L’année 2013 s’en va doucement

Bilbao (Espagne), le 31 décembre 2013.

Fr. ManuelL’année 2013 s’en va doucement dans l’action de grâces pour tant de bienfaits reçus gratuitement de la part du Sauveur.

Un jour, à Londres, un acteur très connu, participait à une réception officielle. Le public lui demanda de réciter un texte. Il accepta à condition qu’un prêtre présent dans l’assemblée puisse le réciter après lui.

Il s’agissait du Psaume 23 : 

« Le Seigneur est mon berger,  

je ne manque de rien. 

Sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. 

Aux sources d’eau vive, il restaure mon âme… »

 

À la fin de l’exercice mené à la perfection, de longs applaudissements éclatèrent dans la salle.

À son tour le prêtre reprit le Psaume du roi David l’achevant les larmes aux yeux. L’assistance ne comprenait pas cette réaction.

Alors l’acteur reprit la parole pour déclarer : « Je connaissais le texte mais il connaissait le Berger. »

La foi chrétienne n’est pas une religion du texte malgré ce que déclarent certains qui nous appellent « religion du livre ». L’ami de Jésus de Nazareth vit de la Parole de Dieu, vivante et agissante.

Le pape François nous exhorte à témoigner de la joie de l’Évangile. Chacun, selon son expérience de Dieu, dit la miséricorde du Ressuscité, parfois avec des larmes de joie.

Le 2 janvier ce sera le retour en France, au monastère des moniales de Langeac, pour préparer la prédication de « Retraite dans la ville » – Carême 2014 par Internet – avec l’équipe des frères dominicains de la Province de France. Et le lundi 6 janvier je retrouverai mes frères du couvent à Marseille.

En vous confiant avec vos proches et vos projets à l’intercession de Notre-Dame-des-Commencements, je vous souhaite une belle et forte année 2014.

Fr. Manuel Rivero o.p.

Vice-postulateur de la Cause de béatification du Père Lagrange

Le JOURNAL SPIRITUEL du Père Lagrange, disponible en librairie depuis octobre 2014 !

Ces cahiers ont été commencés, le premier, au séminaire d’Issy en 1878-1879, le second couvre les années de Jérusalem de 1897 à 1931-1932. Le premier cahier comporte des annotations du P. Lagrange, ainsi le 17 octobre 1924 :

« J’ai relu mes notes de noviciat : quelle décadence constante ! Alors, quelle application, quelle ferveur ! Y revenir, je ne puis. Mais peut-être je connais ma faiblesse, je suis plus abandonné à la miséricorde de Dieu. Il pourrait m’abandonner, c’est sûr ! mais il ne le fera pas… Ô bon Jésus, abandonner un enfant de Marie… »

Chers amis du père Lagrange

Tananarive (Madagascar), le 29 novembre 2013.

Fr. ManuelChers amis du père Lagrange,

Le temps de l’Avent nous propose deux grandes figures de la foi d’Israël et de l’Église : saint Jean-Baptiste, le Précurseur, et la Vierge Marie. Le père Lagrange aimait à choisir pour chaque mois un patron à qui il se confiait. Pourquoi ne pas nous tourner vers ces deux proches de Jésus de Nazareth, membres de sa propre famille humaine ?

Les sœurs clarisses du monastère de Tananarive lisent en ce moment au réfectoire le livre « Le père Lagrange et la Vierge Marie. Méditations des vingt mystères du Rosaire. Paris. Éditions du Cerf. 2012. » Elles apprécient la profonde spiritualité biblique du fondateur de l’École biblique de Jérusalem. Elles ont bénéficié de la formation et de l’aide des sœurs clarisses de Nice qu’elles vénèrent. Leur vie quotidienne toute simple, riche en prière de louange et d’adoration, sans oublier le travail de la terre, la fabrication des hosties et l’accueil dans leur hôtellerie, témoigne de la joie franciscaine.

Le père Lorenzo Gasparro, rédemptoriste italien, assure la présidence de la faculté de théologie à l’Université catholique de Madagascar, ici dans la capitale malgache. Hier il me parlait avec émotion et attachement du père Lagrange – « mon maître », s’exclamait-il -, qu’il a cité dans sa thèse en exégèse menée à bien à l’École biblique de Jérusalem.

