquelle). Nous te le demandons, Père, au nom de ton Fils Jésus-Christ, dans la communion du Saint-Esprit, un seul Dieu vivant pour les siècles et des siècles. Amen. » http://www.mj-lagrange.org. Pour les grâces reçues, écrivez-nous : pere.marie.joseph.lagrange@gmail.com

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean avec le commentaire du père Lagrange

« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur » (Jn 14, 15-21)

15 Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ; 16 et je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur, afin qu’il soit avec vous à jamais, 17 l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir parce qu’il ne le voit et ne [le] connaît pas ; vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure chez vous, et [qu’] il est en vous. 18 Je ne vous laisserai pas orphelins : je reviens à vous. 19 Encore un peu et le monde ne me voit plus ; mais vous, vous me voyez, car je vis et vous-mêmes vivrez. 20 En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous. 21 Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime, or, celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

Le père Lagrange : Cette foi, dans les disciples, ne doit point être inactive. Des fidèles ne doivent point se troubler ; bien plus, ils devront agir, et leur Maître leur donnera les secours nécessaires ; c’est sa seconde exhortation. Leur meilleure ressource sera la prière, toujours exaucée, parce que les disciples prieront le Père au nom de Jésus, et telle est l’unité du Père et du Fils, que le Fils sera ce qu’ils demanderont, l’ordre étant désormais que le Père soit glorifié dans le Fils. Et celui qui aura la foi, armé de cette prière, fera les mêmes œuvres que Jésus, et même de plus grandes. En effet il n’est pas sorti du pays d’Israël, et il les envoie pour convertir les gentils. Pour cette œuvre l’amour de Dieu aussi est nécessaire, l’amour qui garde les commandements. La foi seule ne serait pas un appel suffisant au don que la prière de Jésus obtiendra du Père, celui du Paraclet, défenseur, protecteur, grand ami, qui n’est autre que l’Esprit de vérité. Celui-ci assistera les disciples dans leurs voies comme la lumière, en chassant les ténèbres paralysantes, rend la confiance de marcher et d’agir. Mais cette lumière est intérieure. Le monde n’en reçoit pas le bienfait, parce qu’il regarde au dehors, où l’on ne saurait la percevoir ; les disciples en jouiront, parce qu’ils la trouveront au dedans d’eux-mêmes. Jésus lui-même viendra à eux. Le monde ne le verra pas, sa vie étant une vie spirituelle, mais les disciples vivant de la même vie le verront, et ils connaîtront le secret de cette union qui les rattache au Père : Jésus en eux, eux en lui, et lui en son Père. Et cette union ne sera pas seulement actuelle par la foi. Si le fidèle aime vraiment le Fils, et il l’aime s’il garde ses commandements – précieux encouragement pour les âmes timorées –, il sera aimé du Père et du Fils, et le Fils se manifestera à lui. Jésus indiquait ainsi cette vue presque intuitive, par un contact intime de l’intelligence avec la vérité infinie, connaissance plus claire et plus féconde que tout exercice de la raison, sans dissiper encore toutes les obscurités de cette vie.

 

Écho de notre Page Facebook : avril 2026

16 avril 2026
Interview – Père Maurice Gilbert, professeur de théologie biblique du mariage
5 January 2018 – École biblique et archéologique française – Bible
Jésuite belge, le père Maurice Gilbert, s.j. fit ses études à Louvain : après son Troisième-An de spiritualité, il découvre Jérusalem au cours de l’été 1967. Son doctorat achevé, il devient pour quatre ans professeur à l’Université de Louvain, avant d’être nommé à l’Institut Biblique de Rome, poste qu’il occupera jusqu’en 2011. Après six ans de rectorat au Biblique, il passe à Jérusalem en 1984 et commence à enseigner à l’École biblique. Interview :
Professeur à l’École biblique depuis 34 ans, quel chemin vous a mené ici ?
Mes premiers contacts avec l’École biblique datent d’août 1967. Ce réfectoire où nous sommes était la bibliothèque. Il y avait ici la table où travaillait le père Langlamet, qui fumait comme un Turc. Les fichiers étaient là, à l’entrée du réfectoire. Je me rappelle avoir vu le père de Vaux qui arrosait le jardin. Le père Benoit nous a fait visiter l’esplanade des mosquées. Après la guerre des Six-Jours, on entrait partout : dans le dôme du roc, dans ce qu’on appelait à l’époque « les stalles de Salomon », l’actuelle mosquée pour les femmes ; la Porte Dorée était ouverte. La paix était impressionnante.
Puis en 1982, durant mon rectorat au Biblique, de passage à Jérusalem, les Pères de l’École m’ont invités à déjeuner ; à table, se trouvaient les maîtres de l’époque, Benoit, Tournay, Boismard, Murphy O’Connor. Ils étaient très préoccupés, car ils n’avaient plus
que sept étudiants. À Rome, nous en avions 350. Je ne sais pas ce qui m’a pris mais je leur ai dit “C’est de votre faute. Vous n’offrez à vos étudiants aucun diplôme reconnu internationalement”. Une proposition fut lancée : obtenir du Saint-Siège que l’École puisse donner le doctorat en sciences bibliques, titre réservé à l’Institut biblique et à la Commission biblique pontificale. L’année suivante, c’était chose faite.
En 84, après mon rectorat à Rome, je suis venu à Jérusalem pour six mois et j’y suis resté huit ans ! L’École m’a de suite invité à donner cours : cela fait 34 ans ! Je n’ai jamais arrêté, sauf entre 93 et 99, mais j’y étais encore membre du Conseil scientifique.
Quelle est votre spécialité d’étude et d’enseignement ?
Quand je suis arrivé à Rome, on m’a demandé de prendre en charge les livres de Sagesse de l’Ancien Testament, c’est-à-dire Job, Proverbes, etc. J’avais déjà publié sur ces textes ; cela m’intéressait, d’autant plus que ces livres de Sagesse étaient peu étudiés jusqu’à la découverte en 1964 à Masada d’un manuscrit de Ben Sira du Ier siècle avant notre ère.
J’ai toujours donné des cours sur les livres de Sagesse. Je changeais chaque année, car on ne reprend jamais un même cours ni à l’École ni à l’Institut. On choisit toujours selon ce que l’on est en train de travailler. Je me souviens d’avoir donné ici un cours d’introduction scientifique au Siracide. Émile Puech y était !
Et pourquoi ce cours de théologie du mariage cette année ?
C’est la première fois que je donne ce cours. À Luxembourg depuis 2011, j’ai préparé des fiancés au mariage. Me rendant compte que ce pouvait être utile, j’ai proposé ce sujet à l’École, et c’est utile manifestement.
Et le corpus sur lequel vous vous fondez, est-ce aussi celui des Livres de la Sagesse ?
Non, c’est l’ensemble de la Bible, parce qu’il est très important de ne pas se cantonner à un seul domaine. Il arrive que des spécialistes du Nouveau Testament ne connaissent pas assez l’Ancien, tandis que les exégètes chrétiens de l’Ancien connaissent aussi le Nouveau.
Quels textes avez-vous choisi pour votre cours ?
Je pars du texte de Matthieu où Jésus se positionne contre le divorce : “ce que Dieu à
unit l’homme ne le sépare pas”, et Jésus renvoie à Genèse 1 et 2. Allons donc voir ! Puis le chapitre 3, avec le serpent et la chute : ce chapitre marque des tensions à l’intérieur du couple. Nous avons vu ensuite ce qu’en dit le prophète Osée : il montre que le couple en difficulté reproduit celle qu’Israël vit dans sa relation d’alliance avec le Seigneur. Le Cantique, lui aussi, voit dans l’amour d’un garçon et d’une fille le symbole de l’amour du Seigneur pour son peuple. De même saint Paul dans son épître aux Éphésiens.
Je montre aussi qu’il y a différentes façons de considérer la vie en couple ; la grande bénédiction du mariage, comme, par exemple, dans le Psaume 128, compte trois dimensions : vie heureuse, nombreuse descendance et longue vie. Mais le livre de la Sagesse et l’expérience humaine montrent que la béatitude est promise aux “persécutés pour la justice”, que le Seigneur peut bénir un couple sans enfant ou qu’il accueille le juste dont la vie fut courte : dans l’Église, le nombre de jeunes saints ne cesse de croître. La chasteté est aussi abordée dans ces textes, ainsi qu’en Matthieu 19, ce sur quoi je reviens aussi à la lumière du chapitre 7 de la première épître de saint Paul aux Corinthiens. Voici brossée en grands traits la trame du cours.
Pouvez-vous enfin nous dire quelques mots de votre collaboration au projet de béatification du père Lagrange ?
En 1989, l’évêque de Toulon m’a demandé un dossier théologique sur les écrits du père Lagrange en vue d’une éventuelle béatification : je pense être le seul avec lui à avoir lu tout ce qu’il a écrit, 16000 pages ! J’ai même retrouvé environ 70 articles perdus ici dans la bibliothèque ; personne ne savait que c’était Lagrange qui les avait écrits. Le dossier, remis à Toulon en 91, arriva à Rome vers 98, voici 20 ans. Quand donc l’Église reconnaîtra-t-elle la sainteté du fondateur de l’École ? Espérons !
Propos recueillis par Aziliz Le Roux
Le 16 avril 2026
Le père Lagrange aimait l’esprit du père Lacordaire, le prédicateur de Notre-Dame de Paris.
Père Henri-Dominique Lacordaire O.P. (+1861)
Citations
Pensées choisies par le R.P. Lacordaire de l’ordre des frères prêcheurs. Extraites de ses œuvres et publiées sous la direction du R.P. Chocarne du même Ordre. Huitième édition. Tome I. Paris. Librairie Ch. Poussielgue. 1895.
« Le signe par excellence d’une grande âme est la modestie, le désintéressement de ses propres idées, la défiance de soi. Mais on n’en arrive là qu’avec le long apprentissage d’une vertu mûrie par l’unité et jusque-là l’égoïsme intellectuel nous pousse à transformer la vérité en nous, au lieu de nous transformer dans la vérité. » P. 169.
p. 225 La vieillesse, qui flétrit le corps, rajeunit l’âme quand elle n’est pas corrompue et oublieuse d’elle-même, et le moment de la mort est celui de la floraison de notre esprit.
À mesure qu’on vieillit, la nature descend et les âmes montent ; et l’on sent la beauté de ce mot de Vauvenargues : « Tôt ou tard on ne jouit que des âmes. » C’est pourquoi on peut toujours aimer et être aimé.
p. 225 L’âme n’a point d’âge.
p. 347 Les âmes généreuses franchissent sans peine tous les intervalles, elles aspirent à descendre, comme l’a dit le poète, non par lassitude, mais par goût de la véritable élévation qui en se trouve que dans le sacrifice.
p. 347 À vingt ans, une âme généreuse ne cherche qu’à donner sa vie. Elle ne demande au ciel et à la terre qu’une grande cause à servir par un grand dévouement ; l’amour y surabonde avec la force.
p. 358 La bonté et l’humilité sont presque une même chose. Quand on est bon, l’on se sent porté à se donner, à se sacrifier, à se faire petit, et c’est là l’humilité.
p. 360-361 Les consolations sont bien terribles pour l’humilité, et le diable entre toujours facilement sous la peau du succès.

 

 

10 avril 2026

Jour-Anniversaire

 

Le 10 avril 1938, à Saint-Maximin (Var), le P. Marie-Joseph Lagrange, entouré de ses frères, rendait son âme à Dieu, en murmurant «  Jérusalem, Jérusalem », ce pays qu’il avait tant aimé et où il avait tant travaillé pour mieux faire connaître au monde les Écritures. En souvenir, la famille dominicaine des Frères Prêcheurs et tous ses amis prient pour sa béatification, ouverte en 1987. La messe est célébrée par Fr Manuel Rivero o.p., président de l’Association. En union de prières.

 

8 avril 2026

 

Pensée du père Marie-Joseph Lagrange

Tachez de comprendre cette doctrine de St Augustin : « Quand on pense à l’humilité, à la bonté, etc., à toutes les vertus, on pense à N. S.- J. C. Cependant on doit toujours s’appuyer sur la Sainte Humanité, surtout comme figure dans l’Évangile.

Par le premier moyen, Jésus nous nourrit de sa divinité, cette nourriture dont parle l’ange Raphaël et qui en effet nous rend pur. Cf. : nondum ascendi ad Patrem (Je suis pas encore monté vers le Père [Jean 20,17]. St Thomas d’Aquin à propos de Ste Marie-Madeleine, Résurrection. C’est tout St Paul et St Jean et Isaïe.

 

5 avril 2026

Le tombeau vide

 

Paix au monde entier, encore si divisé par l’avidité de ceux qui cherchent des gains faciles, blessé par l’égoïsme qui menace la vie humaine et la famille, égoïsme qui continue la traite de personnes, l’esclavage le plus répandu en ce vingt-et-unième siècle. Paix au monde entier, déchiré par la violence liée au trafic de drogue et par l’exploitation inéquitable des ressources naturelles ! Paix à notre Terre ! Que Jésus ressuscité apporte réconfort aux victimes des calamités naturelles et fasse de nous des gardiens responsables de la création !

Source : Zénit. Pape François. Avril 2013.

 

Illustration : Le tombeau vide. Fra Angelico.

Écho de notre Page Facebook : avril 2026

 

 

8 avril 2026

 

 

Pensée du père Marie-Joseph Lagrange

Tachez de comprendre cette doctrine de St Augustin : « Quand on pense à l’humilité, à la bonté, etc., à toutes les vertus, on pense à N. S.- J. C. Cependant on doit toujours s’appuyer sur la Sainte Humanité, surtout comme figure dans l’Évangile.

Par le premier moyen, Jésus nous nourrit de sa divinité, cette nourriture dont parle l’ange Raphaël et qui en effet nous rend pur. Cf. : nondum ascendi ad Patrem (Je suis pas encore monté vers le Père [Jean 20,17]. St Thomas d’Aquin à propos de Ste Marie-Madeleine, Résurrection. C’est tout St Paul et St Jean et Isaïe.

 

 

5 avril 2026

Le tombeau vide

Paix au monde entier, encore si divisé par l’avidité de ceux qui cherchent des gains faciles, blessé par l’égoïsme qui menace la vie humaine et la famille, égoïsme qui continue la traite de personnes, l’esclavage le plus répandu en ce vingt-et-unième siècle. Paix au monde entier, déchiré par la violence liée au trafic de drogue et par l’exploitation inéquitable des ressources naturelles ! Paix à notre Terre ! Que Jésus ressuscité apporte réconfort aux victimes des calamités naturelles et fasse de nous des gardiens responsables de la création !

Source : Zénit. Pape François. Avril 2013.

 

Illustration : Le tombeau vide. Fra Angelico.

 

 

3 avril 2026

Les Sept Paroles de Jésus en Croix

Méditations pour un Vendredi saint

Extraits de L’Évangile de Jésus Christ par le P. M.-J. Lagrange, o. p. avec la synopse évangélique grecque traduite par le P. C. Lavergne, o. p., Éd. Artège, 2017, p. 608-615

La première (Pater…)

« Père ! pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

 

Le premier mot de Jésus sur la croix fut une parole de pardon : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23, 43a). » Les Juifs croyaient savoir, mais ils étaient aveuglés par l’orgueil, racine de leur haine, et cet aveuglement étant volontaire dans son principe, ils avaient grand besoin de pardon. Jésus leur accorde le sien et implore son Père pour eux en montant sur la croix, puisqu’il est venu souffrir pour obtenir la grâce des pécheurs.

 

 

La 2e parole (Mulier)

« Femme, voilà ton fils… »

Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa Mère, et la sœur de sa Mère, Marie, la [femme] de Clopas, et Marie de Magdala. 26Jésus donc, voyant sa Mère et, tout près, le disciple qu’il préférait, dit à sa Mère : « Femme, voilà ton fils… » 27Ensuite, il dit au disciple : « Voilà ta mère… » Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui (Jean 19, 25-27).

 

Le calice de la Rédemption fut amer pour Jésus. Ses souffrances sur la croix étaient atroces. Son cœur était meurtri par l’abandon de ses disciples, le mépris des chefs des Juifs, la lourde indifférence du grand nombre. Jusque-là, même dans ce mystère douloureux, le Père avait encore versé beaucoup de joie dans l’âme de Jésus par l’amour de sa Mère. Elle était là, pâtissant avec lui, augmentant ainsi sa torture et pourtant le consolant dans l’abandonnement des autres. Avec elle sa sœur, peut-être sa cousine, qui était la mère de Jacques et de José, puis Marie, femme de Clopas, Marie de Magdala, enfin le disciple bien-aimé. […] Jésus donc, voyant sa Mère et tout près le disciple qu’il aimait, dit à sa Mère : « Femme, voilà votre Fils. » Ce terme de femme sonne plus doucement aux oreilles d’un Oriental qu’aux nôtres, nous l’avons déjà vu[1]. Et Jésus, se séparant de sa Mère, ne veut plus lui donner ce nom très doux. Cela aussi fait partie de son sacrifice. Sa pensée est de la confier à celui qu’il aime le mieux, par qui elle sera le mieux comprise quand elle parlera de son vrai Fils. Étant très jeune, son affection sera à la fois plus respectueuse et plus tendre. Il devra donc la regarder vraiment comme sa mère : « Voilà ta mère. » Et depuis ce moment le disciple la prit chez lui. Quelle union entre eux fut créée par cette parole et par ce souvenir ! Tous les chrétiens, devenus frères de Jésus par le baptême, sont donc aussi fils de Marie. Ils s’approchent de la Croix, s’entendent dire cette parole : Voilà votre Mère ! Et ils savent, et ils éprouvent que Marie les traite vraiment comme des fils.

 

La 3e parole (… Hodie)

« En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi, dans le Paradis. »

Cependant l’autre larron, moins endurci, rentrait en lui-même au moment de paraître devant Dieu. Il se rendait justice : sa peine était méritée. Et ce même instinct de grâce, si sûr, lui faisait comprendre aussi que Jésus était innocent. Peut-être autrefois avait-il entendu son compagnon de supplice, alors suivi de la foule, parler du royaume de Dieu qu’il devait inaugurer comme Messie. Les prêtres venaient encore de reconnaître ses miracles. Et cependant ce Jésus se taisait. C’est qu’il attendait son heure qui sûrement sonnerait, après ces souffrances dont il avait aussi parlé. Et s’efforçant de tourner la tête, le larron articula doucement : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans l’éclat de ton règne. » Admirable acte d’une foi que Jésus veut éclairer davantage, en tournant toutes les pensées du pécheur repentant vers son accès si prochain auprès de Dieu : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis (Luc 23, 40). » Le bon larron, qui était juif, avait sûrement entendu parler du Paradis.

[…] Compagnon de Jésus sur la Croix, l’heureux larron sera désormais sous sa sauvegarde auprès de Dieu. Et c’est ainsi que sur la Croix le Sauveur servait bien réellement les autres.

 

La 4e parole (Eloï !...)

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Durant trois heures, une obscurité opaque s’étendit sur le pays. Le soleil était voilé. L’atmosphère était lourde. Jésus garda le silence jusqu’à la neuvième heure. Il souffrait. Rejeté par les chefs de la nation comme blasphémateur et livré à des étrangers, traité par les Romains comme un malfaiteur, conspué par la populace, raillé par un bandit, abandonné par les siens, il ne lui restait plus qu’une peine à endurer dans son âme, la plus cruelle de toutes, l’abandon de son Père. Nous devons le croire, puisque deux évangélistes l’ont dit. Ils l’ont dit, et c’est sans doute la preuve la plus indiscutable de leur véracité. Les ennemis de Jésus venaient de l’insulter dans sa confiance en son Dieu : Non, qu’il se détrompe, Dieu l’a abandonné ! Les chrétiens devaient tenir cette insulte pour un blasphème envers l’objet de leur culte, Jésus Christ, Fils de Dieu. Alors pourquoi avouer que c’était vrai ? Pourquoi le faire avouer par Jésus lui-même criant dans sa détresse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » […]

Le mystère subsiste pour nous. Même au moment où l’âme de Jésus allait quitter son corps, nous ne devons pas supposer une sorte de dédoublement de sa personnalité. C’est toujours le Fils de Dieu qui parle. Mais la voix humaine exprime le sentiment de son humanité, de son âme désolée comme si Dieu se retirait d’elle. Désolation plus entière que celle de Gethsémani, puisque Jésus ne dit plus « mon Père », mais seulement « mon Dieu », Eloï, Eloï. Comme toutes ses autres douleurs, celle-là aussi devait être acceptée pour nous : c’est le refuge des grandes âmes dans les dernières épreuves qui les purifient. […] Chargé sur son gibet de tous les péchés du monde, Jésus était devenu malédiction[2]. Mais il nous délivrait de la malédiction en la prenant sur lui, et la désolation éclatait en joie dans les derniers versets du psaume dont il prononçait les premiers mots[3]. Les afflictions du juste, le véritable Messie, aboutissent à la gloire de Dieu. Le psaume reproduisait à l’avance le défi ironique des docteurs : « Qu’il s’abandonne à Iahvé ! Qu’il le sauve ! » Et en effet, l’abandonné s’abandonne ; il sait qu’à ce prix toutes les extrémités de la terre se tourneront vers Dieu, et toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face[4].

Parmi ceux qui étaient présents, les docteurs seuls comprirent que Jésus citait un psaume. D’autres, plus simples, n’entendant guère que les premiers mots, s’imaginèrent que Jésus appelait Élie. Ils y virent la dernière hallucination de cette tête que la torture achevait d’égarer. Car Élie, tout le monde le savait chez les Juifs, reviendrait pour manifester le Messie, mais il n’irait pas le chercher sur une croix !

 

La 5e parole (Sitio)

 

 

« J’ai soif !”

Jésus cependant laissa entendre : « J’ai soif. »

[…] En disant : « J’ai soif », Jésus avait accompli une parole d’un psaume sur le juste souffrant (Psaume 68, 22). Désormais il avait bu le calice jusqu’à la dernière goutte.

 

 

 

La 6e parole (Consummatum est)

 

 

 

« C’est consommé »

Il s’écrit : « Tout est consommé », en bon ouvrier qui a fini sa tâche (Jean 19, 3a).

 

 

 

 

La 7e parole (Pater, in manus tuas)

 

« Père ! Je remets mon esprit entre tes mains ! »

Puis d’une voix forte, Jésus dit : « Père ! Je remets mon esprit entre tes mains !  (Luc 23, 46a) » Ayant donc montré par ce grand cri qu’il rendait librement son esprit à son Père, Jésus expira.

« Ayez pitié de nous, très doux Jésus, qui dans votre clémence avez souffert pour nous. »

 

Écho de notre page Facebook mars 2026

29 mars 2026

Introduction à la lecture de la Passion
Dimanche des Rameaux, le 28 mars 2026. Cathédrale de Saint-Denis/La Réunion
Fr. Manuel Rivero O.P.
Ouverture de la célébration du dimanche des Rameaux 2026
En célébrant l’entrée de Jésus à Jérusalem nous entrons dans le grand mystère du Salut de l’humanité. L’acclamation joyeuse de la multitude à Jérusalem, « hosanna », que nous pouvons traduire par « sauve-nous maintenant, nous t’en prions » annonce la victoire du Messie-roi sur la croix et dans le secret de sa résurrection la nuit pascale.
Jésus est proclamé « roi », assis sur un petit âne, dans l’humilité. Nombreux sont ceux qui se sont trompés de Messie-roi ce jour-là. Ils s’attendaient probablement à un Messie-roi, libérateur politique qui mettrait un terme à l’occupation romaine.
Porter un rameau équivaut à suivre Jésus Messie, dans sa victoire sur les puissances du mal et de la mort, mais en tant que disciple qui n’est pas plus grand que son maître. En levant nos rameaux vers Jésus, nous nous engageons à porter sa croix dans la foi en sa résurrection glorieuse.
……………………………………………………………….
Dans la divine liturgie de la messe, en écoutant avec le cœur la lecture de la Passion de notre Sauveur selon saint Matthieu, nous ne sommes pas de simples spectateurs. L’Esprit Saint répandu dans nos âmes par la foi en l’Évangile annoncé nous rend contemporains des événements qui ont lieu à Jérusalem il y a plus de 2000 ans.
Contemporains de Jésus, de Pierre l’apôtre, de Judas, du grand-prêtre Caïphe et de Pilate, de Simon de Cyrène, de Marie Madeleine et de Joseph d’Arimathie.
Nous voici devenus protagonistes de la Passion de Jésus qui appelle une réponse de notre intelligence et de notre cœur.
Jésus nous regarde dans les yeux et il nous dit : « J’ai besoin de toi », comme j’ai eu besoin des services d’un petit âne pour entrer dans Jérusalem. Le cardinal brésilien Helder Camara, amis des pauvres, aimait à se présenter lui-même comme « l’âne qui porte l’icône » et qui est applaudi par la foule.
Les chrétiens, baptisés dans le mystère de Jésus, portent maintenant sa lumière dans le quotidien des tâches matérielles vécues dans la prière. Jésus a besoin de nous, de toi et de moi, pour être connu et aimé de tant de gens fatigués et découragés.
Judas, l’apôtre qui a trahi son maître pour 30 pièces d’argent, déçu de son non-engagement politique comme roi d’Israël, te murmure maintenant à l’oreille : « Ne te laisse pas séduire par la tentation du pouvoir et de l’avoir qui ne peuvent pas te sauver ! Mets ta confiance dans la puissance de l’amour de Jésus et tu échapperas au désespoir !»
L’apôtre Pierre t’appelle à l’humilité, lui qui pensait ne jamais tomber et qui renia par trois fois le Seigneur miséricordieux !
Le grand-prêtre Caïphe qui déchira ses vêtements en criant « il a blasphémé », manifeste maintenant son manque de discernement malgré les apparences religieuses.
Les gardes qui ont craché sur le visage de Jésus et qui l’ont giflé en le rouant de coups te rappellent les violences et les tortures lors des guerres et ils te demandent de veiller partout à la dignité sacrée, universelle et égale de toute personne humaine.
La femme de Pilate te parle de ses cauchemars à propos de la condamnation injuste prononcée par son mari, esclave de sa carrière politique.
Simon de Cyrène te partage son expérience surnaturelle en aidant Jésus à porter sa croix. Jamais il n’avait senti la présence aimante de Dieu aussi proche. Tu peux faire l’expérience de cette rencontre avec Dieu en aimant les malades et ceux qui souffrent.
Marie Madeleine te dit de ne pas te moquer des personnes attaquées par le diable. Habitée jadis par sept démons, elle a aimé Jésus fidèlement.
Joseph d’Arimathie te demande de ne pas désespérer des riches, souvent possédés par leurs possessions. Il a pris dans ses bras le cadavre de Jésus à la descente de la croix et il l’a déposé dans son tombeau tout neuf.
C’est dans ce tombeau froid que Jésus est ressuscité. C’est dans ton cœur froid qu’il fait briller la lumière de sa divinité.
N’éteignons pas l’Esprit Saint qui nous est donnée en ce moment de grâce ! Laissons le Christ nous rejoindre dans les profondeurs de nos vies ! Il vient nous sauver !
Hosanna ! Sauve-nous !

25 mars 2026

Solennité de l’Annonciation du Seigneur

« Et voici que tu concevras et que tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles, et son règne n’aura pas de fin. »

(Luc, 31-32).

La phrase est pour ainsi dire stéréotypée dans la bouche de l’ange quand il s’agit d’un enfant extraordinaire. – Il est probable que Luc qui a insisté sur la virginité de Marie (verset 27) : « à une vierge fiancée à un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie » – pensait à ce dernier passage ; le nom d’Emmanuel ne pouvait remplacer celui de Jésus, et son contenu symbolique, « Dieu avec nous » […] Le nom le plus répandu du Messie était Fils de David.

Le trône de David restauré doit s’étendre à toute la maison de Jacob. […] L’ange affirme encore plus nettement qu’Isaïe (9, 6) : – « Étendu est l’empire dans une paix infinie, pour le trône de David et sa royauté, qu’il établit et qu’il affermit dans le droit et la justice. Dès maintenant et pour toujours l’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela. » – que le règne n’aura pas de fin. Et comme Daniel (7, 13) : – « Je contemplais, dans les visions de la nuit. Voici, venant des nuées du ciel, comme un Fils d’homme. Il s’avança jusqu’à l’Ancien et fut conduit en sa présence. À lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous peuples, nations et langues le servirent. Son empire est empire à jamais, qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit. » – C’est ouvrir une porte sur le surnaturel, car ce qui est infini dans un sens sort des conditions des choses humaines.

(Marie-Joseph Lagrange o.p. L’Évangile selon saint Luc, Lecoffre-Gabalda, Paris, 1941.)

« Ô Vierge très pure, soyez louée et bénie par le Créateur et les créatures, et béni soit le fruit de vos entrailles, Jésus. » (Marie-Joseph Lagrange, o.p. Journal spirituel.)

19 mars 2026

Solennité de saint Joseph

Fr. Manuel Rivero O.P.

 

« Saint Joseph, apprends-nous à prier. »

Il y a quelque chose de mystérieux dans le silence de saint Joseph. Comment se fait-il que l’Église fête avec joie, sur les cinq continents, le père adoptif de Jésus dont l’histoire n’a retenu aucune phrase ?

Saint Joseph n’a pas reçu le charisme de la prédication comme les apôtres, mais la grâce de la prière et de la sanctification dans le travail et les responsabilités d’époux de Marie et d’éducateur de Jésus.

Saint Joseph s’est manifesté comme un homme de décision et d’action. Son silence n’est point mutisme ou passivité mais rayonnement d’une vie intérieure avec Dieu.

Sainte Thérèse d’Avila (+1582) avait pris saint Joseph comme modèle de priant. Nous pouvons constater l’importance du patronage de saint Joseph sur de nombreux carmels qui portent son nom.

Le père Marie-Joseph Lagrange (+1938), fondateur de l’École biblique de Jérusalem, se confiait avec ferveur à l’intercession de saint Joseph, afin d’obtenir la grâce de « la prière continuelle ».

Voilà le mystère de saint Joseph ! La prière continuelle, vivre toujours en présence et en dialogue avec Dieu.

C’est sur le terreau de la prière que sont nées les décisions difficiles et capitales du père adoptif de Jésus. La nuit, Joseph dormait mais son cœur veillait. C’est au cours du sommeil de la nuit, que l’ange du Seigneur lui a révélé le projet de Dieu pour son épouse : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : le Seigneur sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1, 21).

Comme à Joseph, le fils de Jacob, Dieu a révélé sa volonté au père adoptif de Jésus dans un songe, dans une vision. Le Seigneur enseigne aussi par des visions personnelles qui deviennent une vision pour le Peuple de Dieu, désorienté et troublé par ses péchés.

Le message de l’ange à saint Joseph dépasse les cours de théologie truffés de commentaires sur les messages de Dieu. L’ange du Seigneur s’est adressé à l’âme de saint Joseph qui en a été illuminé et fortifié.

Dieu lui confie une mission unique et grandiose dans la Bible : accompagner avec foi et amour son épouse Marie afin de faire grandir l’enfant Jésus « qui sauvera son peuple de ses péchés ».

Saint Joseph a non seulement nourri sa famille en travaillant dans le bâtiment, mais il a formé spirituellement l’humanité de Jésus qui a voulu grandir comme tous les enfants de la terre tout en demeurant en union avec Dieu son Père.

Homme juste, saint Joseph connaissait la Loi de Moïse, les Psaumes et les Prophètes qu’il commentait dans la petite synagogue de Nazareth.

Ce « grand silencieux » travaillait dans son atelier et sur des chantiers, en respirant le Souffle Saint que Dieu lui accordait en abondance.

Homme habité par la Parole de Dieu, saint Joseph devenait témoin de l’espérance qui ne trompe pas, toujours en marche vers l’accomplissement du Royaume des cieux qui sera l’œuvre de son fils Jésus.

Aimant d’un amour non possessif, Joseph tournait Jésus vers Dieu son Père. Jésus respectait et il vénérait saint Joseph tout en s’adressant à Dieu comme étant son seul et véritable Père. Et ceci faisait la joie de son père adoptif.

Réfugié politique, menacé par le roi Hérode, saint Joseph a éprouvé l’angoisse lors de la fuite en Égypte. Prions pour tous les réfugiés politiques et économiques, et en particulier pour les réfugiés libanais, ukrainiens, palestiniens, et tous ceux qui fuient les bombes et la mort. Puisse l’intercession de saint Joseph auprès de son Fils Jésus, le Prince de la Paix, nous obtenir la grâce de la fin de la guerre.

Amen !

Source : jevismafoi.com

 

10 mars 2026

Jour anniversaire du dies irae du père Lagrange

Olivier-Thomas Venard

https://www.facebook.com/groups/306304267132528/permalink/1532600114502931/

Écho de notre page Facebook : février 2026

25 février 2026

Le signe de Jonas, le prophète

Insensiblement un grand nombre de personnes étaient venues se grouper autour de Jésus et de ses adversaires. Les plus acharnés avaient été réduits au silence, leur défaite étant achevée par l’intervention de la femme inconnue, donnant si franchement raison au Maître calomnié. Une parole vive et spontanée plaît au peuple. L’atmosphère était donc détendue. Cependant quelques-uns des scribes, moins passionnés, mais se posant toujours en juges de la mission de Jésus, lui demandèrent de nouveau d’en faire la preuve en donnant un signe dans le ciel. C’est ainsi que Samuel avait déchaîné le tonnerre et la pluie au temps de la moisson des blés, et qu’Élie avait fait tomber le feu du ciel, puis imposé une sécheresse de trois ans terminée à sa prière. La première fois, Jésus avait nettement refusé ce signe du ciel. Sa résolution n’est pas changée. Il veut seulement expliquer plus clairement à cette génération insatiable que ses paroles et ses miracles sont un signe suffisant, et qu’elle est gravement coupable de fermer obstinément son cœur. Voir dans ces miracles, spécialement dans l’expulsion des démons, une action diabolique, c’était dépasser les limites ordinaires de la malice humaine. Mais, il faudrait encore rendre compte au jour du jugement de n’avoir pas vu un signe divin dans cette existence toute divine. C’est ainsi que Jonas avait été un signe pour les Ninivites, et ces idolâtres avaient fait pénitence, se montrant dociles à sa prédication. Et pourtant celui qui parlait ici, en pleine terre d’Israël, était plus grand que Jonas.

(Marie-Joseph Lagrange des frères Prêcheurs. L’Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique. Artège-Lethellieux. 2017.) 32 euros.

Avis. Les derniers exemplaires de ce livre sont encore disponibles. Écrire au secrétariat de l’Association des amis du père Lagrange. Couvent des Dominicains. 9 rue Saint-François-de-Paule. 06300 Nice.

Que symbolise le séjour de Jonas dans le ventre du poisson ?

Ce passage évoque :

  • Une descente au plus basde soi ou de l’existence,
  • Une expérience de mort et de renaissance,
  • Une prière dans l’obscurité, au creux de la détresse.

Jonas crie vers Dieu et, une fois sauvé, accepte enfin sa mission.

Source : https://www.prixm.org/articles/histoire-de-jonas-et-la-baleine-dans-la-bible

 

23 février 2026

Quand on aime Dieu, on ne peut aimer les autres que pour leur faire partager ce noble et généreux amour. (P. Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel. Cerf 2014.)

« Jour du Seigneur » Dimanche 15 février, la messe était célébrée en l’église de Bousies (Nord).

L’évangile du jour était celui selon saint Mathieu (5, 17-37) : « Il a été dit aux Anciens. Eh bien moi ! je vous dis ».

Ce jour-là, le père Denis Ledogard (assomptioniste) prononça une belle homélie.

La loi de l’amour

« Libère-toi de toute règle. Fais ce que tu veux, du moment que tu es sincère. »

Frères et sœurs ce discours est très répandu aujourd’hui. Et parfois, on ose prétendre que Jésus serait d’accord avec cela. Après tout, n’a-t-il pas parlé d’amour plutôt que de loi ? Mais alors, une question simple surgit : « si tout est permis, pourquoi avons-nous encore autant de mal à aimer ?

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Jésus répète avec insistance : « Vous avez appris que…eh bien moi, je vous dis… » Il ne supprime pas la loi. Il ne la contourne pas. Il la déplace. Il la fait descendre au plus profond de l’homme : dans son cœur, dans sa parole, dans les gestes les plus ordinaires de la vie.

Il faut le dire clairement : Jésus n’est pas un surveillant tatillon, assis derrière un bureau, édictant des règles de bonne conduite, prêt à sanctionner la moindre faute. La loi de l’Évangile, n’est pas faite pour écraser l’homme, mais pour le faire vivre. Un leitmotiv chez lui : la loi est au service de l’homme et de son bonheur, et non l’inverse.

Jésus dit : « Tu ne tueras pas. » Et nous pourrions répondre tranquillement : « Je n’ai tué personne. » Mais lui va plus loin. La violence apparaît bien avant les coups. Elle commence dans la colère qui s’installe, dans le mépris, le soupçon, dans le refus de l’autre. Les propos racistes ne sont pas des opinions. Ce sont des poisons. Ils abîment ceux qui les reçoivent en pleine figure et ils détruisent aussi ceux qui les prononcent. Toute parole qui rabaisse, qui exclut, toute parole qui nie la dignité d’un autre être humain est déjà une offense faite à la vie.

Le pape François nous rappelle avec force : « On ne doit pas louer Dieu avec la même langue qui insulte notre frère. » La médisance, les ragots, les accusations sans preuve peuvent tuer la renommée d’une personne. On ne verse pas le sang, mais on assassine une réputation. On n’enlève pas la vie, mais on abîme une existence. L’Évangile se joue là : dans ce que je dis, dans ce que je relaie, dans ce que je choisis de taire.

Frères et sœurs, un instant, regardons nos mains. À quoi servent-elles ? À construire ou à détruire ? À caresser ou à frapper ? À donner ou à retenir ? Ces mains qui vont recevoir tout à l’heure le Corps du Christ, que font-t-elles le reste de la semaine ?

Et vous, habitants de la région de Bousies, vous qui aimez la terre et travaillez avec elle, vous savez ce que signifie prendre soin de ce qui nous nourrit. Vous savez qu’une terre bien aimée porte du fruit, que l’attention manifestée à vos champs, à vos cultures et à vos bêtes, exige patience, constance et soin. Jésus nous invite à vivre avoir une attitude semblable : sa loi nous invite à vivre en harmonie avec nos frères, comme vous vivez ici en communion avec la terre. Cependant, Jésus ne nous écrase pas, il ne nous demande pas d’être meilleur. Il commence simplement par nous aimer. Et quand on se sent vraiment aimé, on n’a plus envie de vivre comme avant.

Frères et sœurs, l’Évangile n’est ni une morale rigide, ni une autorisation à vivre n’importe comment. Il ne nous accuse pas. Il nous réveille. Il nous dit : « Tu es infiniment aimé. Alors ne te contente pas d’aimer à moitié. »

Amis présents et chers téléspectateurs, cette semaine, chacun peut repartir avec une question simple et décisive : mes paroles, mes gestes, mes prises de position servent-elles la vie ou l’abîment-elles ? Au cœur de l’Évangile, il n’y a pas d’abord des règles à appliquer, mais une loi à mettre en pratique : la loi de l’amour.

18 février 2026

Cathédrale de Saint-Denis de La Réunion.

18 février 2026

Fr. Manuel Rivero O.P.

Ouverture de la célébration

En ce Mercredi des Cendres l’Église se réunit dans une assemblée sainte pour commencer dans la prière, la pénitence et le partage sa montée vers Pâques.

Nous allons recevoir les cendres sur notre front en entendant l’appel du Christ Jésus à nous détourner du péché pour nous tourner vers Dieu : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».

Laissons l’Esprit Saint ouvrir notre cœur à la grâce du Carême. Saint Paul appelait les baptisés « saints » ; nous sommes maintenant sanctifiés par la sainteté de Dieu répandue dans nos âmes.

Homélie

Prière, partage et pénitence. Voici le trépied sur lequel repose le Carême. En 18 février, l’Église fait habituellement mémoire de deux grands saints : sainte Bernadette de Lourdes (+1879) et Fra Angelico (+1455), le peintre dominicain de Florence, patron universel des artistes. Leur foi et leur sainteté font briller la lumière du Christ ressuscité sur le chemin qui va nous conduire au mystère pascal, à Jérusalem, sur le Calvaire et dans le jardin fleuri de la résurrection.

Lors des apparitions de Lourdes, la Dame de la grotte, la Vierge Marie, égrenait son chapelet. Bernadette qui venait d’avoir quatorze ans priait le sien. « Pénitence, pénitence, pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs », dit la Vierge Marie à Bernadette.

La Vierge Marie, la toute sainte, est apparue à une jeune fille pauvre dans « la tute aux cochons », endroit sale, obscur, humide et froid.

Le diable est froid. Le péché ne se réduit pas à la faiblesse ou à l’erreur, il naît dans l’orgueil, l’arrogance, le narcissisme, l’idolâtrie de soi-même. Dans le péché, nous mettons Dieu de côté, nous prenant nous-mêmes pour Dieu.

Jésus est venu non pas pour les justes mais pour les pécheurs et pour les malades. Là où le péché abonde avec son odeur de mort, la grâce surabonde avec son parfum de résurrection.

La Vierge de Lourdes désire le rassemblement des chrétiens en prière : « Allez dire aux prêtres que l’on vienne ici en procession et que l’on y bâtisse une chapelle. »

En ce Carême, il importe de se réunir pour prier ensemble, en Église. C’est le désir de Dieu, c’est le commandement de l’Église qui demande aux fidèles de se rendre à l’église les dimanches et les jours de fête pour y célébrer la messe. L’eucharistie, nourriture pour la foi, n’est pas une option parmi d’autres. Tout au long de l’histoire de l’Église, les chrétiens ont vécu la célébration de la messe comme un besoin vital. Les martyrs d’Abitina, au IVe siècle, persécutés par l’empereur Dioclétien, n’hésitaient pas à déclarer : « Sine dominico non possumus », « sans le dimanche nous ne pouvons pas vivre. »

En ce Carême, Dieu ne nous demande pas la lune. La Réunion était connue comme une île catholique ; elle l’est de moins en moins, avec un pourcentage de pratique religieuse le dimanche qui se rapproche de la métropole. Prenons-nous vraiment au sérieux notre santé spirituelle personnelle et communautaire ? La résignation n’est pas une vertu chrétienne. L’espérance l’est. Chacun d’entre nous a reçu mission de faire connaître et aimer Jésus.

Sans la Parole de Dieu, sans la Communion au Corps du Christ, sans le rassemblement dominical, la foi s’affaiblit et les chrétiens deviennent tièdes. L’expérience prouve qu’il suffit de peu pour que des personnes se tournent vers Dieu. Puissions-nous devenir des témoins encourageants de la foi chrétienne. « Si ton cœur te condamne, Dieu est plus grand que ton cœur » (I Jn 3,20). Il ne s’agit pas de faire la morale aux autres et de les culpabiliser ; l’amour de Dieu vient renouveler notre existence dans une nouvelle naissance qui fait resplendir la beauté du Christ ressuscité. Pourquoi ne pas organiser des missions paroissiales ? Comme les braises s’enflamment à l’arrivée du vent, la foi cachée des Réunionnais s’enflammerait aussi au souffle de l’Esprit Saint.

« À Lourdes, la Vierge Marie était tellement belle que l’on voudrait mourir pour la revoir », déclara Bernadette. La prière embellit et dévoile notre dignité sacrée. « Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu », écrit saint Paul dans l’épître aux Colossiens (Col 3,3). Le Carême n’est pas triste ni voleur d’énergies. Le Christ vient rejoindre les profondeurs de notre âme, nos ténèbres, notre mal-être, pour y faire resplendir sa lumière.

Le Carême fait voir l’invisible par la foi. Nous qui sommes habitués au paraître, au look et à la publicité, « fils de pub », le Carême vient nous dévoiler la présence aimante et lumineuse du Christ dans nos vies quotidiennes. Homme insensé que celui qui se moque de la prière, du partage, du jeûne et de la pénitence, accomplis dans la foi et l’amour.