Le rayonnement de la vie et de l’œuvre du père Lagrange traverse les frontières et rejoint les cinq continents.

Comme annoncé, le 10 de chaque mois, je célèbre la messe pour vous en communion avec le père Lagrange.

Continuons de prier pour que la « Positio », sorte de thèse sur la biographie,  l’œuvre et les vertus du père Lagrange, aboutisse bientôt à la Congrégation pour la cause des saints au Vatican. Le précédent rapporteur de cette « Positio », le frère Daniel Ols o.p., a pris sa retraite à la Congrégation le 15 septembre dernier. Prions pour que le prochain rapporteur à nommer conduise cette cause de béatification à bon port avec compétence et diligence.

Le pape François vient de nous envoyer une tonique Exhortation apostolique sur la Nouvelle Évangélisation intitulée « Evangelii gaudium », « La joie de la l’Évangile ». Le père Lagrange, âme missionnaire qui a consacré sa vie pour le salut des âmes, doit se réjouir au Ciel d’un tel texte qui pousse à la sortie de soi, « exode », pour servir les pauvres et tous ceux qui ne jouissent pas encore de la connaissance du mystère de Dieu révélée dans la Bible à travers des prophètes inspirés qui se sont exprimés dans leur langue et leur culture.

En vous gardant dans ma prière sur les collines de Tananarive, à 1400 mètres d’altitude, je vous souhaite un bon Avent avec Jean le Baptiste et notre Mère, la Vierge Marie.

Fr. Manuel

 

La question biblique au temps de Pie XI par Bernard Montagnes o. p.

La question biblique au temps de Pie XI

In Achille Ratti Pape Pie XI. Actes du colloque organisé par l’École française de Rome en collaboration avec l’Université de Lille III – Greco n° 2 du CNRS, l’Università degli studi di Milano, l’Università degli studi di Roma – « La Sapienza », la Biblioteca Ambrosiana (Rome, 15-18 mars 1989). Collection de l’École française de Rome 223. Palais Farnèse 1996. Extrait.

Témoignage de Marie-Ange Petitgenêt : Comment j’ai connu le père Lagrange

J’ai rencontré son nom pour la première fois à la lecture de l’ Essai historique consacré au pape Pie X par Pierre Fernessole, en 1955. Le Père y était cité à propos de Loisy, avec quelques extraits de lettres de lui à Mgr Batiffol. Plus loin quelques lignes étaient consacrées à son œuvre de Jérusalem… sans préciser qu’il était le fondateur de l’École biblique mais en louant « ses grands ouvrages sur l’Ancien et le Nouveau Testament et sur l’Évangile »…sans faire état des tribulations du cher Père ! que je ne connaissais pas alors.

Les années qui suivirent me furent pénibles. J’avais eu des parents très croyants et bénéficié d’une solide éducation religieuse… et pourtant j’en vins à douter – non pas de Dieu Lui-même au fond de moi – mais de son Église et de ma religion, à cause de certains de leurs adeptes fiers comme le pharisien de l’Évangile, et pourvus de la L'Évangile de Jésus Christbénédiction de celui de leurs ministres qui officiait alors dans ma paroisse. Pardonnez-moi si je n’en dis pas plus : c’est seulement que ce serait trop long à raconter et ce n’est pas le sujet de mon témoignage. Mais ce fut pour moi le miracle de ma rencontre providentielle avec le père Lagrange, dont je n’avais pas oublié le nom : je fus « poussée » mystérieusement à acquérir dans une brocante son Évangile de Jésus-Christ.

Ce livre merveilleux fut pour moi une révélation et ne m’a depuis jamais quittée : il fut à lui seul le premier miracle du père Lagrange pour la plus indigne de ses « enfants » posthumes, et j’en ai témoigné par écrit il y a 10 ans au promoteur de sa Cause à Rome, le père Venchi, sur le conseil du père Montagnes.