La foi fait voir. La Parole de Dieu fait entrevoir Dieu. Dieu invisible se rend visible aux cœurs qui prient, qui partagent et qui se sacrifient au service des autres.

La foi fait voir aussi les murs invisibles qui nous séparent les uns des autres : manque de dialogue et de communication dans nos familles et dans nos communautés, colère, frustration et agressivité. De mauvaises paroles sont alors déversées dans la colère. On étouffe, on sature. Au lieu de construire nous détruisons.

Fra Angelico manifeste l’invisible dans le visible. Il ne dépeint pas un autre monde mais un monde autre, auréolé de la gloire de Dieu qui transporte dans le Ciel, couleur or et bleu. Fra Angelico, dominicain, a transmis son expérience de prière contemplative dans la peinture : « Celui qui fait les choses du Christ, avec le Christ doit toujours rester », aimait-il à dire. Aimant les miniatures, il a revêtu de la lumière diaphane du Ressuscité les petites choses du quotidien, qui semblaient insignifiantes et éphémères, leur accordant un rayonnement immatériel et une consistance éternelle.

Confions ce Carême à la Vierge Immaculée. Puisse l’intercession de sainte Bernadette et de Fra Angelico éclairer nos routes. Que nos cœurs chantent la miséricorde de Dieu : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu ; rends-moi la joie d’être sauvé » (Psaume 50).

 

16 février 2026

Le 1er juillet 2025, Fr. Manuel Rivero, o. p., vice-postulateur de la cause de béatification du Père Lagrange, était invité par le Père Christian Venard, diocèse de Monaco, pour évoquer le parcours du Père Lagrange, o. p., de son entrée dans l’Ordre, de sa Fondation de l’École biblique de Jérusalem réalisée malgré les nombreuses difficultés rencontrées.

Une très intéressante évocation a été enregistrée : https://diocese.mc/comprendre/une-evocation-du-pere-lagrange

 

10 février 2025 – Jour anniversaire de prière pour la béatification du P. Lagrange

Le 10 février [1883]. Samedi. S[anta] Scholastica. Le P. Lagrange écrit dans son Journal spirituel :

Ibi securitas ubi perfecta dilectio. – Tu es sacerdos.

Ô mon Jésus, daignez me remettre mes péchés par l’intercession

de la Mère de Miséricorde.

www.mj-lagrange.org

 

2 février 2026

Le jour où le Fr. Marie-Joseph Lagrange fut cédé à Jérusalem

C’est le 2 février 1889 qu’une lettre du provincial Colchen (arrivée à Vienne le 5 février) cède Marie-Joseph Lagrange à Saint-Étienne de Jérusalem pour y fonder une école d’Écriture sainte.

Quand le P. Lagrange, passé le premier effroi, se ressaisit, il ébauche un programme d’enseignement en quatre années, qui nécessiterait plusieurs professeurs ; d’emblée il prévoit le cadre spirituel dans lequel doivent se dérouler les études bibliques, celui de la célébration liturgique (allégée toutefois du lever de nuit) : il note succinctement les raisons dans son Journal spirituel :

« 1) l’esprit de l’Ordre et les bénédictions de Dieu ; 2) nourrir la foi surnaturelle, nous ne pouvons faire des apostats dangereux ; 3) l’effet produit sur les populations religieuses de l’Orient. »

Tel est le programme, intellectuel comme spirituel que le P. Lagrange communique quelques jours plus tard au P. Meunier. Auprès du supérieur de Saint-Étienne, il insiste pour que les frères consacrés à l’étude de la Bible baignent dans la prière liturgique : « Je crois avoir donné des marques d’une vraie passion pour l’étude, mais je déclare que je ne la comprends pas, dans notre Ordre, sans le chant d’une bonne partie de l’office, comme repos et comme lumière ! […] L’étude de l’Écriture sainte sans un grand esprit de foi est fort périlleuse, comme le prouvent de nombreuses apostasies, et je ne me soucierais pas de travailler pour arriver à ce résultat pour moi ou pour les autres. » (Bernard Montagnes. Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique. Cerf-Histoire. 2004.)

Voeux du Président aux membres de l’association du père Lagrange

Vœux pour 2026

Aux membres de l’association des amis du père Lagrange 

Saint-Denis, le 17 janvier 2026

Chers amis du père Lagrange,

En commençant cette nouvelle année de grâce 2026, nous confions chaque journée au Seigneur Jésus ressuscité, sous le regard aimant de l’Immaculée, si aimée par le père Lagrange.

Au mois de novembre 2025, le diocèse de Monaco a diffusé l’interview réalisée au frère Manuel Rivero sur la cause de béatification du fondateur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem. 

En célébrant mon Jubilé d’or de profession dominicaine (1975-2025) le dimanche 4 janvier 2026, fête de l’Épiphanie, en la cathédrale de Saint-Denis de La Réunion, j’ai prié avec les nombreux fidèles rassemblés pour l’occasion la prière en faveur de la glorification du père Lagrange. 

Le 14 janvier 2026, Mgr Rino Fisichella a envoyé une belle lettre de remerciements pour le livre « Progresser dans la vérité », recueil de conférences de la Journée d’étude du 9 mars 2024 au couvent des Dominicains de Nice, publié par DOMUNI-press, que vous pouvez commander. Vous trouverez ci-joint la lettre de Mgr Fisichella qui nous encourage à poursuivre notre mission en faveur de la béatification du père Lagrange.

Continuons à prier pour que la foi chrétienne grandisse dans le monde par l’annonce et l’interprétation de la Parole de Dieu, afin que nous devenions des disciples-missionnaires.

Bien fraternellement en célébrant souvent la messe pour vos familles sans oublier la dévotion mariale du Rosaire que le père Lagrange priait chaque jour en la basilique de Saint-Étienne de Jérusalem.

Fr. Manuel Rivero O.P.

Président de l’association.

Le Règne de Dieu dans l’Ancien Testament par Marie-Joseph Lagrange, o. p.

16 janvier 2026

Le Règne de Dieu dans l’Ancien Testament[1]

Revue biblique internationale

Publiée par L’École Pratique d’Études Bibliques

Établie au couvent Saint-Étienne de Jérusalem Tome V. 1908. Lecoffre Gabalda

Edition sans les notes de bas de page

Règne signifie le gouvernement d’un souverain, et suppose le pouvoir royal ou la royauté. On pourrait donc dire aussi bien la royauté de Dieu, ce qui marquerait davantage le droit, que le règne, qui indique plutôt l’exercice du droit. Dans l’Ancien Testament, on ne peut pas dire le royaume de Dieu : la royauté suppose un territoire, un royaume, mais en fait cette expression ne se rencontre pas en parlant de Dieu.

Cette royauté de Dieu ou de Iahvé est reconnue sur Israël, ou sur le monde, ou sur les âmes des justes. Ce sont des idées qu’il importe d’analyser séparément, et, autant que possible, en suivant l’ordre chronologique des documents et de l’histoire.

Il faut dire cependant que cette étude devant se rattacher à l’idée du royaume de Dieu dans le Nouveau Testament, il n’a pas paru indispensable de s’étendre sur les origines, d’ailleurs très confuses, du terme lui-même chez les Sémites.

I. Iahvé roi d’Israël

Le roi, la royauté, le règne, le royaume, se rattachent en hébreu à la même racine : M I.K. Le sens primitif est vraisemblablement « délibérer », puis « décider ». Dans les idées anciennes, le courage est plus nécessaire au chef militaire, l’intelligence au roi, car c’est lui qui juge. Ce point est controversé, et il importe peu pour notre sujet. Lorsqu’on a pensé à donner à Dieu ou à un dieu quelconque le nom de roi, on ne songeait au sens de la racine ; on entendait dire qu’il possédait excellement le droit de gouverner, et les qualités nécessaires à l’exercice du pouvoir. Le roi avait pour mission, chez les Sémites de Babylone, d’honorer les dieux, de défendre son peuple, de paître ses sujets dans la justice et la paix, et, s’il le pouvait, d’agrandir les frontières. La royauté était un insigne bienfait, venu du ciel. Si la majesté du roi était terrible, il ne faisait trembler que les méchants [2].

Israël connut ce thème, mais dans des conditions spéciales. Il lui était plus facile qu’à d’autres de conférer à son Dieu les attributs de la royauté. Car enfin le roi est unique ; il ne peut y avoir qu’un roi. Ceux-là mêmes qui concevaient la divinité comme un bien commun, partagé entre plusieurs êtres, souverains à des titres inégaux, ne pouvaient imaginer plusieurs rois dans un seul État. Un dieu n’était donc roi que s’il avait conquis le rang suprême parmi les dieux, comme Mardouk l’avait reçu à la suite de son triomphe sur Tiamat. Ils pouvaient l’être encore dans de petits États, formés d’une ville ou d’une tribu bien distincte, comme Milcom chez les Ammonites, ou le dieu de Tyr qu’on nommait par antonomase Melqart, le roi de la cité. Israël, qui n’adorait qu‘un dieu, et un dieu sans compagne, se trouvait dans ce cas. Mais, à l’origine, les tribus vivaient de la vie nomade ou semi-nomade, et n’avaient point de roi. Elles n’avaient point de roi, et probablement estimaient peu la monarchie. On peut assez assurément juger de leurs sentiments par ceux des Bédouins modernes. Ils sont bien obligés de craindre les grandes monarchies qui les entourent, mais il leur paraît que le pouvoir absolu du monarque et l’éclat qui l’environne font payer chèrement à des hommes libres les bienfaits de la royauté. L’ordre, qui est le principal, a peu d’attraits pour eux. Les Bédouins admirent la civilisation et lui empruntent ce qu’ils peuvent, mais elle leur inspire aussi une répulsion instinctive.

Il est tout à fait vraisemblable que l’attribut de la royauté ne s’imposa pas aux anciens Hébreux comme un bien parfait. À tout prendre, mieux vaut former une grande famille idéale, rattachée à un ancêtre aimé et honoré, partagée en familles où prévaut l’autorité du père, ou des oncles, qu’un État qui ne compte qu’un maître et des serviteurs. Aussi les anciens Sémites, surtout les nomades, donnaient-ils plus volontiers à Dieu le nom du père, ou d’oncle, ou même de frère, que celui du roi. C’est aussi ce que prouvent les noms propres des Hébreux. Rien n’est plus vraiment religieux que ces appellations ; ce qui manque à la majesté est compensé par une tendresse familière qui devient piété quand le respect ne fait pas défaut.

En abandonnant tout à fait son existence errante pour se fixer au pays de Canaan, en remplaçant l’élevage des troupeaux par l’agriculture, Israël s’acheminait vers la royauté. Toutefois il fut longtemps avant d’atteindre ce terme, et son ancien idéal de vie nomade demeura très vivant. Notre politique utilitaire ne nous permet plus de comprendre quelle fut, chez les anciens, l’influence de leur histoire. Chaque petite monarchie ou chaque cité se réglait, dans toutes les circonstances importantes, par ses traditions historiques ou légendaires : les alliances entre les héros fondateurs ou leurs inimitiés étaient pour des siècles le ressort des alliances ou des guerres. Il en était de même pour Israël, plus peut-être encore qu’ailleurs, avec cette circonstance spéciale que son Dieu était son principal acteur de tous ses gestes. Aussi est-il nécessaire de se rappeler dans quelle circonstance fut inaugurée la royauté en Israël si l’on veut entendre quel sens spécial y prit le nom de roi. On peut dire, sans exagérer, que la fonction propre du roi d’Israël est d’être un Sauveur, et cette conception tient aux origines mêmes de la monarchie. Pendant la période des Juges, Israël, exposé à des périls intermittents, avait eu des sauveurs d’occasion, suscités par Iahvé. Cela suffisait quand l’invasion des ennemis, Moabites, Ammonites, Madianites ou autres, soudaine et redoutable, n’était que le résultat d’un effort passager. Mais les Philistins s’étaient installés solidement jusque sur les montagnes de la Judée, et leur domination était établie pour durer. À cet ennemi permanent il fallait opposer un sauveur permanent, qui organisât la résistance comme on avait organisé l’oppression. Les Hébreux étaient réduits à la dernière extrémité, n’ayant même plus d’armes, ni le droit d’en forger, lorsqu’ils crièrent vers Iahvé pour avoir un roi. Les parties les plus anciennes de Samuel nous donnent très nettement l’impression de cette détresse. On demande un Sauveur, et d’abord on méprise celui que Samuel a choisi : « Est-ce celui-là qui nous sauve ? » Mais Saül sut remplir son office, et délivra Israël de tous ses ennemis.

David fit plus encore, il réunit tout Israël sous son sceptre, et Salomon mit le comble à cette gloire en bâtissant le palais royal et le Temple. La royauté devint populaire, et Israël se considéra désormais comme un royaume.

Cependant on n’avait point oublié l’origine naissante de la monarchie. Elle se perdait dans la nuit des temps, comme en Assyrie ; d’autre part, le roi ne pouvait, comme en Égypte, prétendre qu’il était de sang divin. Personne ne pouvait imaginer alors qu’il fût simplement le représentant de l’État, le mandataire de tout un peuple. Le roi était au-dessus de l’État, non pas par nature, mais par vocation divine, et cette vocation était marquée très expressément par l’onction. Il était devenu le sauveur héréditaire, nécessairement issu de la race de David, à laquelle Dieu avait promis le trône à jamais, mais il était toujours le sauveur élu par Dieu. C’était en définitive, Iahvé qui était le véritable sauveur, et le véritable roi.

Les anciens Israélites ont très peu procédé par raisonnement et par abstraction : on pourrait donc supposer d’avance que l’idée de donner à Dieu le nom de roi est issue moins de la réflexion et du transfert des attributs que d’une expérience historique, et c’est bien ce que suggèrent les textes. De tout temps on s’est battu pour lui, et sous ses ordres.

Et il faut noter encore, comme une conséquence du caractère spécial de la royauté en Israël, que le peuple passe ici avant le territoire. En parlant des rois de Canaan, la Bible dit le roi de Khazor ou le roi d’Hébron ; mais elle dit les rois de Juda et d’Israël, moins pour désigner les territoires dont le roi eût été censé le maître, avec les habitants qu’ils renfermaient, que les tribus lui avaient rendu hommage, comme à celui que Iahvé avait choisi pour les défendre.

Tant que les rois furent fidèles à leur mission et maintinrent avec succès l’indépendance de la nation, il n’y avait point lieu de mettre en relief le pouvoir royal de Iahvé, puisqu’il ne l’exerçait pas directement par lui-même. Cependant il n’était pas ignoré. Dans la grande crise qui emporta le royaume d’Israël et qui menaça Juda de si près, Iahvé apparaît à Isaïe comme roi, avec une majesté suprême :

  1. Dans l’année de la mort du roi Ozias, j’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé, sublime ; les pans de son manteau remplissaient le temple. 2. Des Séraphins se tenaient devant lui… 3. Et je dis : « Malheur à moi ! je suis perdu car je suis un homme aux lèvres impures ; j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et c’est le Roi Iahvé des armées qu’ont vu mes yeux !

Ce texte est fondamental. Rien ne se rapporte à l’avenir, ou, comme on dirait, il n’y a rien d’eschatologique. Iahvé est roi, il est assis sur son trône, il est dans le temple comme dans son palais, entouré de ses ministres. Dans un incomparable état de sainteté, il choisit un prophète pour annoncer au peuple un châtiment dont il est menacé … Il agit donc comme roi d’Israël et cependant sa gloire remplit toute la terre ! Il n’y aura rien de plus dans les textes qui suivront sur le règne actuel de Iahvé, roi d’Israël dont le pouvoir s’exerce sur ses ennemis les plus éloignés, mais seulement des applications à tel ou tel cas, par exemple lorsque Jérémie menace l’Égypte ou Moab, ou Babylone, de la part du roi Iahvé.

Ainsi donc, dès le temps de la monarchie, on donnait à Iahvé le nom de roi, en reconnaissant son pouvoir qui s’étendait à toute la terre. Toutefois ce vocable ne fut pas alors très répandu. Il figure à peine dans les noms théophores.

On a prétendu, il est vrai, que Iahvé était homme mélek ou roi, et que sous ce vocable on lui offrait d’odieux sacrifices d’enfants. Nous croyons avoir montré ailleurs[3] qu’il s’agissait d’une divinité distincte. Milk ou Mélék, dont les massorètes ont fait Molek et les Septante Molok. Quelques Israélites ont pu faire cette odieuse confusion ; mais ils étaient blâmés par les représentants de la tradition nationale, et c’est peut-être pour éviter tout quiproquo que les prophètes ont évité de donner à Iahvé le nom de Roi, comme appellation courante qui ressemblât à un nom propre. Nous savons par Osée qu’ils ont systématiquement évité le nom de Baal[4] ; ils ont pu agir de même au regard de Mélek.

La royauté succomba avec l’indépendance d’Israël. Dans des cas analogues, elle a souvent donné le signal de luttes nouvelles, elle a été le point d’appui des guerres nationales et enfin de la revanche, tel Pélage à Covadunga. Mais la royauté que rêvent désormais les prophètes n’est plus celle qui a failli à sa mission, c’est celle de Iahvé seul.

Il serait cependant exagéré de dire avec M. Boehmer que désormais la royauté de Iahvé est essentiellement eschatologique. Il est vrai que de nombreux textes n’en parle qu’au futur, et, même lorsque le parfait est employé, ce passé, faisant partie d’un tableau de l’avenir déjà entrevu et goûté, n’indique en somme qu’un événement futur. Mais lorsque les prophètes s’élancent ainsi vers l’avenir, ils prennent leur point d’appui sur le passé, et, par un admirable effet de perspective, justifié par l’immutabilité des rapports entre Dieu et son peuple, constituant un lien inviolable, ils attribuent la royauté au Iahvé des temps antiques. Le fondement de son droit royal, par rapport à Israël, c’est qu’il l’a créé. Il a toujours été son roi. Il n’en exerce plus le pouvoir, parce qu’Israël, troupeau dispersé n’est plus un peuple ; dans l’avenir il le sauvera comme il l’a fait aux temps anciens, et son règne sera incomparablement plus glorieux. C’est par cette conception dont on ne peut méconnaître la grandeur que s’expliquent tous les textes, avec leurs transitions du passé à l’avenir. Ce qui domine de beaucoup – parce qu’on se préoccupe plus de l’avenir –, c’est le règne futur de Dieu, mais son droit date des temps antiques. Il règnera à jamais, mais il a toujours régné.

Il n’y avait d’ailleurs qu’un mot de changé. Iahvé avait toujours été le chef d’Israël, celui qu’on eût nommé un roi, si ce terme avait alors paru plus juste. Lorsque Gédéon accepta d’exercer le pouvoir, en refusant le titre, il eut soin de remarquer que le véritable souverain était Iahvé, mais sans lui donner le nom de roi[5]. Plus tard on en vint à concevoir cette souveraineté de Iahvé, antérieure à la royauté, comme un pouvoir royal. Iahvé était dès lors dans Israël comme son roi. C’est ce qu’expriment certains passages poétiques qui font partie du Pentateuque, mais que leur caractère de chants de circonstances permet de considérer comme adventices, du moins en partie. Ils expriment très fortement l’union d’Israël et de son roi, habitant dans son sein, et vivant pour ainsi dire de sa vie, spécialement comme son Sauveur.

Ainsi après le passage de le mer Rouge

Tu les amèneras et tu les planteras sur la montagne héréditaire,

                   La demeure bien assise que tu t’es faite, ô Iahvé ;

                   Le sanctuaire, ô Seigneur, que tes mains ont établi :

                   Iahvé règne pour toujours et à jamais[6].

Dans les oracles de Balaam un premier endroit célèbre incontestablement la présence actuelle de Yahvé comme roi d’Israël la présence actuelle comme roi dans Israël pour ce temps reculé :

             Iahvé son Dieu est avec lui,

                   On y réclame le roi.

Plus loin, le voyant semble faire allusion à l’avenir :

  Son roi s’élèvera plus que Agag[7]

                   Et son règne sera exalté,

où on ne sait pas bien s’il s’agit de Dieu ou du roi attendu.

Le deuxième cantique du Deutéronome semble faire allusion au moment où les tribus d’Israël s’assemblent pour combattre : Iahvé est là comme le roi d’Ichouron, nom de tendresse donné à Israël[8].

Si Iahvé avait toujours été roi d’Israël, les rois ne faisaient donc qu’occuper son trône ; cela paraît être le sens d’un passage qui fait dire à David : « Il a choisi mon fils Salomon pour s’asseoir sur le trône royal de Iahvé sur Israël »[9].

Mais ces allusions au passé sont beaucoup moins fréquentes que les textes relatifs à l’avenir.

L’idée d’Ézéchiel est claire. La monarchie est rejetée, le palais royal ne souillera plus de son voisinage le Temple de Yahvé. Le pouvoir temporel ne sera plus que représenté que par un prince : le titre de roi n’appartiendra qu’à Dieu :

D’une main forte, d’un bras étendu, après avoir satisfait ma colère, je règnerai sur vous[10].

On dirait d’une contrainte imposée à des sujets rebelles :

Je vous ferai passer sous le sceptre, je vous amènerai à la discipline de l’alliance[11].

Cette note sévère est isolée. Après la captivité, les prophètes ont surtout à cœur de fortifier le peuple par la promesse du secours divin :

En ce jour-là, parole de Iahvé, je recueillerai ce qui boitait, et je rassemblerai ce qui était mis en fuite et que j’avais affligé : ce qui boitait j’en ferai un reste, et de ce qui était accablé je ferai un peuple puissant ; et Iahvé sera leur roi sur la montagne de Sion dès maintenant et pour toujours[12].

Dans la seconde partie du livre d’Isaïe, le règne de Dieu sur Israël est un règne présent :

Venez plaider votre cause, dit Iahvé ; produisez vos preuves, dit le roi de Jacob[13]. Iahvé est roi parce qu’il a créé Israël :

Je suis Iahvé, votre Saint, le créateur d’Israël, votre roi[14].

Mais il est aussi son rédempteur. Iahvé des armées[15].

Et, précisément à cause de cette idée de rédemption, qui était encore à venir, le même prophète transporte soudain le règne dans l’avenir :

Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager, de celui qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, de celui qui annonce le salut : qui dit à Sion : Ton Dieu règne[16].

 

Ainsi le règne de Dieu est celui du salut et de la paix. Le prophète le décrit en accents qui évoquent et préparent l’Évangile. C’est l’idéal d’Osée : la grâce de Dieu et la bonne volonté de l’homme :

Que les cieux d’en haut fassent couler et que les nuées distillent la justice, et que la terre s’ouvre et fasse fructifier le salut, et que la justice germe[17].

Il est inutile de citer beaucoup de textes, ou bien il faudrait tout citer pour mettre en relief cette conception si religieuse du règne de Dieu. Point de description alambiquée du monde céleste, point de victoires sanglantes. Israël vient d’être cruellement maltraité, mais ce n’est point le désir de la vengeance qui inspire le consolateur, c’est le sentiment du pardon accordé et de la grâce promise. Le peuple va devenir meilleur ; les âmes seront changées.

Sans doute ce n’est qu’une esquisse, peut-être même un simple programme, puisque le prophète ne reviendra plus sur le règne de Iahvé ; mais cette courte charte a une singulière portée, puisque c’est surtout à cette partie d’Isaïe que se réfère le Nouveau Testament et Jésus lui-même. Le règne de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle ; on pourrait donc parler de son avènement. Dans la perspective du prophète, il sera inauguré au retour de la captivité. Et il est certain fait que dès lors la vie religieuse des Juifs est plus intense, leur monothéisme plus éclairé et plus exclusif, leur culte purgé des éléments païens.

Un autre passage du même recueil d’Isaïe présente la situation sous un jour différent. Jérusalem a été menacée d’un grave péril, mais le prophète sait qu’elle sera sauvée et il célèbre déjà le triomphe. Quoique certains verbes soient au parfait, l’action est entrevue dans l’avenir, et la saveur eschatologique, on dirait même apocalyptique, est assez prononcée :

 

             Iahvé est notre juge,

                   Iahvé est notre législateur,

                   Iahvé est notre roi ;

                   C’est lui qui nous sauvera[18].

 

Encore plus que le juge, et plus que le législateur, c’est donc le roi qui sauve. Le Targum a un sentiment très juste de l’unité historique de ces épithètes ; ce que Iahvé a fait pour son peuple est le gage de ce qu’il fera dans les luttes des derniers jours : « Car là est notre juge[19], lui qui par sa puissance nous a fait sortir de l’Égypte ; là est notre docteur, qui nous a donné la doctrine de la loi du Sinaï ; là est notre roi ; il nous sauvera et nous vengera de l’armée de Gog ».

Le salut d’Israël est ici seul en cause ; un autre passage du cycle isaïen, dont le caractère d’apocalypse est encore plus marqué, annonce que le règne de Iahvé sera le salut de tous les peuples. Il célèbre d’abord un triomphe sur des ennemis très acharnés, dans les hauteurs et sur la terre ; mais la bonté de Dieu s’étendra à toutes les nations auxquelles un banquet est préparé sur la montagne de Sion. La perspective est encore terrestre, et, si la mort disparaît pour toujours, la scène n’est cependant pas transportée au ciel :

 

             La lune rougira, le soleil pâlira :

                   Car Iahvé des armées sera proclamé Roi.

                   Sur la montagne de Sion et dans Jérusalem,

                   Sa gloire [brillera] devant ses anciens !…

                   Et Iahvé des armées préparera

                   Pour tous les peuples, sur cette montagne,

                   Un festin de viandes grasses, un festin de bons vins,

                   Et de viandes grasses moelleuses, de bons vins clarifiés[20] !

Voilà donc le règne de Iahvé comparé à un festin, symbole de la joie dans la fraternité, qu’il ne faut sans doute pas prendre plus à la lettre que « le rideau qui couvre toutes les nations »[21]. Le mont Sion ne peut évidemment pas contenir tous les peuples ; l’imagination du voyant trace un tableau qu’on peut traduire : tous les peuples comblés de grâces par le Dieu d’Israël, roi de Jérusalem, et de toute la terre.

Ce texte marque l’apogée du règne de Dieu tel que l’Ancien Testament l’a compris. Ou n’a pas voulu séparer les textes isaïens qui ont une incontestable parenté. D’ailleurs l’idée du salut est bien aussi celle qui domine dans Sophonie :

Iahvé a retiré les arrêts portés contre toi ; il a refoulé ton ennemi, le roi d’Israël. Iahvé est au milieu de toi : tu ne verras plus de malheur. En ce jour-là on dira à Jérusalem : Sois sans crainte, Sion ! que tes mains ne retombent pas ! Iahvé est au milieu de toi (comme) un héros sauveur[22].

Le début est au parfait, mais on voit bien ce qui suit que ce parfait est prophétique. C’est dans l’avenir que Iahvé sauvera ; d’autre part on ne voit pas qu’il soit couronné roi. Il l’est déjà, et, en sauvant, il fera office de roi, héros sauveur.

Le caractère eschatologique est plus accusé dans Zacharie. Iahvé combattra à lui tout seul les ennemis de son peuple.

Ensuite de quoi « Iahvé sera roi sur tout le pays »[23], et les restes des vaincus « monteront chaque année pour se prosterner devant le roi, Iahvé des armées »[24]. Et « celle des familles de la terre qui ne montera pas à Jérusalem pour se prosterner devant le roi, Iahvé des armées, ne recevra pas de pluie »[25]. C’est le terme de l’histoire d’Israël, avec des détails cultuels très précis, mais dans contexte tel qu’un certain symbolisme s’impose comme règle d’interprétation. Toujours est-il qu’il s’agit, comme dans l’apocalypse d’Isaïe[26], du salut auquel sont conviées toutes les nations.

Abdias a une note particulière. Le dernier mot de sa prophétie, c’est que « le règne appartiendra à Iahvé[27] ». C’est la seule fois où, dans les textes des prophètes, se rencontre le terme abstrait qui désigne le pouvoir royal de Dieu. Mais si ce roi est bien la cause du salut, il a des auxiliaires : « et des sauveurs monteront à la montagne de Sion pour régir la montagne d’Ésaü ». N’est-ce pas une allusion aux succès des Maccabées, surtout de Jean Hyrcan contre l’Idumée[28] ? Le règne est toujours à venir, mais nous sommes ici de nouveau sur un terrain assez concret. Le règne appartiendra à Iahvé, lorsque ses fidèles auront combattu contre ses ennemis. C’est un accent qui appelle les anciennes guerres pour Iahvé, et que nous retrouverons dans les Psaumes les plus récents.

Ce n’est pas sans hésiter qu’on range ici le texte de Malachie :

Je suis un grand roi, dit Iahvé des armées ; mon nom est craint parmi les peuples[29].

Il semble que ce titre est reconnu à Iahvé par les peuples étrangers, étonnés de ce que les Juifs leur diront de leur Dieu et que leur culte confirme. Le règne de Iahvé sur Israël s’est étendu par la diaspora.

En passant de Malachie aux psaumes, il est probable qu’on n’abandonne pas l’ordre historique, ceux des psaumes que nous allons citer étant vraisemblablement de date récente.

D’ailleurs ils constituent un genre littéraire distinct des écrits des prophètes. Comme chants liturgiques, souvent répétés, gravés dans toutes les mémoires, ils montrent mieux encore l’importance de l’idée du règne de Dieu. Mais il ne faut point s’attendre à rencontrer des contextes bien nouveaux. Ce sont les mêmes idées, ou plutôt toujours la même idée : Iahvé, qui est dès l’origine le roi d’Israël, fera son office de roi en le sauvant. C’est surtout l’avenir qui intéresse le psalmiste, comme le prophète, de sorte que l’idée du règne de Dieu est plutôt eschatologique.

Le passé n’était que la première lueur du grand jour. Même lorsque les verbes sont au passé, le tableau est tout entier transporté dans l’avenir par suite de l’intuition prophétique. Dans certains cas cependant, qu’il n’est pas toujours facile de préciser, il s’agit du règne de Iahvé déjà inauguré par des triomphes.

Mettons à part des prières individuelles, où Dieu est nommé roi dans un cri de tendre loyalisme : « Écoute mon cri, mon roi et mon Dieu »[30] ; « tes autels, Iahvé des armées, mon roi et mon Dieu »[31], qui marquent un sentiment intime de confiance dans l’assistance actuelle du Roi et du Dieu.

Les autres endroits font allusion au règne du passé, ou au règne actuel à venir. C’est dans cet ordre que nous allons les parcourir.

Après avoir exalté les merveilles du passé, l’œuvre accomplie aux jours anciens, par Iahvé seul pour sauver son peuple, le psalmiste s’écrie :

C’est toi qui es mon roi, ô Dieu !

Ordonne le salut de Jacob[32] !

Parmi les circonstances non moins angoissantes, le psalmiste rappelle :

Pourtant Dieu est notre[33] roi, dès l’origine,

Auteur du salut au sein du pays[34].

Sans prétendre trancher des questions délicates, j’opinerai avec le P. Patrizzi que ces deux psaumes reflètent les temps si durs de la persécution d’Antiochus Épiphane. L’espérance s’appuie sur l’histoire la plus ancienne, la sortie d’Égypte ou la conquête de Canaan. Par son secours surnaturel Dieu s’était montré et était devenu le roi d’Israël.

D’autres psaumes font allusion à des exploits plus récents, – mais décrits d’une façon trop voilée pour qu’on puisse leur assigner une date précise, – ou simplement au règne actuel de Iahvé.

Lorsqu’on montrait au vieux pèlerin les murs et les édifices de Jérusalem, on aimait à rappeler les victoires dont Yahvé les avait rendus témoins ; ainsi nommait-on la montagne de Sion « la cité du grand roi »[35].

Après avoir combattu au loin pour son peuple, Iahvé, comme un général victorieux, faisait son entrée dans le Temple : on disait alors :

Portes, élevez vos linteaux ;

Soulevez-vous entrées antiques,

Pour laisser entrer le roi de gloire[36] !

Ou bien :

On a vu ta marche (triomphale), ô Dieu !

La marche de mon Dieu, de mon roi, dans le sanctuaire[37].

Nous rangeons dans la même catégorie trois psaumes dont on pourrait se demander s’ils ne sont pas au parfait prophétique. Et il se peut en effet que quelques traits soient empruntés à ce qu’on attendait de l’avenir et donnent au tableau plus de lumière ; cependant il semble que le poète s’inspirait de l’histoire, d’une histoire qui le ravissait de joie et qui lui paraissait la brillante inauguration en son temps du règne de Dieu, toujours ancien, et toujours en espérance.

D’abord un simple mot :

Iahvé est roi à jamais et pour l’éternité,

Les gentils sont détruits et chassés de sa terre[38].

Le psaume XCIX en entier célèbre un nouvel ordre de choses :

Tu as établi dans Jacob le droit et la justice…[39].

Iahvé est roi, que les peuplent tremblent…

Le roi aime le droit…

Dans tout le psaume, on insiste beaucoup, on insiste surtout sur la sainteté de Dieu. L’idée du salut par les armes reparaît à l’avant-dernier psaume :

Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a fait.

Que les fils de Sion tressaillent en leur roi…

Car Iahvé prend plaisir en son peuple,

Il glorifie les pauvres par le salut[40].

Comme dans Abdias, il a ses fidèles pour auxiliaires ; ils célèbrent les louanges de Dieu, mais ils saisissent le glaive à deux tranchants pour punir les nations et leurs rois.

D’autres psaumes sont plus délibérément orientés vers l’avenir.

Lorsque le psalmiste dit :

Car à Iahvé le pouvoir royal.

Lui,[41] dénominateur des nations[42],

Il ne s’agit plus seulement des victoires glorieuses, telles que les Hasmonéens avaient permis de les constater, mais de la conversion des peuples, qui étaient encore à venir, et notre incise – qui en elle-même pourrait se traduire : « le pouvoir royal appartient à Iahvé » –est enclavé » entre deux futurs. Elle peut donc rappeler le droit naturel et éternel de Iahvé, mais elle n’en marque l’exercice sur les nations que dans l’avenir. Ce sera, il faut le répéter, la conversion des peuples.

Cette conversion est censée accomplie, et Iahvé triomphe déjà, du haut des cieux dans le psaume 47 (46) :

Car Iahvé est très haut, redoutable,

Grand roi sur toute la terre…

Chantez à notre roi, chantez !

Car Dieu est roi de toute la terre[43].

Le sanctuaire où monte le triomphateur est ici plutôt le ciel que le Temple de Jérusalem. Cependant Dieu ne règne pas tant comme Créateur que parce que toutes les nations se sont réunies au peuple du Dieu d’Israël. Aussi le nomme-t-on expressément « notre roi ».

 

II. Dieu roi du ciel, ou roi du monde, ou roi des dieux, ou roi éternel.

Iahvé, roi d’Israël, était son sauveur grâce à sa puissance étendue ; mais, si on lui donnait le nom de roi, c’était à cause de sa tutelle sur son peuple. Rien n’empêchait d’envisager plus directement le pouvoir souverain de Dieu comme maître du monde et des hommes. Dans cette conception, le siège de son trône est plutôt dans le ciel que dans le Temple de Jérusalem. Israël demeure cependant son peuple. Tandis qu’on disait : le roi d’Israël dont la gloire remplit le monde, on dira : le roi du monde qui a choisi Israël.

Ce n’est pas un simple changement de formule. L’attention se porte désormais sur les attributs essentiels de Dieu. Incontestablement la réflexion théologique s’est exercée. Mais il ne faut pas prétendre non plus que c’est là un passage de la monolâtrie au monothéisme. Iahvé, puisqu’il était tout-puissant en Égypte et à Babylone, était vraiment Dieu unique ; on a seulement développé dans tous les sens l’énergie infinie contenue dans cette idée.

Aussi ne voit-on nulle part ni heurt, ni rupture ; les idées anciennes se perpétuent parce qu’elles demeurent vraies, mais de nouveaux aspects se font jour, dont on ne peut marquer exactement le point de départ. Ce qui est cependant certain, c’est que les titres de roi du ciel, de roi des rois, de roi des dieux, de roi éternel sont postérieurs dans l’ensemble, au titre de Yahvé roi d’Israël.

On ne peut dire non plus que c’est dans sa lutte contre l’Assyrie qu’Israël a appris la notion du monde en entrant en relations avec de grands empires. L’Égypte, qu’il avait toujours connue, était un empire aussi majestueux et plus stable que l’Assyrie. Il semble que les prophéties sur la chute de Babylone et sur le rôle de Cyrus durent contribuer plus que tout le reste à guider la réflexion théologique. Celui dont Cyrus n’était que l’instrument, était vraiment le maître des empires, celui qui faisait et défaisait les monarques. C’est à l’époque persane qu’on se prit à nommer Iahvé Dieu du ciel[44]. Il en était aussi le roi. C’est du ciel qu’il dominait le monde. Quant à la durée de son règne, elle était éternelle, comme Dieu lui-même.

Il n’existe pas de terme qui comprenne ces différents aspects, car celui de transcendant suggérerait que le roi d’Israël n’était pas transcendant, ce qui serait faux. Peut-être le terme de roi du ciel est-il celui qui revient le plus souvent et qui marque mieux l’intention d’accuser davantage la transcendance ; celui de roi du monde est plus général, mais il a une physionomie grecque. D’ailleurs il était bien entendu que du haut du ciel Dieu régnait sur la terre. Son rôle ne se borne pas à régir les éléments ; son action est la même que celle du Sauveur d’Israël, dans un horizon agrandi, et venant de plus haut.

Loin d’en conclure que les idées antérieures étaient donc bien peu dignes de Dieu, on peut se sentir porté à préférer l’inspiration si pure, toute fondue d’intimité et de tendresse, l’âme déjà évangélique du second Isaïe ; la présence dans le Temple valait la présence au ciel. S’il y a progrès, il serait dans l’ordre rationnel, plutôt que dans l’enseignement d’Israël, de sorte qu’en somme le progrès était constant, la grandeur de Dieu mieux comprise ne faisant que rehausser sa bonté et sa miséricorde.

Dieu, roi du monde, ne se rencontre pas dans les livres les plus anciens. On a bien cité Jérémie : « Qui ne craindrait, roi des nations[45] », et : « Lui est un Dieu vivant, roi éternel[46] », en comparaison des idoles, qui ne sont rien ; mais ces endroits manquent aux Septante, et sont de très basse époque. Inversement les Septante ont ajouté l’idée du Roi des dieux ou des siècles, dans un passage du Deutéronome où le texte hébreu, plus sûr, ne la contient pas[47].

Le premier Daniel met en action toute une métaphysique concrète, si ces mots peuvent s’amalgamer, et une philosophie de l’histoire, revêtues d’images évocatrices, qui se sont gravées dans toutes les mémoires. Dieu est le Dieu du ciel, comme Néhémie, mais aussi le roi du ciel[48].

Sur la terre, malgré la diversité des nations, il n’y a qu’un seul empire, dont le chef est le roi des rois[49] : c’est Dieu qui dirige son règne et qui force même Nabuchodonosor :

Je rends hommage au Très-Haut, et je le loue ; à celui qui a créé le ciel et la terre, et les mers et les fleuves et tout ce qui y est contenu, je rends hommage et louanges ; car il est le dieu des dieux et le seigneur des seigneurs, et le roi des rois, car c’est lui qui fait des signes et des prodiges et qui transforme les époques et les temps, il enlève le pouvoir royal aux rois et en met d’autres à leur place … son règne est un règne pour les siècles, et sa puissance, s’exerce, de générations en générations.

C’est donc en réalité Dieu qui règne par les rois. Cependant le moment viendra, et il est proche, d’une intervention divine.

Tu regardais, lorsque se détacha une pierre sans l’action des mains, et elle frappa la statue aux pieds de fer et d’argile et les brisa. … Dans le temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un empire[50] qui ne sera jamais détruit ; et l’empire ne sera plus confié à un autre peuple ; il brisera et terminera tous ces empires, tandis que lui-même demeura à jamais[51].

On dirait donc que Dieu va régner par lui-même. Cependant, étant le roi du ciel, il lui plaît de laisser ceux qu’il choisit administrer la terre. Les rois seront remplacés par un nouvel empire : mais il va de soi que son règne à lui, loin d’en être amoindri n’en sera que plus réel et mieux reconnu.

Plusieurs psaumes célèbrent Iahvé comme le roi du monde. Son règne est universel. Sans doute Israël en profite plus que les autres, mais le titre légitime est dans les attributs divins ; c’est comme Créateur que Dieu règne.

Iahvé trône « au-dessus » des eaux diluviennes[52],

Iahvé trône comme roi pour l’éternité[53].

Dieu est ici le roi de la nature ; sa puissance se manifeste par un orage ; ce qui n’empêche pas le psalmiste d’en tirer une conséquence pour le salut d’Israël :

Iahvé donnera la force à son peuple.

Iahvé bénira son peuple dans la paix[54].

Le psaume 93, « Iahvé est roi, il est revêtu de majesté », vise le règne de Iahvé sur la nature : « Ton trône est établi dès l’origine, tu es dès l’éternité ». M. Boehmer y voit une allégorie du salut à venir ; les fleuves représentent les peuples. Mais les Septante ont intitulé ce psaume : Pour le jour de l’anté-sabbat, quand la terre a été créée », suggérant ainsi, comme le note finement M. Duhm, une meilleure intelligence du texte que les exégètes qui l’interprètent allégoriquement.

Le point de départ du psaume 95 est le même.

Car Yahvé est un grand Dieu (El).

Et un grand roi au-dessus de tous les dieux (elohim).

Il tient dans sa main les fondements de la terre[55].

Iahvé est ici le roi des dieux ; mais, dans la pensée du psalmiste ces prétendus dieux ne sont pas des dieux véritables ; c’est Iahvé qui seul a tout créé. Après ce début, le psalmiste en vient aux rapports de Iahvé avec Israël et supplie le peuple de ne pas imiter l’égarement de ses pairs.

Dans le psaume 103, le mouvement de la pensée est en ordre inverse. Le psalmiste est touché de la bonté de la bonté de Iahvé envers lui, et envers Israël. Puis il compare la faiblesse de l’homme à la puissance de Yahvé, et transporte la scène dans le ciel :

Iahvé a établi son trône au ciel,

Et son pouvoir royal s’étend sur tout.

Bénissez Iahvé, vous ses anges,

Héros vaillants qui exécutez ses ordres ..

Bénissez Iahvé, vous toutes ses armées,

Serviteurs qui exécutez son bon plaisir ;

Bénissez le Seigneur, vous toutes ses œuvres,

Dans tous les lieux qu’il gouverne,

Mon âme, bénis Iahvé[56].

Il ne faudrait que transformer cette effusion lyrique en un tableau descriptif pour représenter Iahvé assis au ciel sur un trône, entouré des anges qui sont ses ministres, et ses serviteurs armés prêts à exécuter ses ordres.

Le psaume 145 célèbre les attributs de Yahvé, puissant et bon, dont la miséricorde s’étend sur toutes les créatures. Israël n’est pas nommé ; mais c’est bien chez lui que se recrutent ces fidèles dont le privilège et le rôle sont de faire connaître à tous, la gloire du règne de Iahvé :

Ils disent la gloire de ton règne,

Et racontent sa valeur,

Pour faire connaître ses exploits aux enfants des hommes

Et la majesté glorieuse de son règne.

Ton règne est un règne de tous les siècles,

Et ta domination s’étend à toutes les générations[57].

Ce psaume alphabétique, n’a pas une grande originalité littéraire, mais l’inspiration religieuse est très haute : Iahvé est un roi qui répand tous ses bienfaits, qui est juste, et qui exauce tous ceux qui l’honorent. Son peuple, ce sont tous ceux qui veulent l’aimer.

Le règne de Dieu est ici décrit dans toute son ampleur mondiale et éternelle ; rien ne marque une intervention spéciale dans l’histoire.

Et c’est à peu près le ton du psaume 146, quoiqu’il relève davantage l’union de Yahvé et de Sion :

Iahvé règne pour jamais,

Ton Dieu, ô Sion, de génération en génération[58].