Parce que le père Lagrange m’a conduite au cher père Montagnes, et c’est la seconde des grâces que je lui dois. Peu de temps après ma bénie découverte de L’Évangile de Jésus-Christ, j’ai pu lire le merveilleux « Portrait » du Père, tracé par Jean Guitton en 1992 ; et ce livre annonçait « un ouvrage exhaustif » alors préparé par le père Montagnes : je l’ai acquis dès sa parution en 1995… et ne me lassai pas de le relire encore et encore, en restant toujours sur ma faim.

Troisième miracle : j’osai écrire au Père ! qui me répondit aussitôt, et dès sa deuxième lettre me conseillait de demander à Jérusalem, s’ils en disposaient à l’École biblique, un exemplaire des Souvenirs personnels du père Lagrange, qui fut aussitôt adressé par le père de Tarragon, avec une belle dédicace de sa main ! (9 octobre 2002). Grâce au cher père Montagnes encore, je pus obtenir à Rome, un exemplaire de sa Biographie critique avant qu’elle soit éditée par le Cerf ! – et j’obtins chez Gabalda un exemplaire de la Correspondance Cormier-Lagrange : j’étais comblée ! et je le suis chaque jour davantage. Ce qui précède vous dit « comment je l’ai connu » ; quant à « l’origine de mon admiration pour le père Lagrange », c’est son héroïque et merveilleuse soumission dans les terribles épreuves qui lui furent infligées, même par le père Cormier pour qui il voulut témoigner au « Procès » qui vient d’en faire un « Bienheureux » … et même par le Chef de cette Église « qu’il aurait voulu servir » – humble mention du texte, écrit par lui-même, de son image mortuaire – alors qu’il l’avait tant servi !

Moi qui n’osais plus mettre les pieds dans cette Église dont les « bons chrétiens » m’avaient jugée indigne, j’ai trouvai dans son exemple la force de pardonner… et j’ai eu honte de la rancune gardée durant tant d’années, au point de brûler l’épais dossier gardé de ce temps-là. Et je fais mienne la question posée par Jean Guitton : « L’encre des hommes d’Église ne peut-elle être l’équivalent du sang des martyrs ? » Oh, oui, elle le peut, quand « l’homme d’Église » s’appelle le père Lagrange ! Il devrait être canonisé comme les anciens martyrs, sans qu’il soit besoin d’un « procès »… ce qui ne m’empêche pas de prier chaque jour, avec toute notre chère association, pour que « l’Église reconnaisse publiquement la sainteté de sa vie ». Cela sans doute n’ajoutera rien à la récompense depuis longtemps acquise auprès de son Maître par ce bon et fidèle serviteur, mais cela serait si bénéfique à de pauvres pêcheurs comme moi !

Le miracle qu’il a fait pour moi, dans la gloire des autels tant d’autres – qui n’ont pas encore eu le bonheur de le rencontrer – pourraient le prier et l’obtenir par son intercession ! C’est important à l’époque où nous sommes, qui se monte en épingle que la fragilité de certains prêtres. Hélas, si « le bruit ne fait pas de bien », le bien, lui, ne fait pas de bruit !

Jean-PaulIIC’est le mérite de Jean-Paul II d’avoir voulu la béatification du père Lagrange. Que n’a-t-il vécu assez longtemps pour la proclamer ! Et… vivrai-je assez longtemps pour la voir ? Ce n’est déjà pas rien que j’aie l’espoir d’avoir bientôt le « Vie », du cher père écrite par son fils de prédilection, comme j’ai pu lire ses Patriarches dont la publication avait encore été refusée à la veille de sa mort ! S’il m’est donné de lire encore son Journal … et pourquoi pas sa Genèse ! … je pourrai comme le vieux Siméon chanter mon Nunc dimittis !

En attendant, c’est avec joie que je vous ai donné ce témoignage. C’est avec une joie plus grande encore qu’à travers vous je l’ai rendu à la puissance de la paternelle intercession de mon cher père Lagrange… que j’espère bien mieux connaître encore au Paradis, si toutefois la miséricorde du Bon Dieu me permet d’y entrer un jour à sa prière, sans aucun mérite de ma part.

Avec ma reconnaissance, fidèlement à vous tous.

Marie-Ange-Petitgenêt