Nous l’avons déjà noté, Iahvé, roi du monde, trônant dans le ciel, n’en est pas moins le Dieu secourable et bon, spécialement quand il s’agit d’Israël. Son règne est éternel, et, de ce chef immuable ; mais il peut être plus ou moins reconnu par les hommes. Le roi suprême n’est pas un monarque indifférent et routinier : il vient au secours de ceux qui l’invoquent. C’est le même que le roi d’Israël qui a promis de régner sur son peuple. De cette façon, le règne éternel lui-même peut être regardé comme futur et comme historique, s’étendant d’Israël à tous les peuples, quand ceux-ci en reconnaîtront le droit absolu. C’est ce qu’expriment plusieurs psaumes qu’on pourrait ranger sous la rubrique précédente, car il y est fort question d’Israël, mais qui appartiennent encore mieux au règne universel de Dieu.

L’auteur du psaume 96, se proposait, d’après M. Duhm[59], de montrer comment le culte du temple maintenait vivante l’idée du règne de Dieu, embrassant tout le monde, règne présent et règne à venir. Les peuples sont invités à reconnaître sa gloire dans son sanctuaire.

Dieu parmi les nations : Iahvé règne[60].

Il a triomphé des dieux des nations qui ne sont que des idoles, car c’est lui qui a créé le ciel. Il vient pour juger la terre, pour juger le monde selon la justice.

Le psaume 97, où M. Duhm ne voit que la description d’un orage fait allusion à la théophanie future[61] :

Iahvé règne : que la terre tressaille,

Que des îles nombreuses se réjouissent[62].

Il s’avance dans sa splendeur, les cieux proclame sa justice, les peuples contemplent sa gloire, les idoles rendent les armes ; Sion surtout est dans la joie et rend hommage à Iahvé.

Enfin le psaume 98 se place plus encore au point de vue particulier d’Israël. La grande manifestation qui éclate aux yeux des nations, c’est le salut promis au peuple élu. Cependant ce sont tous les habitants de la terre qui doivent pousser des cris de joie devant « le roi Yahvé »[63].

Le psaume se termine comme le ps. 96 ; c’est bien comme roi du monde que Iahvé vient pour juger la terre.

Il y a lieu de traiter à part de ce jugement. Notons seulement ici que trop souvent on l’a entendu du jugement dernier, rendu par Dieu sur les débris du monde. Dès lors le règne de Dieu prend les allures d’une eschatologie cosmique, et on introduira cette idée dans l’interprétation du Nouveau Testament. En réalité, le mot hébreu « juger » peut tout aussi bien se traduire « gouverner »[64]. Rendre la justice est l’acte royal par excellence. Les psaumes qui parlent du jugement des nations ne dépassent donc point l’horizon messianique et ne font pas la moindre allusion à la fin du monde entendue comme cosmos. Les nations reconnaîtront la divinité du Dieu d’Israël qui désormais régnera sur le monde entier, d’après le droit que lui donnait la création : tel est le sens obvie de ces psaumes.

En dehors des psaumes, le règne de Dieu n’est mentionné en hébreu sous son aspect le plus universel que dans un passage des Chroniques, un des ouvrages les plus récents de l’A. T.[65]. Mais son titre royal se retrouve dans des livres récents écrits en grec, comme le second des Macchabées et la Sagesse, ou dans des pièces que nous ne connaissons que par les traductions grecques, assez libres, souvent remaniées, de sorte que les termes que nous citerons ne datent peut-être que des traducteurs ou des recenseurs.

Le IIe livre des Macchabées, dans la prière des prêtres, passe du règne absolu de Dieu au salut d’Israël :

Seigneur Dieu, créateur de toutes choses, terrible, et fort, et juste, et miséricordieux, toi seul roi et bon, toi seul chorège, toi seul juste, et tout-puissant et éternel, qui sauves de tout mal[66] ..

À la manière de Daniel, il montre Dieu, « le roi des rois », qui meut les rois, excitant la colère d’Antiochus Eupator contre le misérable Ménélas[67].

Mais, ce qui est une note nouvelle, et difficile à expliquer, le terme de « roi » [en grec] est remplacé par celui de maître [en grec]. À l’origine, un dynaste partageait la puissance avec d’autres : une dynastie d’après Aristote, était une sorte d’oligarchie mal réglée. Mais le terme avait pris de l’ampleur, et déjà Sophocle l’appliquait au maître de l’Olympe[68]. C’est ce qui a permis à l’abréviateur de Jason de Cyrène, qui lui a peut-être emprunté, d’établir la théorie du maître céleste. Nicanor demandait aux Juifs s’il y avait au ciel un maître qui eût prescrit d’observer le sabbat et sur leur réponse pleine de respect pour ce maître, il avait prétendu, comme maître sur la terre, agir à son gré[69]. Aussi, contre ce triple misérable, invoqua-t-on « le maître », le maître des cieux » et quand il eut été puni, on rendit grâce « au maître », que le même nomme encore « le maître des esprits et de tout pouvoir »[70], « le grand maître du monde »[71] « le maître qui brise avec puissance les forces des ennemis »[72], toutes expressions qui rentrent bien dans le thème indiqué, et n’ont aucune saveur eschatologique[73].

C’est surtout dans les prières, que Dieu est nommé roi : on lui demande une grâce comme à un souverain tout-puissant.

Dans le cantique des trois jeunes hommes :

Béni es-tu sur le trône de ton règne …[74].

Le contexte indique que ce trône est au ciel[75].

Dans la prière de Judith :

Oui, Ô Dieu de mon père, et Dieu de l’héritage d’Israël, maître du ciel et de la terre, Créateur des eaux, roi de tout ce que tu as créé, écoute ma prière … afin qu’on sache que tu es le Dieu de toute puissance et de toute force, et que nul autre que toi ne protège la race d’Israël[76].

Dans les parties d’Esther qui n’existent qu’en grec, prière de Mardochée :

Seigneur, Seigneur roi qui as tout en ta puissance, car tout est en ton pouvoir, et il n’est personne qui puisse te résister quand tu veux sauver Israël[77]. … et maintenant, Seigneur Dieu, roi, Dieu d’Abraham, épargne ton peuple[78].

La prière d’Esther débute selon le mode primitif : elle invoque le roi d’Israël : « Mon Seigneur, notre roi »[79], et rappelle ses anciens bienfaits pour son peuple. Mais aussitôt elle fait appel au droit royal absolu de Dieu :

N’abandonne pas, Seigneur, ton sceptre à ceux qui ne sont pas … Fortifie-moi, roi des dieux, et qui domine toute puissance[80].

« Le roi du ciel » est le terme préféré du livre de Tobie.

Le roi du ciel exerce son jugement sur Salmanasar, tout à fait dans le style du gouvernement divin de Daniel [81].

Le jeune Tobie bénit « le Seigneur du ciel et de la terre, le roi de tout »[82].

En rendant grâce à Dieu, son père bénit « le Dieu vivant dans tous les siècles, et son règne », par où il entend évidemment son règne actuel[83]. Même lorsqu’il prévoit la restauration future, il ne la qualifie pas d’avènement du règne de Dieu : on le bénira alors comme « roi des siècles »[84], ce que fait déjà Tobie en exaltant « le roi du ciel »[85]. Jérusalem est invitée à bénir « le roi des siècles »[86]. Lorsque les nations nombreuses se convertiront à Dieu, elles porteront dans leurs mains des présents « au roi du ciel »[87]. Il faut donc bénir Dieu, « le grand roi »[88] parce que Jérusalem sera rebâtie en pierres précieuses.

C’est ainsi que, même lorsqu’il se transporte par la pensée dans l’eschatologie la plus glorieuse, l’auteur a toujours en vue, et presque alternativement, le règne éternel et le règne céleste de Dieu qu’il faut nécessairement concevoir comme absolu et immuable dans son principe ; le salut consistera à voir la gloire de la ville sainte et à rendre hommage au roi du ciel[89].

Le livre de la Sagesse, un des plus récents, sinon le plus récent de l’Ancien Testament, s’adresse à des rois : il ne manque pas qu’ils ne sont que les ministres du règne de Dieu :

Car étant les ministres de son règne, vous n’avez pas jugé avec droiture,

Ni vous n’avez gardé la loi,

Ni vous n’avez marché selon les desseins de Dieu[90].

Ce règne de Dieu est d’ailleurs un mystère qui ne peut être bien connu que par une révélation : ce fut le cas de Jacob :

C’est elle (la Sagesse) qui conduisit dans la voie droite

Le juste fuyant la colère de son frère ;

Elle lui montra le règne de Dieu,

Et lui donna la connaissance des choses saintes[91]

L’échelle entrevue par Jacob aboutissait au ciel ; c’est là qu’est le trône de Dieu[92].

Il était donc naturel, si les justes, après leur mort, devaient être transportés auprès de Dieu, que leur nouvelle destinée fût comprise elle aussi, et même fût comprise elle aussi, et même à titre spécial, sous le règne de Dieu.

Le livre de la Sagesse, qui traite plus ouvertement de la destinée de l’âme après la mort, nous offre une transition toute naturelle pour une nouvelle conception.

III. Dieu, roi des élus

Si préoccupé qu’on fût de l’avenir national d’Israël, on ne pouvait se désintéresser du sort de ceux qui mouraient sans en avoir reçu l’aurore[93]. Que deviendraient-ils ?

Les justes, après leur mort, vivront près de Dieu et règneront avec lui.

Cette idée, d’une eschatologie transcendante, ne se trouve dans aucun livre de l’Ancien Testament écrit en hébreu quoique quelques psaumes aient fait allusion, sous d’autres mots, aux mêmes fins dernières. On ne la rencontre que dans des livres écrits en grec, et surtout, on vient de le dire, dans le livre de la Sagesse[94] :

Cette conception n’excluait pas la résurrection. Aussi est-ce au pouvoir royal de Dieu sur le monde que le second livre des Macchabées fit appel pour marquer l’espérance d’une vie nouvelle. Elle n’est pas qualifiée expressément de règne de Dieu, mais il était clair qu’on serait surtout alors sous son règne :

Lorsque nous serons morts, le roi du monde nous ressuscitera pour une vie nouvelle éternelle[95].

C’est très peu comme nombre de textes, et nous verrons qu’en dehors du N. T. l’idée ne s’est pas développée beaucoup. Cependant M. Boehmer en a signalé une trace dans la version grecque des Proverbes. Là où le texte hébreu dit simplement : « Quittez la folie et vous vivrez », le grec a mis « Quittez la folie et vous règnerez dans les siècles »[96]. Il est peu vraisemblable que cette variante soit le résultat d’une faute du copiste. Le traducteur aurait donc, dans l’esprit de la Sagesse[97] identifié la vie au règne éternel

 

Dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu s’entendait donc de trois manières : Dieu était roi d’Israël, roi du monde, et roi des élus. Ce dernier titre est assez clair : il ne regardait que les fins dernières des justes, ou, comme on dirait, l’eschatologie particulière : c’était comme la partie la plus intime du royaume universel de Dieu.

La conception « roi d’Israël » est plus ancienne que celle de « roi du monde ». Cela résulte avec évidence de ce fait que la seconde ne se rencontre que dans les écrits postérieurs à l’exil, s’ils sont datés, ou dans les psaumes que la critique regarde comme particulièrement récents. Mais ce ne sont point des idées tellement distinctes que l’une ait supplanté l’autre ; c’est toujours le même Dieu et le même Roi. La première appellation est plus familière, et comme le résultat d’une expérience historique ; la seconde plus majestueuse, et le fruit de la réflexion. Les écrits nouveaux prenaient pour point de départ la nouvelle manière, mais ils ne pouvaient négliger les promesses du salut à venir contenues dans l’ancienne. Le règne éternel du Dieu du monde était de sa nature immuable et toujours le même, mais on savait que Iahvé avait promis de sauver Israël. La notion historique du salut pénétrait ainsi la notion philosophique de la monarchie divine, et l’extension universelle de cette monarchie élargissait la promesse du salut, car le roi du monde, s’il entreprenait de régner plus efficacement, devait régner sur tous les hommes. D’autre part, l’espérance du secours divin que Iahvé devait accorder à son peuple se fondait sur d’anciens bienfaits et sur sa présence actuelle au milieu des siens. Ni le règne éternel n’était rivé à l’absolu d’une action toujours égale, ni le règne absolu n’appartenait tout entier à l’avenir. La force invincible du Sauveur ni la toute-puissance du Monarque n’étaient une quantité nouvelle ; on attendait seulement que cette force s’exerçât et que ce pouvoir fût reconnu.

Il demeurait acquis, de par la Parole de Dieu, qu’il interviendrait en faveur d’Israël, et, puisqu’il était roi du monde, ce ne pouvait être que par une théophanie qui obligerait les nations à lui rendre hommage ; mais loin que tout fût fini avec cette théophanie, on pouvait à plus juste titre que le règne de Dieu allait commencer. Ce règne que pas un mot dans l’Ancien Testament ne représente comme établi sur un monde détruit, on peut le nommer dans un sens large le temps messianique. À côté de sa portée universelle, et éternelle, le règne de Dieu a conservé son sens historique et eschatologique.

Mais il était impossible, pour désigner la grande crise attendue, le salut d’Israël et la conversion des peuples, d’employer un terme qui fût moins synonyme de bouleversement, de catastrophe ou de révolution. C’était le passage du droit au fait, ou encore la reconnaissance du droit, la mise en scène historique d’une vérité éternelle, le progrès, sans doute extraordinaire et merveilleux, mais enfin la suite d’une chose commencée. Il y a plus. Au temps des Maccabées, on croyait déjà être dans le nouveau règne : il était inauguré, mais on en attendait la manifestation encore plus glorieuse, tant il est vrai que l’idée en elle-même était synonyme de progrès, l’action de Dieu étant de celles qui ne s’épuisent jamais et dont on ne peut entrevoir qu’elle soit suspendue. C’est ce que démontre très bien un texte où les passés et les futurs sont si étrangement mêlés que les exégètes n’ont pu se mettre d’accord sur le sens. Parle-t-on de faits acquis ou de l’avenir ? La vérité est qu’on parle des deux, ce qui est acquis étant un gage de la réalisation de l’avenir. Après la purification du temple les Juifs de Jérusalem écrivent à ceux d’Égypte : « Or Dieu a sauvé tout son peuple, et a rendu à tous son héritage, et la royauté, et le sacerdoce, et la sainteté, comme il l’a promis dans la loi » : c’est une allusion manifeste au texte de l’Exode : « Et vous serez pour moi un royaume de prêtres, et une nation sainte »[98], et tout cela est au passé, c’est donc un fait accompli. Mais le texte continu : « Car nous espérons en Dieu, qu’il aura promptement pitié de nous, et nous rassemblera de tout ce qui est sous le ciel dans le lieu saint : car il nous a tirés de grands maux et a purifié le (saint) lieu »[99].

Le salut est donc en partie réalisé, en partie espéré : c’est le salut idéal qui est commencé. Lorsque Malachie disait que Iahvé était un grand roi, dont le nom était redouté parmi les nations, ne regardait-il pas déjà la dispersion des Juifs comme un commencement du règne universel de Dieu ? et quand cette dispersion se vit entourée de nombreux prosélytes, ne dut-on pas croire que Dieu avait commencé sa grande œuvre ? Cependant on attendait beaucoup plus. Ce qu’on attendait, c’était l’établissement du règne de Dieu ; on ne connaissait pas les conditions de ce règne ; mais qui pouvait imaginer qu’il serait clos le jour même de son inauguration, ou que cette inauguration serait la fin du monde ? À tout le moins, rien dans l’Ancien Testament ne le faisait pressentir.

 

Jérusalem

 

Fr. M.-J. LAGRANGE

 

[1] Je tiens à dire que je dois beaucoup à M. Boemer […].

[2] Prologue du code de Hammourabi, mythe d’Étana.

[3] Études sur les religions sémitiques.

[4] Os. 2, 18.

[5] Jg. 8, 22 ss.

[6] Ex. 15, 17 s. RB 1899, pp. 532 s.

[7] Ou plutôt Gog avec les LXX. NB. 23, 21 et 24, 7.

[8] Dt. 33, 5.

[9] I Ch. 28, 5 […].

[10] Ez. 20, 33.

[11] Ez. 20, 37.

[12] Mi. 7, 6 s.

[13] Is. 41, 21.

[14] Is. 43, 15.

[15] Is. 44, 6.

[16] Is. 52, 7.

[17] Is. 45, 6.

[18] Is. 33, 22 […].

[19] Noter que par « jugement » le Targum entend la délivrance d’Israël.

[20] Is. 24, 23, et 25, 6 […].

[21] Is. 25, 7.

[22] So. 3, 15-17, trad. van Hoonacker.

[23] Za. 14, 9.

[24] Za. 14, 16.

[25] Za. 14, 17.

[26] Is. 25, 6.

[27] Nb. vers. 21 […].

[28] Cf. surtout le v. 19.

[29] Ml. 1, 14.

[30] Ps. 5, 3.

[31] Ps. 84, 4.

[32] Ps. 44, 5.

[33] D’après le grec, hébreu : « mon roi ».

[34] Ps. 74, 12.

[35] Ps. 48, 3.

[36] Ps. 24, 7., répété au v. 10.

[37] Ps. 68, 24.

[38] Ps. 10, 16.

[39] Ps. 99, 1 et 4 ; cf. BB, 1905, p. 900.

[40] Ps. 149, 2 et 3.

[41] […]

[42] Ps. 22, 23.

[43] Ps. 47, 3, 7 et 8.

[44] Cela est marqué assez expressément par lires d’Esdras et de Néhémie : Esd. 5, 12 ; 6, 10 ; 7, 13, 21, 23 ; Ne. 14, 5 ; 2, 4, 20. Dieu du ciel et de la terre. Esd. 5, 11. Les Israélites n’ont point emprunté à la théologie persane leur concept de Dieu créateur du ciel et de la terre, mais ils ont pu insister sur le titre de Dieu du ciel pour répondre au protocole d’Ahura Mazda.

[45] Jr. 10, 7.

[46] Jr. 10, 10.

[47] Dt. 9, 26 [note P. Lagrange en grec].

[48] Dn. 4, 34 […]

[49] […] : on traduit ici « empire » à cause du caractère mondial de ces monarchies.

[50] […] Lire et entendre […] des eaux célestes (avec Duhm).

[51] Dn. 4, 31-44.

[52] […] Lire et entendre […] des eaux célestes (avec Duhm).

[53] Ps. 29, 10.

[54] V. 11

[55] Ps. 95, 3 et 4.

[56] Ps. 103, 29-22.

[57] Ps. 145, 10-13.

[58] Ps. 146, 10.

[59] Die Psalmen, p. 232.

[60] Ps. 96, 10.

[61] C’est ce que prouverait la seule mention des îles, ou côtes de la mer, qui indiquent un retentissement lointain.

[62] Ps. 97, 1.

[63] Ps. 98, 6.

[64] Duhm, Ps. 98, 9 : regieren.

[65] I Ch. 29, 11.

[66] II M. 1, 24 s.

[67] II M. 13, 4.

[68] Antigone, 608 : [en grec].

[69] II M. 15, 3-5 ; II M. 15, 22-23 ; 29.

[70] M. 3, 24 : [en grec]. Le titre de Seigneur des esprits ne se retrouve que dans Hénoch, très fréquemment, et dans une malédiction du Ier siècle ap. J.-C., très probablement d’origine juive : [en grec] (Dittenberger. Sylloge n° 816).

[71] 12, 15.

[72] 12. 28.

[73] On pourrait naturellement citer encore ceux des livres non canoniques qui figurent des Septante de Swete : III Esdras, I Esdras dans Swete, 4, 46 : Seigneur roi, 4, 58 : le roi du ciel ; III M. 2, 2 : Seigneur roi des cieux … monarque ; 2, 9 : toi, roi, qui as créé la terre … : roi saint ; 5, 35 : roi de ceux qui règnent ; 6, 2 : roi puissant. IV M. 12, 11 : recevant de Dieu les biens et le pouvoir royal.

[74] Dn. 3, 55 : [en grec].

[75] Judith. 9, 12-14 : [en grec] (v. 12).

[76] V. 56 [en grec].

[77] Esther (13). (9) : [en grec].

[78] (13) (15).

[79] Esther (14) (3).

[80] Esther (14) (11) (12).

[81] Tb. 1, 18, mais seulement dans le manuscrit Sinaïtique : … [en grec].

[82] Tb. 10, 13, ms Sin. : [en grec].

[83] Tb. 13, I, B. : [en grec].

[84] Tb. 13, 7 : [en grec].

[85] Tb. 13, 6 : [en grec].

[86] Tb. 18, 10 : [en grec].

[87] Tb. 13, 11. : [en grec].

[88] Tb. 13, 15. : [en grec].

[89] Tb. 13, 16, Sin. : [en grec].

[90] Sg. 6, 4.

[91] Sg. 10, 11 ; cf. RB., p. 102.

[92] Sg. 9, 10 et 18, 15.

[93] On comprend que ce n’est point ici le lieu de suivre le développement de cette idée.

[94] Ayant récemment analysé les textes, je ne puis que les rappeler ici : cf. RB., 1907, p. 94, p. 99, p. 102 ss.

[95] II M. 7, 9. – Dans le IVe des M. (non canonique), la vie éternelle est auprès du trône divin (IV M. 17, 18).

[96] Pr. 9, 6 : [en grec].

[97] Sg. 6, 21.

[98] Ex. 19, 6.

[99] II Mc. 2, 17 s.

Écho de notre page Facebook : janvier 2026

 

28 janvier 2026
Saint Thomas d’Aquin, prêtre et docteur de l’Église
Extrait de l’article du P. Montagnes sur « Le thomisme du père Lagrange »
Tandis que le Fr. Lagrange s’appliquait, jour après jour, à étudier la Summa theologiae jusqu’au moment de son lectorat (le 14 juillet 1884) et au serment prescrit de tenenda sancti Thomae doctrina (qu’il prêta, explique-t-il, « sans scrupule, avec une conviction ferme » ), de leur côté les responsables se préoccupaient de relever le niveau intellectuel du studium. Telle fut la politique que menèrent le P. Cormier et le P. Gallais (désireux l’un comme l’autre de vouer le Fr. Lagrange à l’Écriture sainte), telle aussi celle que le P. Colchen, élu provincial le 29 avril 1882, poursuivit avec l’aide du P. Guillermin. Le professeur de Toulouse, institué vicaire du provincial pour tout ce qui regardait les études, vint durant l’été de 1882 passer deux mois à Salamanque. Il présida, en juillet, un conseil afin d’ « élever (les études) à la hauteur des besoins de notre temps et de la mission de l’ordre ». Clairvoyantes, les orientations tracées serviraient ensuite à orienter la carrière du Fr. Lagrange :
« 3. Notre collège ne peut rester étranger au mouvement imprimé de nos jours aux sciences scripturaires par les progrès de la philosophie et les découvertes archéologiques en Orient. Il est donc à désirer que le professeur d’Écriture sainte fasse dans son cours une place à ces questions.
« 4. Étant persuadés que le caractère de notre enseignement théologique doit être d’allier dans une juste mesure la méthode positive et la méthode purement scolastique ; qu’il serait contraire à l’esprit de l’ordre de négliger l’étude approfondie des sources de la tradition ; que cette étude est nécessaire pour donner de la grandeur aux intelligences ; qu’elle paraît indispensable pour la formation des prédicateurs, nous avons cru devoir introduire dans notre programme un cours de patristique, qui consisterait principalement en une histoire du dogme faite avec les écrits des Pères, en une analyse littéraire et doctrinale de leurs principaux ouvrages, en une étude de l’époque où ils ont été composés, du milieu et des causes qui les ont inspirés, etc. »
Avant de quitter le laboratoire théologique que devenait San-Esteban, il reste à observer un autre indice de la ferveur envers saint Thomas des Dominicains français à Salamanque : la célébration annuelle, à la fois liturgique et académique, de la fête du 7 mars, qui mettait à contribution étudiants et professeurs. En 1881, la réunion se tient dans l’intimité conventuelle de la salle de théologie, à 15 heures, en présence de toute la communauté. La chronique enregistre que le Fr. Lagrange « a débité admirablement une dissertation, ou plutôt une causerie, sur la cinquième preuve de l’existence de Dieu » .

 

21 janvier 2026

Vœux pour 2026

Aux membres de l’association des amis du père Lagrange 

Saint-Denis, le 17 janvier 2026

Chers amis du père Lagrange,

En commençant cette nouvelle année de grâce 2026, nous confions chaque journée au Seigneur Jésus ressuscité, sous le regard aimant de l’Immaculée, si aimée par le père Lagrange.

Au mois de novembre 2025, le diocèse de Monaco a diffusé l’interview réalisée au frère Manuel Rivero sur la cause de béatification du fondateur de l’École biblique et archéologique de Jérusalem.

En célébrant mon Jubilé d’or de profession dominicaine (1975-2025) le dimanche 4 janvier 2026, fête de l’Épiphanie, en la cathédrale de Saint-Denis de La Réunion, j’ai prié avec les nombreux fidèles rassemblés pour l’occasion la prière en faveur de la glorification du père Lagrange.

Le 14 janvier 2026, Mgr Rino Fisichella a envoyé une belle lettre de remerciements pour le livre « Progresser dans la vérité », recueil de conférences de la Journée d’étude du 9 mars 2024 au couvent des Dominicains de Nice, publié par DOMUNI-press, que vous pouvez commander. Vous trouverez ci-joint la lettre de Mgr Fisichella qui nous encourage à poursuivre notre mission en faveur de la béatification du père Lagrange.

 

Continuons à prier pour que la foi chrétienne grandisse dans le monde par l’annonce et l’interprétation de la Parole de Dieu, afin que nous devenions des disciples-missionnaires.

Bien fraternellement en célébrant souvent la messe pour vos familles sans oublier la dévotion mariale du Rosaire que le père Lagrange priait chaque jour en la basilique de Saint-Étienne de Jérusalem.

Fr. Manuel Rivero O.P.

Président de l’association.

 

 

16 janvier 2026

Le Règne de Dieu

Dans l’Ancien Testament[1]

Revue biblique internationale

Publiée par L’École Pratique d’Études Bibliques

Établie au couvent Saint-Étienne de Jérusalem Tome V. 1908. Lecoffre Gabalda

Edition sans les notes de bas de page

Règne signifie le gouvernement d’un souverain, et suppose le pouvoir royal ou la royauté. On pourrait donc dire aussi bien la royauté de Dieu, ce qui marquerait davantage le droit, que le règne, qui indique plutôt l’exercice du droit. Dans l’Ancien Testament, on ne peut pas dire le royaume de Dieu : la royauté suppose un territoire, un royaume, mais en fait cette expression ne se rencontre pas en parlant de Dieu.

Cette royauté de Dieu ou de Iahvé est reconnue sur Israël, ou sur le monde, ou sur les âmes des justes. Ce sont des idées qu’il importe d’analyser séparément, et, autant que possible, en suivant l’ordre chronologique des documents et de l’histoire.

Il faut dire cependant que cette étude devant se rattacher à l’idée du royaume de Dieu dans le Nouveau Testament, il n’a pas paru indispensable de s’étendre sur les origines, d’ailleurs très confuses, du terme lui-même chez les Sémites.

I. Iahvé roi d’Israël

Le roi, la royauté, le règne, le royaume, se rattachent en hébreu à la même racine : M I.K. Le sens primitif est vraisemblablement « délibérer », puis « décider ». Dans les idées anciennes, le courage est plus nécessaire au chef militaire, l’intelligence au roi, car c’est lui qui juge. Ce point est controversé, et il importe peu pour notre sujet. Lorsqu’on a pensé à donner à Dieu ou à un dieu quelconque le nom de roi, on ne songeait au sens de la racine ; on entendait dire qu’il possédait excellement le droit de gouverner, et les qualités nécessaires à l’exercice du pouvoir. Le roi avait pour mission, chez les Sémites de Babylone, d’honorer les dieux, de défendre son peuple, de paître ses sujets dans la justice et la paix, et, s’il le pouvait, d’agrandir les frontières. La royauté était un insigne bienfait, venu du ciel. Si la majesté du roi était terrible, il ne faisait trembler que les méchants [2].

Israël connut ce thème, mais dans des conditions spéciales. Il lui était plus facile qu’à d’autres de conférer à son Dieu les attributs de la royauté. Car enfin le roi est unique ; il ne peut y avoir qu’un roi. Ceux-là mêmes qui concevaient la divinité comme un bien commun, partagé entre plusieurs êtres, souverains à des titres inégaux, ne pouvaient imaginer plusieurs rois dans un seul État. Un dieu n’était donc roi que s’il avait conquis le rang suprême parmi les dieux, comme Mardouk l’avait reçu à la suite de son triomphe sur Tiamat. Ils pouvaient l’être encore dans de petits États, formés d’une ville ou d’une tribu bien distincte, comme Milcom chez les Ammonites, ou le dieu de Tyr qu’on nommait par antonomase Melqart, le roi de la cité. Israël, qui n’adorait qu‘un dieu, et un dieu sans compagne, se trouvait dans ce cas. Mais, à l’origine, les tribus vivaient de la vie nomade ou semi-nomade, et n’avaient point de roi. Elles n’avaient point de roi, et probablement estimaient peu la monarchie. On peut assez assurément juger de leurs sentiments par ceux des Bédouins modernes. Ils sont bien obligés de craindre les grandes monarchies qui les entourent, mais il leur paraît que le pouvoir absolu du monarque et l’éclat qui l’environne font payer chèrement à des hommes libres les bienfaits de la royauté. L’ordre, qui est le principal, a peu d’attraits pour eux. Les Bédouins admirent la civilisation et lui empruntent ce qu’ils peuvent, mais elle leur inspire aussi une répulsion instinctive.

Il est tout à fait vraisemblable que l’attribut de la royauté ne s’imposa pas aux anciens Hébreux comme un bien parfait. À tout prendre, mieux vaut former une grande famille idéale, rattachée à un ancêtre aimé et honoré, partagée en familles où prévaut l’autorité du père, ou des oncles, qu’un État qui ne compte qu’un maître et des serviteurs. Aussi les anciens Sémites, surtout les nomades, donnaient-ils plus volontiers à Dieu le nom du père, ou d’oncle, ou même de frère, que celui du roi. C’est aussi ce que prouvent les noms propres des Hébreux. Rien n’est plus vraiment religieux que ces appellations ; ce qui manque à la majesté est compensé par une tendresse familière qui devient piété quand le respect ne fait pas défaut.

En abandonnant tout à fait son existence errante pour se fixer au pays de Canaan, en remplaçant l’élevage des troupeaux par l’agriculture, Israël s’acheminait vers la royauté. Toutefois il fut longtemps avant d’atteindre ce terme, et son ancien idéal de vie nomade demeura très vivant. Notre politique utilitaire ne nous permet plus de comprendre quelle fut, chez les anciens, l’influence de leur histoire. Chaque petite monarchie ou chaque cité se réglait, dans toutes les circonstances importantes, par ses traditions historiques ou légendaires : les alliances entre les héros fondateurs ou leurs inimitiés étaient pour des siècles le ressort des alliances ou des guerres. Il en était de même pour Israël, plus peut-être encore qu’ailleurs, avec cette circonstance spéciale que son Dieu était son principal acteur de tous ses gestes. Aussi est-il nécessaire de se rappeler dans quelle circonstance fut inaugurée la royauté en Israël si l’on veut entendre quel sens spécial y prit le nom de roi. On peut dire, sans exagérer, que la fonction propre du roi d’Israël est d’être un Sauveur, et cette conception tient aux origines mêmes de la monarchie. Pendant la période des Juges, Israël, exposé à des périls intermittents, avait eu des sauveurs d’occasion, suscités par Iahvé. Cela suffisait quand l’invasion des ennemis, Moabites, Ammonites, Madianites ou autres, soudaine et redoutable, n’était que le résultat d’un effort passager. Mais les Philistins s’étaient installés solidement jusque sur les montagnes de la Judée, et leur domination était établie pour durer. À cet ennemi permanent il fallait opposer un sauveur permanent, qui organisât la résistance comme on avait organisé l’oppression. Les Hébreux étaient réduits à la dernière extrémité, n’ayant même plus d’armes, ni le droit d’en forger, lorsqu’ils crièrent vers Iahvé pour avoir un roi. Les parties les plus anciennes de Samuel nous donnent très nettement l’impression de cette détresse. On demande un Sauveur, et d’abord on méprise celui que Samuel a choisi : « Est-ce celui-là qui nous sauve ? » Mais Saül sut remplir son office, et délivra Israël de tous ses ennemis.

David fit plus encore, il réunit tout Israël sous son sceptre, et Salomon mit le comble à cette gloire en bâtissant le palais royal et le Temple. La royauté devint populaire, et Israël se considéra désormais comme un royaume.

Cependant on n’avait point oublié l’origine naissante de la monarchie. Elle se perdait dans la nuit des temps, comme en Assyrie ; d’autre part, le roi ne pouvait, comme en Égypte, prétendre qu’il était de sang divin. Personne ne pouvait imaginer alors qu’il fût simplement le représentant de l’État, le mandataire de tout un peuple. Le roi était au-dessus de l’État, non pas par nature, mais par vocation divine, et cette vocation était marquée très expressément par l’onction. Il était devenu le sauveur héréditaire, nécessairement issu de la race de David, à laquelle Dieu avait promis le trône à jamais, mais il était toujours le sauveur élu par Dieu. C’était en définitive, Iahvé qui était le véritable sauveur, et le véritable roi.

Les anciens Israélites ont très peu procédé par raisonnement et par abstraction : on pourrait donc supposer d’avance que l’idée de donner à Dieu le nom de roi est issue moins de la réflexion et du transfert des attributs que d’une expérience historique, et c’est bien ce que suggèrent les textes. De tout temps on s’est battu pour lui, et sous ses ordres.

Et il faut noter encore, comme une conséquence du caractère spécial de la royauté en Israël, que le peuple passe ici avant le territoire. En parlant des rois de Canaan, la Bible dit le roi de Khazor ou le roi d’Hébron ; mais elle dit les rois de Juda et d’Israël, moins pour désigner les territoires dont le roi eût été censé le maître, avec les habitants qu’ils renfermaient, que les tribus lui avaient rendu hommage, comme à celui que Iahvé avait choisi pour les défendre.

Tant que les rois furent fidèles à leur mission et maintinrent avec succès l’indépendance de la nation, il n’y avait point lieu de mettre en relief le pouvoir royal de Iahvé, puisqu’il ne l’exerçait pas directement par lui-même. Cependant il n’était pas ignoré. Dans la grande crise qui emporta le royaume d’Israël et qui menaça Juda de si près, Iahvé apparaît à Isaïe comme roi, avec une majesté suprême :

  1. Dans l’année de la mort du roi Ozias, j’ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé, sublime ; les pans de son manteau remplissaient le temple. 2. Des Séraphins se tenaient devant lui… 3. Et je dis : « Malheur à moi ! je suis perdu car je suis un homme aux lèvres impures ; j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et c’est le Roi Iahvé des armées qu’ont vu mes yeux !

Ce texte est fondamental. Rien ne se rapporte à l’avenir, ou, comme on dirait, il n’y a rien d’eschatologique. Iahvé est roi, il est assis sur son trône, il est dans le temple comme dans son palais, entouré de ses ministres. Dans un incomparable état de sainteté, il choisit un prophète pour annoncer au peuple un châtiment dont il est menacé … Il agit donc comme roi d’Israël et cependant sa gloire remplit toute la terre ! Il n’y aura rien de plus dans les textes qui suivront sur le règne actuel de Iahvé, roi d’Israël dont le pouvoir s’exerce sur ses ennemis les plus éloignés, mais seulement des applications à tel ou tel cas, par exemple lorsque Jérémie menace l’Égypte ou Moab, ou Babylone, de la part du roi Iahvé.

Ainsi donc, dès le temps de la monarchie, on donnait à Iahvé le nom de roi, en reconnaissant son pouvoir qui s’étendait à toute la terre. Toutefois ce vocable ne fut pas alors très répandu. Il figure à peine dans les noms théophores.

On a prétendu, il est vrai, que Iahvé était homme mélek ou roi, et que sous ce vocable on lui offrait d’odieux sacrifices d’enfants. Nous croyons avoir montré ailleurs[3] qu’il s’agissait d’une divinité distincte. Milk ou Mélék, dont les massorètes ont fait Molek et les Septante Molok. Quelques Israélites ont pu faire cette odieuse confusion ; mais ils étaient blâmés par les représentants de la tradition nationale, et c’est peut-être pour éviter tout quiproquo que les prophètes ont évité de donner à Iahvé le nom de Roi, comme appellation courante qui ressemblât à un nom propre. Nous savons par Osée qu’ils ont systématiquement évité le nom de Baal[4] ; ils ont pu agir de même au regard de Mélek.

La royauté succomba avec l’indépendance d’Israël. Dans des cas analogues, elle a souvent donné le signal de luttes nouvelles, elle a été le point d’appui des guerres nationales et enfin de la revanche, tel Pélage à Covadunga. Mais la royauté que rêvent désormais les prophètes n’est plus celle qui a failli à sa mission, c’est celle de Iahvé seul.

Il serait cependant exagéré de dire avec M. Boehmer que désormais la royauté de Iahvé est essentiellement eschatologique. Il est vrai que de nombreux textes n’en parle qu’au futur, et, même lorsque le parfait est employé, ce passé, faisant partie d’un tableau de l’avenir déjà entrevu et goûté, n’indique en somme qu’un événement futur. Mais lorsque les prophètes s’élancent ainsi vers l’avenir, ils prennent leur point d’appui sur le passé, et, par un admirable effet de perspective, justifié par l’immutabilité des rapports entre Dieu et son peuple, constituant un lien inviolable, ils attribuent la royauté au Iahvé des temps antiques. Le fondement de son droit royal, par rapport à Israël, c’est qu’il l’a créé. Il a toujours été son roi. Il n’en exerce plus le pouvoir, parce qu’Israël, troupeau dispersé n’est plus un peuple ; dans l’avenir il le sauvera comme il l’a fait aux temps anciens, et son règne sera incomparablement plus glorieux. C’est par cette conception dont on ne peut méconnaître la grandeur que s’expliquent tous les textes, avec leurs transitions du passé à l’avenir. Ce qui domine de beaucoup – parce qu’on se préoccupe plus de l’avenir –, c’est le règne futur de Dieu, mais son droit date des temps antiques. Il règnera à jamais, mais il a toujours régné.

Il n’y avait d’ailleurs qu’un mot de changé. Iahvé avait toujours été le chef d’Israël, celui qu’on eût nommé un roi, si ce terme avait alors paru plus juste. Lorsque Gédéon accepta d’exercer le pouvoir, en refusant le titre, il eut soin de remarquer que le véritable souverain était Iahvé, mais sans lui donner le nom de roi[5]. Plus tard on en vint à concevoir cette souveraineté de Iahvé, antérieure à la royauté, comme un pouvoir royal. Iahvé était dès lors dans Israël comme son roi. C’est ce qu’expriment certains passages poétiques qui font partie du Pentateuque, mais que leur caractère de chants de circonstances permet de considérer comme adventices, du moins en partie. Ils expriment très fortement l’union d’Israël et de son roi, habitant dans son sein, et vivant pour ainsi dire de sa vie, spécialement comme son Sauveur.

Ainsi après le passage de le mer Rouge

Tu les amèneras et tu les planteras sur la montagne héréditaire,

                   La demeure bien assise que tu t’es faite, ô Iahvé ;

                   Le sanctuaire, ô Seigneur, que tes mains ont établi :

                   Iahvé règne pour toujours et à jamais[6].

Dans les oracles de Balaam un premier endroit célèbre incontestablement la présence actuelle de Yahvé comme roi d’Israël la présence actuelle comme roi dans Israël pour ce temps reculé :

             Iahvé son Dieu est avec lui,

                   On y réclame le roi.

Plus loin, le voyant semble faire allusion à l’avenir :

  Son roi s’élèvera plus que Agag[7]

                   Et son règne sera exalté,

où on ne sait pas bien s’il s’agit de Dieu ou du roi attendu.

Le deuxième cantique du Deutéronome semble faire allusion au moment où les tribus d’Israël s’assemblent pour combattre : Iahvé est là comme le roi d’Ichouron, nom de tendresse donné à Israël[8].

Si Iahvé avait toujours été roi d’Israël, les rois ne faisaient donc qu’occuper son trône ; cela paraît être le sens d’un passage qui fait dire à David : « Il a choisi mon fils Salomon pour s’asseoir sur le trône royal de Iahvé sur Israël »[9].

Mais ces allusions au passé sont beaucoup moins fréquentes que les textes relatifs à l’avenir.

L’idée d’Ézéchiel est claire. La monarchie est rejetée, le palais royal ne souillera plus de son voisinage le Temple de Yahvé. Le pouvoir temporel ne sera plus que représenté que par un prince : le titre de roi n’appartiendra qu’à Dieu :

D’une main forte, d’un bras étendu, après avoir satisfait ma colère, je règnerai sur vous[10].

On dirait d’une contrainte imposée à des sujets rebelles :

Je vous ferai passer sous le sceptre, je vous amènerai à la discipline de l’alliance[11].

Cette note sévère est isolée. Après la captivité, les prophètes ont surtout à cœur de fortifier le peuple par la promesse du secours divin :

En ce jour-là, parole de Iahvé, je recueillerai ce qui boitait, et je rassemblerai ce qui était mis en fuite et que j’avais affligé : ce qui boitait j’en ferai un reste, et de ce qui était accablé je ferai un peuple puissant ; et Iahvé sera leur roi sur la montagne de Sion dès maintenant et pour toujours[12].

Dans la seconde partie du livre d’Isaïe, le règne de Dieu sur Israël est un règne présent :

Venez plaider votre cause, dit Iahvé ; produisez vos preuves, dit le roi de Jacob[13]. Iahvé est roi parce qu’il a créé Israël :

Je suis Iahvé, votre Saint, le créateur d’Israël, votre roi[14].

Mais il est aussi son rédempteur. Iahvé des armées[15].

Et, précisément à cause de cette idée de rédemption, qui était encore à venir, le même prophète transporte soudain le règne dans l’avenir :

Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager, de celui qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles, de celui qui annonce le salut : qui dit à Sion : Ton Dieu règne[16].

 

Ainsi le règne de Dieu est celui du salut et de la paix. Le prophète le décrit en accents qui évoquent et préparent l’Évangile. C’est l’idéal d’Osée : la grâce de Dieu et la bonne volonté de l’homme :

Que les cieux d’en haut fassent couler et que les nuées distillent la justice, et que la terre s’ouvre et fasse fructifier le salut, et que la justice germe[17].

Il est inutile de citer beaucoup de textes, ou bien il faudrait tout citer pour mettre en relief cette conception si religieuse du règne de Dieu. Point de description alambiquée du monde céleste, point de victoires sanglantes. Israël vient d’être cruellement maltraité, mais ce n’est point le désir de la vengeance qui inspire le consolateur, c’est le sentiment du pardon accordé et de la grâce promise. Le peuple va devenir meilleur ; les âmes seront changées.

Sans doute ce n’est qu’une esquisse, peut-être même un simple programme, puisque le prophète ne reviendra plus sur le règne de Iahvé ; mais cette courte charte a une singulière portée, puisque c’est surtout à cette partie d’Isaïe que se réfère le Nouveau Testament et Jésus lui-même. Le règne de Dieu est annoncé comme une bonne nouvelle ; on pourrait donc parler de son avènement. Dans la perspective du prophète, il sera inauguré au retour de la captivité. Et il est certain fait que dès lors la vie religieuse des Juifs est plus intense, leur monothéisme plus éclairé et plus exclusif, leur culte purgé des éléments païens.

Un autre passage du même recueil d’Isaïe présente la situation sous un jour différent. Jérusalem a été menacée d’un grave péril, mais le prophète sait qu’elle sera sauvée et il célèbre déjà le triomphe. Quoique certains verbes soient au parfait, l’action est entrevue dans l’avenir, et la saveur eschatologique, on dirait même apocalyptique, est assez prononcée :

 

             Iahvé est notre juge,

                   Iahvé est notre législateur,

                   Iahvé est notre roi ;

                   C’est lui qui nous sauvera[18].

 

Encore plus que le juge, et plus que le législateur, c’est donc le roi qui sauve. Le Targum a un sentiment très juste de l’unité historique de ces épithètes ; ce que Iahvé a fait pour son peuple est le gage de ce qu’il fera dans les luttes des derniers jours : « Car là est notre juge[19], lui qui par sa puissance nous a fait sortir de l’Égypte ; là est notre docteur, qui nous a donné la doctrine de la loi du Sinaï ; là est notre roi ; il nous sauvera et nous vengera de l’armée de Gog ».

Le salut d’Israël est ici seul en cause ; un autre passage du cycle isaïen, dont le caractère d’apocalypse est encore plus marqué, annonce que le règne de Iahvé sera le salut de tous les peuples. Il célèbre d’abord un triomphe sur des ennemis très acharnés, dans les hauteurs et sur la terre ; mais la bonté de Dieu s’étendra à toutes les nations auxquelles un banquet est préparé sur la montagne de Sion. La perspective est encore terrestre, et, si la mort disparaît pour toujours, la scène n’est cependant pas transportée au ciel :

 

             La lune rougira, le soleil pâlira :

                   Car Iahvé des armées sera proclamé Roi.

                   Sur la montagne de Sion et dans Jérusalem,

                   Sa gloire [brillera] devant ses anciens !…

                   Et Iahvé des armées préparera

                   Pour tous les peuples, sur cette montagne,

                   Un festin de viandes grasses, un festin de bons vins,

                   Et de viandes grasses moelleuses, de bons vins clarifiés[20] !

Voilà donc le règne de Iahvé comparé à un festin, symbole de la joie dans la fraternité, qu’il ne faut sans doute pas prendre plus à la lettre que « le rideau qui couvre toutes les nations »[21]. Le mont Sion ne peut évidemment pas contenir tous les peuples ; l’imagination du voyant trace un tableau qu’on peut traduire : tous les peuples comblés de grâces par le Dieu d’Israël, roi de Jérusalem, et de toute la terre.

Ce texte marque l’apogée du règne de Dieu tel que l’Ancien Testament l’a compris. Ou n’a pas voulu séparer les textes isaïens qui ont une incontestable parenté. D’ailleurs l’idée du salut est bien aussi celle qui domine dans Sophonie :

Iahvé a retiré les arrêts portés contre toi ; il a refoulé ton ennemi, le roi d’Israël. Iahvé est au milieu de toi : tu ne verras plus de malheur. En ce jour-là on dira à Jérusalem : Sois sans crainte, Sion ! que tes mains ne retombent pas ! Iahvé est au milieu de toi (comme) un héros sauveur[22].

Le début est au parfait, mais on voit bien ce qui suit que ce parfait est prophétique. C’est dans l’avenir que Iahvé sauvera ; d’autre part on ne voit pas qu’il soit couronné roi. Il l’est déjà, et, en sauvant, il fera office de roi, héros sauveur.

Le caractère eschatologique est plus accusé dans Zacharie. Iahvé combattra à lui tout seul les ennemis de son peuple.

Ensuite de quoi « Iahvé sera roi sur tout le pays »[23], et les restes des vaincus « monteront chaque année pour se prosterner devant le roi, Iahvé des armées »[24]. Et « celle des familles de la terre qui ne montera pas à Jérusalem pour se prosterner devant le roi, Iahvé des armées, ne recevra pas de pluie »[25]. C’est le terme de l’histoire d’Israël, avec des détails cultuels très précis, mais dans contexte tel qu’un certain symbolisme s’impose comme règle d’interprétation. Toujours est-il qu’il s’agit, comme dans l’apocalypse d’Isaïe[26], du salut auquel sont conviées toutes les nations.

Abdias a une note particulière. Le dernier mot de sa prophétie, c’est que « le règne appartiendra à Iahvé[27] ». C’est la seule fois où, dans les textes des prophètes, se rencontre le terme abstrait qui désigne le pouvoir royal de Dieu. Mais si ce roi est bien la cause du salut, il a des auxiliaires : « et des sauveurs monteront à la montagne de Sion pour régir la montagne d’Ésaü ». N’est-ce pas une allusion aux succès des Maccabées, surtout de Jean Hyrcan contre l’Idumée[28] ? Le règne est toujours à venir, mais nous sommes ici de nouveau sur un terrain assez concret. Le règne appartiendra à Iahvé, lorsque ses fidèles auront combattu contre ses ennemis. C’est un accent qui appelle les anciennes guerres pour Iahvé, et que nous retrouverons dans les Psaumes les plus récents.

Ce n’est pas sans hésiter qu’on range ici le texte de Malachie :

Je suis un grand roi, dit Iahvé des armées ; mon nom est craint parmi les peuples[29].

Il semble que ce titre est reconnu à Iahvé par les peuples étrangers, étonnés de ce que les Juifs leur diront de leur Dieu et que leur culte confirme. Le règne de Iahvé sur Israël s’est étendu par la diaspora.

En passant de Malachie aux psaumes, il est probable qu’on n’abandonne pas l’ordre historique, ceux des psaumes que nous allons citer étant vraisemblablement de date récente.

D’ailleurs ils constituent un genre littéraire distinct des écrits des prophètes. Comme chants liturgiques, souvent répétés, gravés dans toutes les mémoires, ils montrent mieux encore l’importance de l’idée du règne de Dieu. Mais il ne faut point s’attendre à rencontrer des contextes bien nouveaux. Ce sont les mêmes idées, ou plutôt toujours la même idée : Iahvé, qui est dès l’origine le roi d’Israël, fera son office de roi en le sauvant. C’est surtout l’avenir qui intéresse le psalmiste, comme le prophète, de sorte que l’idée du règne de Dieu est plutôt eschatologique.

Le passé n’était que la première lueur du grand jour. Même lorsque les verbes sont au passé, le tableau est tout entier transporté dans l’avenir par suite de l’intuition prophétique. Dans certains cas cependant, qu’il n’est pas toujours facile de préciser, il s’agit du règne de Iahvé déjà inauguré par des triomphes.

Mettons à part des prières individuelles, où Dieu est nommé roi dans un cri de tendre loyalisme : « Écoute mon cri, mon roi et mon Dieu »[30] ; « tes autels, Iahvé des armées, mon roi et mon Dieu »[31], qui marquent un sentiment intime de confiance dans l’assistance actuelle du Roi et du Dieu.

Les autres endroits font allusion au règne du passé, ou au règne actuel à venir. C’est dans cet ordre que nous allons les parcourir.

Après avoir exalté les merveilles du passé, l’œuvre accomplie aux jours anciens, par Iahvé seul pour sauver son peuple, le psalmiste s’écrie :

C’est toi qui es mon roi, ô Dieu !

Ordonne le salut de Jacob[32] !

Parmi les circonstances non moins angoissantes, le psalmiste rappelle :

Pourtant Dieu est notre[33] roi, dès l’origine,

Auteur du salut au sein du pays[34].

Sans prétendre trancher des questions délicates, j’opinerai avec le P. Patrizzi que ces deux psaumes reflètent les temps si durs de la persécution d’Antiochus Épiphane. L’espérance s’appuie sur l’histoire la plus ancienne, la sortie d’Égypte ou la conquête de Canaan. Par son secours surnaturel Dieu s’était montré et était devenu le roi d’Israël.

D’autres psaumes font allusion à des exploits plus récents, – mais décrits d’une façon trop voilée pour qu’on puisse leur assigner une date précise, – ou simplement au règne actuel de Iahvé.

Lorsqu’on montrait au vieux pèlerin les murs et les édifices de Jérusalem, on aimait à rappeler les victoires dont Yahvé les avait rendus témoins ; ainsi nommait-on la montagne de Sion « la cité du grand roi »[35].

Après avoir combattu au loin pour son peuple, Iahvé, comme un général victorieux, faisait son entrée dans le Temple : on disait alors :

Portes, élevez vos linteaux ;

Soulevez-vous entrées antiques,

Pour laisser entrer le roi de gloire[36] !

Ou bien :

On a vu ta marche (triomphale), ô Dieu !

La marche de mon Dieu, de mon roi, dans le sanctuaire[37].

Nous rangeons dans la même catégorie trois psaumes dont on pourrait se demander s’ils ne sont pas au parfait prophétique. Et il se peut en effet que quelques traits soient empruntés à ce qu’on attendait de l’avenir et donnent au tableau plus de lumière ; cependant il semble que le poète s’inspirait de l’histoire, d’une histoire qui le ravissait de joie et qui lui paraissait la brillante inauguration en son temps du règne de Dieu, toujours ancien, et toujours en espérance.

D’abord un simple mot :

Iahvé est roi à jamais et pour l’éternité,

Les gentils sont détruits et chassés de sa terre[38].

Le psaume XCIX en entier célèbre un nouvel ordre de choses :

Tu as établi dans Jacob le droit et la justice…[39].

Iahvé est roi, que les peuplent tremblent…

Le roi aime le droit…

Dans tout le psaume, on insiste beaucoup, on insiste surtout sur la sainteté de Dieu. L’idée du salut par les armes reparaît à l’avant-dernier psaume :

Qu’Israël se réjouisse en celui qui l’a fait.

Que les fils de Sion tressaillent en leur roi…

Car Iahvé prend plaisir en son peuple,

Il glorifie les pauvres par le salut[40].

Comme dans Abdias, il a ses fidèles pour auxiliaires ; ils célèbrent les louanges de Dieu, mais ils saisissent le glaive à deux tranchants pour punir les nations et leurs rois.

D’autres psaumes sont plus délibérément orientés vers l’avenir.

Lorsque le psalmiste dit :

Car à Iahvé le pouvoir royal.

Lui,[41] dénominateur des nations[42],

Il ne s’agit plus seulement des victoires glorieuses, telles que les Hasmonéens avaient permis de les constater, mais de la conversion des peuples, qui étaient encore à venir, et notre incise – qui en elle-même pourrait se traduire : « le pouvoir royal appartient à Iahvé » –est enclavé » entre deux futurs. Elle peut donc rappeler le droit naturel et éternel de Iahvé, mais elle n’en marque l’exercice sur les nations que dans l’avenir. Ce sera, il faut le répéter, la conversion des peuples.

Cette conversion est censée accomplie, et Iahvé triomphe déjà, du haut des cieux dans le psaume 47 (46) :

Car Iahvé est très haut, redoutable,

Grand roi sur toute la terre…

Chantez à notre roi, chantez !

Car Dieu est roi de toute la terre[43].

Le sanctuaire où monte le triomphateur est ici plutôt le ciel que le Temple de Jérusalem. Cependant Dieu ne règne pas tant comme Créateur que parce que toutes les nations se sont réunies au peuple du Dieu d’Israël. Aussi le nomme-t-on expressément « notre roi ».

 

II. Dieu roi du ciel, ou roi du monde, ou roi des dieux, ou roi éternel.

Iahvé, roi d’Israël, était son sauveur grâce à sa puissance étendue ; mais, si on lui donnait le nom de roi, c’était à cause de sa tutelle sur son peuple. Rien n’empêchait d’envisager plus directement le pouvoir souverain de Dieu comme maître du monde et des hommes. Dans cette conception, le siège de son trône est plutôt dans le ciel que dans le Temple de Jérusalem. Israël demeure cependant son peuple. Tandis qu’on disait : le roi d’Israël dont la gloire remplit le monde, on dira : le roi du monde qui a choisi Israël.

Ce n’est pas un simple changement de formule. L’attention se porte désormais sur les attributs essentiels de Dieu. Incontestablement la réflexion théologique s’est exercée. Mais il ne faut pas prétendre non plus que c’est là un passage de la monolâtrie au monothéisme. Iahvé, puisqu’il était tout-puissant en Égypte et à Babylone, était vraiment Dieu unique ; on a seulement développé dans tous les sens l’énergie infinie contenue dans cette idée.

Aussi ne voit-on nulle part ni heurt, ni rupture ; les idées anciennes se perpétuent parce qu’elles demeurent vraies, mais de nouveaux aspects se font jour, dont on ne peut marquer exactement le point de départ. Ce qui est cependant certain, c’est que les titres de roi du ciel, de roi des rois, de roi des dieux, de roi éternel sont postérieurs dans l’ensemble, au titre de Yahvé roi d’Israël.

On ne peut dire non plus que c’est dans sa lutte contre l’Assyrie qu’Israël a appris la notion du monde en entrant en relations avec de grands empires. L’Égypte, qu’il avait toujours connue, était un empire aussi majestueux et plus stable que l’Assyrie. Il semble que les prophéties sur la chute de Babylone et sur le rôle de Cyrus durent contribuer plus que tout le reste à guider la réflexion théologique. Celui dont Cyrus n’était que l’instrument, était vraiment le maître des empires, celui qui faisait et défaisait les monarques. C’est à l’époque persane qu’on se prit à nommer Iahvé Dieu du ciel[44]. Il en était aussi le roi. C’est du ciel qu’il dominait le monde. Quant à la durée de son règne, elle était éternelle, comme Dieu lui-même.

Il n’existe pas de terme qui comprenne ces différents aspects, car celui de transcendant suggérerait que le roi d’Israël n’était pas transcendant, ce qui serait faux. Peut-être le terme de roi du ciel est-il celui qui revient le plus souvent et qui marque mieux l’intention d’accuser davantage la transcendance ; celui de roi du monde est plus général, mais il a une physionomie grecque. D’ailleurs il était bien entendu que du haut du ciel Dieu régnait sur la terre. Son rôle ne se borne pas à régir les éléments ; son action est la même que celle du Sauveur d’Israël, dans un horizon agrandi, et venant de plus haut.

Loin d’en conclure que les idées antérieures étaient donc bien peu dignes de Dieu, on peut se sentir porté à préférer l’inspiration si pure, toute fondue d’intimité et de tendresse, l’âme déjà évangélique du second Isaïe ; la présence dans le Temple valait la présence au ciel. S’il y a progrès, il serait dans l’ordre rationnel, plutôt que dans l’enseignement d’Israël, de sorte qu’en somme le progrès était constant, la grandeur de Dieu mieux comprise ne faisant que rehausser sa bonté et sa miséricorde.

Dieu, roi du monde, ne se rencontre pas dans les livres les plus anciens. On a bien cité Jérémie : « Qui ne craindrait, roi des nations[45] », et : « Lui est un Dieu vivant, roi éternel[46] », en comparaison des idoles, qui ne sont rien ; mais ces endroits manquent aux Septante, et sont de très basse époque. Inversement les Septante ont ajouté l’idée du Roi des dieux ou des siècles, dans un passage du Deutéronome où le texte hébreu, plus sûr, ne la contient pas[47].

Le premier Daniel met en action toute une métaphysique concrète, si ces mots peuvent s’amalgamer, et une philosophie de l’histoire, revêtues d’images évocatrices, qui se sont gravées dans toutes les mémoires. Dieu est le Dieu du ciel, comme Néhémie, mais aussi le roi du ciel[48].

Sur la terre, malgré la diversité des nations, il n’y a qu’un seul empire, dont le chef est le roi des rois[49] : c’est Dieu qui dirige son règne et qui force même Nabuchodonosor :

Je rends hommage au Très-Haut, et je le loue ; à celui qui a créé le ciel et la terre, et les mers et les fleuves et tout ce qui y est contenu, je rends hommage et louanges ; car il est le dieu des dieux et le seigneur des seigneurs, et le roi des rois, car c’est lui qui fait des signes et des prodiges et qui transforme les époques et les temps, il enlève le pouvoir royal aux rois et en met d’autres à leur place … son règne est un règne pour les siècles, et sa puissance, s’exerce, de générations en générations.

C’est donc en réalité Dieu qui règne par les rois. Cependant le moment viendra, et il est proche, d’une intervention divine.

Tu regardais, lorsque se détacha une pierre sans l’action des mains, et elle frappa la statue aux pieds de fer et d’argile et les brisa. … Dans le temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un empire[50] qui ne sera jamais détruit ; et l’empire ne sera plus confié à un autre peuple ; il brisera et terminera tous ces empires, tandis que lui-même demeura à jamais[51].

On dirait donc que Dieu va régner par lui-même. Cependant, étant le roi du ciel, il lui plaît de laisser ceux qu’il choisit administrer la terre. Les rois seront remplacés par un nouvel empire : mais il va de soi que son règne à lui, loin d’en être amoindri n’en sera que plus réel et mieux reconnu.

Plusieurs psaumes célèbrent Iahvé comme le roi du monde. Son règne est universel. Sans doute Israël en profite plus que les autres, mais le titre légitime est dans les attributs divins ; c’est comme Créateur que Dieu règne.

Iahvé trône « au-dessus » des eaux diluviennes[52],

Iahvé trône comme roi pour l’éternité[53].

Dieu est ici le roi de la nature ; sa puissance se manifeste par un orage ; ce qui n’empêche pas le psalmiste d’en tirer une conséquence pour le salut d’Israël :

Iahvé donnera la force à son peuple.

Iahvé bénira son peuple dans la paix[54].

Le psaume 93, « Iahvé est roi, il est revêtu de majesté », vise le règne de Iahvé sur la nature : « Ton trône est établi dès l’origine, tu es dès l’éternité ». M. Boehmer y voit une allégorie du salut à venir ; les fleuves représentent les peuples. Mais les Septante ont intitulé ce psaume : Pour le jour de l’anté-sabbat, quand la terre a été créée », suggérant ainsi, comme le note finement M. Duhm, une meilleure intelligence du texte que les exégètes qui l’interprètent allégoriquement.

Le point de départ du psaume 95 est le même.

Car Yahvé est un grand Dieu (El).

Et un grand roi au-dessus de tous les dieux (elohim).

Il tient dans sa main les fondements de la terre[55].

Iahvé est ici le roi des dieux ; mais, dans la pensée du psalmiste ces prétendus dieux ne sont pas des dieux véritables ; c’est Iahvé qui seul a tout créé. Après ce début, le psalmiste en vient aux rapports de Iahvé avec Israël et supplie le peuple de ne pas imiter l’égarement de ses pairs.

Dans le psaume 103, le mouvement de la pensée est en ordre inverse. Le psalmiste est touché de la bonté de la bonté de Iahvé envers lui, et envers Israël. Puis il compare la faiblesse de l’homme à la puissance de Yahvé, et transporte la scène dans le ciel :

Iahvé a établi son trône au ciel,

Et son pouvoir royal s’étend sur tout.

Bénissez Iahvé, vous ses anges,

Héros vaillants qui exécutez ses ordres ..

Bénissez Iahvé, vous toutes ses armées,

Serviteurs qui exécutez son bon plaisir ;

Bénissez le Seigneur, vous toutes ses œuvres,

Dans tous les lieux qu’il gouverne,

Mon âme, bénis Iahvé[56].

Il ne faudrait que transformer cette effusion lyrique en un tableau descriptif pour représenter Iahvé assis au ciel sur un trône, entouré des anges qui sont ses ministres, et ses serviteurs armés prêts à exécuter ses ordres.

Le psaume 145 célèbre les attributs de Yahvé, puissant et bon, dont la miséricorde s’étend sur toutes les créatures. Israël n’est pas nommé ; mais c’est bien chez lui que se recrutent ces fidèles dont le privilège et le rôle sont de faire connaître à tous, la gloire du règne de Iahvé :

Ils disent la gloire de ton règne,

Et racontent sa valeur,

Pour faire connaître ses exploits aux enfants des hommes

Et la majesté glorieuse de son règne.

Ton règne est un règne de tous les siècles,

Et ta domination s’étend à toutes les générations[57].

Ce psaume alphabétique, n’a pas une grande originalité littéraire, mais l’inspiration religieuse est très haute : Iahvé est un roi qui répand tous ses bienfaits, qui est juste, et qui exauce tous ceux qui l’honorent. Son peuple, ce sont tous ceux qui veulent l’aimer.

Le règne de Dieu est ici décrit dans toute son ampleur mondiale et éternelle ; rien ne marque une intervention spéciale dans l’histoire.

Et c’est à peu près le ton du psaume 146, quoiqu’il relève davantage l’union de Yahvé et de Sion :

Iahvé règne pour jamais,

Ton Dieu, ô Sion, de génération en génération[58].

Nous l’avons déjà noté, Iahvé, roi du monde, trônant dans le ciel, n’en est pas moins le Dieu secourable et bon, spécialement quand il s’agit d’Israël. Son règne est éternel, et, de ce chef immuable ; mais il peut être plus ou moins reconnu par les hommes. Le roi suprême n’est pas un monarque indifférent et routinier : il vient au secours de ceux qui l’invoquent. C’est le même que le roi d’Israël qui a promis de régner sur son peuple. De cette façon, le règne éternel lui-même peut être regardé comme futur et comme historique, s’étendant d’Israël à tous les peuples, quand ceux-ci en reconnaîtront le droit absolu. C’est ce qu’expriment plusieurs psaumes qu’on pourrait ranger sous la rubrique précédente, car il y est fort question d’Israël, mais qui appartiennent encore mieux au règne universel de Dieu.

L’auteur du psaume 96, se proposait, d’après M. Duhm[59], de montrer comment le culte du temple maintenait vivante l’idée du règne de Dieu, embrassant tout le monde, règne présent et règne à venir. Les peuples sont invités à reconnaître sa gloire dans son sanctuaire.

Dieu parmi les nations : Iahvé règne[60].

Il a triomphé des dieux des nations qui ne sont que des idoles, car c’est lui qui a créé le ciel. Il vient pour juger la terre, pour juger le monde selon la justice.

Le psaume 97, où M. Duhm ne voit que la description d’un orage fait allusion à la théophanie future[61] :

Iahvé règne : que la terre tressaille,

Que des îles nombreuses se réjouissent[62].

Il s’avance dans sa splendeur, les cieux proclame sa justice, les peuples contemplent sa gloire, les idoles rendent les armes ; Sion surtout est dans la joie et rend hommage à Iahvé.

Enfin le psaume 98 se place plus encore au point de vue particulier d’Israël. La grande manifestation qui éclate aux yeux des nations, c’est le salut promis au peuple élu. Cependant ce sont tous les habitants de la terre qui doivent pousser des cris de joie devant « le roi Yahvé »[63].

Le psaume se termine comme le ps. 96 ; c’est bien comme roi du monde que Iahvé vient pour juger la terre.

Il y a lieu de traiter à part de ce jugement. Notons seulement ici que trop souvent on l’a entendu du jugement dernier, rendu par Dieu sur les débris du monde. Dès lors le règne de Dieu prend les allures d’une eschatologie cosmique, et on introduira cette idée dans l’interprétation du Nouveau Testament. En réalité, le mot hébreu « juger » peut tout aussi bien se traduire « gouverner »[64]. Rendre la justice est l’acte royal par excellence. Les psaumes qui parlent du jugement des nations ne dépassent donc point l’horizon messianique et ne font pas la moindre allusion à la fin du monde entendue comme cosmos. Les nations reconnaîtront la divinité du Dieu d’Israël qui désormais régnera sur le monde entier, d’après le droit que lui donnait la création : tel est le sens obvie de ces psaumes.

En dehors des psaumes, le règne de Dieu n’est mentionné en hébreu sous son aspect le plus universel que dans un passage des Chroniques, un des ouvrages les plus récents de l’A. T.[65]. Mais son titre royal se retrouve dans des livres récents écrits en grec, comme le second des Macchabées et la Sagesse, ou dans des pièces que nous ne connaissons que par les traductions grecques, assez libres, souvent remaniées, de sorte que les termes que nous citerons ne datent peut-être que des traducteurs ou des recenseurs.

Le IIe livre des Macchabées, dans la prière des prêtres, passe du règne absolu de Dieu au salut d’Israël :

Seigneur Dieu, créateur de toutes choses, terrible, et fort, et juste, et miséricordieux, toi seul roi et bon, toi seul chorège, toi seul juste, et tout-puissant et éternel, qui sauves de tout mal[66] ..

À la manière de Daniel, il montre Dieu, « le roi des rois », qui meut les rois, excitant la colère d’Antiochus Eupator contre le misérable Ménélas[67].

Mais, ce qui est une note nouvelle, et difficile à expliquer, le terme de « roi » [en grec] est remplacé par celui de maître [en grec]. À l’origine, un dynaste partageait la puissance avec d’autres : une dynastie d’après Aristote, était une sorte d’oligarchie mal réglée. Mais le terme avait pris de l’ampleur, et déjà Sophocle l’appliquait au maître de l’Olympe[68]. C’est ce qui a permis à l’abréviateur de Jason de Cyrène, qui lui a peut-être emprunté, d’établir la théorie du maître céleste. Nicanor demandait aux Juifs s’il y avait au ciel un maître qui eût prescrit d’observer le sabbat et sur leur réponse pleine de respect pour ce maître, il avait prétendu, comme maître sur la terre, agir à son gré[69]. Aussi, contre ce triple misérable, invoqua-t-on « le maître », le maître des cieux » et quand il eut été puni, on rendit grâce « au maître », que le même nomme encore « le maître des esprits et de tout pouvoir »[70], « le grand maître du monde »[71] « le maître qui brise avec puissance les forces des ennemis »[72], toutes expressions qui rentrent bien dans le thème indiqué, et n’ont aucune saveur eschatologique[73].

C’est surtout dans les prières, que Dieu est nommé roi : on lui demande une grâce comme à un souverain tout-puissant.

Dans le cantique des trois jeunes hommes :

Béni es-tu sur le trône de ton règne …[74].

Le contexte indique que ce trône est au ciel[75].

Dans la prière de Judith :

Oui, Ô Dieu de mon père, et Dieu de l’héritage d’Israël, maître du ciel et de la terre, Créateur des eaux, roi de tout ce que tu as créé, écoute ma prière … afin qu’on sache que tu es le Dieu de toute puissance et de toute force, et que nul autre que toi ne protège la race d’Israël[76].

Dans les parties d’Esther qui n’existent qu’en grec, prière de Mardochée :

Seigneur, Seigneur roi qui as tout en ta puissance, car tout est en ton pouvoir, et il n’est personne qui puisse te résister quand tu veux sauver Israël[77]. … et maintenant, Seigneur Dieu, roi, Dieu d’Abraham, épargne ton peuple[78].

La prière d’Esther débute selon le mode primitif : elle invoque le roi d’Israël : « Mon Seigneur, notre roi »[79], et rappelle ses anciens bienfaits pour son peuple. Mais aussitôt elle fait appel au droit royal absolu de Dieu :

N’abandonne pas, Seigneur, ton sceptre à ceux qui ne sont pas … Fortifie-moi, roi des dieux, et qui domine toute puissance[80].

« Le roi du ciel » est le terme préféré du livre de Tobie.

Le roi du ciel exerce son jugement sur Salmanasar, tout à fait dans le style du gouvernement divin de Daniel [81].

Le jeune Tobie bénit « le Seigneur du ciel et de la terre, le roi de tout »[82].

En rendant grâce à Dieu, son père bénit « le Dieu vivant dans tous les siècles, et son règne », par où il entend évidemment son règne actuel[83]. Même lorsqu’il prévoit la restauration future, il ne la qualifie pas d’avènement du règne de Dieu : on le bénira alors comme « roi des siècles »[84], ce que fait déjà Tobie en exaltant « le roi du ciel »[85]. Jérusalem est invitée à bénir « le roi des siècles »[86]. Lorsque les nations nombreuses se convertiront à Dieu, elles porteront dans leurs mains des présents « au roi du ciel »[87]. Il faut donc bénir Dieu, « le grand roi »[88] parce que Jérusalem sera rebâtie en pierres précieuses.

C’est ainsi que, même lorsqu’il se transporte par la pensée dans l’eschatologie la plus glorieuse, l’auteur a toujours en vue, et presque alternativement, le règne éternel et le règne céleste de Dieu qu’il faut nécessairement concevoir comme absolu et immuable dans son principe ; le salut consistera à voir la gloire de la ville sainte et à rendre hommage au roi du ciel[89].

Le livre de la Sagesse, un des plus récents, sinon le plus récent de l’Ancien Testament, s’adresse à des rois : il ne manque pas qu’ils ne sont que les ministres du règne de Dieu :

Car étant les ministres de son règne, vous n’avez pas jugé avec droiture,

Ni vous n’avez gardé la loi,

Ni vous n’avez marché selon les desseins de Dieu[90].

Ce règne de Dieu est d’ailleurs un mystère qui ne peut être bien connu que par une révélation : ce fut le cas de Jacob :

C’est elle (la Sagesse) qui conduisit dans la voie droite

Le juste fuyant la colère de son frère ;

Elle lui montra le règne de Dieu,

Et lui donna la connaissance des choses saintes[91]

L’échelle entrevue par Jacob aboutissait au ciel ; c’est là qu’est le trône de Dieu[92].

Il était donc naturel, si les justes, après leur mort, devaient être transportés auprès de Dieu, que leur nouvelle destinée fût comprise elle aussi, et même fût comprise elle aussi, et même à titre spécial, sous le règne de Dieu.

Le livre de la Sagesse, qui traite plus ouvertement de la destinée de l’âme après la mort, nous offre une transition toute naturelle pour une nouvelle conception.

III. Dieu, roi des élus

Si préoccupé qu’on fût de l’avenir national d’Israël, on ne pouvait se désintéresser du sort de ceux qui mouraient sans en avoir reçu l’aurore[93]. Que deviendraient-ils ?

Les justes, après leur mort, vivront près de Dieu et règneront avec lui.

Cette idée, d’une eschatologie transcendante, ne se trouve dans aucun livre de l’Ancien Testament écrit en hébreu quoique quelques psaumes aient fait allusion, sous d’autres mots, aux mêmes fins dernières. On ne la rencontre que dans des livres écrits en grec, et surtout, on vient de le dire, dans le livre de la Sagesse[94] :

Cette conception n’excluait pas la résurrection. Aussi est-ce au pouvoir royal de Dieu sur le monde que le second livre des Macchabées fit appel pour marquer l’espérance d’une vie nouvelle. Elle n’est pas qualifiée expressément de règne de Dieu, mais il était clair qu’on serait surtout alors sous son règne :

Lorsque nous serons morts, le roi du monde nous ressuscitera pour une vie nouvelle éternelle[95].

C’est très peu comme nombre de textes, et nous verrons qu’en dehors du N. T. l’idée ne s’est pas développée beaucoup. Cependant M. Boehmer en a signalé une trace dans la version grecque des Proverbes. Là où le texte hébreu dit simplement : « Quittez la folie et vous vivrez », le grec a mis « Quittez la folie et vous règnerez dans les siècles »[96]. Il est peu vraisemblable que cette variante soit le résultat d’une faute du copiste. Le traducteur aurait donc, dans l’esprit de la Sagesse[97] identifié la vie au règne éternel

 

Dans l’Ancien Testament, le règne de Dieu s’entendait donc de trois manières : Dieu était roi d’Israël, roi du monde, et roi des élus. Ce dernier titre est assez clair : il ne regardait que les fins dernières des justes, ou, comme on dirait, l’eschatologie particulière : c’était comme la partie la plus intime du royaume universel de Dieu.

La conception « roi d’Israël » est plus ancienne que celle de « roi du monde ». Cela résulte avec évidence de ce fait que la seconde ne se rencontre que dans les écrits postérieurs à l’exil, s’ils sont datés, ou dans les psaumes que la critique regarde comme particulièrement récents. Mais ce ne sont point des idées tellement distinctes que l’une ait supplanté l’autre ; c’est toujours le même Dieu et le même Roi. La première appellation est plus familière, et comme le résultat d’une expérience historique ; la seconde plus majestueuse, et le fruit de la réflexion. Les écrits nouveaux prenaient pour point de départ la nouvelle manière, mais ils ne pouvaient négliger les promesses du salut à venir contenues dans l’ancienne. Le règne éternel du Dieu du monde était de sa nature immuable et toujours le même, mais on savait que Iahvé avait promis de sauver Israël. La notion historique du salut pénétrait ainsi la notion philosophique de la monarchie divine, et l’extension universelle de cette monarchie élargissait la promesse du salut, car le roi du monde, s’il entreprenait de régner plus efficacement, devait régner sur tous les hommes. D’autre part, l’espérance du secours divin que Iahvé devait accorder à son peuple se fondait sur d’anciens bienfaits et sur sa présence actuelle au milieu des siens. Ni le règne éternel n’était rivé à l’absolu d’une action toujours égale, ni le règne absolu n’appartenait tout entier à l’avenir. La force invincible du Sauveur ni la toute-puissance du Monarque n’étaient une quantité nouvelle ; on attendait seulement que cette force s’exerçât et que ce pouvoir fût reconnu.

Il demeurait acquis, de par la Parole de Dieu, qu’il interviendrait en faveur d’Israël, et, puisqu’il était roi du monde, ce ne pouvait être que par une théophanie qui obligerait les nations à lui rendre hommage ; mais loin que tout fût fini avec cette théophanie, on pouvait à plus juste titre que le règne de Dieu allait commencer. Ce règne que pas un mot dans l’Ancien Testament ne représente comme établi sur un monde détruit, on peut le nommer dans un sens large le temps messianique. À côté de sa portée universelle, et éternelle, le règne de Dieu a conservé son sens historique et eschatologique.

Mais il était impossible, pour désigner la grande crise attendue, le salut d’Israël et la conversion des peuples, d’employer un terme qui fût moins synonyme de bouleversement, de catastrophe ou de révolution. C’était le passage du droit au fait, ou encore la reconnaissance du droit, la mise en scène historique d’une vérité éternelle, le progrès, sans doute extraordinaire et merveilleux, mais enfin la suite d’une chose commencée. Il y a plus. Au temps des Maccabées, on croyait déjà être dans le nouveau règne : il était inauguré, mais on en attendait la manifestation encore plus glorieuse, tant il est vrai que l’idée en elle-même était synonyme de progrès, l’action de Dieu étant de celles qui ne s’épuisent jamais et dont on ne peut entrevoir qu’elle soit suspendue. C’est ce que démontre très bien un texte où les passés et les futurs sont si étrangement mêlés que les exégètes n’ont pu se mettre d’accord sur le sens. Parle-t-on de faits acquis ou de l’avenir ? La vérité est qu’on parle des deux, ce qui est acquis étant un gage de la réalisation de l’avenir. Après la purification du temple les Juifs de Jérusalem écrivent à ceux d’Égypte : « Or Dieu a sauvé tout son peuple, et a rendu à tous son héritage, et la royauté, et le sacerdoce, et la sainteté, comme il l’a promis dans la loi » : c’est une allusion manifeste au texte de l’Exode : « Et vous serez pour moi un royaume de prêtres, et une nation sainte »[98], et tout cela est au passé, c’est donc un fait accompli. Mais le texte continu : « Car nous espérons en Dieu, qu’il aura promptement pitié de nous, et nous rassemblera de tout ce qui est sous le ciel dans le lieu saint : car il nous a tirés de grands maux et a purifié le (saint) lieu »[99].

Le salut est donc en partie réalisé, en partie espéré : c’est le salut idéal qui est commencé. Lorsque Malachie disait que Iahvé était un grand roi, dont le nom était redouté parmi les nations, ne regardait-il pas déjà la dispersion des Juifs comme un commencement du règne universel de Dieu ? et quand cette dispersion se vit entourée de nombreux prosélytes, ne dut-on pas croire que Dieu avait commencé sa grande œuvre ? Cependant on attendait beaucoup plus. Ce qu’on attendait, c’était l’établissement du règne de Dieu ; on ne connaissait pas les conditions de ce règne ; mais qui pouvait imaginer qu’il serait clos le jour même de son inauguration, ou que cette inauguration serait la fin du monde ? À tout le moins, rien dans l’Ancien Testament ne le faisait pressentir.

 

Jérusalem

 

Fr. M.-J. LAGRANGE

 

[1] Je tiens à dire que je dois beaucoup à M. Boemer […].

[2] Prologue du code de Hammourabi, mythe d’Étana.

[3] Études sur les religions sémitiques.

[4] Os. 2, 18.

[5] Jg. 8, 22 ss.

[6] Ex. 15, 17 s. RB 1899, pp. 532 s.

[7] Ou plutôt Gog avec les LXX. NB. 23, 21 et 24, 7.

[8] Dt. 33, 5.

[9] I Ch. 28, 5 […].

[10] Ez. 20, 33.

[11] Ez. 20, 37.

[12] Mi. 7, 6 s.

[13] Is. 41, 21.

[14] Is. 43, 15.

[15] Is. 44, 6.

[16] Is. 52, 7.

[17] Is. 45, 6.

[18] Is. 33, 22 […].

[19] Noter que par « jugement » le Targum entend la délivrance d’Israël.

[20] Is. 24, 23, et 25, 6 […].

[21] Is. 25, 7.

[22] So. 3, 15-17, trad. van Hoonacker.

[23] Za. 14, 9.

[24] Za. 14, 16.

[25] Za. 14, 17.

[26] Is. 25, 6.

[27] Nb. vers. 21 […].

[28] Cf. surtout le v. 19.

[29] Ml. 1, 14.

[30] Ps. 5, 3.

[31] Ps. 84, 4.

[32] Ps. 44, 5.

[33] D’après le grec, hébreu : « mon roi ».

[34] Ps. 74, 12.

[35] Ps. 48, 3.

[36] Ps. 24, 7., répété au v. 10.

[37] Ps. 68, 24.

[38] Ps. 10, 16.

[39] Ps. 99, 1 et 4 ; cf. BB, 1905, p. 900.

[40] Ps. 149, 2 et 3.

[41] […]

[42] Ps. 22, 23.

[43] Ps. 47, 3, 7 et 8.

[44] Cela est marqué assez expressément par lires d’Esdras et de Néhémie : Esd. 5, 12 ; 6, 10 ; 7, 13, 21, 23 ; Ne. 14, 5 ; 2, 4, 20. Dieu du ciel et de la terre. Esd. 5, 11. Les Israélites n’ont point emprunté à la théologie persane leur concept de Dieu créateur du ciel et de la terre, mais ils ont pu insister sur le titre de Dieu du ciel pour répondre au protocole d’Ahura Mazda.

[45] Jr. 10, 7.

[46] Jr. 10, 10.

[47] Dt. 9, 26 [note P. Lagrange en grec].

[48] Dn. 4, 34 […]

[49] […] : on traduit ici « empire » à cause du caractère mondial de ces monarchies.

[50] […] Lire et entendre […] des eaux célestes (avec Duhm).

[51] Dn. 4, 31-44.

[52] […] Lire et entendre […] des eaux célestes (avec Duhm).

[53] Ps. 29, 10.

[54] V. 11

[55] Ps. 95, 3 et 4.

[56] Ps. 103, 29-22.

[57] Ps. 145, 10-13.

[58] Ps. 146, 10.

[59] Die Psalmen, p. 232.

[60] Ps. 96, 10.

[61] C’est ce que prouverait la seule mention des îles, ou côtes de la mer, qui indiquent un retentissement lointain.

[62] Ps. 97, 1.

[63] Ps. 98, 6.

[64] Duhm, Ps. 98, 9 : regieren.

[65] I Ch. 29, 11.

[66] II M. 1, 24 s.

[67] II M. 13, 4.

[68] Antigone, 608 : [en grec].

[69] II M. 15, 3-5 ; II M. 15, 22-23 ; 29.

[70] M. 3, 24 : [en grec]. Le titre de Seigneur des esprits ne se retrouve que dans Hénoch, très fréquemment, et dans une malédiction du Ier siècle ap. J.-C., très probablement d’origine juive : [en grec] (Dittenberger. Sylloge n° 816).

[71] 12, 15.

[72] 12. 28.

[73] On pourrait naturellement citer encore ceux des livres non canoniques qui figurent des Septante de Swete : III Esdras, I Esdras dans Swete, 4, 46 : Seigneur roi, 4, 58 : le roi du ciel ; III M. 2, 2 : Seigneur roi des cieux … monarque ; 2, 9 : toi, roi, qui as créé la terre … : roi saint ; 5, 35 : roi de ceux qui règnent ; 6, 2 : roi puissant. IV M. 12, 11 : recevant de Dieu les biens et le pouvoir royal.

[74] Dn. 3, 55 : [en grec].

[75] Judith. 9, 12-14 : [en grec] (v. 12).

[76] V. 56 [en grec].

[77] Esther (13). (9) : [en grec].

[78] (13) (15).

[79] Esther (14) (3).

[80] Esther (14) (11) (12).

[81] Tb. 1, 18, mais seulement dans le manuscrit Sinaïtique : … [en grec].

[82] Tb. 10, 13, ms Sin. : [en grec].

[83] Tb. 13, I, B. : [en grec].

[84] Tb. 13, 7 : [en grec].

[85] Tb. 13, 6 : [en grec].

[86] Tb. 18, 10 : [en grec].

[87] Tb. 13, 11. : [en grec].

[88] Tb. 13, 15. : [en grec].

[89] Tb. 13, 16, Sin. : [en grec].

[90] Sg. 6, 4.

[91] Sg. 10, 11 ; cf. RB., p. 102.

[92] Sg. 9, 10 et 18, 15.

[93] On comprend que ce n’est point ici le lieu de suivre le développement de cette idée.

[94] Ayant récemment analysé les textes, je ne puis que les rappeler ici : cf. RB., 1907, p. 94, p. 99, p. 102 ss.

[95] II M. 7, 9. – Dans le IVe des M. (non canonique), la vie éternelle est auprès du trône divin (IV M. 17, 18).

[96] Pr. 9, 6 : [en grec].

[97] Sg. 6, 21.

[98] Ex. 19, 6.

[99] II Mc. 2, 17 s.

 

Le numéro 187 janvier 2026 de Parole et Prière est sorti : Prier avec le P. Lagrange

 

 

Important ! le commander directement auprès de l’éditeur :

https://boutique.paroleetpriere.fr/product/124891/parole-et-priere-n-187-janvier-2026/#&gid=1&pid=1

« L’important n’est pas de faire beaucoup de ceci ou de cela, de lire beaucoup de vies de saints ou de traités de vie spirituelle, mais de purifier son cœur et son esprit pour se préparer aux approches du Maître. » Père Marie-Joseph Lagrange

 

 

Le 4 janvier, notre Président, Fr. Manuel RIVERO O.P. fête son Jubilé (1975-2025) de vie dominicaine,

en la cathédrale Saint-Sauveur à Saint-Denis de la Réunion.  Si nous ne pouvons être présents, nous serons tous présents par la prière, à cette occasion, et en profitons pour le remercier chaleureusement de son action dans le cadre de l’association pour la Cause du Père Lagrange auquel nous le confions. Rendons grâce à Dieu pour ces cinquante années de « serviteur » fidèle.

 

 

1er janvier 2026

Bonne et Sainte Année 2026, à tous !

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, Mère de l’Église

Extrait de l’article de Fr. Manuel Rivero o.p. : Pourquoi appeler la Vierge Marie, Mère de l’Église ?

Vénérer la Vierge Marie

Le père Marie-Joseph Lagrange (1855-1938), dominicain, fondateur de l’École biblique de Jérusalem, notait dans son Journal spirituel au cours de son noviciat au couvent royal de Saint-Maximin :

« La bienheureuse Vierge Marie a détruit dans sa personne toutes les hérésies : elle est Mère de Dieu, donc, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, n’est qu’une seule personne, et il a deux natures puisqu’il est aussi vraiment son Fils, né de sa substance. » (Marie-Joseph Lagrange, Journal spirituel. Paris. Édition du Cerf. 2014. 16 novembre 1880 p. 104.)

L’histoire de l’Église montre aussi comment la fréquentation de la Vierge Marie dans la prière loin d’éloigner les fidèles du Christ les a rapprochés avec justesse de son mystère.

Aussi, le concile Vatican exhorte-t-il les chrétiens à vénérer la Vierge Marie, avec amour, en lui adressant des prières d’invocation, et en cherchant à imiter sa foi. (Concile Vatican II. Lumen gentium. Chapitre VIII. « La bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Église », n° 66-67.)

Il arrive que des sociologues s’étonnent de l’impact de la spiritualité mariale auprès des chrétiens ayant subi la violence, l’emprisonnement, la pauvreté et toutes sortes de persécutions. Avec la Vierge Marie, ils ont gardé la foi au Christ médiateur entre Dieu et les hommes.

Mère de Dieu, Mère spirituelle des chrétiens, Mère de l’Église, la Vierge Marie, femme au regard pénétrant, active dans son amour, conduit au Christ comme elle l’a fait aux noces de Cana : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jn 2,5).